La Plume d'Aliocha

13/12/2015

Les bateaux ivres

Filed under: Coup de chapeau !,questions d'avenir,Salon littéraire — laplumedaliocha @ 13:07

9782709645782-001-X-1Connaissez-vous l’histoire de ce bateau livré à lui-même après avoir rompu ses amarres qui s’enivre de liberté avant de sombrer, racontée par Arthur Rimbaud dans le bateau ivre ? En sortant du Musée du Luxembourg où se donne une enchanteresse et fort licencieuse exposition sur Fragonard, ce poème écrit sur les murs de la rue Férou m’a rappelé à de plus sinistres réalités.

Il se trouve que « Les bateaux ivres » est le titre d’un livre magnifique du grand reporter Jean-Paul Mari sur les migrants. J’ai déjà parlé ici de lui, c’était à l’occasion de la sortie d’un livre poignant intitulé « Sans blessures apparentes » dans lequel l’auteur, frappé par un symptôme post-traumatique pour avoir vu l’horreur de trop, enquêtait sur ce mal invisible qui frappe les professionnels en prise avec la violence, journalistes, médecins et même militaires. Jean-Paul Mari cette fois raconte les réfugiés dans un livre chorale où il nous emmène à la rencontre de plusieurs destins. Au coeur de l’ouvrage, il y a la Méditerranée, celle d’Homère, avec lequel l’auteur à l’idée brillante de relier l’histoire contemporaine des migrants. Et c’est sous la double paternité de l’aventurier Ulysse et du poète Rimbaud que le journaliste déroule le récit épique, poignant, parfois atroce, toujours douloureux de ces gens prêts à affronter les pires dangers pour un ailleurs qu’ils imaginent meilleur, loin des fous de Dieu :

« Et puis je les ai vus. Les hommes en noir. Un air de mendiants hirsutes, les yeux passés au khôl, des barbes de moines fous, en turbans et tuniques sombres, toujours le doigt levé vers le ciel à hurler « Dieu le veut « , cette fascination pour la mort plutôt que l’amour de la vie et – quelle hérésie – le plaisir ! (…) Aujourd’hui ces oiseaux de malheur nous cachent le ciel, les villes du Sud brulent, les cités encerclées rendent l’âme, les populations entassent leurs biens sur des camions ou des charrettes et traversent les montagnes de Turquie, du Liban ou le désert de Jordanie pour s’évader de l’asile des fous de dieu. Une fois les flancs de la Méditerranée en feu, ne restait plus que la mer, toujours libre, toujours aimante, toujours maternelle. Et puis elle aussi a commencé à changer. »

Il y a l’imam Zachiel qui refuse de prêcher les inepties haineuses des talibans et qui doit fuir avec toute sa famille pour échapper à leur vengeance, Robiel, l’érythréen qui parvient à s’échapper de la tyrannie qu’est devenue son pays où le service militaire est obligatoire et illimité mais au prix de quels dangers invraisemblables ; et tant d’autres…. Par terre ou par mer, dans des conditions qui les mènent parfois plus loin que l’enfer quand ils se retrouvent dans les centres de torture des bédouins du Sinaï ou sur des embarcations remplies des cadavres de leurs camarades qui ont succombé à la faim, la soif, le désespoir, les migrants rêvent de paix, de vivre tout simplement.

Nul angélisme chez Jean-Paul Mari. L’angélisme, c’est un luxe de politique et d’éditorialiste, de gens qui regardent le monde depuis leur fauteuil.  Il n’y en a jamais chez ceux qui racontent simplement la vie.  Bien sûr que cette marée humaine sème le trouble là où elle passe, bien sûr que rien n’est facile. Mais un petit village de Calabre nommé Acquaformosa trace peut-être au milieu des tragédies des uns et des peurs des autres l’amorce d’un arc-en-ciel. Ce village qui comptait 2000 âmes en 1957 n’en a plus que la moitié en 2011. Le maire a eu une idée : ouvrir les bras aux migrants. Alors il a conclu un accord avec Lampedusa. Je laisse la parole à Jean-Paul Mari :

« Dans le village, les retraités ont retrouvé leur place au soleil sur les bancs de pierre, l’école est pleine, les panneaux « à vendre » ont disparu des murs et l’équipe de foot, mélange de calabrais, de nigérians et de syriens, en tête du championnat de la vallée, en fait voir de toutes les couleurs à ses adversaires. Cet été, les migrants ont cuisiné en remerciement un repas pour mille personnes sur la place du village qui a su les accueillir avec tant de douceur. Au menu : risotto, couscous et gâteaux syriens. »

Le péril que fuient ces hommes et ces femmes, c’est celui qui nous a éclaté à la face ce sinistre et tragique vendredi 13 novembre. Et l’on frissonne en tournant les pages de ce livre : comment a-t-on pu, comment peut-on encore faire semblant de ne pas voir ni comprendre ? Il y a du Kessel, du Albert Londres dans ces lignes enflammées, possédées par la beauté de la vie et l’infinie cruauté des hommes, transcendées par l’espoir de frapper les âmes et toucher les coeurs…

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12/11/2014

Le grincheux de la bulle

Filed under: Coup de chapeau !,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:29

J’ai écrit ceci en février dernier et je ne l’ai pas publié. Avec le recul, je songe que cette bulle intéressera peut-être un ou deux lecteurs. Je le fais pour la bulle, c’est si beau une bulle de savon, si magique avec ses reflets irisés. Et si éphémère aussi. Alors si on peut au moins s’en souvenir, ce sera déjà ça….

images-2Tout est bon pour critiquer les médias. C’est vrai que nous méritons souvent les attaques. Mais il arrive parfois que celles-ci se trompent d’objet, voire qu’elles s’inscrivent dans une bougonnerie systématique qui frise le ridicule. En faisant défiler Twitter, on pouvait voir il y a quelque jours, pour peu que l’on soit abonné à l’AFP la photo magnifique d’une énorme bulle de savon dans une rue de Rome, signée de l’AFP. Un twittos avait alors réagi en dénonçant les millions de subventions versés à l’agence française de presse pour financer des bulles de savon. La critique était facile.

Sérieuse ou pas, j’y songeais en assistant au premier jour du procès du Rwanda à la Cour d’Assises de Paris. Il y a des longueurs dans un procès, des moments où je vous l’avoue, on tapote fébrilement sur son téléphone en attendant que ça passe, où l’on compte les mouches, où l’on observe quand c’est possible un élément d’architecture de la salle ou bien où l’on s’échappe par la fenêtre en pensée. Des moments vides, creux, inutiles, on en connait beaucoup dans le journalisme. C’est un métier où l’on dépend de l’autre, de l’extérieur, du bon vouloir d’un individu, de la survenance d’un événement, de son dénouement. Depuis que les chaines d’information en continu nous font participer à l’attente, chacun d’ailleurs peut s’en rendre compte. Notre métier est une alternance dans des proportions qui restent à déterminer, de folle adrénaline lorsque les événements s’affolent, et de temps suspendu s’étirant à l’infini. Est-ce qu’on bulle ? Peut-être. Ce n’est pas toujours drôle, croyez-moi. D’ailleurs regardez bien les journalistes, pas ceux qui sont maquillés sur les plateaux télé, les vrais, ceux du terrain, ils ont souvent la mine fatiguée, c’est un métier usant, passionnant mais usant. Toujours est-il que oui, Monsieur le grincheux, il y avait dans cette rue de Rome, à cet instant là, un photographe qui a saisi une bulle de savon. Plutôt que de grommeler sur le chapitre des subventions, vous auriez mieux fait de commencer par admirer la technique du photographe et celle de l’artiste. Ensuite, vous auriez sans doute songé que c’était bien beau cette bulle et vous auriez cherché, et peut être trouvé, ce que ce journaliste faisait là.

Des journalistes qui ont du temps à perdre, on en manque singulièrement.  Rassurez-vous, grincheux lecteur,  un jour il n’y en aura plus du tout. La même information insipide tournera en boucle, parce qu’elle est rentable, qu’elle n’a quasiment rien coûté et qu’elle génère du clic (1), il n’y aura plus de baladin de l’information, que des types à teint de navet, enfermés derrières des écrans qui fabriqueront, selon une procédure soigneusement calibrée, du scoop à clic au kilomètre, de la malbouffe, conçue au gramme près pour rassasier sans débourser un centime de trop la soif d’information des masses. D’ici là, remercions ces hommes et ces femmes qui parcourent la planète pour être nos yeux et nos oreilles et qui rapportent par exemple l’incroyable image d’une procession religieuse dans une ambiance d’apocalypse (2). La photo en lien a fait le tour du monde, son esthétique, sa charge symbolique sont fascinantes. Est-elle utile dans un sens qui pourrait convenir à notre grincheux ? J’en doute. Et pourtant…

(1) Aujourd’hui je n’écrirais plus cela au futur, car nous y sommes.

(2) L’AFP vend des tirages de ses plus belles photos, c’est une idée géniale et c’est par ici.

09/11/2014

Cash Investigation donne un coup de pied au cul à la com’

L’émission d’investigation d’Elise Lucet, Cash Investigation, diffusée en prime time sur France 2 était consacrée mardi soir à l’industrie des smartphones. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle a fait un tabac. On s’en doutait le soir même en voyant le hashtag de l’émission sur Twitter s’installer au premier rang des sujets d’intérêts des twittos, la confirmation est venue le lendemain matin quand l’émission a annoncé fièrement 3,6 millions de telespectateurs, soit 14,6% de parts d’audience. 

Je ne saurais trop vous recommander de regarder le reportage en replay si vous l’avez manqué. C’est ici.  Du travail des enfants en Chine à l’exploitation de mineurs en Afrique, vous y découvrirez ce que coûte réellement votre smartphone. Et surtout, ce qu’il rapporte à ceux qui le fabriquent : les constructeurs versent moins de 3 euros de salaires pour la construction d’objets vendus plusieurs centaines d’euros….

Mais ce qui est au moins aussi passionnant et nécessaire dans cette émission que le fond de l’enquête, c’est la manière dont les journalistes sur le terrain, en insistant pour poser les questions qui dérangent, dévoilent les rapports entre le monde économique et la presse. Depuis longtemps les communicants ont changé nos interlocuteurs en robots programmés pour développer un argumentaire préparé à l’avance, entièrement factice, le plus souvent creux, toujours univoque. Ils ont pris la main et n’entendent pas qu’on leur dispute leur pouvoir. Depuis le début de ce blog, j’ai consacré beaucoup de billets à ce phénomène car il constitue à mes yeux le virus mortel de l’information. Une maladie dont l’ampleur est, hélas, lourdement sous-estimée.

Politburo

C’est ainsi que l’émission montre les demandes de rendez-vous qui n’obtiennent jamais de réponse. Dans le monde économique – et la chose a tendance à se généraliser – un journaliste ne peut pas espérer joindre en direct un patron d’entreprise, il faut impérativement faire une demande au politburo, pardon, au service de communication. C’est le passage obligé. Problème :  le service communication n’a généralement aucune envie de parler aux journalistes des sujets qui intéressent ces derniers. Il impose ses propres dossiers, pour vendre sa soupe, et se met aux abonnés absents quand on pose d’autres questions. Il m’arrive souvent de penser que si je pouvais m’adresser directement au décideur, il comprendrait peut-être l’intérêt de parler plutôt que de se taire. Mais le communicant lui, pour asseoir son pouvoir et justifier son salaire, décide de la stratégie, choisit les thèmes, les supports et même les journalistes à qui il consent à répondre. Et les journalistes s’inclinent, ils n’ont pas le choix, c’est ça ou l’assurance d’être blacklisté. Autrement dit, le choix – pas cornélien du tout-  entre l’assurance raisonnable de pouvoir suivre l’actualité de l’entreprise et la certitude d’être mis à l’écart et donc de ne pas pouvoir travailler…

La vengeance du patron piégé

Vous ne me croyez pas ? Alors lisez les menaces du patron de Huawei à l’encontre d’Elise Lucet. Extrait d’un article publié sur le site OZAP  :  » Le patron de Huawei a réagi publiquement le lendemain de la diffusion de ce reportage à l’occasion de sa participation aux Assises de l’industrie. François Quentin a expliqué qu’il comptait bien ne pas en rester là avec Elise Lucet. Il a ainsi révélé qu’il avait fait en sorte de « blacklister » la journaliste de France 2 auprès des grands patrons. « J’ai activé tous mes réseaux et Madame Lucet n’aura plus aucun grand patron en interview, sauf ceux qui veulent des sensations extrêmes ou des cours de Media Training ! » a-t-il ainsi déclaré, assurant ne pas avoir reçu les demandes d’interview ». Depuis, il s’est excusé, il y a de quoi. Oublions le terrain de la morale, nous avons tous compris que cet homme-là s’en fout. Ce qui l’ennuie, et son service communication à mon avis plus encore, c’est la bourde magistrale qui consiste en deux phrases à menacer publiquement une journaliste – en plus aussi populaire au moment des faits – , à révéler au grand public la menace permanente de boycott qui pèse sur les médias s’ils n’obéissent pas et, cerise sur le gâteau, à entraîner avec lui le monde économique en prétendant faire jouer ses relations pour interdire à Elise Lucet l’accès à tous les grands patrons. C’est tellement beau, un aveu pareil, qu’on l’embrasserait. Les instants de sincérité dans le monde économique sont si rares…

Le paroxysme de cet insupportable système est montré dans l’émission : ce sont ces grandes messes au cours desquelles telle ou telle marque lance devant un parterre de journalistes le nouveau produit qui va enchanter les technophiles.  Des journalistes qu’on connait depuis longtemps, à qui on a payé le voyage et la chambre d’hôtel, qu’on va régaler de petits-fours et à qui on offrira le téléphone. Ces confrères ne sont pas forcément des mauvais professionnels, ils n’ont pas nécessairement perdu leur sens critique, mais on imagine bien qu’ils ne sont pas au top de l’indépendance. D’ailleurs, ils l’avouent eux-mêmes. Je ne leur jette pas la pierre, ce système vous englue comme une mouette prise dans du mazout. Pour faire autrement, il faut un support qui donne le ton, une équipe qui vous soutient, un rédacteur en chef qui vous défend, sinon, c’est mission impossible. Simplement, ne vous étonnez pas du délire qui s’empare des médias quand Apple au hasard sort un nouveau produit…

Quand Bill Gates montre qu’il se fout de l’esclavage des enfants

Heureusement, Cash Investigation a posé le diagnostique et décidé d’ajuster ses techniques journalistiques à cette nouvelle réalité. C’est ça, la force de l’émission, et le public l’a fort bien compris. Nous voyons donc Elise Lucet interroger les uns et les autres en s’invitant à des conférences, dans des bureaux, des restaurants, bref, partout où on ne l’attend pas, ses documents à la main et une caméra sur les talons. C’est une rupture culturelle violente pour les acteurs économiques habitués au journalisme poli et courtois balisé par leurs services de com’, d’où leurs réactions.  Le patron de Huawei refuse de répondre tant que la journaliste ne lui a pas prouvé son identité, un autre prétend qu’il y avait trop de bruit pour se parler. Mais le meilleur morceau c’est Bill Gates en personne, venu vendre l’une de ses oeuvres caritatives, et qui se moque visiblement comme d’une guigne qu’une marque de portable détenue par Microsoft contienne des composants sortis des mines par des enfants qui parfois meurent dans des éboulements et qu’on laisse pourrir sur place. C’est pas son affaire à milliardaire au grand coeur, il ne joue plus aucun rôle dans la boite, et puis c’est pas le sujet de la conférence. Bref, tous ces grands patrons dont certains n’hésitent pas à brandir des engagements éthiques plus ou moins en toc pour séduire les consommateurs, dès lors qu’ils sont confrontés à l’affreuse réalité ne savent pas, ne peuvent pas commenter, ne demandent même pas de précisions. Ils remontent le menton, braquent le regard sur l’horizon et s’enfuient, protégés dans leur retraite par des attachées de presse ulcérées que des journalistes aient osé poser des questions. Pensez donc, que c’est inconvenant ! So chocking.

Un dernier mot. Je me souviens avoir entendu un jour le philosophe Comte-Sponville lors d’un colloque dire en substance : ne demandons pas à une entreprise de faire de la morale, c’est absurde, son objet c’est faire de l’argent. Demandons-nous plutôt comment faire pour l’obliger à respecter les règles morales. Lors de la diffusion de l’émission mardi, quelques twittos cyniques qui se voulaient plus malins que les autres faisaient observer que c’était au minimum schizophrène et au pire absurde ou hypocrite de saluer une telle émission en pianotant frénétiquement sur son portable. En clair : d’accord, c’est très bien cette enquête, mais ça ne sert à rien. Je crois au contraire que c’est fort utile. L’histoire récente nous enseigne que lorsque les consommateurs se révoltent et décident de boycotter un produit pour des raisons éthiques, ils triomphent.

03/11/2014

Des raisons d’espérer

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de chapeau !,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 16:02

Depuis 2008, j’essaie de montrer sur ce blog que le journalisme est un beau métier pratiqué par une majorité de gens épatants. Je sais que c’est difficile à croire quand on observe le paysage médiatique global. C’est que le système médiatique obéit à une logique démente qui entraîne tout dans sa folie. Derrière le vacarme infernal des médias, il y a de très jolies choses, il faut juste apprendre à les trouver, ce qui suppose de ne pas faire d’amalgame entre le système pris dans son ensemble,- effectivement détestable – et le travail de ceux qui l’alimentent.

En voici deux exemples.

Le premier est un extrait de l’émission Médias le Mag de France 5 dans lequel la journaliste Florence Aubenas explique pourquoi elle n’a pas cédé les droits de son enquête sur le Quai de Ouistreham.

C’est ici.

Le deuxième est une incroyable prouesse, le récit en 152 tweets d’une seconde à Kobané par le journaliste de Télérama Nicolas Delesalle. C’est à la hauteur de Londres et Kessel. Surtout, ne le ratez pas. Libération le publie in extenso.

C’est là. 

04/04/2014

Le meilleur de l’information….et le reste

Filed under: Coup de chapeau !,questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:42

Vendredi matin, BFM TV était aux première loges. Pour le premier conseil des ministres de l’ère Hollande II, piloté par Manuel Valls. C’était un vendredi. Pas un mercredi. Quel changement ! Et l’on attendait les nouveaux venus. Jusqu’à ce que, ô miracle, Christiane Taubira surgisse. Un femme, de couleur, à vélo. Ministre. De la justice. Du gouvernement Hollande II. Médiatiquement, une merveille. La quintessence de l’exceptionnel.

Et pour celui qui regardait, l’horreur médiatique sans cesse renouvelée. L’effet attendu, la surenchère moisie, comme dans un mauvais film porno, où l’on sait d’avance que le réalisateur s’est mis en tête de surpasser tous les poncifs du genre, dans un poncif ultime, affligeant de mauvais goût et de sinistre prévisibilité.

Que les confrères de BFM TV me pardonnent, je sais qu’ils se savent prisonniers de l’exercice et qu’ils sont les premiers non pas à souffrir de l’information en continu, elle est nécessaire, mais de ses travers, qu’ils aperçoivent mais contre lesquels ils ne peuvent rien.

Pendant ce temps, il se passait autre chose. Par exemple, une journaliste politique de l’AFP donnait un pot d’adieu, en toute discrétion, offrant notamment à Hollande et Mélenchon l’occasion de se parler. C’est Daniel Schneidermann qui le raconte chez @si  (aux non-abonnés, je livre un extrait pour qu’ils suivent) : « au pot de départ de Sylvie Maligorne, chef du service politique de l’AFP, dont toutes les personnalités ci-dessus mentionnées ont loué le professionnalisme, l’impartialité, etc etc. Rien à redire au fait que le Tout-Etat se presse au pot de départ d’une journaliste de l’agence de presse nationale. Plus troublant est le fait que cette agence n’en dise pas un mot sur ses fils. Comme si c’était un événement privé. Un événement privé, ce rassemblement transpartis (à l’exception de tout représentant du FN, tiens tiens) dans les locaux de l’agence ? Evidemment non. Mais traité comme tel. Avec une discrétion qui trahit la crainte que les exclus (suivez mon regard) aillent y dénoncer la connivence de l’agence avec « l’UMPS ». Et si bien protégé, donc, qu’à l’heure où furète le matinaute, rien ne transpire en ligne de la teneur des apartés, des plaisanteries, du « small talk » entre les uns et les autres. Malgré la densité de journalistes de la presse traditionnelle au mètre carré. Ou plutôt, à cause de cette densité ».

Pendant ce temps, le superbe blog Making-of de la même agence s’interrogeait sur le journaliste spectateur de la souffrance, témoin vilipendé puis remercié, insupportable voyeur nécessaire. On peut adhérer ou non à la nécessité du témoin, c’est au fond accessoire, l’essentiel ici, c’est la qualité humaine qui conduit à se poser la question et la beauté d’avouer humblement que l’on doute, que l’on s’interroge, que l’on a mal et que parfois l’on pleure.

Pendant ce temps, Pascale Robert-Diard, la chroniqueuse judiciaire du Monde, racontait avec une infinie délicatesse l’histoire de Marcel, 93 ans, condamné à 10 ans de prison pour avoir tué une femme qui avait refusé de l’aimer. Et l’homme de conclure, nous renvoyant à notre insupportable abandon de nos anciens dans des lieux dédiés et aseptisés : « Mais après tout, je suis mieux ici, en prison, qu’en maison de retraite ». Je vous recommande tous les billets sur cette affaire. 

Pendant ce temps, la même journaliste décrivait la souffrance de la première épouse d’un accusé d’assassinat, Maurice Agnelet, tentant envers et contre toutes les campagnes médiatiques de dresser une forteresse d’amour autour de leurs enfants. Enfants martyrs, enfants sacrifiés. Au sort de leur père, à la justice, au médias.

A un ami très cher qui me demandait pourquoi je n’écrivais pas de roman, j’ai répondu en lui citant le billet de Pascale sur Marcel : quand la vie offre de telles histoires, à quoi bon chercher à en inventer d’autres ?

C’est la beauté du journalisme de s’imposer jour après jour la mission de regarder le monde et de le raconter. Ce journalisme là est celui dont on dit qu’il est la condition de la démocratie. Il est plus simplement une main tendue par-dessus l’incompréhension, les préjugés, les haines et le désespoir, il est ce regard indispensable sur les autres qui nous révèle, millimètre par millimètre, la magnifique étoffe, infiniment précieuse, de notre humanité commune. Cessons de nous gaver jusqu’à l’overdose d’information en continu pour nous plaindre ensuite des médias. Il en va de la nourriture intellectuelle comme de celle du réfrigérateur, elle doit être consommée avec discernement. Parfois, nous avons besoin de BFM TV, d’autres fois, des articles de Pascale. Face à l’offre quasi-illimitée d’information, il n’y a pas de bons ou de mauvais supports mais simplement des citoyens plus ou moins responsables dans leur manière d’appréhender l’information.

 

04/11/2013

Rire de tout ? Avec Dupontel, oui !

Filed under: Coup de chapeau !,Justice,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 23:15
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21030330_20130823114607709.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPeut-on rire de tout ? Eternelle question qui donne lieu à tant de réponses, le plus souvent éculées, mais pas toujours (jolie dissertation de prof de philo en lien).  Si le dernier film d’Albert Dupontel, Neuf mois ferme, est globalement encensé par la critique, il s’est trouvé quelques esprits chagrins, ici et  par exemple pour dire qu’au fond tout ceci est machiste, conservateur sous ses allures déjantées, et pire encore  pas drôle, ou salement drôle, ce qui reviendrait au même. On rit mais en ayant honte de rire. Si l’enfer existe, je gage que ceci doit faire partie de ses tourments. Miroir ô mon bon miroir, quelle est donc cette image horrible d’un moi hilare que tu me renvoies ? Le regretté Desproges disait, entre autre nombreuses choses sur ce sujet, que rire était « la seule façon de friser la lucidité sans tomber dedans ». Comme je sais d’expérience que l’éloge ne rapporte sur Internet ni buzz (ce dont je me moque), ni commentaire (ce qui m’ennuie davantage car la bruyante compagnie des fidèles de ce lieu me réchauffe le coeur), je vous signale que la question du rire nous renvoie aux grandes polémiques du moment. Il y a le rire  rafraichissant déclenché par ces potaches qui ont trimballé un lama dans une aventure délirante à Bordeaux. Et puis il y a le reste, depuis la consternante comparaison d’une ministre avec un singe, jusqu’à la rom en Givenchy que l’on moque sur fond d’affaire Leonarda.

Mais revenons à notre film et à sa façon de friser la lucidité. C’est ce tour de force que réussit Dupontel en s’attaquant avec férocité à la justice. Il a la phobie de l’erreur judiciaire, confie-t-il dans une interview. L’affaire du docteur Muller vient à point nommé illustrer cette angoisse et je ne saurais trop vous recommander les chroniques de Stéphane Durand-Souffland du Figaro.  Pour l’anecdote, Eric Dupont-Moretti vient de décrocher son 120ème  acquittement, dit-on. L’erreur judiciaire donc…Le héros déjanté du film est un certain Bob, incarné par Albert Dupontel, qui – raconte un policier – s’est fait jeter de partout depuis la maternelle de sorte qu’à force de prendre la porte il a fini par apprendre à les ouvrir (les dialogues sont un délice !). Comprendre qu’il est devenu cambrioleur. L’héroïne Ariane Felder, incarnée magnifiquement par une Sandrine Kiberlain parfaitement hystérique, est une juge d’instruction quadragénaire, célibataire et sans enfants, parce que, explique-t-elle « elle n’est pas idiote ». Imaginez Alice Nevers sous ecstasy, eh bien c’est elle. Les deux personnages vont se téléscoper d’abord dans leur vie personnelle puis dans le cadre judiciaire, pour produire la réjouissante intrigue du film : la juge est enceinte du truand, qu’elle a croisé un soir de réveillon parce que ses collègues l’avaient arrachée de son bureau et fait boire de force. On ne se méfiera jamais assez des copains de bureau éméchés. Bob compte sur elle pour l’innocenter.

Ames sensibles, esprit délicats, amateurs d’humour raffiné, ne tirez pas de conclusions hâtives de la bande annonce du film. Celui-ci est plus fin et plus intelligent qu’il n’y parait. Le gore (que j’ai en horreur) est totalement contenu dans les scènes de la bande annonce et, en plus, s’avère moins délirant que le résumé du film ne le laisse penser. En revanche, la description du monde judiciaire, à peine caricaturé, est rigoureusement fidèle dans les détails autant que dans l’esprit. Les explications délirantes des délinquants pour tenter de s’exonérer de leur responsabilité sont à hurler de rire, tant elles rendent compte avec justesse des discours qu’entendent quotidiennement les juges. Chaque apparition de l’avocat bégayant Maître Trolos (incarné par Nicolas Marié)  est un morceau d’anthologie. Quant à la satire des médias rendant compte des méfaits du globophage (Dupontel est accusé notamment d’avoir mangé les yeux de sa victime), elle déclenche le rire salvateur de celui qui a souffert mille morts ces derniers temps en pataugeant dans le pathos hystérique des chaines d’info en continu et qui trouve enfin dans le film une occasion de rire à gorge déployée de l’infâme cirque médiatique. La Madame Michu interrogée par un journaliste sur le globophage et qui répond que hein, bon, être assassiné c’est une chose, mais on devrait quand même avoir le droit de ne pas se faire bouffer mon bon monsieur parce que là, ça va trop loin, cette scène donne juste envie de baiser les pieds du réalisateur (non, je ne le connais pas) en inondant ses chaussettes de larmes de gratitude.

Dans la salle certains, comme moi, riaient à gorge déployée, d’autres restaient stoïques. Je parie que les rieurs avaient partie liée avec le système judiciaire.  Au fond, je crois qu’on peut rire de tout, pour peu que celui qui fasse rire ait du talent, ce qui implique notamment la finesse et l’intelligence de doser ses effets. Dupontel a ce talent-là, comme De Funès, Chaplin, Baron Cohen (un maître absolu) et beaucoup d’autres. Ensuite, pour peu que le sujet soit délicat, le spectateur rit ….ou pas. J’ai une amorce d’explication  à proposer. Il me semble que ce n’est pas une question d’intelligence ou d’humour mais d’histoire personnelle. Il faut être prêt à rire. Dans certains cas, cela suppose d’avoir atteint une certaine forme de désespoir….Que ceux qui ne rient pas se rassurent, ils n’ont pas moins d’humour que les autres, ils sont juste moins désabusés. Pour le moment.

Ah, ah, ah ….!

31/08/2013

Podcast, mon amour…

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 14:02
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J’ignore si Internet tuera le journalisme comme certains se plaisent à l’imaginer depuis des années, ce que je sais en revanche, c’est qu’il offre des facilités fabuleuses de diffusion de l’information et du savoir. On finit par y être si habitué qu’on oublie de s’en émerveiller, et pourtant…Tenez, par exemple, je furetais sur le site de France culture, à la recherche d’une émission en podcast qui pourrait m’accompagner tandis que je cuisinais, lorsque je suis tombée sur une interview du poète Salah Stétié par Frédéric Lenoir dans l’émission Les Racines du ciel. Il s’agit de la rediffusion d’une émission enregistrée en janvier  2011.  Stétié est un poète libanais francophone de religion musulmane, né en 1925, que j’ai découvert par hasard il y a quelques années en musardant dans la librairie de l’Imprimerie nationale. J’avais été attirée à l’époque par le titre d’un de ses recueils de poèmes : »L’autre côté brûlé du très pur » (Gallimard 1992). Dites le à haute voix, laissez les mots vous envahir, goutez-les…

L’autre côté

brûlé

du très pur….

(silence)

J’avais acheté en même temps :

Les fiançailles

de la fraîcheur

C’est devenu l’un de mes poètes préférés.

Dans l’émission de France Culture, on découvre grâce à lui l’histoire de Rabia, une mystique musulmane née à  Bassora dans les années 700 après Jésus Christ qui a introduit une nouvelle approche de la foi en exprimant sous forme de poésie son amour fou de Dieu, un amour emprunt empreint d’érotisme à l’époque parfaitement révolutionnaire. Une figure du soufisme qui n’est pas sans rappeler  Sainte Thérèse d’Avila chez les chrétiens. Puis l’on croise Majnoun et Leïla, les personnages de l’histoire d’amour la plus légendaire du Moyen-Orient et d’Asie Centrale. Cette relation, impossible, mène Majnoun à la folie. Alors son père l’emmène à La Mecque et lui demande de prier Dieu pour qu’il lui arrache ce sentiment du coeur et lui rende la raison. Mais en entendant le mot « Amour », Majnoun implore Dieu de faire le contraire. « Si l’amour meurt, se peut-il que je vive ? » s’interroge notre héros avant de supplier « Fais-moi à tel point d’amour arriver que si je ne suis plus demeure l’amour ». Emerveillée par l’histoire que j’entendais dans l’émission, je suis allée chercher des informations sur wikipedia  (fabuleux outil de connaissance qu’Internet) et j’ai trouvé cette anecdote  : Un jour que Majnoun est tranquillement chez lui, rêvant à son amour, un ami vient le prévenir que Leïla est devant sa porte. Le poète fou a pour seule réponse : « Dis-lui de passer son chemin car Leïla m’empêcherait un instant de penser à l’amour de Leïla. »

Et voilà. Grâce au Podcast j’entends une émission enregistrée il y a deux ans et que j’avais manquée. Le blog me permet de partager cela avec un public et d’ajouter un petit maillon à la chaine de l’intelligence. La morale de l’histoire, c’est que les médias recèlent des richesses infinies à condition de faire l’effort d’apprendre à les « consommer »…

L’émission Les Racines du ciel est diffusée tous les dimanche à 7 heures du matin sur France Culture. Les podcasts de toutes les émissions de cette radio sont accessibles ici.

11/05/2013

Prix Albert Londres 2013

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 09:17
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A tous les désespérés du système médiatique, voici ma petite prescription du week-end pour retrouver foi dans le journalisme. Il s’agit des lauréats du Prix Albert Londres 2013.

En presse écrite, c’est une journaliste du Nouvel Observateur, Doan Bui, qui est récompensée pour un reportage publié le 10 mai 2012 sur l’immigration clandestine entre la Grèce et la Turquie. Vous pouvez lire l’article ici.

Le deuxième journaliste primé est Roméo Langlois, ex-otage des FARC, pour son reportage « Colombie : à balles réelles ». Vous pouvez le visionner ici.

On notera au passage que ce qui est considéré comme un travail de qualité par la profession ne se confond hélas pas avec ce qu’un éditeur de presse juge « vendeur ».

08/04/2013

Et si nous assistions au printemps du journalisme ?

Filed under: Coup de chapeau !,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 10:29
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Il aura fallu l’aveu, après des mois de menaces et de dénégations, pour que l’affaire Cahuzac éclate enfin. Jusque là, les révélations du site Mediapart sentaient le souffre. Elles sortaient d’une drôle d’officine journalistique menée par un grand nom de la presse certes, Edwy Plenel, mais un homme un brin inquiétant aussi. Qui sait à quels excès peut mener le feu sacré que l’on voit briller dans ses yeux ? Et puis tout ceci venait d’Internet, le média sulfureux par définition. L’aveu de Cahuzac n’a pas fait que sceller son destin judiciaire et politique, il a aussi offert (enfin ?) à Médiapart sa place dans le paysage journalistique français. Tous les médias, presse papier, télévision, radio, en France mais aussi à l’étranger et en particulier en Suisse enquêtent, relaient, sortent de nouvelles informations. Médiapart est même devenu un sujet de Une pour Libé. Du côté du politique, on doit maudire Plenel d’avoir ouvert la boite de Pandore. Du côté des médias, on se sent soudain saisi d’ivresse. Ainsi donc, nous voici en passe de nous libérer du joug infernal de cette communication officielle qui avait fini, avec le temps et surtout l’importance phénoménale des moyens déployés, par faire de l’information une bouillie indigeste  de marketing, « d’éléments de langage » et de langue de bois. L’aveu de l’ex-ministre du budget est une gifle pour le journalisme traditionnel à la française, ses confidences en off, sa foi dans la parole politique, ses relations  incestueuses avec le pouvoir. Il révèle au fond avec une violence incroyable la mort annoncée d’un rapport de la presse a ses sources fondé sur une relative confiance que d’aucuns appelleraient « connivence ». A l’évidence, on ne peut plus croire personne sur parole. Comment avions-nous pu oublier le premier commandement de notre métier, à savoir douter, de tout, toujours ? Si Jérôme Cahuzac a fait une bonne chose dans cette affaire, c’est de rappeler cela à chacun d’entre nous.

Et maintenant, est-on tenté de se demander ? Essayons de voir au-delà du scandale, de se projeter dans l’après, quand l’affaire aura cédé la place à d’autres événements d’actualité. On peut imaginer confier les rênes du journalisme d’investigation à Médiapart qui deviendrait ainsi notre agence d’enquête, au même titre que nous avons, avec l’AFP, une agence de presse. Il n’est pas impossible d’ailleurs que ce soit le rêve secret de son fondateur. Ce serait déjà une avancée même si un tel pouvoir confié à l’un d’entre nous devra nécessairement susciter la réflexion. Par exemple sur ce que Daniel Schneidermann appelle la « tentation de la surpuissance ». Mais en écoutant Fabrice Arfi, le journaliste de Médiapart à l’origine de l’affaire Cahuzac dans l’excellente émission d’@si mise en ligne vendredi, on songe qu’un autre avenir, plus intéressant, est possible. Sur le plateau, une discussion s’est engagée à propos du journalisme d’investigation avec un confrère de France Inter (Benoit Collombat) et une consoeur de Challenges (Gaëlle Macke). Jusqu’ici, le journalisme d’enquête est réservé à des équipes dédiées (et souvent peu étoffées) dans les rédactions. Il est aussi plus ou moins cantonné à la presse écrite, même si des journalistes comme Benoit Collombat, tentent d’en imposer la culture à la radio. Et si Fabrice Arfi avait raison de remettre en cause ce mode d’approche ? Pour lui, le journalisme d’investigation n’est pas d’une essence différente, c’est chacun d’entre nous qui doit revêtir ce rôle là. Je pense qu’il a raison. Aujourd’hui grâce à Internet, l’information est largement disponible pour le grand public. Le journaliste n’est plus guère l’intermédiaire obligé entre la source et sa cible que dans des cas très résiduels. Quant à l’information, elle ne sort plus que soigneusement maquillée par des armées de communicants. Il apparait donc évident que l’avenir du journalisme est dans le démaquillage, le doute, la vérification. En ce sens, Médiapart ne serait pas l’ovni, le média à part, le singulier, mais le pionnier d’une nouvelle culture journalistique.

Fantasme, songeront certains. Je ne crois pas. Car ce qui ressemble bien à un printemps des médias n’est finalement que la révolution annoncée depuis des années par l’arrivée d’Internet. Quand j’ai ouvert ce blog en 2008, les réflexions les plus avancées sur Internet, les plus utopiques aussi, prédisaient la mort de la presse papier et, avec elle, celle du journalisme. C’en était fini disait-on des médias officiels et corrompus, de leur monopole sur l’information et du reste. Nous entrions dans l’ère du journalisme citoyen. Je n’y croyais pas à l’époque, même si je partageais l’angoisse des lendemains économiques difficiles liés à l’émergence d’un média exigeant la gratuité dans une industrie largement en panne d’idées neuves. Nous ne pouvions pas disparaître, mais le choc allait immanquablement obliger à réfléchir. Nous y sommes. Aux côtés de Médiapart qui ranime la flamme des chiens de garde de la démocratie, des initiatives comme celles de XXI (et son remarquable Manifeste pour un autre journalisme) ou de Polka offrent un nouveau destin au grand reportage et au photojournalisme, autrement dit à la presse de qualité sur papier. Dans le même temps, une spectaculaire coopération internationale entre organes de presse, au travers de l’ICIJ, a révélé la semaine dernière le scandale des paradis fiscaux surnommé l’Offshore Leaks. Sans compter bien sûr tous les projets de pure players sur Internet qui ne manqueront pas d’éclore dans les années à venir. La question de la rentabilité de la presse dans ce nouveau paysage n’est évidemment pas réglée, loin s’en faut. Tous les jours ou presque, j’apprends la disparition d’un journal, les difficultés économiques d’un média. Pour les journalistes, la situation n’a sans doute jamais été aussi périlleuse économiquement. Mais si nous retrouvons l’âme de notre métier, nous aurons accompli l’essentiel du chemin vers une renaissance…

10/03/2013

Ces avocates qui changent le monde

Filed under: Coup de chapeau !,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 13:05
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9782259220170Toujours dans l’esprit de remonter le courant Iacub, (eh non amis lecteurs, je ne lâcherai pas ce combat-là !), il me parait important d’évoquer ici la parution d’un livre signé par le Bâtonnier de Paris Christiane Féral-Schuhl– on dit « le Bâtonnier », en réalité c’est la deuxième femme à diriger le barreau parisien après Dominique de La Garanderie -. A l’attention des geeks, je signale qu’elle est aussi spécialiste de droit informatique.

Dans Ces femmes qui portent la robe, édité chez Plon le 8 mars à l’occasion de la Journée de la Femme, elle dresse le portrait de 20 avocates dans le monde, depuis  Shirin Ebadi, jusqu’à Christina Swarns en passant par Christine Lagarde, Hillary Clinton et Karinna Moskalenko. C’est l’occasion de décrire les parcours exceptionnels de ces figures qui ont su se battre pour s’imposer. Certaines ont accédé aux plus hautes fonctions, d’autre  ont risqué leur vie et continuent de le faire, simplement parce qu’elles sont attachées jusqu’au fond du coeur à la défense des droits et des libertés. J’avoue ma préférence pour les secondes même si le parcours des premières est exemplaire. Le Barreau de Paris a permis à la presse d’en rencontrer certaines  jeudi matin. Un moment d’une rare qualité humaine.

Qu’elles aient la rage au coeur comme Shirin Ebadi ou bien l’humour distancié de Karinna Moskalenko, toutes ont en commun la même énergie pour se battre dans des régimes où le fait d’être avocat et femme constitue une double faute qui peut mener à la prison et parfois à la mort. Peur ? Oui, elles ont peur, c’est normal, mais ça ne les empêche pas d’avancer. L’Obs n’en fera pas sa Une, il n’y a là ni cul, ni politique. Juste des modèles, des vrais, très en-dessous du radar à fric d’une certaine presse. Des femmes pour qui le mot « liberté » a le goût sinistre du sang et non pas celui frelaté du sexe courtisan, des femmes dont les mots ne révèlent pas des secrets d’alcôve, mais sauvent des vies. A chaque société ses combats et ses valeurs…Je n’aime guère l’approche sexuée qui consiste à diviser le monde entre les hommes et les femmes au point d’en oublier notre condition humaine première et commune, mais l’histoire de chacune d’entre elles montre en filigrane qu’il existe bien une approche féminine de l’existence. Et que celle-ci est infiniment précieuse à l’équilibre des choses lorsqu’elle s’exprime en affirmant une vision du destin de l’humanité, plutôt que seins nus pour conquérir une sotte revanche sexuelle sur les hommes.

A lire pour se donner des raisons de croire en l’existence d’un monde plus complexe et infiniment plus intéressant que celui dépeint pas certains médias parisiens. Je le recommande aussi à mes confrères journalistes, car ils y trouveront des similitudes entre le journalisme – le vrai bien sûr – et le métier d’avocat. Et même une étrange fraternité dans la capacité à s’indigner face à l’injustice et l’impérieux besoin de la dénoncer.  Les droits tirés de la vente de l’ouvrage seront entièrement versés à la fondation du barreau de Paris. Quand l’élégance s’allie à l’intelligence de l’essentiel…

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