La Plume d'Aliocha

28/09/2013

Le bonnet de l’accusé

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 21:16

Une cour d’assises, quelque part, un certain jour de l’année 2013 en début de soirée. Dans le box des accusés, abrité par une vitre blindée, des hommes assis. Tous sont vêtus de sombre. On sait qu’il y a trois accusés, les six autres sont donc des gendarmes. Deux gardiens par personne, c’est la règle, plus le chef, qui entre et sort, le torse enserré dans un gilet hérissé d’objets de guerre impossibles à identifier par le profane. Ils ont à peu près le même âge, la même coupe de cheveux, surtout ils dégagent la même dureté, de sorte qu’il est difficile de distinguer le bandit du policier. Au milieu se tient assis, immobile, un homme très grand, au visage osseux et légèrement verdâtre. Il est coiffé d’un bonnet, enfoncé jusqu’au yeux. Malgré cela, on aperçoit encore de longues joues creuses, un menton qui n’en finit pas, un nez comme une lame. Tandis que les débats se trainent en longueur, je l’observe. Il est fascinant d’immobilité. On dirait l’un de ces grands reptiles proches du minéral et dont on ne découvre qu’ils sont vivants qu’à l’instant fugitif et mortel où ils happent leur proie. Il est glaçant. Soudain, l’audience sort de son ennuyeuse litanie, les avocats s’agitent, la mécanique un brin lénifiante du jeu de questions/réponses à peine audibles est grippée, l’humain déborde de la procédure. On s’ébroue, il est temps d’envisager de clore la journée. Au milieu de l’agitation, la présidente de la cour s’émeut soudain que l’accusé porte un bonnet. « Eh bien Monsieur, vous avez comparu jusqu’ici tête nue, qu’est-ce donc que ce bonnet que vous arborez depuis ce matin » et tandis qu’elle lance « veuillez l’ôter » avec autorité mais sans colère, l’homme a déjà passé la main sur sa tête et arraché l’objet du délit d’un mouvement de prestidigitateur. Ou de crocodile. Et l’on ne sait plus très bien si la surprise nait de la vivacité toute reptilienne avec laquelle il a obtempéré ou du drôle de sourire confus de gamin grondé par la maîtresse qui, soudain, est venu illuminer ses traits. Et l’on se surprend à songer que ce visage, qui condamnait par avance son malheureux propriétaire, a pris subitement la couleur de l’innocence par la seule grâce d’un sourire.  C’est peut-être cela l’art de défendre, une affaire de lumière, comme la beauté…Ah, qu’ il doit être difficile de juger !

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09/09/2013

Analectes

Filed under: A propos du blog,Choses vues,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:25
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J’ai titré « analectes » comme j’aurais pu choisir « spicilège »…ça ne vous dit rien ? Et « silves » ? Rien encore ? Si je vous précise que tout ceci est synonyme de « varia », sans doute allez-vous commencer à sentir le sens…Miscellanées ? Vous y êtes ! Notez, je fais ma maligne (avec un « g » maligne » on a tendance à l’oublier), mais  comme tout le monde, je suis passée de l’ombre de l’ignorance à la lumière du savoir en googlisant le mot « Miscellanées » – Ah, les miscellanées de M. Schott – et en tombant sur wikipedia. C’est fou entre nous ce que l’encyclopédie en ligne peut fabriquer comme savants instantanés. Loin de moi l’idée de le lui reprocher mais enfin bon, il y a ceux qui savent parce qu’ils ont travaillé leur sujet et les rigolos dans mon genre qui assènent leur science toute fraîche…C’est tout de même pas pareil.

Toujours est-il que face au flot d’informations à partager, je n’avais que deux solutions : laisser tomber ou bien  opter pour un billet fourre-tout. J’ai choisi la deuxième solution. Au passage, la date du 9 septembre n’est pas anodine. WordPress m’informe que c’est le 5ème anniversaire du blog. Champagne !

Voici donc, dans le désordre, les pépites de la semaine :

AuFait_003_Couv_BDDans vos kiosques : Au hasard, j’ai acheté Au fait une nouvelle revue inspirée de XXI, un mook donc (contraction de magazine et de book). Hum….La couverture attire l’oeil, la base line (devise, en français) – « Le magazine qui ralentit l’actualité » – séduit l’esprit, le sommaire intéresse (Une enquête sur Michel Pébereau et une interview de Marcel Gauchet). Mais, le prix refroidit : 7,90 euros. Pour un mensuel, certes de 78 pages mais quand même, qui ne contient que deux dossiers (l’enquête et l’interview susmentionnées) et absolument rien d’autre, c’est beaucoup trop cher. Vraiment beaucoup trop. Un journal papier, c’est une photographie du monde à un instant « t ». Le monde en question peut être la planète pour un newsmagazine ou le petit cercle des jardiniers ou des amateurs de cigares dans la presse spécialisée, peu importe, il faut y trouver plein de choses dans son journal, sous plein de formats, rédigé par plein de plumes, sinon, ça s’appelle un livre. D’ailleurs les auteurs de « Au fait » en sont conscients puisqu’ils disent eux-mêmes qu’ils se positionnent entre le livre et le journal. Hélas, trop près du livre…Accessoirement, sur le prix – dissuasif ou pas –  des livres, les observations fort intéressantes d’Orwell à lire ici.

En revanche, je signale la présence de Causeur en kiosque. Si les premiers numéros vendus sur abonnement sentaient la maquette fabriquée par l’imprimeur (affreuse), celle du numéro 5 que j’ai en main est parfaitement respectable à défaut d’être ébouriffante d’originalité. Le dossier intitulé « La santé ou la vie » s’inscrit dans le prolongement de nos discussions sur la cigarette, les papiers sont de bonne tenue, le rythme est dynamique. Pour un peu je vous dirais : bon sang de bonsoir, et si nous assistions à la naissance d’une presse de droite ? Il y a Le Figaro me direz-vous. Oui, et puis rien. Avec Causeur, ça peut faire deux. Et si l’on ajoute L’Opinion qui justement fait de la publicité dans Causeur, ça pourrait même faire trois (à condition qu’on m’explique l’intérêt de vendre quotidiennement sur papier ce qu’on trouve gratuitement à chaque instant sur la toile, mais bon…).

La-Danza-de-la-Realidad_portrait_w193h257Un film : Je suis allée voir samedi La Danza de la Realidad du réalisateur, écrivain, scénariste de bande dessinée, tarologue, penseur, et tant d’autres choses encore Alejandro Jodorowsky. Je connaissais l’inoubliable romancier auteur de L’arbre du dieu pendu, mais pas le réalisateur.  C’est une décharge poétique, surréaliste, violente, déjantée, à l’image de ses livres qui mêlent le réalisme magique sud américain et l’imaginaire juif. Quelques scènes gore empêchent (absolument) d’y emmener les enfants. Pour le reste, il y a des merveilles et des horreurs, comme dans la vie  et surtout des scènes potentiellement mythiques comme s’il en pleuvait. Les fantasmes de l’auteur ne regarderaient que lui si les images qu’il propose n’étaient empreintes, pour certaines, d’une poésie qui délasse de notre ordinaire de névrosés consuméristes en proposant d’autres névroses et pour d’autres, de fulgurances de magicien inspiré. Par exemple cette reine de coupe (une carte des tarots de Marseille symbolisant l’amour ) dès le début du film qui gronde l’enfant sur la plage parce qu’en lançant des galets dans les flots, il agresse la mer. D’ailleurs, celle-ci se venge, mais chut !, je vous laisse découvrir.

Des livres : je signale aux amoureux de Muray que les éditions Descartes & Cie  publient ses dernières chroniques sous le titre « Causes toujours ».  Sinon, je recommande le pèlerinage de Compostelle vu par Jean-Claude Rufin, Immortelle randonnée.  Un de mes amis reproche à l’auteur son manque de souffle mystique. En effet, il distancie. Personnellement, j’aime ce regard clinique qui met en valeur les moment rares d’émotion et ne se leurre pas sur les difficultés, les douleurs, les questions et même les ridicules. Ceux qui trouvent la rentrée pesante, qu’ils se jettent sans hésiter sur le deuxième opus de Zoe Shepard, Ta carrière est finie ; contrairement aux avis que j’ai pu lire, je le trouve aussi bon que le premier, c’est-à-dire à hurler de rire. Et comme en ce moment j’ai décidé de m’amuser, je recommande également mon livre de chevet  :  Pierre Dac, L’Os à Moelle (Omnibus).

Un site : justement, pour ceux qui en ont marre des médias, et dans le prolongement de Pierre Dac, je signale  Le Gorafi qui se livre à une parodie jouissive des sites de presse. Des gens capables de concevoir un article qui dit que « 79% des français refusent de répondre aux sondages » sont non seulement de dignes héritiers de Pierre Dac, mais mériteraient d’être élevés au rang d’antidépresseur recommandé par la faculté de médecine. Mieux, je propose d’instituer une bande défilante en bas des chaines d’information continue et des sites de presse recommandant la lecture du Gorafi au même titre que la consommation de 5 fruits et légumes par jour est évoquée pour contrer les méfaits de la nourriture industrielle.

Le saviez-vous ? : l’expression « peigner la girafe », qui signifie au choix faire quelque chose de long et inutile ou ne rien faire du tout, pourrait être une référence à la girafe offerte par le roi d’Egypte à Charles X. L’élégant animal, hébergé au Jardin des Plantes, avait en effet un soigneur attitré dont la mission consistait notamment à la peigner tous les jours. C’est déjà savoureux, mais en approfondissant mes recherches, j’ai découvert que dans d’autres pays, on exprimait la même chose en disant « faire des trous dans l’eau ». Magique.

Que faire d’intelligent de son temps libre, à part des trous dans l’eau ?  Du 17 septembre au 30 octobre, le Forum des Images propose un cycle intitulé Qui fait l’info ? Voici la liste des films qui seront projetés. Elle ne comprend aucun de mes films cultes….(Pour les curieux : 1000 milliards de dollars, Salvador, Harrison’s Flowers).

La pétition : Reporters sans frontières s’inquiète de la censure au Vietnam et lance une pétition pour obtenir la libération de 35 blogueurs. Christophe Deloire, le secrétaire général de l’association (et accessoirement auteur de Sexus Politicus) interpellera le premier ministre vietnamien le 25 septembre prochain. Il faut donc s’intéresser au sujet d’urgence. C’est par ici.

Le plaisir : Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro, pratique aussi la chronique gastronomique pour notre plus grand bonheur. La tarte aux fraises par exemple est, sous sa plume, « rouge et haute comme un autobus londonien ». On l’embrasserait tant  son style est aussi savoureux que son sujet ! Je n’en mets qu’une seule en lien, mais il en a écrit d’autres, il faut fouiller sur le site du Figaro.

L’analyse : un grand merci à Kaeldric pour avoir déniché un remarquable texte d’André Gorz « Le journalisme, cette pensée sans sujet » dans lequel l’auteur dépeint le métier avec une jouissive lucidité : « C’était ça qu’il trouvait pénible : mobiliser toutes les ressources de sa pensée pour produire une pensée dont sa pensée fût absente; forger avec les mots de tout le monde une micro-histoire qui ne devait être son produit que par la réussite technique plus ou moins grande de sa mise en forme. «Je n’existe pas», proclama un jour une pancarte collée avec du scotch sur la porte vitrée d’un bureau. La consigne, inconsciente de son ironie sinistre, résumait bien la condition de journaliste. «Ce que tu penses, on s’en fout, avait dit Phil. C’est pas pour ça qu’on te paie.» »

28/06/2013

Les veilleurs, un défi au système médiatique

Filed under: Choses vues,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:48

Il y en a des choses qui se passent sous le radar médiatique. Tenez, par exemple, le mouvement des veilleurs. J’en ignorais tout,  jusqu’à un matin de cette semaine, j’ai oublié lequel, où en traversant comme à mon habitude la Place Vendôme pour rejoindre mon bureau, j’ai observé une poignée d’hommes et de femmes debout devant la Chancellerie. Tous regardaient dans la même direction et semblaient attendre on ne sait trop quoi. Quelque chose d’indicible les unissait et pourtant ils étaient à distance les uns des autres et ne se parlaient pas. Etonnée, j’ai tapé « Place Vendôme » sur Twitter en arrivant au bureau et j’ai découvert que c’était des veilleurs. Si j’ai bien compris, ils s’inscrivent dans la lignée de la Manifestation pour tous, mais protestent également contre la condamnation de l’un des leurs, prénommé « Nicolas ». Toujours sur Twitter, j’ai découvert que ce mouvement ne se se limitait pas à la Place Vendôme. Il y avait d’autres Veilleurs, devant le Palais de justice, sur le trottoir en face de l’Elysée, Place de la République…Mieux, les veilleurs s’organisaient aussi en province et même en Europe. J’ai donc cherché sur Google des articles. Il y en avait dans la presse quotidienne régionale, mais rien au niveau national, et rien donc, concernant Paris. Que les habitants des régions me pardonnent, je ne suis pas responsable de l’excessive centralisation de notre pays et ne m’y associe d’ailleurs aucunement. Mais c’est ainsi. Si la presse nationale ne relaie pas ce qui se passe à Paris, la capitale devient alors sourde et muette. Surtout si même le Parisien se tait.

20 veilleurs, 10 cars de police

Mercredi soir, j’ai entrainé avec moi un copain sur la place. Tu vas voir, lui dis-je, toi le subversif, le rebelle, l’insoumis, le provocateur, tu vas aimer.  Il ignorait tout de l’affaire bien qu’il passe ses journées à s’informer sur Internet, au point qu’il en sait plus que moi sur l’actualité et sur tout d’ailleurs alors qu’il n’est pas journaliste. Nous étions en voiture. Un policier en mobylette nous a interdit l’accès à la place. Il faut dire qu’une colonne de cars de CRS (ou de gendarmes, je ne les différencie pas) commençait à l’investir et que notre minuscule véhicule s’était faufilé avec insolence dans le convoi. Nous faisions désordre. Surtout que mon subversif camarade faisait de grands gestes aux conducteurs des camions, tantôt pour les sommer de se pousser, tantôt pour se foutre ouvertement de leur gueule. L’animal est ingérable et je commençais à avoir des sueurs froides. « Je veux voir ça me lance-t-il, tout en se garant d’un coup de volant enthousiaste dans une place miraculeusement libre rue St Honoré. Et nous voici bondissant du véhicule pour nous jeter au coeur de l’événement. Les CRS commençaient à descendre des cars, équipés en robocop, certains étaient allongés sous un camion, visiblement embarrassés par une panne. Subversif Premier, remonté comme un coucou suisse par cette adrénaline de terrain de guerre,  a commencé à  interpeler les forces de l’ordre avec son ironie habituelle sur le thème classique « vous n’auriez pas mieux à faire ailleurs ». Fort heureusement, avec sa queue de cheval et son look globalement étrange, ils l’ont pris pour un SDF aviné et ne lui ont opposé qu’un souverain mépris. « Ah ben il est en forme celui-là » ai-je même saisi au vol, ce qui ne m’a rassurée qu’à moitié sur l’issue de notre équipée sauvage. Il est vrai qu’ ils n’étaient pas venus pour lui, mais pour les Veilleurs, dont à l’évidence mon camarade agité ne pouvait faire partie. Ceux-là avaient investi  la place. Ils se tenaient debout, espacés les uns des autres de quelques mètres. Bien alignés. Silencieux. Immobiles. Ils étaient à peine une vingtaine. Face à eux, dix cars de  CRS. Quelques touristes italiens se sont approchés d’un CRS pour savoir de quoi il retournait. Je n’ai pas entendu sa réponse. Il régnait une ambiance étrange. Tant de policiers sur équipés pour si peu d’hommes et de femmes debout et silencieux. Et au nom de quelle loi ? Les réponses officielles ne sont guère convaincantes. J’ignore la suite. Attrapant mon provocateur ami par la manche, je l’ai sommé d’arrêter ses âneries et nous sommes partis. Doté d’un instinct très sûr du rapport de force, je crois qu’il avait compris tout seul qu’il ne fallait pas chauffer davantage les policiers.

Une marée silencieuse

Les veilleurs étaient encore là jeudi et vendredi Place Vendôme. C’est comme une marée. Ils sont quelques uns le matin, plus nombreux à midi, puis la vague reflue et ils reviennent le soir. Toujours debout, silencieux, immobiles. C’est incroyable comme leur attitude attire l’attention. Quand tout le monde marche du fameux pas pressé du parisien, ils s’arrêtent. Au milieu du bruit et de la fureur de la capitale, ils se taisent. Absolument. Non seulement ils ne parlent pas (et encore moins ne crient), mais ils n’arborent ni pancarte, ni tee shirt siglé, ni quelque message écrit que ce soit. C’est le silence absolu. Ils sont juste là, immobiles, troublants de détermination. Ne cherchez pas d’articles de presse sur les Veilleurs de la Place Vendôme ou d’ailleurs à Paris. Il n’y en a pas. La cause n’est pas juste, médiatiquement parlant. Le silence et l’immobilité ne font pas de bons sujets. Ils n’ont pas de leaders (en tout cas à ma connaissance) pour organiser des conférences de presse.  Sans image et sans discours, il n’y a pas de sujet possible pour les journalistes. En ce sens, les veilleurs sont profondément subversifs. Si un artiste les croise, quelque part à Paris, je l’invite à s’arrêter et à regarder. C’est un spectacle fascinant. Il suffirait que leur cause soit à la mode pour que les médias du monde entier les observent avec émerveillement. Seulement voilà, on ne regarde jamais que ce que l’on veut bien voir.

26/06/2013

Variations sur le relativisme

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 21:45
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C’est fascinant, le relativisme de notre société. Tenez par exemple, lors de son audition aujourd’hui par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale Jérôme Cahuzac a précisé qu’il « n’avait pas transgressé deux tabous au moins » :

– il n’a pas juré sur la tête de ses enfants contrairement, dit-il, à ce qui a été écrit (où ? Par qui ?  Je n’en sais rien, mais bon, s’il le dit…),

– il n’a pas menti par écrit à son administration.

Je propose donc qu’on ajoute aux projets de loi sur la transparence et la moralisation de la vie publique en cours de discussion une disposition exigeant que chaque politique précise en quoi il croit, histoire qu’on sache un peu où se situe la frontière morale de chacun puisque, à l’évidence, il n’existe plus de morale commune. C’est juste au cas où l’on se trouverait de nouveau dans l’obligation d’interroger un ministre sur un compte en Suisse. S’il n’a pas mentionné son amour des enfants et qu’il jure sur la tête de ses gosses qu’il n’a rien fait, on saura à quoi s’en tenir. Sinon, on risque de nouvelles déconvenues sur l’efficacité des lois que l’on vote.

Unknown-1Alors que je sortais du bureau, épuisée d’avoir écouté ces billevesées, j’ai traversé comme à mon habitude la Place Vendôme pour rejoindre le métro Opéra. Une dizaine de cars de CRS, voire plus, a attiré mon attention. Ils bouclaient la Place. Je n’aurais pas compris pourquoi si je n’avais observé la veille aux alentours de midi des individus – quelques hommes  en costume, cartable au pied, et une poignée de femmes -, qui attendaient debout, espacés de quelques mètres et sans se parler, un événement qui semblait devoir venir de la Chancellerie. D’habitude, on attend ensemble, on discute, surtout dans ce quartier de grands hôtels qui accueillent régulièrement des stars, mais là non. C’était calme et en même temps troublant. On aurait dit une toile de Magritte. Un rapide tour sur Twitter, mot clef Place Vendôme, m’a renseignée. C’était des veilleurs. Hier, ils ont été délogés, au nom de la loi que je n’ai pas trouvée sur l’excellent site Legifrance, mais qui doit sans doute interdire aux piétons de stationner sur une place. Ce soir, la même place était donc bouclée. J’ai quand même compté. Il y avait vingt personnes debout. Et dix cars de CRS pour contrer la menace. Relativisme, vous dis-je…

Note : impossible de mettre un lien vers un article rendant compte de cette manifestation d’un drôle de genre dont j’ai appris qu’elle se déplaçait dans tout Paris, seule la presse quotidienne régionale en parle, il n’y a donc rien sur la capitale, en tout cas sur Internet. 

22/12/2012

L’intelligence et la grâce

Filed under: Choses vues,détente — laplumedaliocha @ 13:18
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15952Certains savent sans doute qu’une  version restaurée du film Les enfants du paradis de Marcel Carné est sortie dans les salles et a été diffusée récemment sur Arte. Je vois les plus jeunes au fond remettre leurs écouteurs et plonger le nez dans leur smartphone en pensant « bah, un truc un noir et blanc et peut-être même pas parlant ». Allons, je l’ai pensé avant vous car imaginez-vous que je suis née après 1940 de sorte que pour moi aussi c’est vieux. Eh si !  Seulement voilà, je ne m’adresse pas ici aux heureux élus déjà conquis par le film, mais à ceux qui  pourraient passer à côté pour de mauvaises raisons. Par exemple en pensant, comme je l’ai fait au départ, que c’était un chef d’oeuvre réservé aux cinéphiles octogénaires…Néanmoins, je me suis décidée à le regarder il y a quelques semaines  sur Arte. Pas la peine de militer pour que tout le monde lâche Ruquier et passe aux choses sérieuses, si c’est pour jouer à « fais ce que je te dis mais fais pas ce que je fais », ai-je songé. Notez, j’avais pris mes précautions, trouvé un film de substitution sur une autre chaine et conclu un pacte avec moi-même : si dans cinq minutes tu t’ennuies, inutile de forcer, tu abandonnes.

Mazette ! Je suis restée collée à l’écran pendant trois heures, fascinée. Par cette vieille chose, ce classique sorti en 1945 ! Avec dans les rôles principaux Arletty, (songez donc, celle d’Atmosphère que les moins de 60 ans ont oubliée), Pierre Brasseur (oui, le grand-père d’un des policiers dans la série Alice Nevers), et ….celui qui ferait pâlir les Clooney et autres play boys du cinéma actuel…Jean-Louis Barrault, sous les traits de l’éblouissant Baptiste.

La belle Arletty vit comme un oiseau libre, sans autres ressources que les bras de l’homme qui l’aime l’espace d’un soir. Elle est convoitée par le terrible Lacenaire, séduite par Frédéric Lemaître, un comédien à succès, épousée par un millionnaire, et surtout adulée chastement par le mime Baptiste qu’elle aime aussi. « C’est si simple d’aimer », répète-t-elle tout au long du film tandis qu’elle renie son propre amour dans les bras d’hommes qui n’ont d’autre mérite que de savoir prendre ce que Baptiste se contente d’idéaliser. Baptiste, l’enfant douloureux qui se réfugie dans le rêve parce que là, il est libre, personne ne peut l’atteindre, ni lui faire du mal. Ce qui permet à ce film de rester d’actualité, note un biographe de Carné dans les excellents suppléments du DVD, c’est la liberté des personnages. On pourrait évoquer à l’infini les mérites d’un film à l’esthétique éblouissante, la finesse de la peinture psychologique, le caractère jouissif des dialogues, la galerie des personnages secondaires dont la personnalité est exprimée avec un talent comparable à celui des plus grands peintres.

Pourquoi les enfants du paradis, me direz-vous ? Parce que l’histoire se déroule dans un univers de comédiens au coeur du quartier du Temple, surnommé au 19ème siècle Le boulevard du Crime, en raison des pièces qu’on y jouait. Le paradis, ce sont les dernières corbeilles, tout en haut, qui accueillent un turbulent public populaire.  Il y a des livres – rares – dont on ne sort pas indemne. Des films aussi. Celui-ci en fait partie. Par quel miracle les mots, simplement agencés par Prévert, peuvent-ils ainsi frapper au coeur, déclencher le rire, susciter la réflexion, arracher des larmes ? Comment Carné peut-il, avec une simple caméra, exercer pareille fascination ? Quel démiurge inspiré à programmé cette rencontre-là ? Est-ce parce que le film est né de la guerre qu’il accède à cette lucidité qui serait insoutenable si elle  n’était adoucie par le rêve et la beauté ?  Toujours est-il que, pour une fois, le terme de chef d’oeuvre tellement galvaudé ne me semble pas ici usurpé. J’invite tous ceux qui ne connaissent pas le film à courir en salle – il se joue encore à la filmothèque du quartier latin – ou à visionner le DVD (livret intéressant, suppléments aussi). Les autres à visiter l’exposition que lui consacre la cinémathèque (jusqu’au 21 janvier). Et je signale au passage que Gallimard édite le scénario original. Les enfants du Paradis a été sacré Meilleur film de tous les temps à l’occasion du centenaire du cinéma en 1995 par un jury d’historiens et de journalistes. Sur 20 000 longs métrages tournés entre 1944 et 1994, il a recueilli 688 voix sur 822.

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05/12/2012

Le petit procès de la finance folle

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 09:08
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Le trader Boris Picano-Nacci comparait devant le tribunal correctionnel de Paris pour abus de confiance depuis lundi. Il est accusé d’avoir fait perdre 751 millions d’euros à Caisse d’Epargne en octobre 2008, soit quelques mois après la révélation des pertes de Société Générale imputées à Jérôme Kerviel. Et c’est le même procès, en tout petit. Dès le départ, les conseils du trader, édifiés par le cataclysme Kerviel qui venait de se jouer la même année ont décidé de ne pas adresser la parole aux médias. Plutôt bien vu. Le résultat, c’est qu’il n’y a pas de forêt de caméras et de micros pour les accueillir à l’entrée de la salle. Il est vrai que l’affaire est jugée  dans la  11ème chambre correctionnelle. Pour la trouver, il faut connaître, ou bien avoir été scout et être capable d’explorer les tréfonds d’un bâtiment ancien au plan tarabiscoté. Nous sommes trois journalistes en tout et pour tout : l’AFP, Les Echos et la blogueuse. C’est pas beaucoup. Hier, il y en avait plus, regrette une pimpante greffière au brushing impeccable dont on aperçoit le pantalon de cuir noir sous la robe. Hélas, ne juge pas Kerviel qui veut ! Sur les bancs réservés au public, on ne se bouscule pas non plus.

A droite quand on fait face au tribunal, a pris place l’avocat de la Caisse d’Epargne. C’est Jean Reinhart, l’un de ceux qui défendaient  Socgen dans l’affaire Kerviel, d’où une étrange sensation de déjà vu. De l’autre côté, le trader. Taille moyenne, cheveux très courts, yeux bleus, nez à la Cyrano. Le tribunal n’est pas encore là, alors il tourne en rond, il observe, visiblement inquiet. Son avocat, Martin Reynaud, semble n’avoir pas trente ans. Grand, mince, il a le regard enflammé des gravures d’un autre temps représentant le monde judiciaire. Ses cheveux bruns coupés au carré lui donnent un air de fils de bonne famille. Le procès Kerviel frisait l’hystérie, celui-ci a le charme de l’intimité. Pour un peu, on se croirait dans un salon.

Voici qu’entre le tribunal, il est présidé par une femme. A ses côtés, un assesseur en robe, un autre en costume de ville. « C’est un juge de proximité » me murmure à l’oreille ma voisine. Décidément, dans cette affaire, on fait tout en plus petit. La présidente appelle le trader. Il se lève et s’aggrippe à la barre. Ses mains tremblent.  Et l’on se souvient par contraste de la fière allure de Jérôme Kerviel. De son masque impénétrable de trader rêvé et un tantinet surjoué. Celui qui fait face au tribunal est dans ses petits souliers. La présidente quant à elle ne dissimule pas l’irritation que lui inspire le jargon de la finance, et moins encore son ignorance. Alors le prévenu lui explique – il est mathématicien de formation – les concepts de put, de call, de tunnel haussier et même de thêta. Et le tribunal traduit à haute voix dans des mots plus simples. Au début on s’interroge : pareils néophytes sont-ils vraiment en mesure de juger un dossier financier ? Et puis on songe que ça n’est pas si mal après tout d’obliger ces gens-là à s’exprimer clairement. Soudain la finance s’éclaire, ce n’est jamais au fond qu’une histoire de choux et de carottes que des matheux un peu dingues auraient compliquée par jeu. Là encore, on se croirait au procès Kerviel, peut-être parce que c’est aussi et toujours un peu celui de la finance.

L’avocat de la défense intervient avec la délicatesse d’un concertiste. Il s’associe à l’ignorance du tribunal, pose des questions douces pour comprendre, dont on mesure l’habileté quand le prévenu répond et que l’on s’aperçoit qu’une idée un peu trop rapide vient d’être corrigée. Par exemple lorsque le trader explique qu’en septembre 2008, il décide de miser sur Lehman Brothers.

Un assesseur interloqué : vous avez parié sur une entreprise dont vous saviez qu’elle était en difficultés ? Mauvais point pour le trader. Dans l’esprit des juges, l’idée parait absurde, mais à l’époque dans la finance, nul n’imaginait que les Etats-Unis laisseraient la banque faire faillite. Too big to fail, comme on dit, on ne tue pas les gros, leur importance est vitale.

L’avocat dissipe le malentendu : c’était un pari, vraiment, au sens 50% de chances de gagner ou de perdre ?

Non, répond le prévenu, Lehman Brothers ne pouvait pas faire faillite.

Mais Lehman Brothers a fait faillite…. C’est le coeur du dossier. Caisse d’Epargne avait décidé quelques mois plus tôt de cesser le trading pour compte propre, autrement dit le trading avec les fonds de la banque. On avait donc demandé aux traders de solder les positions avant la fin de l’année 2008. Seulement voilà, on ne bazarde pas ses investissements comme ça, il faut y aller en douceur, attendre le moment propice, couvrir ses positions. C’était le rôle de Boris. Et tout aurait pu se passer à peu près bien si le naufrage Lehman Brother n’avait déclenché, le 15 septembre de cette année-là, un véritable séisme. Ce qu’on reproche au prévenu ? Dans un marché devenu fou furieux, d’être sorti de son mandat durant quelques semaines tout au plus, d’avoir joué, et perdu. Comme dans l’affaire Kerviel, le trader se défend d’avoir trompé sa hiérarchie et les contrôles. Comme dans l’affaire Kerviel, ceux-ci se sont avérés lourdement défectueux, d’ailleurs la Commission bancaire a frappé. Comme dans l’affaire Kerviel encore, la cession de positions qualifiées de gigantesques a creusé un trou affolant dans les comptes. Tout est relatif, ici il s’agit de 751 millions, mais l’écureuil n’a pas la même surface que la banque rouge et noire. A l’inverse de l’affaire Kerviel, le trader avoue qu’il a pris de mauvaises décisions, c’est même un leitmotiv chez lui, d’ailleurs il a prévenu ses supérieurs et démissionné. Quand il est parti, il perdait 130 millions, au final, la perte avoisine le milliard.

Et l’on se prend à rêver d’une relaxe, pour des raisons judiciairement irrecevables. Parce qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec l’affaire Kerviel. Parce qu’il ne s’agit « que » de 751 millions et que la crise nous a appris à raisonner en milliards. Parce que le jeune homme tremble à la barre. Parce qu’il a caché ses pertes dit-on, mais un peu seulement. Songez donc, il n’y a que 10 millions d’écart entre ce qu’il a dit et la réalité ! Parce qu’il a démissionné de lui-même. Parce qu’il n’a pas fait la victime sur les plateaux de télévision, ni sorti de livre. Parce qu’on voit bien qu’il a honte de sa faute professionnelle. Parce qu’on se sent prêt à lui pardonner d’avoir dit à un collègue, quand tout allait bien encore : « j’ai pris la plus belle et la plus dangereuse position de ma vie. C’est un énorme coup de poker. Si Lehman ne fait pas faillite, je serai le King of Paris ». A la barre, il n’est le king de rien du tout. Il a perdu.

24/08/2012

My nouveau téléphone is very dangerous

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 22:28

On savait que le téléphone portable au volant était dangereux. A lire les consignes de sécurité insérées dans le joli coffret abritant mon nouveau Samsung multi-fonctions (oui, j’ai enfin réussi à acheter un téléphone moderne !), je découvre que l’objet est une véritable bombe en puissance, en tout cas pour le consommateur type auquel s’adresse la notice et qui semble plus décalé encore avec la modernité que le fameux Jacouille la Fripouille des Visiteurs. Le dealer de dope technologique qui m’a vendu le plus légalement du monde cette came du diable a osé me dire : « Inutile de lire la notice, elle sert à rien ». Peu importe lui ai-je répondu, je la lirai quand même. Bien m’en a pris, car j’ai découvert la liste quasiment infinie des risques attachés à l’utilisation de l’objet.

Florilège (1) :

« Eteignez le téléphone dans les lieux présentant des risques d’explosion » indique le mode d’emploi qui précise qu’il ne faut pas stocker de liquides inflammables dans le même habitacle que le téléphone. Ah ? Mais des liquides inflammables, j’en ai des tas dans mon « habitacle », à commencer par les produits ménagers, le dissolvant pour mes ongles et autres substances du même genre. Le téléphone dormira donc sur le palier. Je m’en vais prévenir la gardienne de ce pas que je détiens une bombe en puissance et qu’il est hors de question qu’elle utilise le produit à vitres (à base d’alcool) à proximité de  l’objet. On n’est jamais trop prudent.

« Ne conservez pas votre téléphone dans des endroits chauds ou froids » : J’avoue que cette consigne m’a laissée rêveuse car éviter les endroits chauds ou froids parait compliqué en première analyse. Heureusement, le fabricant  s’explique : la bonne température pour mon nouvel ami est comprise entre -20 et +50 degrés celsius. Ouf ! Pour le congélateur c’est OK, en revanche, je ne pourrai pas l’emmener au sauna, ce qui m’ennuie un peu…Imaginons que j’ai un malaise, eh bien il me sera impossible d’appeler les pompiers et je grillerai sur les planches en bois comme une merguez. Triste fin.

« Ne conservez pas votre téléphone à proximité ou à l’intérieur de radiateurs, de fours à micro-ondes, d’équipements de cuisine chauffants » : entre nous, il ne m’était pas venu à l’esprit de me glisser dans les tuyaux du chauffage ou de me rouler en boule dans le four pour téléphoner. Il faut croire que d’autres ont eu à la fois cette étrange idée et les aptitudes physiques pour la mettre en pratique.  Saluons les auteurs très pointus de ces prescriptions qui pensent à tout, y compris à la communauté des contorsionnistes de haut niveau. Hélas, on ne peut jamais tout prévoir. Tenez, moi par exemple, pour accueillir mon nouveau camarade high tech, j’ai transformé le micro-onde dont je ne me sers jamais en petit appartement avec lit, fauteuil, tapis Boukhara etc. Dois-je renoncer à l’installer convenablement dans ses nouveaux locaux ou bien le micro-onde, dès lors qu’il est éteint, constitue-t-il un lieu acceptable d’hébergement  ? La notice ne précise pas si le matériel chauffant est dangereux en soi ou seulement quand il chauffe. Je pense que je vais écrire au fabricant, c’est plus prudent. En attendant, je lui laisserai mon lit (au téléphone, pas au fabricant) et je prendrai le canapé. A la guerre comme à la guerre…Mais non, j’y pense, il est condamné à séjourner sur le palier, produits ménagers inflammables oblige. Suis-je bête ! Il sera toujours temps de déménager le micro-onde devant la porte de mon appartement si le fabricant m’autorise à l’installer dans un micro-onde éteint (et débranché).

« Ne laissez pas tomber votre téléphone » : vu le prix qu’il m’a coûté, il y a peu de chances que je l’abandonne  sur une aire d’autoroute.

« Ne mordez et ne portez pas à votre bouche le téléphone ou la batterie ». Fichtre ! Je dois avouer que l’idée de mordre mon téléphone ne m’était encore pas venue à l’esprit. Il faut croire qu’il y a déjà eu des cas puisque les prudents auteurs de la notice prennent la peine de le préciser. D’ailleurs, ils ajoutent, pour qu’on comprenne bien : « mordre ou porter le téléphone ou la batterie à votre bouche pourrait endommager votre téléphone ou provoquer une explosion ». Quand je pense au nombre de gens qui ne lisent pas les notices et sont susceptibles d’exploser pour avoir bêtement grignoté leur objet fétiche en le prenant pour un stylo à bille…Au passage, vous noterez l’infériorité du téléphone-portable-qui-fait-tout-sauf-la-vaisselle-pour-l’instant par rapport au bon vieux crayon : impossible de le mâchonner si on est énervé.

Le reste des prescriptions est moins inquiétant, mais mérite quand même d’être évoqué. Par exemple, il est recommandé de tenir le téléphone de manière détendue quand on s’en sert pour téléphoner et de s’exprimer dans le microphone (ça je le savais, c’est expliqué dans « Les visiteurs » quand Jacouille encourage Jean Reno à « parler sans crainte dans les petits trous »).  En revanche, il vaut mieux ne pas le mettre dans sa poche car on risque de l’écraser en s’asseyant dessus (oui, c’est précisé). Il ne faut pas non plus peindre ou coller des autocollants sur l’objet. Ah ? Même pas un petit Hello Kitty dans un coin ? Là j’suis déçue.

(1) Toutes les citations en gras italique son issues de la notice et rigoureusement exactes. Si j’arrive à transférer les photos dudit prospectus du portable vers l’ordinateur et à accomplir quelques manipulations complémentaires, je mettrai le document en PDF. Sinon, il faudra me croire sur parole…La notice ne contient, hélas, quasiment aucune information pratique sur l’utilisation normale du téléphone.

07/07/2012

Comme une perruque orange dans le potage

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 22:24
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Le repas de noce par Bruegel Le JeuneLe jour où les touristes étrangers qui visitent notre belle capitale décideront enfin de se révolter contre le mauvais accueil que leur réservent bistrots et restaurants, je gage que de nombreux parisiens se joindront à eux. A l’exception sans doute  des clients de cette célèbre enseigne qui a colonisé les plus beaux endroits de Paris et où il est de bon ton de se faire agresser par des serveuses mannequins douées d’une amabilité rappelant singulièrement l’attitude d’un CRS victime d’un pavé dans la gueule. Il y a des snobs qui trouvent du plus grand chic de se faire rudoyer, passons. Je croyais avoir tout vu en la matière, du serveur revèche qui vous balance votre café comme si commander un expresso dans un bistrot était le comble de l’extravagance, au restaurateur qui vous accueille avec la mine réjouie d’un commerçant qui se fait braquer, en passant par les établissements à la mode où, parce que vous avez réservé, on vous colle la plus mauvaise table,  celle coincée entre l’entrée, la cuisine et les chiottes, à l’endroit précis où les serveurs chargés de plats fumants bousculent les clients qui attendent leur tour en faisant trainer le bas de leur veste dans la moutarde de votre steack, tandis que les effluves d’un désodorisant atroce viennent vous polluer les narines. Devenue atrabilaire  à force de voir le commerce s’éloigner chaque jour un peu plus de l’image que je m’en fais – et qui se résume en gros à : le client est roi, tant qu’il reste poli, parce que c’est lui qui nourrit le commerçant – je croyais donc avoir tout vu et surtout le pire. Hélas, la pente est savonneuse et nous y glissons en patins à roulettes sans freins.

Au complet

Par une belle matinée de juin, un ami me dit « allons donc gouter les joies d’un soleil trop rare à la terrasse du restaurant le Mal embouché  (le nom a été changé, mais les victimes reconnaîtront), place du Marche St Honoré.  On ne peut pas réserver, mais si on arrive à 12h30 on a une chance d’avoir une place ». Me voici donc trottinant joyeusement vers ladite place en me régalant à l’avance de cet intermède amical et gastronomique. Arrivée sur site, je suis interpellée  par une donzelle en jupe à broderie anglaise, boots à chaussettes et cheveux en pétard orange fluo qui a l’air d’avoir confondu sa garde-robe avec celle de son arrière petite fille. Heureusement qu’on est en plein jour et que le quartier est chic, sinon j’aurais eu un doute sur son métier. « Bonjour, j’ai rendez-vous avec un ami peut-être déjà arrivé, nous serons deux » lui dis-je avec le sourire que je m’obstine à servir à Paris bien que l’on m’explique régulièrement que pour se faire respecter il faut prendre un air odieux. Comme la terrasse est immense et pour l’instant quasiment vide, je cherche déjà des yeux la table la plus agréable. « Désolée, nous ne donnons les tables que quand les gens sont au complet » me postillonne au visage la rouquine avec cet aplomb très particulier qui caractérise l’imbécile irrécupérable.

La tentation du coup de boule

J’étais venue me détendre et voici que je me découvre affligée d’une tare que j’ignorais : je ne suis pas « au complet ». Honte sur moi ! Par acquis de conscience, je m’observe pour vérifier qu’au moins je suis présentable. Test réussi : je ne suis ni à poil, ce qui aurait expliqué la réserve hautaine de la donzelle, ni même décoiffée et je ne pense pas avoir de chancre sur le nez, mais je m’effleure quand même le visage pour vérifier. A l’énoncé de cette règle idiote,  je comprends mieux l’attroupement qui s’est formé devant cette terrasse vide. Une bonne quinzaine de clients « pas au complet » attend de remplir les conditions fixées par le restaurant pour avoir le droit de s’asseoir. Des fois qu’on trompe le propriétaire en disant qu’on est deux alors qu’en fait on est seul…songez donc, c’est tellement courant ce genre d’escroquerie ! On pourrait en rire si on n’était  saisi à cet instant précis d’une envie folle de balancer un coup de boule. Ce truc-là part du buste, me dis-je soudain, en me souvenant de la leçon de Gérard Depardieu à Pierre Richard dans Les Compères. Tentée d’essayer sur le champ,  un je ne sais quoi d’éducation me fait opter  in extremis pour la solution la plus sage : foutre le camp.

Trop polis pour faire un scandale

Tandis que je cherche mon portable au fond de mon sac pour prévenir mon camarade qu’on change de crémerie et que c’est non-négociable, une autre furie à peu près conçue sur le même moule m’aborde. « Bonjour Madame, puis-je vous aider ? ». Non seulement, ils obligent les gens à attendre debout mais en plus ils sont idiots au point de ne pas identifier les clients qu’ils ont déjà rudoyés. J’affiche alors ostensiblement l’air de celle qui a entendu mais ne daigne pas répondre à un loufiat. S’il faut la jouer snob et con, je sais faire, c’est juste que je trouve ça minable.  « Suis à l’intérieur », vient de me textoter ma complétude. Bon sang, le pétard orange aurait pu me dire qu’il y avait une chance que mon ami soit déjà installé quelque part dans les entrailles de son établissement. Premier étage, point de camarade, un personnel un brin compatissant me recommande d’explorer le fond de l’autre bâtiment. Je redescend et découvre mon césame pour la terrasse  piteusement attablé dans ce qui ressemble plus à un réfectoire qu’à un restaurant. Lui et moi appartenons  à la même catégorie de victimes de la société moderne, trop bien élevés pour supporter de nous faire rudoyer par des malotrus, mais trop polis pour faire un scandale. C’est la pire des situations.  Le bourre-pif, on en rêve, mais il nous faudra sans doute endurer encore dix ans de souffrance avant de nous décider à sombrer du côté obscur de la bienséance.

Pour le principe, j’ai adopté ma mine la plus hautaine, balayé d’un regard souverainement méprisant cette cantine de bas étage et exigé la place en terrasse qu’on aurait dû m’allouer dès le départ. Sans surprise, la donzelle s’est mise aux petits soins puisque j’avais cessé d’être aimable. Hélas, les places au soleil avaient été colonisées entre temps par d’heureux « au complet ». Quand le moment de l’addition est arrivé, au terme d’un repas insipide, on nous a balancé du même ton d’imbécilité péremptoire :  le règlement, c’est à la caisse. Une cantine, vous dis-je, mais au tarif d’un restaurant parisien dans un quartier chic avec terrasse. « De toute façon, ils avaient perdu le pourboire dès le départ » m’a confié mon ami avec amertume. En partant, j’ai regardé la terrasse, elle était blindée. Profil : jeunes cadres dynamiques visiblement habitués des lieux. Si les parisiens non seulement supportent ce type de pratiques, mais les encouragent, tant pis pour eux.

Au fait, le coup de boule, ça part bien du buste, n’est-ce pas ?  Je vous laisse, il faut que je m’entraine.

16/06/2012

De la difficulté d’acheter un téléphone…

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 11:42
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Depuis que je suis devenue un auteur à succès (joke), j’ai décidé d’acheter un IPhone. Hélas, l’opération s’est avérée beaucoup plus compliquée que je ne l’imaginais.

Le fierté du dinosaure

Lorsque la merveille Apple est sortie, il y a déjà quelques années, une sorte de réflexe profondément réactionnaire dont j’ignorais la puissance chez moi m’intima l’ordre de ne pas céder à la mode. Au fil du temps,  la résistance devint un jeu, une provocation, presque une rebellion. Plus l’impérieuse nécessité de passer au smartphone se faisait sentir – ah ! le poids de la vie en société – et plus je chérissais mon petit Samsung à clapet. Je pouvais le poser sur une table en terrasse, le sortir tranquillement dans le métro, le promener dans la rue sans craindre un instant le vol. Je vous accorde qu’il ne fallait pas craindre non plus d’être ridicule, mais j’assumais. Sauf que, coincée dans le procès Kerviel depuis deux semaines, j’ai du admettre que l’accès à mes mails, à Internet et à Twitter me faisait cruellement défaut. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, songeai-je en entrant chez un dealer de drogue technologique, vendredi matin. C’est qu’il n’était plus temps de commander sur Internet, je voulais l’objet maintenant, tout de suite, j’étais prête pour le grand saut et, me connaissant, il fallait en profiter.

Grave erreur…

– Bonjour, je voudrais un IPhone, lançai-je à la jeune femme venue m’accueillir dans la boutique. Je m’attendais à voir des euros clignoter dans les yeux de la donzelle et un sourire de caisse enregistreuse illuminer son visage. Grave erreur.

– Pourquoi voulez-vous un IPhone ? me lança-t-elle d’un air suspicieux.

– euh, pour téléphoner…. Pourquoi, c’est mal ? J’avais l’impression d’avoir commis une bourde, mais je ne voyais pas très bien laquelle…

– Il est plus cher, moins performant et c’est le plus volé ! m’asséna-t-elle du ton irrité qu’on prend face à un imbécile profond. Les autres marques proposent des téléphones avec beaucoup plus d’options et bien plus performants.

– euh…je n’en doute pas, mais moi c’est pour téléphoner et lire mes mails, donc s’il ne ne me propose pas les derniers jeux en vogue, l’appareil photo du grand reporter et la future caméra préférée de Lelouch en raison de ses performances exceptionnelles, je m’en ferai une raison…

A ce stade, je précise que j’avais préparé ma visite, exploré le site de mon marchand de dope techno, identifié le modèle, choisi le forfait et calculé la remise à laquelle j’avais droit grâce à mes 40 000 points de fidélité de dinosaure qui n’a pas changé de portable depuis l’an 3 ou 4 avant IPhone. Donc le job de la marchande était simple, allumer son ordinateur, checker mon compte client, aller chercher l’objet en stock, me tendre la machine à CB et encaisser l’oseille. Hélas, ce type de commerce où vous entrez acheter un objet et ou vous ressortez, ô miracle, avec la chose en 10 minutes chrono est aussi révolu que mon Samsung à clapet.

– Ah, bon, qu’est-ce qui est mieux alors ?

– Tous les conseillers sont occupés, repassez entre 15h et 18h, il n’y aura personne.

De retour au bureau, j’explore à nouveau le site sans comprendre très bien en quoi l’IPhone serait moins bien que les 200 autres modèles proposés. La comparateur ne m’aide guère, vu qu’il ne peut comparer que 3 appareils et surtout qu’il jargonne au point que le langage des financiers m’apparait soudain simple comme un cours de maternelle à côté de ce bordel technique sans nom.

Comme au guichet de la mairie…

16 heures, je retourne  à la boutique. Las ! Tous les conseillers sont encore occupés. Ce qui a changé, c’est qu’il y a 5 personnes en plus qui attendent et qu’il faut prendre un ticket comme au rayon, pardon au guichet, Carte d’identité/passeport de la mairie du coin. Si le commerce se transforme en administration, on n’est pas sorti ! Au bout de 30 minutes, se pose le problème classique : faut-il s’accrocher ou renoncer ? Je m’accroche, surtout qu’une joyeuse ambiance commence à régner dans la file d’attente. Entre compagnons de galère, on s’épaule, c’est humain…Au bout d’une heure, mon numéro s’affiche enfin et une commerciale bondissante me prend en main. Je décide de ne pas prononcer le mot IPhone pour ne pas l’effrayer. Là-dessus, parce que la vie est mal faite, mon téléphone sonne. Bravant les regards effarés, je sors mon antiquité dans ce temple de la modernité. En raccrochant, je le brandis en direction de la commerciale : « vous voyez, c’est pour ça que je change de téléphone ». Avec un professionnalisme d’infirmière psychiatrique face à un dément en pleine crise, elle n’affiche aucune expression et se plonge dans son écran pour en sortir le listing des téléphones auxquels j’ai droit.`

Bon sang, il y en a trois pages en écriture serrée ! Elle coche au bic des modèles en application de critères de sélection connus d’elle seule. Curieusement, les IPhone ne sont pas non plus sa tasse de thé. Elle me montre l’emplacement de la merveille Apple. Vide. On leur a volé. Je comprends mieux le traumatisme que j’ai infligé le matin même à la marchande en prononçant le nom du cher disparu…Nous voici en train d’observer un LG, un autre dont les initiales m’échappent, et un Samsung, dont je devine qu’il doit être l’arrière-petit-fils de mon vieux camarade. Dans la boutique, ils sont affichés à 1 euro, manque de pot, il parait que ce n’est pas pour moi, mais pour les heureux clients qui achètent un autre truc, je n’ai pas compris lequel. Pour moi, ils sont entre 75 et 275 euros. Evidemment, on me vante le plus cher, d’ailleurs un vendeur appelé en renfort le sort de sa poche pour me montrer à quel point il est beau, léger, performant et j’en passe… Il est vrai que les modèles en présentation sont vissés au comptoir de sorte qu’on ne peut pas les prendre en main. Il ne sont pas connectés non plus, donc on ne peut pas les tester. A ce stade, je songe que j’ai drôlement bien fait de venir en boutique, c’est tellement plus clair ! On m’assène des chiffres auxquels je ne comprends rien en gigamachin et bidulepixels. Je m’accroche à Samsung. Il y en a deux. « Celui-là est mieux parce qu’il est sous Androïd » me précise-t-on. Mince, et il ne souffre pas ? ai-je envie de demander à ma pétillante commerciale. Je préfère me concentrer sur sa liste. Pourquoi me le vendez-vous 275 euros alors que sur la feuille il y a marqué 75 ?

Partie de bonneteau

Ô misère, si j’avais su que j’amorçais une partie de bonneteau avec ma question idiote, je l’aurais fermé.

– Parce que vous réglez le portable en boutique et ensuite on vous rembourse 200 euros à compter de la deuxième facture.

– Ah ? Et comment on fait pour me rembourser ? 1 euros par mois jusqu’à la fin ?

– Non, si elle est inférieure à 200 euros, vous ne la payez pas et ainsi de suite…Mais en fait, 200 euros, c’est la limite, précise-t-elle.

Je crois comprendre que si je prend le modèle à 275, on me rembourse 200, à 75, on me rembourse 75, donc j’ai intérêt à prendre le plus cher. Sauf que sur le site, je ne l’aurais pas payé…enfin je crois, parce que, à ce stade, ma raison vacille. Tout ce que je saisis, c’est qu’il y a trois cartes noires dans le jeu et que le client, quoiqu’il fasse, ne trouvera jamais la rouge sur laquelle on l’incite à parier.

– Pas forcément, si vous prenez celui à 125, on vous rembourse 125 et en plus vous recevez un chèque de 30 euros. Donc avec celui à 125, vous gagnez de l’argent ! me lance-t-elle, triomphante.  Vous aurez 30 euros sur votre compte, précise-t-elle, des fois que je n’aurais pas compris.

J’ai en réalité parfaitement compris qu’on essayait de me faire prendre des vessies pour des lanternes…

Incapable de me décider, j’ai la tête farcie de pixels, d’androïd, de megagigamachins, et je joue en plus mentalement au rubik’cube parce que j’ai décidé de compliquer l’exercice en introduisant le paramètre du prix du forfait, lequel fait varier celui du téléphone. Et c’est là qu’au lieu de m’enfuir de ce monde de dingues, je pose encore une mauvaise question : 3Go de consommation Internet, ça représente quoi ?

– 189 heures de navigation Internet par mois, soit une heure par jour, me répond la commerciale.

Cette fois, je me lève et j’explique avec un gentil sourire que j’ai besoin de réfléchir. Entre nous, j’ai surtout besoin de retrouver mon monde, celui où il n’y a que 28 à 31 jours dans un mois et pas 189.

Une fois sortie,  les arbres, les passants, le bruit de la circulation, toutes ces choses enthousiasmantes de cohérence, me réconfortent. Le bilan de mon aventure est affligeant. J’ai perdu 2 heures de travail, je n’ai pas réussi à acheter un téléphone et encore moins un IPhone. Au point où j’en suis,  j’interpelle mon fidèle compagnon : toi et moi, je crois que c’est reparti pour 10 ans. Eh bien vous me croirez ou pas, je suis persuadée qu’à cet instant précis, il a claqué plusieurs fois du clapet dans ce qui ressemblait fort à une intense rigolade. Notez, c’était peut-être le contrecoup de ma drôle de plongée dans l’univers parallèle des opérateurs de téléphonie mobile.

21/02/2012

Au bistrot

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 10:14
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Un joli soleil d’hiver inonde la terrasse du bistrot.

Je commande un express et j’ouvre Marianne.

Un couple d’adolescents s’installe.  Il s’inquiète de savoir si elle a froid, elle répond que non, elle n’est pas frileuse.

Le serveur s’approche. Brun, court sur pattes, hostile.

« Bonjour, un café s’il vous plait Monsieur », lance le jeune homme.

« Pas plus de dix minutes, répond le serveur revêche, après on dresse les tables pour le déjeuner ».

Je lève les yeux de mon journal. Ces deux gamins nimbés de lumière hivernale semblent tout droit sortis d’un Fra Angelico. Mais que vient donc faire ce mal-embouché dans le tableau ?

« Et pour vous ? » aboie le malotrus en direction de la jeune fille.

« Rien, merci », répond-elle doucement.

« Si ! Vous êtes deux alors vous prenez deux consommations ! «  crache le serveur.

Elle sourit, confuse :  » une menthe à l’eau s’il vous plait ».

Ils se replongent dans leur conversation, étrangers à l’agressivité ambiante. La grâce de la jeunesse…

L’homme revient, pose les consommations sur la table. Il sue la malveillance.

Et les deux anges murmurent en choeur : « merci Monsieur« .

Voici que l’agressif se tourne vers moi pour exiger la rançon de son effort. J’aligne le plus lentement possible ma menue monnaie jusqu’à 2,50 euros. Depuis le temps que je voulais me débarrasser de ces pièces de 10 et 5 centimes !

Le pourboire, qu’il aille le chercher en enfer !

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