La Plume d'Aliocha

11/05/2013

Prix Albert Londres 2013

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 09:17
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A tous les désespérés du système médiatique, voici ma petite prescription du week-end pour retrouver foi dans le journalisme. Il s’agit des lauréats du Prix Albert Londres 2013.

En presse écrite, c’est une journaliste du Nouvel Observateur, Doan Bui, qui est récompensée pour un reportage publié le 10 mai 2012 sur l’immigration clandestine entre la Grèce et la Turquie. Vous pouvez lire l’article ici.

Le deuxième journaliste primé est Roméo Langlois, ex-otage des FARC, pour son reportage « Colombie : à balles réelles ». Vous pouvez le visionner ici.

On notera au passage que ce qui est considéré comme un travail de qualité par la profession ne se confond hélas pas avec ce qu’un éditeur de presse juge « vendeur ».

23/12/2012

Etrange indifférence

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 14:19
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Connaissez-vous Foxconn ? Une rapide recherche sur Internet m’apprend qu’il s’agit d’un sous-traitant d’Apple. Une boite taïwanaise, principalement implantée en Chine, qui emploie plus d’un million de personnes. A la rubrique Actualités, je découvre les dernières nouvelles du groupe : il s’offre 9% de GoPro. C’est la première occurrence. Puis vient la fausse note, un papier d’Agoravox et un autre du Huffington Post évoquent le reportage que je viens de visionner sur le site d’Envoyé Spécial et qui a éveillé ma curiosité. En fait, le HuffPo ne fait que renvoyer à l’Obs. Les papiers suivants m’informent qu’Amazon veut travailler avec l’entreprise. Presse économique et informatique délivrent l’information sous leur angle, éco pour les uns, techno pour les autres. L’humain peut aller se rhabiller, il n’entre pas dans la ligne éditoriale. Et puis il y a ce papier, sur le site MacPlus. Il met en cause avec une fraicheur confondante la mauvaise foi des médias qui n’évoquent jamais les efforts d’Apple en faveur des salariés. Wikipedia m’apprend que MacPlus est une association loi 1901 qui s’est fixé pour mission de délivrer de l’information sur Apple.

Pour les curieux qui voudraient savoir ce qu’il se passe vraiment dans les usines chinoises de Foxconn, je vous invite à visionner ce reportage d’Anne Poiret, prix Albert Londres, puis de lire son interview.

Notons que le reportage, diffusé sur Envoyé Spécial le 13 décembre, a été visionné 52 fois et tweeté…3 fois. Pas de buzz, pas de déluge d’articles. Médias et internautes partagent ici la même indifférence à l’égard du sort des salariés chinois qui fabriquent nos précieux joujoux technologiques. A chacun d’en tirer les conclusions.

11/01/2012

A propos des bons et des mauvais journalistes…

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 23:37
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Gilles Jacquier, Prix Albert Londres, grand reporter à France 2, est mort aujourd’hui en Syrie.

Pour ceux qui voudraient savoir qui était Gilles Jacquier, c’est ici. J’aurais aimé simplement mentionner sa disparition et me taire, laissant à chacun le soin de mesurer la valeur de l’information, la vraie,  et l’engagement de ceux qui la servent. Mais voyez-vous, je suis en colère. La réaction du chef de l’Etat m’a fait bondir.

Voici le communiqué de l’Elysée :

« Le président de la République a appris avec beaucoup de peine et d’émotion la disparition brutale du journaliste Gilles JACQUIER, aujourd’hui à Homs, au cours d’un échange de tirs.

Le chef de l’État adresse à la compagne de Gilles JACQUIER, qui se trouvait avec lui, ses condoléances les plus attristées.

Le président de la République a également fait part de sa plus grande sympathie à M. Rémy PFIMLIN, Président du groupe France Télévisions, dans un courrier qu’il vient de lui adresser et dans lequel il rend hommage à la carrière exemplaire d’un journaliste du service public qui, en vingt-cinq ans de carrière, a couvert les principaux conflits de notre époque et en a été récompensé par les prix les plus prestigieux comme le Prix Albert Londres en 2003 et plus récemment le Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2010.

Envoyé en Syrie par France 2, Gilles JACQUIER ne faisait que son métier de journaliste en couvrant les évènements violents qui ont lieu actuellement en Syrie du fait de la répression inacceptable exercée par le régime contre la population.

La France attend des autorités syriennes qu’elles fassent toute la lumière sur la mort d’un homme qui ne faisait que son métier : informer.

Les journalistes comme Gilles JACQUIER font honneur à leur métier, à notre télévision publique et à la France ».

Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous rappeler vos propos lorsque deux journalistes de France 3 ont été pris en otage par les taliban, voici plus de deux ans ? Vous ne trouviez alors pas de mots assez durs pour critiquer le comportement de ces « chasseurs de scoop ». Vous leur reprochiez leur « imprudence coupable » et leur « irresponsabilité ». Raphaëlle Bacqué du Monde raconte même cette scène hallucinante : « Nicolas Sarkozy décide donc de recevoir enfin les familles. Les parents de Stéphane Taponier, la compagne d’Hervé Ghesquière sont donc conviés au Château. L’entretien est éprouvant. Le président est tendu. Agressif. ” Nous réglerons nos comptes avec eux, quand ils sortiront”, menace-t-il devant les familles accablées avant d’ajouter brutalement“mais s’il faut payer, je paierai !” »

Et aujourd’hui vous encensez Gilles Jacquier ? J’aimerais croire que la longue négociation pour obtenir la libération d’Hervé et Stéphane vous a éclairé sur le métier de reporter de guerre, et notamment sur ce qui le différencie de celui de « chasseur de scoop ». Je voudrais vraiment penser que vous avez mesuré votre égarement. Et peut-être est-ce le cas. Peut-être avez-vous fini par comprendre que vous aviez commis l’erreur de vous exprimer trop vite, sur la seule foi de la version de l’armée. Mais si je fais l’effort d’analyser la situation d’un point de vue politique, alors j’observe que dans un cas, les journalistes voulaient s’émanciper de la communication officielle de notre armée – honte sur eux ! – tandis que dans l’autre, notre confrère – en reportage officiellement autorisé par Damas – arrivait à point nommé pour vous donner l’occasion de stigmatiser un régime qu’il vous semble utile de dénoncer dans le cadre de votre campagne. Les deux premiers coûtaient cher, ils étaient vivants et prisonniers. Mort, Gilles Jacquier ne coûte rien et peut même rapporter un peu d’estime électorale au politique qui pleure le compatriote et le professionnel récompensé. Mais une idée plus noire encore me vient à l’esprit. Je pense que pour vous, un bon journaliste est un journaliste mort. Mais j’espère de tout coeur me tromper.

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