La Plume d'Aliocha

04/11/2013

Rire de tout ? Avec Dupontel, oui !

Filed under: Coup de chapeau !,Justice,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 23:15
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21030330_20130823114607709.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPeut-on rire de tout ? Eternelle question qui donne lieu à tant de réponses, le plus souvent éculées, mais pas toujours (jolie dissertation de prof de philo en lien).  Si le dernier film d’Albert Dupontel, Neuf mois ferme, est globalement encensé par la critique, il s’est trouvé quelques esprits chagrins, ici et  par exemple pour dire qu’au fond tout ceci est machiste, conservateur sous ses allures déjantées, et pire encore  pas drôle, ou salement drôle, ce qui reviendrait au même. On rit mais en ayant honte de rire. Si l’enfer existe, je gage que ceci doit faire partie de ses tourments. Miroir ô mon bon miroir, quelle est donc cette image horrible d’un moi hilare que tu me renvoies ? Le regretté Desproges disait, entre autre nombreuses choses sur ce sujet, que rire était « la seule façon de friser la lucidité sans tomber dedans ». Comme je sais d’expérience que l’éloge ne rapporte sur Internet ni buzz (ce dont je me moque), ni commentaire (ce qui m’ennuie davantage car la bruyante compagnie des fidèles de ce lieu me réchauffe le coeur), je vous signale que la question du rire nous renvoie aux grandes polémiques du moment. Il y a le rire  rafraichissant déclenché par ces potaches qui ont trimballé un lama dans une aventure délirante à Bordeaux. Et puis il y a le reste, depuis la consternante comparaison d’une ministre avec un singe, jusqu’à la rom en Givenchy que l’on moque sur fond d’affaire Leonarda.

Mais revenons à notre film et à sa façon de friser la lucidité. C’est ce tour de force que réussit Dupontel en s’attaquant avec férocité à la justice. Il a la phobie de l’erreur judiciaire, confie-t-il dans une interview. L’affaire du docteur Muller vient à point nommé illustrer cette angoisse et je ne saurais trop vous recommander les chroniques de Stéphane Durand-Souffland du Figaro.  Pour l’anecdote, Eric Dupont-Moretti vient de décrocher son 120ème  acquittement, dit-on. L’erreur judiciaire donc…Le héros déjanté du film est un certain Bob, incarné par Albert Dupontel, qui – raconte un policier – s’est fait jeter de partout depuis la maternelle de sorte qu’à force de prendre la porte il a fini par apprendre à les ouvrir (les dialogues sont un délice !). Comprendre qu’il est devenu cambrioleur. L’héroïne Ariane Felder, incarnée magnifiquement par une Sandrine Kiberlain parfaitement hystérique, est une juge d’instruction quadragénaire, célibataire et sans enfants, parce que, explique-t-elle « elle n’est pas idiote ». Imaginez Alice Nevers sous ecstasy, eh bien c’est elle. Les deux personnages vont se téléscoper d’abord dans leur vie personnelle puis dans le cadre judiciaire, pour produire la réjouissante intrigue du film : la juge est enceinte du truand, qu’elle a croisé un soir de réveillon parce que ses collègues l’avaient arrachée de son bureau et fait boire de force. On ne se méfiera jamais assez des copains de bureau éméchés. Bob compte sur elle pour l’innocenter.

Ames sensibles, esprit délicats, amateurs d’humour raffiné, ne tirez pas de conclusions hâtives de la bande annonce du film. Celui-ci est plus fin et plus intelligent qu’il n’y parait. Le gore (que j’ai en horreur) est totalement contenu dans les scènes de la bande annonce et, en plus, s’avère moins délirant que le résumé du film ne le laisse penser. En revanche, la description du monde judiciaire, à peine caricaturé, est rigoureusement fidèle dans les détails autant que dans l’esprit. Les explications délirantes des délinquants pour tenter de s’exonérer de leur responsabilité sont à hurler de rire, tant elles rendent compte avec justesse des discours qu’entendent quotidiennement les juges. Chaque apparition de l’avocat bégayant Maître Trolos (incarné par Nicolas Marié)  est un morceau d’anthologie. Quant à la satire des médias rendant compte des méfaits du globophage (Dupontel est accusé notamment d’avoir mangé les yeux de sa victime), elle déclenche le rire salvateur de celui qui a souffert mille morts ces derniers temps en pataugeant dans le pathos hystérique des chaines d’info en continu et qui trouve enfin dans le film une occasion de rire à gorge déployée de l’infâme cirque médiatique. La Madame Michu interrogée par un journaliste sur le globophage et qui répond que hein, bon, être assassiné c’est une chose, mais on devrait quand même avoir le droit de ne pas se faire bouffer mon bon monsieur parce que là, ça va trop loin, cette scène donne juste envie de baiser les pieds du réalisateur (non, je ne le connais pas) en inondant ses chaussettes de larmes de gratitude.

Dans la salle certains, comme moi, riaient à gorge déployée, d’autres restaient stoïques. Je parie que les rieurs avaient partie liée avec le système judiciaire.  Au fond, je crois qu’on peut rire de tout, pour peu que celui qui fasse rire ait du talent, ce qui implique notamment la finesse et l’intelligence de doser ses effets. Dupontel a ce talent-là, comme De Funès, Chaplin, Baron Cohen (un maître absolu) et beaucoup d’autres. Ensuite, pour peu que le sujet soit délicat, le spectateur rit ….ou pas. J’ai une amorce d’explication  à proposer. Il me semble que ce n’est pas une question d’intelligence ou d’humour mais d’histoire personnelle. Il faut être prêt à rire. Dans certains cas, cela suppose d’avoir atteint une certaine forme de désespoir….Que ceux qui ne rient pas se rassurent, ils n’ont pas moins d’humour que les autres, ils sont juste moins désabusés. Pour le moment.

Ah, ah, ah ….!

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