La Plume d'Aliocha

09/09/2013

Analectes

Filed under: A propos du blog,Choses vues,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:25
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J’ai titré « analectes » comme j’aurais pu choisir « spicilège »…ça ne vous dit rien ? Et « silves » ? Rien encore ? Si je vous précise que tout ceci est synonyme de « varia », sans doute allez-vous commencer à sentir le sens…Miscellanées ? Vous y êtes ! Notez, je fais ma maligne (avec un « g » maligne » on a tendance à l’oublier), mais  comme tout le monde, je suis passée de l’ombre de l’ignorance à la lumière du savoir en googlisant le mot « Miscellanées » – Ah, les miscellanées de M. Schott – et en tombant sur wikipedia. C’est fou entre nous ce que l’encyclopédie en ligne peut fabriquer comme savants instantanés. Loin de moi l’idée de le lui reprocher mais enfin bon, il y a ceux qui savent parce qu’ils ont travaillé leur sujet et les rigolos dans mon genre qui assènent leur science toute fraîche…C’est tout de même pas pareil.

Toujours est-il que face au flot d’informations à partager, je n’avais que deux solutions : laisser tomber ou bien  opter pour un billet fourre-tout. J’ai choisi la deuxième solution. Au passage, la date du 9 septembre n’est pas anodine. WordPress m’informe que c’est le 5ème anniversaire du blog. Champagne !

Voici donc, dans le désordre, les pépites de la semaine :

AuFait_003_Couv_BDDans vos kiosques : Au hasard, j’ai acheté Au fait une nouvelle revue inspirée de XXI, un mook donc (contraction de magazine et de book). Hum….La couverture attire l’oeil, la base line (devise, en français) – « Le magazine qui ralentit l’actualité » – séduit l’esprit, le sommaire intéresse (Une enquête sur Michel Pébereau et une interview de Marcel Gauchet). Mais, le prix refroidit : 7,90 euros. Pour un mensuel, certes de 78 pages mais quand même, qui ne contient que deux dossiers (l’enquête et l’interview susmentionnées) et absolument rien d’autre, c’est beaucoup trop cher. Vraiment beaucoup trop. Un journal papier, c’est une photographie du monde à un instant « t ». Le monde en question peut être la planète pour un newsmagazine ou le petit cercle des jardiniers ou des amateurs de cigares dans la presse spécialisée, peu importe, il faut y trouver plein de choses dans son journal, sous plein de formats, rédigé par plein de plumes, sinon, ça s’appelle un livre. D’ailleurs les auteurs de « Au fait » en sont conscients puisqu’ils disent eux-mêmes qu’ils se positionnent entre le livre et le journal. Hélas, trop près du livre…Accessoirement, sur le prix – dissuasif ou pas –  des livres, les observations fort intéressantes d’Orwell à lire ici.

En revanche, je signale la présence de Causeur en kiosque. Si les premiers numéros vendus sur abonnement sentaient la maquette fabriquée par l’imprimeur (affreuse), celle du numéro 5 que j’ai en main est parfaitement respectable à défaut d’être ébouriffante d’originalité. Le dossier intitulé « La santé ou la vie » s’inscrit dans le prolongement de nos discussions sur la cigarette, les papiers sont de bonne tenue, le rythme est dynamique. Pour un peu je vous dirais : bon sang de bonsoir, et si nous assistions à la naissance d’une presse de droite ? Il y a Le Figaro me direz-vous. Oui, et puis rien. Avec Causeur, ça peut faire deux. Et si l’on ajoute L’Opinion qui justement fait de la publicité dans Causeur, ça pourrait même faire trois (à condition qu’on m’explique l’intérêt de vendre quotidiennement sur papier ce qu’on trouve gratuitement à chaque instant sur la toile, mais bon…).

La-Danza-de-la-Realidad_portrait_w193h257Un film : Je suis allée voir samedi La Danza de la Realidad du réalisateur, écrivain, scénariste de bande dessinée, tarologue, penseur, et tant d’autres choses encore Alejandro Jodorowsky. Je connaissais l’inoubliable romancier auteur de L’arbre du dieu pendu, mais pas le réalisateur.  C’est une décharge poétique, surréaliste, violente, déjantée, à l’image de ses livres qui mêlent le réalisme magique sud américain et l’imaginaire juif. Quelques scènes gore empêchent (absolument) d’y emmener les enfants. Pour le reste, il y a des merveilles et des horreurs, comme dans la vie  et surtout des scènes potentiellement mythiques comme s’il en pleuvait. Les fantasmes de l’auteur ne regarderaient que lui si les images qu’il propose n’étaient empreintes, pour certaines, d’une poésie qui délasse de notre ordinaire de névrosés consuméristes en proposant d’autres névroses et pour d’autres, de fulgurances de magicien inspiré. Par exemple cette reine de coupe (une carte des tarots de Marseille symbolisant l’amour ) dès le début du film qui gronde l’enfant sur la plage parce qu’en lançant des galets dans les flots, il agresse la mer. D’ailleurs, celle-ci se venge, mais chut !, je vous laisse découvrir.

Des livres : je signale aux amoureux de Muray que les éditions Descartes & Cie  publient ses dernières chroniques sous le titre « Causes toujours ».  Sinon, je recommande le pèlerinage de Compostelle vu par Jean-Claude Rufin, Immortelle randonnée.  Un de mes amis reproche à l’auteur son manque de souffle mystique. En effet, il distancie. Personnellement, j’aime ce regard clinique qui met en valeur les moment rares d’émotion et ne se leurre pas sur les difficultés, les douleurs, les questions et même les ridicules. Ceux qui trouvent la rentrée pesante, qu’ils se jettent sans hésiter sur le deuxième opus de Zoe Shepard, Ta carrière est finie ; contrairement aux avis que j’ai pu lire, je le trouve aussi bon que le premier, c’est-à-dire à hurler de rire. Et comme en ce moment j’ai décidé de m’amuser, je recommande également mon livre de chevet  :  Pierre Dac, L’Os à Moelle (Omnibus).

Un site : justement, pour ceux qui en ont marre des médias, et dans le prolongement de Pierre Dac, je signale  Le Gorafi qui se livre à une parodie jouissive des sites de presse. Des gens capables de concevoir un article qui dit que « 79% des français refusent de répondre aux sondages » sont non seulement de dignes héritiers de Pierre Dac, mais mériteraient d’être élevés au rang d’antidépresseur recommandé par la faculté de médecine. Mieux, je propose d’instituer une bande défilante en bas des chaines d’information continue et des sites de presse recommandant la lecture du Gorafi au même titre que la consommation de 5 fruits et légumes par jour est évoquée pour contrer les méfaits de la nourriture industrielle.

Le saviez-vous ? : l’expression « peigner la girafe », qui signifie au choix faire quelque chose de long et inutile ou ne rien faire du tout, pourrait être une référence à la girafe offerte par le roi d’Egypte à Charles X. L’élégant animal, hébergé au Jardin des Plantes, avait en effet un soigneur attitré dont la mission consistait notamment à la peigner tous les jours. C’est déjà savoureux, mais en approfondissant mes recherches, j’ai découvert que dans d’autres pays, on exprimait la même chose en disant « faire des trous dans l’eau ». Magique.

Que faire d’intelligent de son temps libre, à part des trous dans l’eau ?  Du 17 septembre au 30 octobre, le Forum des Images propose un cycle intitulé Qui fait l’info ? Voici la liste des films qui seront projetés. Elle ne comprend aucun de mes films cultes….(Pour les curieux : 1000 milliards de dollars, Salvador, Harrison’s Flowers).

La pétition : Reporters sans frontières s’inquiète de la censure au Vietnam et lance une pétition pour obtenir la libération de 35 blogueurs. Christophe Deloire, le secrétaire général de l’association (et accessoirement auteur de Sexus Politicus) interpellera le premier ministre vietnamien le 25 septembre prochain. Il faut donc s’intéresser au sujet d’urgence. C’est par ici.

Le plaisir : Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro, pratique aussi la chronique gastronomique pour notre plus grand bonheur. La tarte aux fraises par exemple est, sous sa plume, « rouge et haute comme un autobus londonien ». On l’embrasserait tant  son style est aussi savoureux que son sujet ! Je n’en mets qu’une seule en lien, mais il en a écrit d’autres, il faut fouiller sur le site du Figaro.

L’analyse : un grand merci à Kaeldric pour avoir déniché un remarquable texte d’André Gorz « Le journalisme, cette pensée sans sujet » dans lequel l’auteur dépeint le métier avec une jouissive lucidité : « C’était ça qu’il trouvait pénible : mobiliser toutes les ressources de sa pensée pour produire une pensée dont sa pensée fût absente; forger avec les mots de tout le monde une micro-histoire qui ne devait être son produit que par la réussite technique plus ou moins grande de sa mise en forme. «Je n’existe pas», proclama un jour une pancarte collée avec du scotch sur la porte vitrée d’un bureau. La consigne, inconsciente de son ironie sinistre, résumait bien la condition de journaliste. «Ce que tu penses, on s’en fout, avait dit Phil. C’est pas pour ça qu’on te paie.» »

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14/11/2012

Hélas, Internet n’a rien changé….

Filed under: A propos du blog,questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:43

Il est temps que je vous fasse quelques confidences. Nous avons beaucoup parlé ici de la qualité des médias, conspué le racolage, le simplisme, les petites phrases, appelé de nos voeux un journalisme de qualité qui prendrait le temps de creuser les sujets, qui tournerait le dos à la tentation de la facilité et  à la tyrannie des ventes. Hélas, trois fois hélas !

Depuis que j’ai créé ce blog, en 2008, j’ai eu le temps d’observer ce qui marche ou pas en termes de sujets de billets. Ce d’autant plus qu’ils sont repris par Marianne, de sorte que j’analyse également ce qui est vendeur chez eux et ce qui ne l’est pas. Fantastique expérience pour un journaliste. Nos patrons nous reprochent tellement notre indifférence aux questions de diffusion et de marketing, c’est-à-dire  de ce qui nous nourrit (et eux aussi par la même occasion). Ils nous prennent pour de doux intellos hors des réalités. Sans doute ont-ils raison, mais je pense qu’il est souhaitable que nous le demeurions. Chacun son métier, nous produisons de l’information, ils la vendent, ne changeons surtout pas les journalistes en commerciaux, ce serait  dangereux et contre-nature. Toujours est-il qu’au terme de 4 ans d’expérience, le constat est cruel.

– Ce qui ne marche pas : Admirer. Evoquer ce qui va bien. Saluer un bon livre, un article bien torché, recommander une exposition, partager sa joie (libération des journalistes Ghesquière et Taponier)…..Ce type de billets est affligé d’un nombre de visites en berne (comme par exemple le récent billet sur l’écriture), et de maigres commentaires, quand ils ne sont pas tout simplement aigres (le public se méfie de l’admiration).  C’est intéressant car on se demande régulièrement dans la presse s’il n’y aurait pas une place pour un journalisme de ce qui va bien. Le public lui-même finit par nous détester à force de nous entendre annoncer de mauvaises nouvelles, c’est même une critique récurrente. Il faut croire qu’il se trompe sur ses propres attentes…

– Ce qui marche modérément : l’analyse, l’opinion. Normal, c’est ce qu’on vient chercher sur un blog. Mais ce n’est avec cela qu’on fait un tabac. Le constat est cependant à nuancer car, sous réserve d’une analyse plus approfondie, il semble bien que cela ait fait le succès d’Eolas.

– Ce qui marche bien : la critique, la dénonciation. Je n’ai plus en tête tous les billets qui ont cartonné, mais je me souviens de plus notable. C’était celui sur Ruquier. A l’époque, Marianne m’avait même envoyé un mail pour s’en réjouir. Le site avait glané 50 000 visites sur ce billet en un temps record. Il n’est pas inutile de revenir sur sa genèse. La veille, je lisais les chroniques télévisées de Matzneff dans Combat (La séquence de l’énergumène). Et  je songeais que j’avais la plume un peu timide comparé à lui. Je m’étais endormie dessus, et le lendemain matin, ce billet à jailli spontanément. Carton. Si je vous raconte l’histoire du billet, c’est parce que je sais d’expérience qu’un auteur qui rencontre un public, ça relève d’une conjonction de facteurs assimilable à un miracle. Il y avait Ruquier, bien sûr. Plus on s’attaque à un personnage médiatique, plus on buzz, en économie on appelle cela du parasitisme. Et puis Matzneff, j’ai écrit sous son influence. Mais le choix de Marianne de publier le billet un samedi, jour de l’émission de Ruquier, a sans doute joué aussi. Le succès médiatique, c’est une question de moment, un peu comme une rencontre amoureuse.

– Ce qui cartonne : l’actualité. Et c’est quelque part réconfortant. Les billets qui ont suscité le plus de trafic sur la plus longue durée (non seulement ils attirent beaucoup de visiteurs le jour même – plus de 2000 contre 1200 en moyenne pour un papier ordinaire -, mais ils continuent d’être consultés des mois, voire des années après) sont ceux en rapport avec l’affaire Kerviel, chez moi, comme chez Marianne (plus de 80 000 lecteurs pour certains d’entre eux).

– Ce qui est indispensable au succès : les relations. Je me souviens du temps pas si lointain où les blogueurs stigmatisaient les journalistes en dénonçant notamment parmi leurs pires tares, leur allégeance aux réseaux. Quelle ironie, lorsqu’on se retourne et qu’on observe à quel point Internet fonctionne au moins autant que le monde réel sur…le réseau. Si Eolas n’avait pas mentionné ce blog peu après son ouverture, provoquant ce jour-là 6 000 visites en l’espace de quelques heures, il n’aurait peut-être jamais accédé à une quelconque visibilité. Ou alors cela aurait pris infiniment plus de temps. L’effet Eolas s’est confirmé à chaque fois qu’il recommandait un billet. Aujourd’hui, le grand vecteur, c’est Twitter, et sur Twitter, l’avocat possède encore une influence de choix. Eolas n’est pas un réseau, je n’en ai pas et j’ai horreur de cela, c’est une rencontre.

Voilà. Maintenant, que croyez-vous que je devrais faire si je voulais passer de la 26ème pace du classement des blogs catégorie Société (ce mois-ci), à la première place ? Dénoncer, de préférence un personnage important, à la Une de l’actualité, dans des termes violents. Vous comprenez maintenant l’intérêt économique pour la presse des couvertures  sur Hollande et avant lui Sarkozy (au passage, un miracle Sarkozy question buzz, écrivez n’importe quoi, du moment que vous dénoncez Sarkozy, vous faites un carton) ?

Que les lecteurs habitués de ce blog se rassurent. J’écris ici pour le plaisir, ou par urgence de dire ce que j’ai sur le coeur. Par conséquent, je me moque bien de ma courbe de fréquentation. Il est vrai que lorsqu’on écrit, la tentation de la reconnaissance est forte. Mais jusqu’ici, je me suis toujours interdit le racolage, il m’est même arrivé de ne pas traiter certains sujets par refus de la facilité. Je ne m’en vante même pas, ceci est un travers de caractère, pas une vertu ; pour une raison que j’ignore moi-même, je suis allergique à la facilité. En tout état de cause, il existe à mes yeux quelque chose d’infiniment plus gratifiant et plus noble que l’utilisation de vieilles ficelles usées pour séduire les lecteurs : la rencontre miraculeuse. Elle survient, ou pas. Ceux qui réussissent ce tour de force méritent d’être salués (au hasard, l’auteur d’Harry Potter, celui de Indignez-vous, la revue XXI, le blog d’Eolas), pas les suiveurs qui analysent cliniquement le succès et tentent d’en tirer une recette industrielle. Ces-derniers ont toute ma sympathie, mais je réserve mon admiration à ceux qui ont ouvert la route.

Qu’on le veuille ou non, le web redécouvre à son corps défendant (c’est sa grande vertu d’en être choqué), les vieilles ficelles usées de la presse traditionnelle. Ce qui marche sur Internet, c’est la même chose que ce qui marche dans les vieux médias. La critique, le scandale, la célébrité, mais aussi fort heureusement l’actualité.  Et de même que dans les vieux médias, on trouve un public pour autre chose, c’est vrai, mais hélas minoritaire. Comme l’écrivait Céline, à propos de la Révolution française, dans sa thèse de médecine sur  Semmelweiss  :  « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses ». La révolution Internet nous montre ce que nous sommes, des consommateurs d’actualité, mais aussi et malheureusement surtout, de nouveauté scandaleuse, de pipole et de fariboles. Rien n’a changé.

Je m’en voudrais cependant de terminer sur une note négative. J’ai très vite compris il y a quelques années que les fantasmes des blogueurs sur une information enfin libérée, grâce au web, des travers des vieux médias relevaient de l’utopie.  Ce n’est pas un outil, même aussi puissant et révolutionnaire qu’Internet, qui peut changer l’homme. En revanche, pourquoi ne pas introduire dans les médias un concept que l’économie connait bien, celui de consommation durable ? C’est au public, me semble-t-il, de choisir parmi l’offre infiniment riche d’information, de culture et de divertissement, ce qui vaut la peine et ce qui doit disparaître. Il est temps de rompre avec la vieille critique qui considère que c’est aux médias qu’il appartient de servir de la qualité. Cela n’arrivera pas, en tout cas, pas tant que nous vivrons dans un système libéral. Pour autant, faut-il se positionner en victimes impuissantes et se laisser gaver d’horreurs ?

Allons donc ! On décide bien dans une grande surface de choisir un chocolat équitable, un plat préparé allégé en gras et en sel, un pain bio, le meilleur rapport qualité-prix, alors pourquoi ne pas faire plus attention à notre consommation d’information ? Je vais vous le dire. Parce qu’il n’y a pas d’action du gouvernement en ce sens, pas de bande défilante en bas d’une mauvaise émission pour mettre en garde contre les méfaits de l’abrutissement, pas de préjudice objectivement observable chez le consommateur de malbouffe médiatique. Et plus profondément, parce que nous vivons une drôle d’époque qui ne supporte plus le gras sur le ventre, ni les rides autour des yeux,  mais s’accommode fort bien de la cellulite de l’esprit. On peut attendre un siècle pour s’apercevoir de notre erreur, ou bien réagir maintenant….

25/06/2012

Séance de dédicace

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 12:25

Et si l’on se rencontrait ?

Mon éditeur, l’honorable maison Eyrolles, me propose une séance de dédicace de mon livre vendredi prochain à partir de 18h30. Ce sera l’occasion notamment de débriefer le procès ensemble.  Les informations pratiques sont ici. Evidemment, le nombre de places est limité car la librairie, quoique de fort belle dimension, ne saurait contenir mes dizaines de milliers de fidèles lecteurs. Je vous remercie donc de me signaler votre participation par mail d’ici demain soir afin que je puisse organiser la chose sans déclencher l’affolement de la préfecture de police de Paris 😉 

A vendredi !

Aliocha

Note : à ceux qui pensent venir plus tard, mon éditeur m’indique que la librairie devrait être ouverte jusqu’à 20 heures.

31/05/2012

Une page pour discuter du livre

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 09:53

Comme promis, je viens de créer une page dédiée au livre sur l’affaire Kerviel qui sort aujourd’hui en librairie pour que nous puissions y mener une discussion au long cours, en parallèle des billets d’actualité. Elle est ici. Vous pouvez y accéder aussi dans le menu à droite de l’écran, à la rubrique « Pages ». Pour les curieux, je signale que plusieurs médias m’ont contactée en prévision de l’ouverture du procès lundi…

24/05/2012

Un mythe nommé Kerviel

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 10:11
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Condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts au bénéfice de la Société Générale le 5 octobre 2010, Jérôme Kerviel sera jugé en appel à partir du 4 juin prochain.  J’ai rencontré le trader par hasard, en juillet 2010, puis enquêté durant plus d’un an. Voici le récit de cette incroyable affaire. 

Souvenez-vous, il y a presque deux ans nous avions eu ici des échanges passionnés à propos du procès Kerviel. A l’époque, j’étais allée assister aux audiences avec la conviction que la justice ferait la lumière sur l’affaire. Hélas ! J’en étais ressortie avec davantage de questions que de réponses. La thèse de l’ignorance de la Société Générale, incroyable de prime abord, avait soudain pris une étrange épaisseur au fil des débats, sans toutefois me convaincre tout à fait. La personnalité si lisse de Jérôme Kerviel m’intriguait prodigieusement. L’épaisse carapace technique du dossier, hermétique pour quiconque ne travaillait pas dans le département de trading d’une grande banque, m’était apparue au fil des débats comme une sorte de mur de verre, infranchissable. Lorsque le procès s’est achevé, par un joli vendredi de juin ensoleillé, je me souviens avoir quitté le palais de justice avec un terrible vague à l’âme. L’aventure que nous avions partagée durant presque trois semaines avec les acteurs de cette affaire hors normes s’achevait brutalement. Je croyais à l’époque tourner la dernière page d’un livre, en réalité, je m’apprêtais à écrire les premières lignes d’une histoire exceptionnelle !

La rencontre

Tout a vraiment commencé trois jours après la fin du procès, le lundi 28 juin 2010 lorsque, de retour d’un week-end à la campagne, j’ai reconnu Jérôme Kerviel attablé dans un bistrot au pied de mon immeuble. Puisque le destin farceur le plaçait sur ma route, je l’abordai ! D’un hasard l’autre, je m’aperçus très vite que le dossier Kerviel ne cessait de se mettre en travers de mon chemin. Alors j’ai voulu comprendre. L’exercice d’investigation et surtout d’explication m’est apparu d’autant plus nécessaire qu’on n’avait cessé de nous dire tout au long du procès que la perte de trading avait mené la banque au bord du gouffre et que, sans l’intervention brillante de Daniel Bouton, la Société Générale aurait pu couler et entrainer dans sa chute un système financier mondial fortement fragilisé à l’époque. Mais alors, si nous étions passés si près de la catastrophe nous avions le droit, nous citoyens, de comprendre ce qui était vraiment arrivé. Or, comment croire qu’une banque n’a pas vu qu’un de ses traders investissait 50 milliards ? Cette même banque qui réagit au plus petit découvert d’un particulier ? Et Jérôme Kerviel ? Etait-il vraiment le génie de la fraude qu’on nous décrivait ?  Il fallait tenter de dépasser l’image lisse qu’il avait opposée à ses juges, au public et à la presse tout au long du procès pour  s’approcher un peu plus près et, qui sait, cerner qui il était vraiment et ce qui l’avait motivé. Au fil de mon enquête, une autre dimension de l’affaire m’est apparue.  Celle que nous avions tous saisie intuitivement sans vraiment nous expliquer la raison de cette fascination profonde : nous avions en face de nous un mythe moderne. En d’autres termes, cette histoire contenait, au-delà du simple fait divers financier, quelques unes des clefs symboliques de notre époque.

Les faits, rien que les faits

C’est ainsi que j’ai commencé à écrire, rien que pour moi au départ, le récit de l’affaire depuis l’embauche du trader le 1er aout 2000 jusqu’au jour de sa condamnation, le 5 octobre 2010. Bien sûr, au fil du temps, je me suis forgée une conviction, mais j’ai voulu néanmoins rapporter les faits de la manière la plus objective possible pour permettre à chacun de se façonner son propre jugement. Et aussi, plus profondément, parce que je suis convaincue qu’elle dépasse de loin le simple fait divers financier, et pose des questions bien plus intéressantes que le seul point de savoir si Jérôme Kerviel a agi seul ou si on l’a encouragé pour ensuite le lâcher.  Il n’y a aucun terme financier dans le livre, c’était inutile, la technique dans tout cela n’était finalement qu’un leurre. Au fond, il s’agit d’une affaire d’hommes, d’une somme de rêves fous, d’aveuglement et d’incompétence, concentrés au coeur d’un système, certes infiniment complexe et sophistiqué, mais aussi bien moins sécurisé qu’on ne l’imagine.

Hasard et coïncidences

Quand le livre fut achevé le hasard, encore lui, plaça sur ma route quelques éditeurs. Mais le sort, même bienveillant, doit toujours être forcé. J’ai essuyé une bonne dizaine de refus et presqu’autant de silences indifférents. Pour les éditeurs qui ont daigné me répondre, l’affaire Kerviel était un vieux dossier financier incompréhensible que l’actualité avait depuis longtemps déjà remplacé par d’autres sujets bien plus intéressants. Ils n’avaient pas tort en première analyse, mais ce type de réflexe montre que même l’édition rechigne désormais à s’accorder  le temps nécessaire à la réflexion. Faut-il donc se résigner à zapper en permanence et par conséquent à demeurer à la surface des choses ? Pourtant, depuis janvier 2008, date à laquelle a éclaté l’affaire, nous avons eu connaissance de trois autres pertes de trading, à la Caisse d’Epargne en 2008, chez UBS en 2011 et, tout récemment chez JP Morgan. Dépassée l’affaire Kerviel ? Allons donc ! En réalité, ces dossiers de rogue traders comme on dit (traders voyous) révèlent un risque plus profond et plus général : la fragilité de nos systèmes ultra-sophistiqués. Un homme, un seul, peut les faire vaciller. Les quelques spécialistes qui tirent la sonnette d’alarme peinent malheureusement à attirer l’attention. Je savais pour ma part que ma seule chance d’être entendue, c’était la perspective du procès en appel. On appelle cela une accroche d’actualité. Passé cette échéance, je n’intéresserai plus personne. Et c’est au tout dernier moment qu’est survenu le miracle. Un de mes confrères a dit de cette affaire qu’elle rendait fou. Il a raison, elle concentre autour d’elle énormément de passions. Elle est aussi et surtout incroyablement marquée par le destin. Les coïncidences, les hasards, les coups durs, les miracles et les revers dont j’ai été victime pour m’être approchée un peu trop près du coeur du volcan ont fini par me faire sourire tant leur liste était impressionnante.

Anonymat

Un dernier mot. J’ai signé le livre de mon vrai nom, parce que c’est un travail journalistique et non pas une distraction de blogueuse. Au surplus, je ne concevais pas d’aborder un dossier de cette importance en me dissimulant derrière un masque. Mais ce livre est aussi le produit du blog parce que sans les discussions que nous avons eues ici, je n’aurais sans doute jamais ressenti l’impérieuse nécessité de m’arrêter pour prendre le temps de comprendre. Merveilleux internet qui rapproche journalistes et public et permet aux premiers d’entendre les interrogations du second. Prodigieux Internet qui offre l’opportunité, par l’échange et la discussion, d’aller au fond des choses pour peu que l’on surmonte son autre face, plus sombre, la tentation  de l’instantanéité. De fait, mon anonymat tombe mais nous avons assez répété, ici et partout ailleurs, que l’identité au fond, on s’en moquait, non ? Pour ceux que la problématique de l’anonymat ou plus exactement du pseudonymat intéresse, je précise que je continuerai de bloguer sous le pseudonyme d’Aliocha et d’exercer mon métier sous mon vrai nom. Question de délicatesse à l’égard de mes employeurs et de nécessaire distinction, à mon sens, entre l’opinion personnelle et le travail journalistique. Quant au livre, j’espère que vous y trouverez des réponses aux questions que nous nous sommes posées ici-même il y a deux ans. Et j’espère aussi que les spécialistes sauront trouver matière à réflexion dans le simple récit de cette histoire qui, à mon sens, illustre parfaitement les nouveaux risques auxquels nous sommes confrontés. A vous de juger !

Note : Il sort le 31 mai aux Editions Eyrolles. 297 pages, 18 euros.

20/08/2011

C’est ouvert !

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 15:50

Je suis de retour. Bon, le blog est un peu poussiéreux, il serait peut-être temps que je le modernise. Voilà une bonne résolution de rentrée.

A part ça, je regrette encore d’avoir coupé court à nos dernières discussions, mais à n’en pas douter d’autres articles nous donneront de nouveaux sujets de débat dans les semaines qui viennent.

En attendant que notre joli pays sorte de sa torpeur, j’entends par là que la vie quotidienne reprenne son cours trépident, y compris sur la toile, j’ai en tête quelques billets que m’ont inspirés les événements de l’été. Il faudra que je vous parle du livre de Jeremy Rifkin que j’avais embarqué dans mes bagages. Remarquable. Mais aussi de la dégradation de la note des Etats-Unis, des révoltes en Grande-Bretagne et autres sujets de nature à inspirer de passionnantes discussions sur la marche du monde.

Le temps de défaire les bagages, remplir le frigo, et hop, on relance la machine !

02/08/2011

Pause estivale

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 11:21

Comme d’habitude, je pars prendre l’air loin de l’agitation, dans un lieu sans connexion à Internet. A chaque fois, c’est un déchirement au moment du départ, mais c’est à mon avis la condition sine qua non d’un vrai repos. Les commentaires en mon absence seront placés sous le régime de la modération préalable et n’apparaîtront donc qu’à mon retour.

Nous n’avons pas eu le temps d’aborder cette année les conseils de lecture. Personnellement, j’emporte les oeuvres complètes d’Albert Londres (Arléa), « Gogol et Dostoïevski ou la descente aux enfers » de Paul Evdokimov (Corlevour), « Une nouvelle conscience pour un monde en crise » de Jeremy Rifkin dont j’avais beaucoup aimé « L’âge de l’accès » (Les liens qui libèrent) et, bien entendu, une demi-douzaine de polars.

A très vite, comme on dit dans les milieux branchés parisiens !

13/06/2011

Un million !

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 10:15

Oups, nous venons de franchir le million de pages vues ! C’est idiot, mais ça m’enchante. Nous en sommes à 477 billets publiés et 17 722 commentaires en bientôt trois ans d’existence. Merci à tous pour cette jolie aventure partagée ensemble. Et pardon pour le rythme erratique du blog ces derniers temps. Il se trouve que le tourbillon d’actualité me dépasse et que j’ai pas ailleurs beaucoup de travail, mais je n’oublie pas le blog.

06/06/2011

C’est ouvert !

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 22:23

Je suis de retour, le blog va donc reprendre une activité normale et les commentaires ne seront plus soumis à modération préalable. Pardon à tous ceux qui ont attendu plusieurs jours avant que leur post ne s’affiche. Je les ai débloqués hier soir, mais j’avais oublié de désactiver le contrôle, voilà qui est fait !

D’où je rentre ? Mais d’ici bien sûr :

Il s’agit de la baie d’Elounda, en Crète. Faites-moi penser un jour à vous décrire ces paysages d’une époustouflante beauté et à vous raconter les délices d’un ouzo accompagné de gâteaux à la cannelle, à l’ombre des oliviers…

29/05/2011

Ailleurs…

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 14:07

La vie du blog va s’interrompre une semaine, eh oui, toute une grande semaine, pour cause de ….vacances !

Les commentaires seront placés sous modération préalable, contrairement à l’usage en période normale. Bien sûr, si j’avais comme tout le monde, en tout cas comme tous les gens qui font mon métier et tous ceux que je cotoie, avocats, comptables, financiers, un bidulophone, je n’aurais pas besoin de suspendre les commentaires. Mais il se trouve que je suis un esprit retors. Le jour de la sortie du premier IPhone, non seulement je n’ai pas couru l’acheter, mais allez avoir pourquoi, j’ai décidé que je serai la dernière à céder à cette extension du domaine de la tyrannie technologique. Et quand je vois l’addiction que l’objet suscite chez ses heureux propriétaires, je me dis que j’ai bien fait.

Bien sûr, il arrive, rarement mais ça arrive, que l’outil me fasse défaut. Quand j’assiste à une audience par exemple et que je peux pas twitter, quand je suis en rendez-vous loin de mon bureau et que j’attends un mail urgent, quand je suis dans une salle d’attente et qu’il n’y a rien à lire, mais bon. Les vacances pour moi, c’est, au stade de lassitude où je suis arrivée à cet instant précis, le silence intérieur, plus de spams, plus de requêtes diverses et variées, plus de pollution, plus de choses à faire, à lire, plus de to do list, rien que le silence. Vous me manquerez, c’est certain. Le blog me manquera. Twitter me manquera. Mais il faut savoir partir pour revenir. Et s’assurer la disponibilité d’esprit nécessaire pour découvrir autre chose. Le clubs touristiques avaient déjà transporté le confort occidental jusque dans les plus lointaines contrées, voici que les smartphones nous infligent le bureau jusque sur la plage. En ce qui me concerne, c’est non. Je veux découvrir d’autres horizons, ce qui suppose que j’abandonne les miens. Pour mieux les retrouver.

A la semaine prochaine !

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