La Plume d'Aliocha

06/04/2013

« Nous allons vers l’époque du voyou de droit divin »

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 09:55
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« Les deux fléaux qui menacent l’humanité sont le désordre et l’ordre. La corruption me dégoûte, mais la vertu me donne le frisson ». Ainsi s’achève le film de Georges Lautner sur un scénario de Michel Audiard, Mort d’un pourri. Sorti en 1977, il raconte l’histoire d’une gigantesque affaire de corruption politique, et met en scène notamment un flic justicier remarquablement campé par Michel Aumont. Il me revient en mémoire alors que le scandale Cahuzac fait ressurgir le vieux débat sur la morale dans la vie publique. Voici la dernière scène. Alain Delon a traqué tout au long du film l’assassin de son ami député incarné par Maurice Ronet, lequel venait de tuer son collègue de l’assemblée qui le faisait chanter. Au moment de remettre à Michel Aumont le dossier contenant des fiches sur tout le personnel politique, il le pousse à avouer ses combines qui sont allées jusqu’au meurtre pour débarrasser soi-disant le pays des « voyous de droit divin » qui le gangrènent. La vidéo n’est pas d’une grande qualité, mais on se régale de la manière inimitable dont Audiard pose déjà à l’époque les termes du débat actuel. Le film est disponible en DVD.

 

22/12/2012

L’intelligence et la grâce

Filed under: Choses vues,détente — laplumedaliocha @ 13:18
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15952Certains savent sans doute qu’une  version restaurée du film Les enfants du paradis de Marcel Carné est sortie dans les salles et a été diffusée récemment sur Arte. Je vois les plus jeunes au fond remettre leurs écouteurs et plonger le nez dans leur smartphone en pensant « bah, un truc un noir et blanc et peut-être même pas parlant ». Allons, je l’ai pensé avant vous car imaginez-vous que je suis née après 1940 de sorte que pour moi aussi c’est vieux. Eh si !  Seulement voilà, je ne m’adresse pas ici aux heureux élus déjà conquis par le film, mais à ceux qui  pourraient passer à côté pour de mauvaises raisons. Par exemple en pensant, comme je l’ai fait au départ, que c’était un chef d’oeuvre réservé aux cinéphiles octogénaires…Néanmoins, je me suis décidée à le regarder il y a quelques semaines  sur Arte. Pas la peine de militer pour que tout le monde lâche Ruquier et passe aux choses sérieuses, si c’est pour jouer à « fais ce que je te dis mais fais pas ce que je fais », ai-je songé. Notez, j’avais pris mes précautions, trouvé un film de substitution sur une autre chaine et conclu un pacte avec moi-même : si dans cinq minutes tu t’ennuies, inutile de forcer, tu abandonnes.

Mazette ! Je suis restée collée à l’écran pendant trois heures, fascinée. Par cette vieille chose, ce classique sorti en 1945 ! Avec dans les rôles principaux Arletty, (songez donc, celle d’Atmosphère que les moins de 60 ans ont oubliée), Pierre Brasseur (oui, le grand-père d’un des policiers dans la série Alice Nevers), et ….celui qui ferait pâlir les Clooney et autres play boys du cinéma actuel…Jean-Louis Barrault, sous les traits de l’éblouissant Baptiste.

La belle Arletty vit comme un oiseau libre, sans autres ressources que les bras de l’homme qui l’aime l’espace d’un soir. Elle est convoitée par le terrible Lacenaire, séduite par Frédéric Lemaître, un comédien à succès, épousée par un millionnaire, et surtout adulée chastement par le mime Baptiste qu’elle aime aussi. « C’est si simple d’aimer », répète-t-elle tout au long du film tandis qu’elle renie son propre amour dans les bras d’hommes qui n’ont d’autre mérite que de savoir prendre ce que Baptiste se contente d’idéaliser. Baptiste, l’enfant douloureux qui se réfugie dans le rêve parce que là, il est libre, personne ne peut l’atteindre, ni lui faire du mal. Ce qui permet à ce film de rester d’actualité, note un biographe de Carné dans les excellents suppléments du DVD, c’est la liberté des personnages. On pourrait évoquer à l’infini les mérites d’un film à l’esthétique éblouissante, la finesse de la peinture psychologique, le caractère jouissif des dialogues, la galerie des personnages secondaires dont la personnalité est exprimée avec un talent comparable à celui des plus grands peintres.

Pourquoi les enfants du paradis, me direz-vous ? Parce que l’histoire se déroule dans un univers de comédiens au coeur du quartier du Temple, surnommé au 19ème siècle Le boulevard du Crime, en raison des pièces qu’on y jouait. Le paradis, ce sont les dernières corbeilles, tout en haut, qui accueillent un turbulent public populaire.  Il y a des livres – rares – dont on ne sort pas indemne. Des films aussi. Celui-ci en fait partie. Par quel miracle les mots, simplement agencés par Prévert, peuvent-ils ainsi frapper au coeur, déclencher le rire, susciter la réflexion, arracher des larmes ? Comment Carné peut-il, avec une simple caméra, exercer pareille fascination ? Quel démiurge inspiré à programmé cette rencontre-là ? Est-ce parce que le film est né de la guerre qu’il accède à cette lucidité qui serait insoutenable si elle  n’était adoucie par le rêve et la beauté ?  Toujours est-il que, pour une fois, le terme de chef d’oeuvre tellement galvaudé ne me semble pas ici usurpé. J’invite tous ceux qui ne connaissent pas le film à courir en salle – il se joue encore à la filmothèque du quartier latin – ou à visionner le DVD (livret intéressant, suppléments aussi). Les autres à visiter l’exposition que lui consacre la cinémathèque (jusqu’au 21 janvier). Et je signale au passage que Gallimard édite le scénario original. Les enfants du Paradis a été sacré Meilleur film de tous les temps à l’occasion du centenaire du cinéma en 1995 par un jury d’historiens et de journalistes. Sur 20 000 longs métrages tournés entre 1944 et 1994, il a recueilli 688 voix sur 822.

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06/02/2012

Grattons le Guéant

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 12:57

Voici à quoi me fait penser le grand débat de haute politique sur la « petite phrase » de la semaine. Tout le monde a intérêt à gratter le Guéant pour gagner, au choix, des électeurs, des lecteurs, des visiteurs uniques ou la simple joie d’une polémique qui nous fait oublier le froid et la crise. On se distrait comme on peut…

06/01/2012

Pour la peau d’un chômeur

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 14:19

Voilà trois nuits que je dors à peine…Et pour une fois, ce n’est pas le travail qui en est la cause, mais un excellent polar. Il n’est pas récent, mais après tout personne ne nous oblige à suivre le rythme fou de la société de consommation en considérant que la durée de vie d’un livre devrait se limiter à trois mois. Notez, quand je dis pas récent, Cadres Noirs de Pierre Lemaître est sorti en poche au printemps dernier, ce qui ne nous ramène pas aux calendes grecques non plus, même à l’époque de l’instantanéité twitteresque.

A 57 ans, Alain Delambre, ancien DRH d’un grand groupe au chômage depuis 4 ans, s’est résolu à accepter des petits boulots de manutentionnaire. Jusqu’au jour où l’inespéré se produit, une société internationale a retenu sa candidature. Il figure même dans le panel de  finalistes qui vont devoir s’affronter lors d’un jeu de rôle pour décrocher le poste. Le bout du tunnel, enfin ! Sauf que les dés sont pipés. Et à cet âge, quand on sait qu’on est arrivé tout au bout du désespoir, on n’a plus rien à perdre. Surtout si l’on a décidé de reconquérir l’estime de sa femme et de ses deux filles. Alors, le jeu de rôle, Alain Delambre va y jouer, mais c’est lui qui va en fixer les règles au nez et à la barbe du cabinet de consultant, d’un mercenaire inquiétant chargé d’organiser le fameux jeu et d’un PDG habitué à faire plier les échines.

C’est jouissif comme un combat de David contre Goliath, remarquablement articulé, et parfaitement haletant. En dehors de l’intrigue, l’auteur dresse le portrait d’un monde économique qui a perdu tout respect de l’humain, servi par des cadres prêts à faire n’importe quoi pour leur entreprise, à commencer par sacrifier leur dignité et toute notion de morale. Le désespoir du chômage pour celui qui le vit, ses conséquences dans les rapports sociaux et familiaux, tout y est. Jusqu’à l’instrumentalisation de la justice et des médias, en passant par les techniques de management, la promotion canapé, les licenciements de masse et l’abus des contrats de stage.

Un portrait aussi noir qu’exact du monde du travail et un thriller drôlement bien ficelé !

10/12/2011

Verneuil avait prévenu !

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 13:19

Pour rebondir sur la discussion soulevée par le précédent billet, tout en se détendant parce que, hein, bon, c’est quand même le week-end, je vous propose d’oublier les experts financiers, agences de notation et autres fumisteries du même genre, pour aller réfléchir avec des esprits bien plus éclairés. Par exemple, un réalisateur dont j’aime à peu près tous les films et dont surtout j’admire profondément les qualités d’analyse. Il s’agit d’Henri Verneuil. Vous savez, celui du Président, de I comme Icare ou encore de Mille milliards de dollars. Plus je regarde ses films, plus je m’aperçois qu’il avait eu le génie de saisir, il y a plusieurs décennies déjà, les virus dormants qui allaient nous frapper.

Tenez par exemple, repassons-nous pour le plaisir et pour la réflexion, la scène légendaire où Gabin, président du conseil, tacle les députés sur leur vision de l’Europe. Tout y passe, les hypocrisies du discours politique et ses effets de style, les lobbys, les vraies visions d’avenir et les mensonges d’intérêts. C’était en 1961. Jouissif et glaçant de lucidité.

Et puisque nous y sommes, faisons un bond dans le temps. En 1982 sort Mille Milliards de dollars. L’histoire d’un journaliste qui enquête sur un scandale politico-financier et s’inquiète déjà l’époque de la puissance des groupes internationaux.

Voilà, c’est en regardant ces films, en lisant les philosophes, en écoutant les penseurs, les artistes toutes disciplines confondues que l’on a une chance de comprendre le monde dans lequel on vit, mais certainement pas en accordant un quelconque crédit aux experts…Il n’est pas de pire ignorant que celui qui croit savoir, ni de pire aveugle que celui qui regarde le monde à travers les lunettes étroites de sa micro-spécialité.

08/07/2011

Autre chose, ailleurs, loin de la fureur

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 19:45

Allons, il est temps de voir autre chose, d’aller ailleurs, d’oublier la fureur du monde…

Je ferme les commentaires pour le week-end car je n’aurai pas accès à Internet, sauf miraculeux réveil de mon fournisseur d’accès préféré. Mais je ne voulais pas vous laisser sur de sinistres considérations relatives aux misères technologiques qui font désormais notre quotidien.

Voici donc quelques vers d’un de mes poètes préférés, Salah Stétié :

« La paix je la demande à tous ceux qui peuvent la donner

Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes

violents et froids

Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore

des souvenirs d’enfance, une mère aimée,

un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis

longtemps, longtemps

Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux

avec un bouquet de violettes !

Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée

L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune ».

 

24/08/2010

Parlons donc du sexe des blogs

Filed under: Débats,détente — laplumedaliocha @ 00:26

Rien de tel qu’une bonne petite polémique pour se remettre en plume à la rentrée !

Juan de Sarkofrance m’en offre une occasion rêvée en m’incluant fort civilement dans sa « revue de blogs de filles » (sic).

Fichtre ! Heureusement que je l’ai rencontré lors d’une réunion de blogueurs et que je l’ai trouvé tout à fait charmant, sinon, je crois bien que je me serais agacée. De l’intérêt au passage de ne pas s’en tenir aux seules relations virtuelles. Elles possèdent, je vous l’accorde, une part de vérité parfois supérieure aux relations réelles car elles sont débarrassées des contingences matérielles, mais cet avantage souvent se retourne et peut nous mener, précisément parce qu’on discute sans pouvoir se regarder au fond des yeux, à de regrettables malentendus.

Bref, me voici donc cataloguée, ce qui en soi m’apparait déjà insupportable car je hais les étiquettes, et qui plus est embrigadée à l’insu de mon plein gré dans la catégorie des « blogs de fille », celle-là même que je fuis par-dessus tout. Entendons nous bien. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, je suis une fille, étant précisé qu’à mon  âge, le terme de femme me paraitrait plus adéquat quoique sans doute légèrement présomptueux. « On ne nait pas femme, on le devient » observait fort justement Simone de Beauvoir. Pour couper court à tout débat inutile, disons donc que je suis, c’est indiscutable,  de sexe féminin. Il est un autre fait tout aussi avéré : ce lieu est bien un blog. Ce qui, au terme d’une équation un peu simpliste nous mène tout droit à ce résultat : blog rédigé par une fille = « blog de fille ».

L’ennui, vous l’aurez compris, c’est que « blog de fille » ne signifie pas exactement blog rédigé par une fille. Eh non, on sent bien en maniant l’expression qu’elle comporte un sens caché, pétri par des siècles de culture et, il faut bien l’avouer, de préjugés. Ainsi donc, il y aurait une catégorie générique, là comme ailleurs, masculine par défaut, et puis une catégorie spécifique, celle des blogs rédigés par des filles. Et l’on prétend que le web est en passe de créer un nouveau monde, foutaise ! Je sais déjà ce qu’on me répondra. Cela correspond à une réalité, la majorité des blogs sont tenus par des garçons ou des hommes, c’est selon. Mais comment le sait-on puisque tout le monde fonctionne sous pseudos, lesquels, le mien en est un exemple, ne renseignent pas toujours sur le sexe de l’auteur, voire jouent précisément à le dissimuler. Peut-être le découvre-t-on alors en raison des sujets abordés ? Qui parle couture, mode, cuisine, enfants est forcément une femme, politique, faits de société, sciences, forcément un homme ? La présomption est forte mais pas irréfragable comme en témoignent précisément les « blogs de fille » cités par Juan. Y-aurait-il alors une distinction plus subtile fondée sur des valeurs, une manière de penser, d’aborder les problèmes, de choisir les sujets ? Vaste question que je me pose depuis que je suis en âge de réfléchir et à laquelle je n’ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.

Figure-toi, Cher Juan, que le choix d’un pseudo masculin ne fut pas de ma part totalement innocent. A l’époque où j’ai opté pour Aliocha, j’avais deux raisons de le faire. D’abord, je songeais que le plaisir du masque est d’autant plus grand qu’il nous permet d’endosser une personnalité imaginaire la plus éloignée possible de la réalité. Ensuite, je ne pouvais me défendre à l’époque de l’idée qu’une pensée fémnine était moins facilement prise au sérieux. Qu’elle ouvrait aux interlocuteurs masculins, selon les cas,  le réflexe de la condescendance, le goût du marivaudage, ou bien encore qu’elle pouvait susciter, chez les plus élégants, une retenue, une délicatesse, susceptibles de perturber le bon déroulement d’un débat.

Chassez le naturel, il revient au galop disaient les anciens. Mon masque a eu tôt fait de glisser du bout de mon nez, révélant ce que j’entendais cacher. Ce qui montre que l’on peut bien rêver de supprimer la distinction des sexes, elle s’empresse de se frayer un chemin et de réapparaître, entre nous soit dit pour mon plus grand plaisir. Car ce que je fuyais alors m’apparait aujourd’hui tout à fait amusant et parfois même délicieux. Si les idéalistes dans mon genre pouvaient vivre ne serait-ce qu’une seconde dans leur monde rêvé, je gage qu’ils reviendraient très vite à la réalité en la trouvant au fond pas si imparfaite que cela.

De là cependant à me retrouver cataloguée dans les « blogs de filles », avec tous les préjugés stupides mais bien réels qui s’y attachent,  il y a un pas que j’espérais ne jamais franchir.

Et c’est donc perchée sur mes Louboutin, la taille ceinte de mon tablier de cuisine que je viens de finir de broder avec amour et totalement affairée à la préparation du dîner, que j’entends crier ici haut et fort : ce lieu n’est pas un « blog de fille ». Le prochain qui s’avise de soutenir le contraire sera chassé sans pitié à coups de rouleau à pâtisserie ou de talons aiguille.

20/07/2010

L’actualité décryptée par les Shadoks

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 10:26

Figurez-vous que j’ai pensé à vous, Chers lecteurs de ce blog, ce matin en m’éveillant.

Et je me suis dit, ils peinent à comprendre l’affaire Bettencourt-Woerth & Co, donc, en tant que journaliste, je me dois de les aider. Car le problème voyez-vous, c’est que l’actualité n’existe plus, elle a été remplacée par la communication sur l’actualité. Or, la communication a ceci de délicieux, c’est qu’elle s’émancipe sans remords de la tyrannie des faits en tordant  la logique, non sans avoir piétiné au passage le plus élémentaire bon sens. De fait, on découvre qu’un ministre pas tout à fait indépendant, dans les apparences tout du moins, a été blanchi par un rapport lui-même pas tout à fait indépendant. De même, une vieille dame fort riche qu’on nous dit un peu diminuée intellectuellement n’en est pas moins accusée de frauder le fisc, ce qui, comme le soulignait hier un avocat fiscaliste à la télévision, serait plutôt une preuve de santé mentale, à défaut d’honnêté. On nous explique encore que cette dame soupçonnée de fraude aurait bénéficié d’un cadeau de ce fisc dont elle se serait par ailleurs moquée, ce qui est pour le moins déstabilisant. Et puis on nous dit que le Monsieur à qui elle a donné une île ne peut pas l’avoir reçue car l’ile n’appartenait peut-être pas à la dame. Et je vous passe les à côtés tout aussi étranges, par exemple le fait que des politiques soient venus dîner chez la dame mais sans la connaître, ni au début du repas, ce qui est possible, ni après le repas, ce qui est tout de même plus compliqué à croire, sauf à ce qu’ils entendent « connaître » au sens biblique du terme.

Votre immense désarroi m’a profondément culpabilisée. Seulement j’étais bien en peine de vous aider, étant moi-même un peu perdue, je vous l’avoue.

Une simple histoire de passoire sans trous

C’est alors que je suis allée fouiller dans ma bibliothèque qui est toujours mon ultime recours dans les cas difficiles. Et j’ai trouvé, coincé entre « Les Fondements de la métaphysique des moeurs », à l’évidence inapplicable au cas d’espèce, et « La Conjuration des imbéciles » (tiens, on s’approche), le livre qui allait enfin m’éclairer : « Les Shadoks en Grande Pompe » de Jacques Rouxel. Eh oui, au stade où nous en sommes d’enfumage il faut, mais il suffit, de changer de paramétrage intellectuel pour que tout se mette en place miraculeusement.

Je vous livre l’extrait le plus adapté au cas qui nous occupe. Le problème de la communication politique contemporaine n’est plus en effet de nous faire passer des vessies pour des lanternes, mais, comme l’avait magistralement anticipé le créateur des Shadoks, de nous faire prendre les passoires pour des autobus :

« Pour qu’une passoire complexe laisse passer l’eau et pas les nouilles, il faut et il suffit que le diamètre des trous soit notabement inférieur au diamètre des nouilles. Pour qu’une passoire complexe laisse passer les nouilles et pas l’eau, il faut et il suffit que le diamètre des trous soit inférieur au diamètre de l’eau. Quant aux passoires du premier ordre qui ne laissent passer ni les nouilles, ni l’eau, il y en a de deux sortes : les passoires qui ne laissent passer ni les nouilles, ni l’eau ni dans un sens ni dans l’autre, et celles sui ne laissent passer ni les nouilles ni l’eau que dans un sens seulement. Ces passoires-là, on les appelle casserolles.

Il y a trois sortes de casserole. Les casserolles avec la queue à droite, les casserolles avec la queue à gauche, et les casseroles avec pas de queue du tout. Mais celles-là on les appelle des autobus ».

N’est-ce pas que ça va mieux ? Je vous l’avais dit.

D’ailleurs, c’est incroyable la puissance de décryptage de l’actualité contenue dans la logique Shadok.

Précieuses maximes

Tenez par exemple, si notre gouvernement communique trop, c’est encore par application d’un dérivé d’un principe Shadok : « il vaut mieux communiquer même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne communiquant pas ».

Sa politique ne vous semble pas toujours efficace, ne vous inquiétez pas, les Shadoks vous expliquent : « En essayant continuellement on finit toujours par réussir, donc plus ça rate, plus on a de chances que ça marche ».

Vous êtes un peu surpris que Nicolas Sarkozy ne tire pas les conséquences de l’affaire Woerth ? Très simple, il faut mais il suffit d’adapter la maxime Shadok « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème », laquelle devient au cas d’espèce :   « s’il n’y a pas de sanction, c’est qu’il n’y a pas de faute ».

Le bouclier fiscal vous révolte ? C’est que vous avez oublié que les Shadoks ont inventé il y a longtemps déjà le parapluie pour temps sec.

Et pour finir, je vous laisse méditer sur la formule la plus énigmatique et sans doute la plus profonde des Shadoks : « Avec un escalier prévu pour la montée on réussit souvent à monter plus bas qu’on ne serait descendu avec un escalier prévu pour la descente ».

Voilà, vous êtes désormais équipés intellectuellement pour décrypter l’actualité. Ne me remerciez pas, je n’ai fait que mon métier.

Note : ces passages sont extraits de « Les Shadoks En Grande Pompe », Textes choisis et dessins de Jacques Rouxel – Circonflexe Garnier 2008, 16 euros. Un bijou !

18/11/2009

Think different…

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 12:17

L’un des problèmes auquel est confronté le journaliste en quête d’information pour ses gentils lecteurs,  c’est le barrage secrétaire qui empêche d’accéder au détenteur de la précieuse information recherchée.

Ce barrage est parfois volontaire, il s’agit pour l’intéressé(e) de défendre son ou sa boss contre les importuns. Objectif ô combien louable.  J’adorerais personnellement qu’on m’évite les appels de ces bastions de l’esclavagisme téléphonique installés au Maroc ou ailleurs, lorsqu’une voix lointaine et à peine audible s’exprimant avec une aisance très approximative au milieu d’une brouhaha infernal vous propose je-ne-sais-trop-quoi au plus mauvais moment avant de couper brutalement la communication quand vous dites, pourtant poliment, que vous êtes en rendez-vous.

Mais il y a aussi les barrages involontaires, ceux qui naissent d’une furieuse envie d’en faire le moins possible. C’est donc tout un art que de gérer ce « barrage ». Entre nous, comme j’aime communiquer, je me plie bien volontiers à toutes les précisions réclamées, allant jusqu’à vendre à mon interlocutrice le projet pour le plaisir d’abord d’un contact humain réussi et ensuite par souci d’efficacité. On ne vantera jamais assez les mérites de la gentillesse et de la courtoisie dans le travail. Dans 9 cas sur 10, ça fonctionne.

Seulement voilà, la dixième fois, quand on tombe sur un esprit disons, « original », ça dérape…Et ça donne ce genre de choses :

Moi : Bonjour, je m’appelle Aliocha, je suis journaliste au Petit reporter illustré et je vous appelle parce que j’ai vu que Monsieur votre patron (intonation déférente) intervenait lors du colloque sur « L’avenir de l’apiculture en basse-provence, mythes et réalités »(ou « évolution et prospective », tous les colloques ont les mêmes intitulés, c’est navrant de manque d’imagination). Je souhaiterais l’interviewer sur ce thème.

Elle (voix fraiche, légèrement alanguie, niveau de motivation : -10 sur une échelle de 200) : Ah ? Un colloque ? Quand ça ………? (hop, ça dérape ! )

Moi : Le 3 décembre.

Elle (toujours alanguie mais faisant semblant de réfléchir) : A Lille ?

Moi (Le hasard fait parfois mal les choses cocotte. C’est pas à Lille ) : Hum, non à Paris.

Elle : Ah bon………………………… et c’est à quelle heure ?

Moi  : Peu importe, le fait est que je voudrais l’interviewer sur l’apiculture pour Le Petit reporter illustré.

Elle : Et vous êtes journaliste où ?

Moi : Au petit reporter illustré donc…. (je l’ai déjà dit ça).

Elle : Ah oui à la sécurité sociale !

Moi :  Non, au Petit reporter illustré (depuis quand il y a des journalistes à la sécu, cocotte, t’as fumé ou quoi  ?)

Elle : Et vous vous appelez ?

Moi (à ce stade, vous admirez mon infinie patience, j’espère ?) : Aliocha

Là n’importe quel esprit normalement constitué commencerait à rédiger le message. C’est simplissime : nom, téléphone, objet : interview sur l’apiculture. Vous couronnez le tout d’un « je lui transmets, je vous rappelle » et hop emballé c’est pesé, tout le monde est content. Mais pas elle, trop originale sans doute.

Elle (prenant un ton profondément inspiré) : bon, euhhhhhhhhh……. eh bien………… je crois que le plus simple c’est que vous m’envoyiez un mail avec votre demande.

(Bon sang, c’est la nouvelle mauvaise habitude du moment ça, vous passez trois plombes à expliquer quelque chose au téléphone et au final on vous demande d’envoyer un mail. C’est le genre de réaction qui me fait monter des noms d’oiseaux aux lèvres et ….qui fait tressaillir mes potes de bureau quand je raccroche le téléphone et que les insultes peuvent enfin sortir en escadrille tandis que je tente de réparer le combiné téléphonique qui s’obstine, l’imbécile, à voler en éclats dès que je le brutalise un peu)

Moi ( ça t’ennuie tant que ça de bosser, cocotte ?) : Je crois que c’est préférable en effet. Donnez-moi votre e-mail.

Elle : maya@vivelesabeilles.com avec un »s » à abeilles, me précise-t-elle. (Je l’ai échappé belle, vu le niveau de la conversation je m’attendais à « tout-en-minuscules-et-sans-accent »)

Moi  : Merci, je vous envoie ça tout de suite.

Je vous avoue que j’avais un peu peur pour la suite. Ben pas du tout, elle m’a rappelée 1 heure après mon mail, dites donc !  Seulement voilà, elle était toujours aussi décalée dans son approche de la vie professionnelle.

Elle : je vous rappelle pour fixer un rendez-vous.

Moi (Alleluiah): Très bien, quand ?

Elle : ah………Ben……..c’est-à-dire……………………………(là, il faut que je vous précise une chose. Les secrétaires des gens IMPORTANTS ne sont pas impressionnées par qui que ce soit sauf par leur boss. En conséquence, elles vous disent généralement : « aïe, vu son agenda j’ai très peu de choses à vous proposer, Lundi à 6h du matin, ça vous irait ? Je n’ai que ça. Comptez dix minutes parce qu’ensuite il a une conf’call avant son petit déjeûner avec le ministre ». Souvent, c’est vrai que leur boss est  débordé, mais elles aiment bien en rajouter pour le valoriser, visiblement son boss à elle n’a rien à faire de ses journées et elle n’a même pas l’idée géniale de le dissimuler)

Moi : mercredi prochain par exemple ?

Elle : euhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh……………………………….

Moi : à 10h ?

Elle : euhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh……..plutôt 9h00, mais euhhhhhhhhhh ……………..10h ça vous arrange ?

Moi  ( Pas du tout cocotte, c’est même pour ça que j’ai proposé mercredi à 10h, parce que j’ai un empêchement majeur, je serai chez le dentiste, l’interview au téléphone  sur fond de bruit de roulette, avec les doigts du dentiste dans la bouche, ça me dit bien) : Oui, ça m’arrange.

Et c’est là que, dans un sursaut de professionnalisme parfaitement décoiffant, elle m’a asséné le coup de grâce :

D’accord. Auriez-vous par hasard une adresse mail pour que je vous confirme le rendez-vous ? (entre nous, le fait d’avoir une adresse mail à notre époque ne relève plus d’une improbable appétence pour l’ultime gadget high tech exclusivement vendu au Etats-Unis, que je sache. Mais là n’est pas le problème)

Moi (vaincue par l’épuisement) : C’est-à-dire que je viens de vous en envoyer un de mail, il y a une heure, c’est même comme ça que vous avez pu me rappeler.

Elle : ah oui…………!!!!!!!. Suis-je bête !

No comment.

25/08/2009

C’était bien…

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 09:22

Ah! les retours de vacances….C’est toujours la même histoire. Il faut raconter à la machine à café ce qu’on a fait, écouter les récits des potes, se désoler ensemble que ce soit déjà fini. Tout le monde vous dira que c’était génial, même ceux qui ont eu droit à 20 jours de pluie, les déçus de la location (genre il y a bien une vue sur mer comme disait l’annonce mais en montant sur un escabeau et en regardant par la lucarne des toilettes), les victimes d’hôteliers malhonnêtes (2 minutes à pied de la plage, qu’ils disaient, oui, mais en traversant la route nationale au pied de l’hôtel). Et tout ça, sans compter les soirées entre amis de la rentrée. Ah que c’est dangereux ça ! On risque à tout instant le fatidique « tiens, on va vous montrer nos photos de vacances, on en a fait 200 » (pitié, pas ça) ou pire, le film, avec les enfants qui jouent dans la piscine, « il dure deux petites heures, ensuite on dîne, vous allez voir, c’était fantastique » (l’horreur).

Du coup, j’ai décidé de vous infliger les miennes de photos, comme ça, juste pour voir comment ça fait d’ennuyer le monde.

Voilà l’hôtel. Bon d’accord, il était un peu vétuste, mais c’était un bâtiment historique, fallait pas s’attendre non plus au confort du Hilton….

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De toutes façons,  avec les copines, on passait notre temps dehors (c’est moi au milieu),

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L’ennui, c’est que les gosses grimpaient partout et qu’ensuite ils étaient incapables de redescendre, il fallait organiser des opérations de sauvetage…

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Heureusement, de temps en temps on les confiait aux garçons et on filait à la mer (vous voyez le petit sillage blanc à gauche de l’île ? C’est mon bateau) Eh oui, la séance photo a aussi pour but de rendre les copains jaloux…que c’est mesquin. (Bon, faites pas cette tête, je n’ai pas de bateau, c’était une blague).

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Bref, c’était le farniente ! (celle-là, je l’ai prise juste pour vous prouver que j’avais bien les doigts de pieds en éventail)

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Seulement voilà, c’est fini, alors, il faut passer à autre chose. Surtout que la rentrée est drôlement réjouissante, entre la crise et le H1N1, avouez qu’on ne risque pas de s’ennuyer.

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