La Plume d'Aliocha

02/09/2019

Selon que vous serez médiatique ou misérable…

Filed under: Coup de griffe,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 14:13

Savez-vous qui a écrit de l’Abbé Pierre « Il est petit, épais comme un Juif version Buchenwald, porte des binocles pour mieux voir le fric (…) et une barbe de père Noël pouilleux qui serait resté trop longtemps à distribuer des cadeaux aux pensionnaires d’Auschwitz. Faut dire, vu le nombre de cheminées qu’il y avait là-haut, il devait y avoir du pain (grillé) sur ces planches qui ont servi à casser du Youpe, etc. » ?

Ou bien encore à propos de la famine en Ethiopie « Après les six millions de Juifs soi-disant morts dans les camps en carton pâte que la Metro Goldwyn Meyer a fait construire un peu partout en Europe pour le compte (en banque) de quelques Juifs avides de pognon, on réinvente l’actualité pour renflouer les caisses de quelques dictateurs nègres dont le roseau de 30 cm ne suffit plus à aguicher les putains d’Adis-Abeba. »

Et c’est encore le même qui a dit  « En fait, ces nègres maigres n’existent pas. Ce ne sont que les négatifs des photos truquées par les Juifs sur les prétendus camps de la mort. » 

Ces propos sont des écrits de jeunesse de Yann Moix. Révélés lundi par l’Express, ils étaient déjà   pardonnés dimanche par toute la communauté germanopratine, à commencer par son protecteur et mentor, BHL lui-même. La larme à l’oeil, tous n’ont voulu voir que le splendide exercice de rédemption de l’intéressé, invité vedette de l’émission de service public On n’est pas couché qui entamait samedi dernier une regrettable nouvelle saison. Mieux, on a même donné au bas peuple des leçons d’élégance morale. Ce serait à hurler de rire si l’on n’était pas si occupé à juguler une rage tellurique.

Ainsi donc, cet individu  agressif et méchant (1), mascotte d’une petite coterie médiatique qui fait et défait les gloires littéraires depuis des décennies sans que l’on n’aperçoive jamais aucun lien entre les heureux élus et le talent, s’est-il rendu en toute impunité coupable d’un crime qui aurait socialement désintégré n’importe qui d’autre à sa place.

On ne saurait trouver illustration contemporaine plus saisissante de la célèbre Fable de La Fontaine, Les animaux malades de la peste. Rappelons-nous de la leçon du génial fabuliste. La peste décime les animaux, « ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés ». C’est alors que le lion expose lors d’un conseil que cette épidémie est une punition du ciel qui nécessite que l’un des animaux se sacrifie pour expier. Vraie noblesse ou suprême habileté, le lion lui-même donne l’exemple en avouant qu’il a mangé des moutons et même un berger.  Puis il invite chacun à avouer aussi ses fautes. Sur ce le renard, habile rhéteur, affirme au lion qu’il n’a commis aucune crime car, dit-il,  le mouton est sot et le berger l’avait bien mérité. On feint ensuite de n’apercevoir  aucune faute non plus chez le tigre et l’ours. En revanche quand l’âne vient avouer qu’il a volé un peu d’herbe dans un pré voisin, voilà que l’assemblée lance le fameux cri « haro sur le baudet ».

« Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable.

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Et c’est ainsi que les petits marquis médiatiques se protègent entre eux en trouvant toujours un pauvre baudet à livrer à la foule pour faire oublier que la peste qui décime la société, c’est eux. Mais lorsque malgré le subterfuge, l’un des leurs commet une faute impossible à dissimuler, elle est alors immédiatement et bruyamment pardonnée au nom d’un commandement dont le nom n’avait jusque là jamais franchi leurs lèvres ni même vaguement effleuré leur esprit : la bienveillance. On se répand même en dégoulinants exercices d’admiration, non sans menacer des pires châtiments ceux qui ne se rallient pas suffisamment vite à la cause. Car il y a visiblement un bon antisémitisme, même si l’on ne comprend toujours pas ce qui pourrait bien le distinguer du mauvais. A part les enjeux de pouvoir et de vente de livres, bien évidemment. Comme l’écrit Anne Rosencher dans l’Express, « l’indulgence pour l’erreur de jeunesse, il faut la plaider pour tous ou se taire ».

Cette affaire répugnante (ajoutée aux dégoutantes polémiques familiales), qui au passage permet à l’intéressé d’occulter médiatiquement en cette rentrée littéraire tous ses concurrents sans doute plus talentueux et certainement moins méchants, a un mérite et un seul, à condition que l’on s’en saisisse : interdire à ses défenseurs de prononcer à l’avenir un quelconque jugement moral sur qui que ce soit. Jamais. Quoiqu’il advienne.

On notera au passage la fascination des médias pour les personnalités toxiques. Car il ne faut pas s’y tromper. On ne pardonne pas ici à l’intéressé ses dérapages sous prétexte que ses qualités seraient telles ( Humaines ? Littéraires ? Dans les deux cas elles nous auront échappées) qu’elles justifieraient de fermer les yeux sur ses défauts. Non, ce sont précisément ses épouvantables tares qui ont fait son succès. C’est bien l’homme méchant, vindicatif, hargneux que l’on a vendu aux téléspectateurs tous les samedis soirs pour orchestrer d’abjects jeux du cirque qui n’avaient d’autre objectif que de faire de l’audience le jour même et du buzz les jours suivants.

 

 

(1) La policière s’est suicidée.

13 commentaires »

  1. Merci Aliocha
    Et l’hypocrisie bien-pensante interdisait que l’on célèbre le génial et talentueux (et odieux aussi, il faut l’admettre) Louis-Ferdinand Céline en 2011, qu’on le réédite en 2017. Pourtant, que restera-t-il de Moix dans 50 ans ?

    Commentaire par remseeks — 02/09/2019 @ 14:29

  2. « On notera au passage la fascination des médias pour les personnalités toxiques »
    C’est bien cela !
    Double délectation : d’abord accuser du pire, descendre en flammes, vouer aux gémonies, puis, des trémolos dans la voix, pardonner, absoudre, porter aux nues…
    Il y a du sacrificiel là-dessous.
    Quelle farce !
    Mais quelle farce tragiquement révélatrice de notre décadence intellectuelle et spirituelle !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 02/09/2019 @ 15:08

  3. @DMB : en vous lisant, je songe qu’on est dans le trouble histrionique qui sauf erreur de ma part est un trouble border line. https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_la_personnalit%C3%A9_histrionique
    C’est ce qu’on voit dans des émissions comme The Voice, mais en effet aussi dans les talk show. Autrefois, on appelait ça de l’hystérie.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/09/2019 @ 17:30

  4. Moix est une marquises plus poudrée qu’une tanche à la friture. Il rend les footballeurs professionnels sympathiques.
    https://dai.ly/x1fhf0

    Commentaire par chachashire — 02/09/2019 @ 17:36

  5. … merci, et merci à La Fontaine, immortel. Les Fables sont sur mon chevet.

    Commentaire par Ginkgo — 03/09/2019 @ 06:49

  6. « Selon que vous serez médiatique ou misérable » : c’est bien cela.

    Quel étrange miroir que ces média, que ces écrans, qui se croient la réalité et font le tri entre Bons et Méchants ! Tels Narcisse, trop crédules, niant tout mystère, nous nous perdons dans l’image de nous qu’ils nous renvoient.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/09/2019 @ 11:14

  7. « On notera au passage la fascination des médias pour les personnalités toxiques. » Oui, tout à fait ! Et ils sont si nombreux qu’on ne pourrait même pas en dresser une liste exhaustive. Ça ne cesse de m’interroger d’ailleurs… Qu’est-ce qui cloche dans notre système médiatique pour qu’il encense, invite et donne la parole en permanence à des types comme BHL, Moix, Houellebecq, Zemmour et tant d’autres ?
    Réponse au prochain article peut-être ?

    Commentaire par Incognitototo — 03/09/2019 @ 18:46

  8. @Incognitototo : figurez-vous que je me pose la question depuis l’affaire Kerviel et qu’en vous lisant vous interroger de la même façon, tout s’est éclairé : pour vouloir réussir dans les médias, il faut quelque part être narcissique, pour réussir, il faut être très narcissique et à force d’amour de soi, convaincre les autres de vous aimer. Problème, les personnalités narcissiques sont toxiques. Et c’est ainsi que les médias sont peuplés de gens ultra toxiques. Poursuivons le raisonnement : le monde médiatique a pris le contrôle de la société. Donc nous sommes sous le joug de personnalités toxiques. Et là je m’arrête pour ne pas me coller le cafard….

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/09/2019 @ 20:09

  9. @Alliocha
    Oui, sur le diagnostic concernant ces personnages. DMB nous indique même plus haut qu’ils sont histrioniques, diagnostic que je partage également… Mais ça n’explique pas pourquoi les médias leur donnent tant la parole. Le narcissisme personnel de certains journalistes ne peut pas tout expliquer. J’ai aussi des amis (qui ne sont pas des imbéciles, ni des narcissiques) qui sont fascinés par ce type de personnages toxiques et je continue à ne pas comprendre ce qui motive un tel intérêt (je vous passe les disputes amicales que cela provoque).
    En fait, c’est plutôt la question de la déchéance médiatique à laquelle je ne trouve pas de réponse. Ou alors, cela veut dire que les journalistes et animateurs sont peuplés de gens mentalement « limités » ou faibles… C’est difficile à croire, ou alors c’est que l’éducation nationale a parachevé le travail de décervelage commencé dans les années 70/80.
    Bref, je sens que quelque chose cloche vraiment dans cet engouement médiatique pour le toxique, mais je ne sais pas bien en identifier les origines (forcément multiples).
    Ça vous donne le cafard ? Personnellement, ça me met plutôt en rage et ça me donne l’énergie pour continuer à combattre tous ces usurpateurs.

    Commentaire par Incognitototo — 03/09/2019 @ 22:27

  10. Je fais partie de la génération qui a connu 68. Je n’ai pour ma part jamais cru aux slogans et autres idées simples ou autres algorithmes élégants et marxistes, j’étais déjà passionné par la chose publique, conscient des conflits mais assuré de devoir les traiter avec raison, mesure et douceur. Et je me souviens très bien (et ai pu suivre via les médias) de tous ces gauchistes d’alors, progressivement devenir moins « cons » (pardonnez moi), oublier Mao, cesser de défendre les slogans du moment, et aujourd’hui combattre même les propos basiquement de « gauche » … Bref, cette génération, quand elle était jeune et gauchiste, elle était prête à faire péter la société; aujourd’hui ils se sont tous auto-pardonnés. Et ils se sont transformés et devenus ce que j’étais (pas tout seul) moi en 1968 – ayant quitté les rangs lors de la première manifestation à laquelle j’avais participé, ce qu’on y entendait était trop infantile, trop « con » … L’auto-pardon de soi, pour s’assurer celui des autres qui sont aussi passés par les mêmes bêtises idéologiques. Heureusement qu’il existe une sorte de « loi de la gravité » sociale … qui fait que les idées les plus fortes (la révolution prolétarienne par exemple) se fatiguent toute seule en se heurtant aux réalités des sociétés même malheureuses. C’est dans ce système d’oubli ou plutôt du pardon partagé (pas très chétien) qu’il faut resituer l’histoire de ce jeune antisémite devenu vertueux.

    Commentaire par Lecteur 30 — 04/09/2019 @ 15:30

  11. Ces célébrités si « toxiques » que les média quotidiennement célèbrent sont nos pharmakos, ces pauvres hères qui, dans les cités grecques, étaient promenés dans la ville, auxquels la foule lançait insultes, crachats, cailloux, et qui étaient à la fin de ce rituel expiatoire chassés ou physiquement éliminés, même si l’élimination de nos jours n’a plus lieu, notable progrès…
    Il est si doux de montrer du doigt, d’accuser, de se scandaliser, de vouer aux gémonies l’objet du scandale. C’est vieux comme le monde et ce n’est pas fini.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 04/09/2019 @ 17:54

  12. Je ne vois pas de quoi on s’étonne… Tant ont réclamé l’impunité pour Polanski, pour DSK au cas où il aurait été coupable.

    Nous sommes en France, pays qui n’aime pas plus l’égalité que la liberté et à une époque médiatique – si on me demande de me justifier, puis-je copier coller un commentaire que j’ai écris ailleurs ? Bref, l’antisémitisme, le viol ou la pédophilie, un crime pour certains « un privilège pour une élite », comme le meurtre dans La corde, un de mes films préférés :

    Commentaire par Noblejoué — 15/09/2019 @ 19:28

  13. […] 17) Selon que vous serez médiatique ou misérable… […]

    Ping par Foireux liens de septembre (35) : (in)cohérence des luttes – PEP'S CAFE ! — 20/09/2019 @ 06:31


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