La Plume d'Aliocha

25/01/2010

Nicolas Sarkozy et les « vraies gens »

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:34

Ah! Qu’elle va être belle notre grande soirée politique sur Tf1 ce soir. Une interview de Nicolas Sarkozy au Journal de 20h par la très pugnace Laurence Ferrari, suivie d’un débat avec des vrais de vraies gens orchestré par le journaliste préféré des français, Jean-Pierre Pernaut. Il ne manque plus qu’une rencontre avec Casimir en clôture de cérémonie pour que le tableau soit complet. Ou bien tenez, un épisode de « Bonne nuit les petits », ça serait pas mal, non ?

Cette pitrerie médiatique aura eu au moins le mérite de rafraîchir la mémoire de mes confrères qui, même à Libé, rappellent ce matin en coeur que l’Elysée a toujours choisi ses journalistes et ses formats d’émission. En ce sens, Nicolas Sarkozy ne fait que poursuivre la tradition. Dès lors, j’ai du mal à départager dans cette affaire ce qui relève, dans les protestations outagées, du Sarko-bashing primaire, de ce qui pourrait témoigner d’une évolution des attentes de la société à l’égard d’une plus grande indépendance des médias. Pour ce qui me concerne, je ne vois pas au nom de quoi le fait que l’Elysée ait toujours fonctionné ainsi justifierait que la tradition perdure. Ce d’autant plus que Nicolas Sarkozy devait être, selon ses dires, le président de la rupture avec les vieilles crispations françaises. Voilà qui peut être entendu de deux manières. Comme une libération des anciennes pesanteurs ou comme une émancipation du respect d’un certain nombre de valeurs fondamentales et de pudeurs justifiées. J’ai peur que nous ne soyons trop souvent dans la deuxième hypothèse.

Toujours est-il que face à l’échec relatif des exercices précédents, 1 journaliste, deux journalistes, plusieurs journalistes, à l’Elysée puis sur un plateau de télévision, à Paris mais aussi à New-York, nous voici désormais sur le terrain béni de la France profonde (Pernaut) et des « vraies gens » (une dizaine, sélectionnés parmi les témoins interviewés dans les reportages de TF1, dont un patron de PME, un chomeur, un habitant des banlieues etc.). L’intérêt des « vraies gens », par rapport aux journalistes, c’est qu’ils ont de vrais problèmes, dans la vraie vie. C’est aussi qu’ils sont forcément plus indépendants que ces affreux journalistes à la solde du pouvoir, ces coquins tous copains. La faiblesse de l’exercice, car il y a quand même une, c’est que ça risque d’être difficile pour les « vraies gens » de supporter la pression du plateau de télé, des millions de spectateurs, de la présence du Président de la République et de sa redoutable rhétorique. Allez essayer d’être offensif dans un contexte pareil ! C’est un peu comme proposer à un cavalier débutant de participer à un concours de saut d’obstacle international.

On verra bien le résultat. Mais il me semble que tout ceci fleure le populisme et démontre au passage que la démission des médias ne nuit pas seulement à leur santé économique… Sous prétexte de laisser la parole aux français, nous renions notre savoir-faire et, partant notre raison d’être, nous réduisons aussi insidieusement la politique à une gestion à la petite semaine et à courte vue des problèmes individuels ou catégoriels des français. Plus de souffle, plus de vision, plus de grands débats idéologiques ni de destin commun, mais l’illusion que la politique nationale n’a d’autre vocation que la résolution immédiate des difficultés de chacun. Pendant ce temps, la politique, la vraie, se déroule à Bruxelles et dans les organismes internationaux, où se jouent le destin des peuples sous la pression des lobbys. La plus infime décision  relève de l’exploit et entraîne surtout des effets de levier phénoménaux dont les conséquences plus ou moins opportunes se font sentir durant des années, voire des décennies. Mais ça, bien sûr, c’est au-dessus du niveau d’entendement de la ménagère de moins de 50 ans chère aux annonceurs. Et c’est également très loin des préoccupations des électeurs à l’approche des régionales. Où l’on voit que la télévision et les politiques ont ceci de commun, c’est qu’ils partagent la même vision erronée – méprisante ? – du public.

Et ça ne va visiblement pas en s’arrangeant.

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27 commentaires »

  1. Pour ce qui est de l’indépendance de la prsesse, TF1 n’est peut-être pas le meilleur exemple…

    Sinon, même si l’Élysée a peut-être toujours fait ça, Nicolas Sarkozy avait commencé bien avant d’être Président. Déjà ministre de l’intérieur, il bénéficiait d’un temps de parole bien supérieur à ses opposants, et de « shows » médiatiques orchestrés (interviews, mais pas de conférences de presse par exemple). Cette technique lui a très bien réussi jusqu’à présent, pourquoi donc en changer ?

    Le coup des « vrais gens », ça me fait penser au « parler vrai ». La simplification à outrance des problèmes, auxquelles les solutions doivent se résumer en une phrase percutante pour convaincre l’auditeur pressé…

    Je suis tombé récemment sur un bouquin qui résume bien ce genre de dérives: « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » ( http://www.amazon.fr/Petit-dautod%C3%A9fense-intellectuelle-Normand-Baillargeon/dp/2895960445 ). À lire d’urgence.

    Commentaire par jor — 25/01/2010 @ 13:28

  2. notre président s’inquiète de la diffusion de bon films ce soir sur les autres chaines et a peur pour son audience
    donc pour ma part je vais regarder star wars ce soir et lire les commentaires demain ce sera bien suffisant; je n’ai pas envie de cautionner ce genre de show rien qu’en le regardant

    Commentaire par djack — 25/01/2010 @ 13:41

  3. Je ferai très attention ce soir à laisser la freebox allumée sur une autre chaîne, afin de faire monter les statistiques du service public, des fois que les sondeurs de l’Elysée se penchent sur ces chiffres, hé hé hé. Après j’irai écouter Sarkozy sur France Info, mais cela ne fera qu’augmenter ma tension artérielle, et baisser mon moral, alors que je préfererais le contraire.

    Plus sérieusement, peut-être que la forme que Sarkozy peine à trouver, c’est celle à laquelle il se refuse obstinément, à savoir une conférence de presse avec des journalistes compétents et respectueux MAIS avec droit de suite. Tant qu’il ne voudra que faire un show, la formule sera insatisfaisante.

    Amitiés lectrices.

    Commentaire par Citizen Emmanuel — 25/01/2010 @ 15:17

  4. Je reproduis ci-dessous un extrait de l’interview de Marcel Gauchet sur Marianne 2 que je trouve assez éclairant si on le relie à l’émission de ce soir : http://www.marianne2.fr/Marcel-Gauchet-Le-journalisme-a-un-avenir-complique_a183587.html

    « Question : Les médias sont nés avec les démocraties modernes. Faut-il donc voir dans leur mutation profonde le résultat d’un changement radical de nos sociétés?

    Marcel Gauchet : Les évolutions de nos sociétés sont contradictoires et vont dans des sens différents. Ce qui est assez flagrant en ce moment, c’est une pente très lourde marquée par l’individualisation et l’émotionnalisation, par la facilité aussi, il faut le dire, qui sécrètent un type d’audience qui s’intéresse à l’immédiateté et qui vit dans le culte de l’émotion, qui a un peu renoncé à comprendre. Au fond, l’attitude des gens dans nos démocraties consiste à se dire: «On ne peut pas grand-chose sur la scène publique, mais on a la scène privée.» Ils jettent un oeil de temps en temps sur le monde, mais ils ne comprennent plus rien, et quand ils comprennent quelque chose, les solutions évidentes ne sont même pas appliquées.

    Donc privatisation maximale et vision très étroite de l’information. Ça, c’est la pente lourde actuelle. Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire. Les démocraties oscillent autour de la liberté privée, mais aussi de choix collectifs, d’une volonté d’orienter collectivement le monde par la discussion et la compréhension. C’est cet aspect qui est marginalisé par le découragement démocratique ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2010 @ 15:45

  5. je serais curieux de savoir les critères qui ont présidé au choix du panel.

    Vu l’historique de la chose, je parierai avec une mauvaise foi évidente pour que les critères pricipaux soient :
    -télégénie
    -carte du parti
    -taille

    Commentaire par Karam — 25/01/2010 @ 16:15

  6. @ Karam : le choix du panel est plus subtil que ça, vous allez avoir un bon gros syndicaliste CGT breton façon « blouson de cuir+anneau dans l’oreille » qui va être inutilement agressif et c’est effet repoussoir garanti pour l’électorat UMP!

    Commentaire par Mussipont — 25/01/2010 @ 16:55

  7. C’est toujours un enchantement lorsque Marcel GAUCHET nous livre la profondeur de sa pensée.Merci !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 25/01/2010 @ 17:18

  8. Je ne crois pas que le citoyen lambda va mordre à l’hameçon. Nous croirons à ce genre de show télévisé lorsqu’il ne sera pas organisé d’avance avec auditoire et questions choisies et que les journalistes auront un droit de réponse lorsqu’ils sont insultés s’ils prennent un chemin de traverse dérangeant.

    Commentaire par scaramouche oo1 — 25/01/2010 @ 18:04

  9. @ Mussipont

    Correction, si vous le permettez, l’homme de la CGT, qui devrait invoquer le « bilan catastrophique » de NS, a DEUX anneaux d’oreille (à la même, aïe).

    J’ajoute qu’il n’a pas l’air si mauvais à l’oral, ni spécialement impressionné par l’accomplissement de sa future prestation, qui durera cinq minutes. Bien sûr, les contre-feux usuels (air d’écoute attentive et tête penchée sur le côté de NS, évocation de la crise, expression de la volonté de maintenir une activité industrielle en France malgré la mondialisation, etc.) sont prévisibles. Bref, des deux côtés, au théâtre ce soir.

    Commentaire par Goloubchik — 25/01/2010 @ 18:07

  10. ce qui est à craindre pour votre profession, chère Aliocha, c’est qu’une majorité de téléspectateurs va faire l’amalgame entre journaliste et présentateur. entre Albert Londres et Casimir. ce qui ne sera absolmuent pas profitable à la presse en général.
    il n’y aura guère que Frederic Lefevre pour admirer le professionnalisme de pernault.

    Commentaire par leinaD — 25/01/2010 @ 19:35

  11. Moi ce qui m’effare le plus c’est que je n’ai lu nulle part dans la presse la moindre critique ni analyse de ce format (à part l’irremplaçable D Schneiderman)… N’y a-t-il plus de journaliste capable de faire un minimum d’analyse des médias dans la presse grand public?

    Commentaire par LordPhoenix — 25/01/2010 @ 20:08

  12. La citation de M. Gauchet est excellente, je sens que je vais la réutiliser sous peu….
    L’une des choses que je déplore dans tout cela, c’est que les médias (dans le cas présent, loin de moi l’idée de généraliser) ne jouent plus le rôle d’interface entre le citoyen et une réalité (sociale, politique, internationale, quelle que soit sa nature) qui devrait pourtant être le leur en démocratie. Pour jouer un peu sur les mots, on est passé de la publicité de l’opinion (le fait de la rendre publique, de la confronter à celle d’autrui, de la rendre mieux informée) à la publicité du discours (on le met en valeur avec tout un tas de cautions en soutien…).

    Commentaire par Philonous — 25/01/2010 @ 20:26

  13. @ Goloubchik : Ah mais s’il a 2 anneaux à l’oreille et qu’il parle sans être impressioné, c’est encore mieux, il faut qu’il fasse PEUR !!!!

    Commentaire par Mussipont — 25/01/2010 @ 20:43

  14. @ Mussipont

    Mais il fait peur, le Saigneur des Anneaux, il fait peur, c’est Sméagoloubchik qui vous le dit…

    Commentaire par Goloubchik — 25/01/2010 @ 22:05

  15. Soit dit en passant, la chronique de Guillon dont j’avais parlé en commentaire du post sur les journalistes pris en otages faisait cruellement le parallèle entre le travail des reporters de guerre et cette farce présidentielle.

    Il est à noter, et je trouve cela réjouissant, que notre Omniprèz en est réduit à se rabattre sur ce genre de mises en scène pépères et préécrites. Pour quelqu’un qui s’est donné la réputation d’aimer la confrontation, ça la fout mal. Il est désormais révolu le temps où Speedy Sarko arrivait à faire danser la presse rien qu’en imposant son tempo frénétique d’interventions au style inédit pour qu’on parle partout de lui. Les journalistes ont marché un temps (nez dans le guidon), de diverses façons et pour diverses raisons, mais ont finalement pigé le truc et ne se font plus avoir aussi facilement. La doctrine des Unités de Bruit Médiatique a peut-être enfin fait son temps.

    Résultat, le Président de la République Française dit des trucs, et désormais les journalistes ne considèrent pas que c’est intéressant en soit, et vont même jusqu’à en parler avec dérision. La République y perd un peu, sans doute, mais le Journalisme y gagne certainement, et je pense que tout bien pesé la Démocratie marque des points dans cette affaire. Thomas Jefferson, qui avait par ailleurs beaucoup souffert de divers plumitifs, savait faire la part des choses et a affirmé qu’il ne saurait concevoir de Démocratie sans une presse libre.

    Et puisque j’évoque les États-Unis, je recommande le visionnage de la prestation de Stephen Colbert lors du dîner annuel de l’Association des Correspondants de Washington en 2006. À cette occasion Stephen Colbert n’en a pas seulement envoyé plein la gueule à George W. Bush. Il a aussi envoyé un grand coup de pied au cul à la presse américaine – et en même temps rendu un vibrant hommage aux journalistes qui sont restés incisifs pendant la brumeuse période qui a suivi le 11 septembre, et notemment Helen Thomas.
    Voici le lien pour les anglicistes : http://video.google.fr/videoplay?docid=-869183917758574879&hl=fr&emb=1#
    Il doit y avoir des versions sous-titrées qui traînent ça et là.

    Je ne suis plus trop sûr, à ce stade de mon commentaire, de ce à quoi je voulais en venir, mais une chose que je suis certain de vouloir dire c’est que la raison pour laquelle la presse est beaucoup critiquée c’est parce qu’on en attend beaucoup. Et un grand mérite de ce blog est de montrer que c’est difficile. Mais critiquer les cas de maljournalisme n’est pas une attaque contre le journalisme, bien au contraire, c’est un appel au journalisme.

    Si le journalisme a vraiment des valeurs, alors les journalistes ne doivent pas être les seuls à pouvoir les invoquer. Surtout contre des prétendus journalistes qui en font un mauvais usage.

    Moi qui suis informaticien, si l’utilisateur de ce que j’ai programmé n’arrive pas à se servir de mon programme, je ne me dis pas qu’il n’a pas bien compris mon programme, je me dis que je n’ai pas bien compris son activité. Soit dit en passant, en tant qu’informaticien, il est possible que je travaille pour un journaliste un jour, mais jamais un journaliste ne travaillera pour moi.

    Pour en revenir à la mise en scène présidentielle, ne vous déplaise chère Aliocha, les personnes qui ont servi la soupe à notre chef d’état ont le statut de journalistes. Il y aurait à mon avis des trucs à revoir de ce côté.

    Commentaire par Schmorgluck — 25/01/2010 @ 23:06

  16. Au delà de la prestation de notre Président de la République (que je n’ai entrevu qu’à l’occasion de la coupure Pub de La Menace Fantôme, dont j’ai eu plaisir à re-re-voir) …
    Votre billet me fait penser à une rubrique qui m’agace au plus haut point : le micro-trotoir !

    Le Parisien, et bien sur Aujourd’hui en France, l’utilise depuis des années, mais on trouve aussi ce genre de rubrique dans le « gratuit » Métro …

    Est-ce qu’on peut appeler ça du journalisme ?
    C’est encore moins un « sondage » (4 à 5 réponses sélectionnées … on est loin de la méthode des quotas) …

    Et pourtant, je suis sûr que, comme moi, vous vous laissez prendre au jeu de lire cette rubrique !

    Le mécanisme qui fait son succès (que les philosophes et sociologues qui me lisent détailleront sans doute) est selon moi très proche de cette formule d’interview avec des « vrais gens » …

    Commentaire par Yves D — 26/01/2010 @ 00:47

  17. Alors même vous, Aliocha, vous vous sentez obligée de donner des gages au prêt-à-penser gauchisant habituel: Laurence Ferrari (sans parler de Pernaut) serait forcément une carpette. C’est oublier qu’elle n’était pas si mauvaise sur Canal. Et elle n’a pas été particulièrement complaisante ce soir face à Sarko.

    Cela dit, je regrette comme vous que notre « président de la rupture » ne soit pas allée jusqu’au bout : se soumettre à de vrais conférences de presse, librement organisées par la presse. Il aurait eu l’occasion, non seulement de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui l’accusent de manipuler l’opinion, mais aussi très probablement de s’en sortir à son avantage.

    De même, sa réforme de la nomination de la direction de l’audiovisuel public est contre-productive : elle aboutit à raidir des journalistes que mortifie le soupçon d’être inféodés au pouvoir. Une nomination totalement indépendante n’aurait probablement pas abouti à une télé publique plus frondeuse.

    Commentaire par Tocquevil — 26/01/2010 @ 01:00

  18. Je soutiens pleinement votre idée sur la dommageable suppression des indispensables intermédiaires que sont les journalistes.

    Mais j’aimerais m’arrêter sur votre dernier paragraphe: le mépris de la ménagère de moins de 50 ans. Pour faire simple:j’ai du mal à répartir les rôles et les responsabilités. D’un côté le politique, qui trouve bien plus simple et efficace pour faire son trou et/ou faire avancer ses idées de choisir un créneau et marteler un message simpliste, d’utiliser les techniques de communications pour déguiser ses mensonges, son ignorance, ou son impuissance. Mais n’explique rien.
    De l’autre la ménagère (ou le retraité, ou l’étudiant, ou le cadre moyen, ou l’ouvrier…ou moi) qui se sécurise dans le confort de son opinion simpliste (tous pourris, dehors les étrangers, donnons de sous, etc…) qui évite de s’informer, de se remettre en question, car ca prend du temps, c’est parfois fastidieux, et on n’a pas que ca à faire.

    Or ca tombe mal: le monde est de plus en plus compliqué, fait de millions de nuances mouvantes de gris, avec de nombreux acteurs. Il devient très difficile pour une personne donnée d’en comprendre tous les enjeux… tout comme un scientifique contemporain ne peut plus, seul dans son coin, faire des découvertes majeures comme l’avaient fait Galilée ou Newton en leur temps.

    Commentaire par orome3263827 — 26/01/2010 @ 01:23

  19. Cet exercice (que je n’ai pas regardé, mais vu quelques extraits) aura eu le mérite de montrer que notre cher président est capable de se contenir, même en étant un pitt bull ambulant. L’extrait que j’ai vu, faisait intervenir l’ouvrier de l’industrie automobile (dont je n’ai pas retenu le nom) parlant sans laisser Nico l’interrompre… on sentait une haine féroce dans le regard de Nico et sa seule envie de lui sauter dessus comme un pitt bull enragé…. A votre avis… avait il pris une petite pilule pour éviter tout débordement?

    Mais ce que j’aimerais, moi, c’est savoir ce que pensent notre chère « France d’en bas » (comme on dit), de cette intervention présidentielle.

    En tout cas ce qui est certain, c’est que l’interview de Ferrari, était assez nulle, comme prévu et que comme tout homme politique, Nico a confirmé qu’il maniait tres bien la langue de bois.

    A quand une véritable interview, sans que ce soit l’ancienne maitresse de monsieur qui fasse des courbettes devant lui?

    Simple avis personnel !

    Commentaire par misty — 26/01/2010 @ 09:37

  20. Sarkozy est méchant…

    Ca va ? J’ai bon ? J’ai bien résumé les commentaires ?…

    Sinon moi j’ai bien aimé l’émission. Ca nous change des interviews habituelles sans intérêt.
    Sérieux… je regarde régulièrement les interviews/débats sur les chaînes infos, et c’est de plus en plus insupportable. Les journalistes se foutent complètement du fond de l’info; tout ce qu’ils veulent c’est des petites phrases, pousser leur interlocuteur à dire du mal d’un autre, de préférence de son propre camp (spécialité de Bourdin par exemple).

    Il n’y a plus de journalistes. Il ne reste que des éditorialistes qu’on paye pour qu’ils donnent leur avis, comme au coin d’un zinc.

    Commentaire par Arnaud — 26/01/2010 @ 11:40

  21. J’aurais aimé ajouter à la citation de Gauchet reproduite plus haut l’analyse du sociologue Jean-Pierre Le Goff, inspirée par cette nouvelle prétention des politiques à se mettre à l’écoute de «la France qui souffre». C’est à qui prouvera qu’il est celui qui est le plus capable de «prendre en charge» cette souffrance, comme si sa crédibilité se jouait dans cette mission pseudo-christique. Hélas, je n’ai pas le livre sous la main (encore un que j’ai dû prêter inconsidérément…).

    Le Goff prolongeait l’analyse — en s’inspirant d’ailleurs de Gauchet — pour souligner que cette prétention traduisait un changement de fond dans l’idée de «représentation»: le dirigeant n’est plus un «représentant» parce que sa légitimité émane du suffrage populaire, mais parce qu’il «représente», au sens de l’échantillon représentatif, la population. Simple chambre d’écho, miroir et reflet plus ou moins complaisant, plus ou moins fantasmatique, plus ou moins taillé sur mesure par les experts en communication.

    Autre chose: cette démagogie des plateaux composés de «vraies gens». Je suis en général frappé du fait que ces personnes, prétendument choisies pour faire entendre la vraie voix du vrai pays, entrent au contraire inéluctablement dans un mimétisme médiatique: ils «jouent» les journalistes, ils «jouent» le rôle qu’ils sentent qu’on leur assigne. Dire quelque chose de pertinent sur un plateau, c’est un travail, c’est une ascèse. Croire qu’on va entendre quelque chose de «vrai» en faisant parler des gens qui sont 1) sélectionnés et 2) conditionnés par la mise en scène très lourde d’un plateau télé, c’est une escroquerie.

    Les vrais journalistes savent, eux, comme il est difficile, long et risqué d’obtenir quelque chose d’authentique d’un témoin quelconque. Il faut des heures de mise en confiance pour obtenir l’abandon, la libération à l’égard du jeu mimétique.

    Et je ne peux m’empêcher de penser que l’Elysée sait très bien ce qu’il (elle?) a à gagner en confrontant le président à ces pseudo-vraies gens: une parole formatée, y compris dans ses outrances et ses naïvetés, parfaitement prévisible, aisément maîtrisable, sans danger ni profondeur. Bref, un jeu d’enfant pour quelqu’un d’aussi à l’aise que Sarkozy dans ce genre de confrontation.

    Aliocha : Fichtre, quand je pense que j’ai écrit un billet sur les petites gens et que j’écris ici vrais gens au lieu de vraiEs. Merci pour cette correction effectuée avec la délicatesse qui vous caractérise, cher Philarête. Et merci également pour Le Goff.

    Commentaire par Philarete — 26/01/2010 @ 11:59

  22. Bonjour Philarête.

    Assez d’accord avec votre remarque, sur la perte du sens de ce qui légitime une représentation, ou même ce qui la permet. Je me souviens que nous avions abordé le sujet sur votre blog.

    La tentation de se mettre à la place d’autrui est un piège terrible. A ce petit jeu là, tout le monde finit exilé : celui qui quitte sa place et la perd, comme celui qui en est chassé par ceux-là mêmes qui prétendent le servir.

    Commentaire par Fantômette — 26/01/2010 @ 13:17

  23. Laurence Ferrari n’a peut-être pas été si mauvaise, mais elle s’est quand même complètement laissée bouffer par Sarkozy, en se faisant vendre quelques saucisses (comme l’histoire de la remise en liberté des kurdes en Corse qui ne serait pas un désaveu et que la garde à vue ça les aurait protégé. je ne me souviens plus de la formulation exacte, mais il est bien connu qu’on met les réfugiés en garde à vue pour les protéger et protéger leurs droits, et que la garde à vue sert à protéger les gens)

    Commentaire par Kaptain — 26/01/2010 @ 15:51

  24. Kaptain, il a vraiment dit garde à vue ? Parce qu’il n’est pas question de garde à vue dans cette affaire, il est question de rétention administrative.

    Commentaire par Schmorgluck — 26/01/2010 @ 21:08

  25. Ouep Aliocha, mais si j’en juge par la pratique, à l’aide Google, les vraies gens ne sont pas nombreux. Les vrais gens, eux, semblent majoritaires.

    Pourtant on doit se rendre à l’évidence: les vraies gens sont bel et bien normaux et les vrais gens anormaux.

    Mon correcteur d’orthographe ne tique pas. Il doit considérer que cet usage incorrect est néanmoins admis.

    Commentaire par tschok — 27/01/2010 @ 10:50

  26. @tschok : Non ce n’est pas un usage incorrect gens est du genre féminin quand son adjectif le précède. C’est, il est vrai, une des plus étranges bizarrerie de la langue française.

    D’ailleurs, si j’ai bonne mémoire, je crois bien que le sujet déjà abordé en ces lieux à propos de l’expression « les bonnes gens »

    Commentaire par LordPhoenix — 27/01/2010 @ 12:02

  27. @ LordPhoenix,

    Selon le dico, « gens » est donné pour masculin, pluriel, invariable.

    Mais l’adjectif s’accorde différemment s’il est situé avant ou après.

    Donc, « gens » a un genre, masculin, invariable. Cette règle est fixe et ne comporte pas, à ma connaissance, d’exception (c’est à signaler d’ailleurs, car les règles qui ne comportent pas d’exception sont rares; si vous en connaissez, n’hésitez pas).

    C’est l’adjectif qui n’est pas d’accord. Ca, c’est complexe car l’adjectif est en principe toujours d’accord avec le mot auquel il s’ajoute.

    Pourquoi?

    eut être pour des raisons phonétiques: il est plus faciles de prononcer « les méchantes gens » que les « méchants gens », alors, en outre que cela évite les confusions et les altérations du sens (les mais changeants??? Ou changeant? Mais ils changent de quoi, les mais?). Un mais ne change pas, justement. Ou un met. Un met changeant est un met qui me change des mes habitudes alimentaires.

    Sachant que le distinguo s’opère à l’oreille par un « e » qui est traditionnellement muet en français, cela donne une idée de la complexité du problème.

    L’orthographe est censée (elle est sensée aussi) traduire par écrit une phonétique…

    Ou bien alors on considère que l’orthographe, sans pour autant exister pour elle-même, tel l’art (ou telle l’art? A remplacer par « comme » quand on hésite) doit traduire par écrit une pensée, ce qui est très différent.

    Si l’on se place sur le terrain de la pensée, il y a au moins deux grands axes: celui du réel ou de l’entendement. C’est le problème rencontré en matière de traduction. Ainsi un « walkman » (inventé par Sony) sera aussi bien un « magnétophone portatif » (plan du réel) qu’un « baladeur » (plan de l’entendement). A ne pas confondre avec la « baladeuse »(notamment, lampe que l’on peut balader sur un chantier).

    Si on change le genre, on change le sens (mitrailleur, mitrailleuse, fraiseur, fraiseuse, gouvernante, gouvernant, etc). Tel n’est pas le cas du mot « gens » qui est, je le répète, invariable.

    De là on peut conclure que « gens » est un mot qui change de sens sans changer de genre.

    Il change de sens par la syntaxe de la phrase (sa place dans un groupe de mots).

    Ce qui en fait un mot complexe propre aux applications poétiques (« les vielles gens sont frileux »: deux adjectifs se contredisent par leur accord au mot auxquels ils s’ajoutent, ce qui produit un effet poétique)

    Devant nous s’ouvre une jungle. Je ne m’y aventure que sous escorte. Et avec une caisse de biscuits (pas les porcelaines, le truc qu’on bouffe).

    Commentaire par tschok — 27/01/2010 @ 12:57


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