La Plume d'Aliocha

26/01/2010

Au théâtre hier soir

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 15:34

Je me demandais quel débriefing vous proposer sur l’émission d’hier soir – il y avait tant à dire -, lorsqu’Arnaud a laissé ce commentaire sous le précédent billet : 

« Moi j’ai bien aimé l’émission. Ca nous change des interviews habituelles sans intérêt.
Sérieux… je regarde régulièrement les interviews/débats sur les chaînes infos, et c’est de plus en plus insupportable. Les journalistes se foutent complètement du fond de l’info; tout ce qu’ils veulent c’est des petites phrases, pousser leur interlocuteur à dire du mal d’un autre, de préférence de son propre camp (spécialité de Bourdin par exemple).

Il n’y a plus de journalistes. Il ne reste que des éditorialistes qu’on paye pour qu’ils donnent leur avis, comme au coin d’un zinc ».

Cher Arnaud, autant vous le dire tout de suite, j’ai aimé aussi. Et tant pis si ça m’oblige à revenir en partie sur les craintes que je formulais ici même avant le début de l’émission.  Les citoyens choisis pour interviewer le Président s’en sont plutôt bien sortis. Mention spéciale à la productrice de lait et au syndicaliste dont le franc-parler m’a fait rêver, un instant de déraison, que nous les journalistes soyons un jour capables de les égaler. L’organisation du plateau, les interventions de Jean-Pierre Pernaut, tout ça était correctement réglé de sorte que nous avons échappé à la catastrophe que j’anticipais. Toutefois,  si l’opération de com’ ne fut pas ridicule comme on pouvait le craindre, elle eut cependant lieu et elle fut même magistralement orchestrée. Je ne doute pas que les détracteurs viscéraux de Nicolas Sarkozy continueront de le haïr, peut-être plus encore d’ailleurs aujourd’hui qu’hier. Mais pour tous les autres, les déçus, les hésitants, les pas sûrs d’eux, il a  fort bien joué.

Ce caractère plaisant serait dû selon vous au fait qu’on avait remplacé les journalistes par des citoyens ? Je suis encore d’accord. C’est ensuite, que je ne vous suis plus. Sans doute parce que nos visions respectives de ce que doit être une interview présidentielle divergent. Ce n’est pas parce que le spectacle a été plaisant qu’il a été bon, démocratiquement s’entend. Oh, ne craignez rien, je ne vous servirai pas ici le couplet du journaliste-gardien de la démocratie, les précédentes interviews ont montré qu’en pratique, sur le terrain présidentiel, il n’en n’était rien. Il faut croire que c’est l’une des nos nombreuses spécificités françaises : on ne sait pas, ou on ne peut pas, interviewer sérieusement nos monarques. Pas plus Giscard que Mitterrand ou Chirac d’ailleurs, ça ne marche jamais. C’est toujours orchestré et donc creux, faux, décevant, quand ça ne devient pas onctueux et servile.  

La force de l’émission d’hier fut de corriger cette impression de fausseté en introduisant un élément de vérité : les vrais gens. Dehors ! les journalistes cherchant, comme vous dites, la petite phrase, la vacherie sur l’adversaire et se moquant du fond. A leur place, de vrais gens avec de vrais problèmes qui ont apporté  une touche indéniable d’authenticité. Ah ! La magie de la com’. Avec quel art est-elle capable de faire passer des mirages pour la réalité. Du coup le président apparut également sincère, attentif, compréhensif, et surtout empathique. Traire les vaches ? Il admire, lui même ne saurait pas le faire. Délocaliser ? Une honte ! Vivre avec 400 euros de retraite ? Insupportable. Mais il est là, et tout ce qu’il n’a pas déjà résolu, il va le résoudre.

Je vous accorde que, pour qui ne le déteste pas, et il se trouve que ne le déteste pas, il a été bon. Mais franchement, c’est quand même plus facile de compatir à la souffrance d’un chômeur que de s’expliquer face à des journalistes sur la manière dont on va résoudre le chômage, non ? Le problème, c’est que la politique ne saurait se réduire à un spectacle plaisant à regarder. Or, c’est cela que nous a servi TF1, un spectacle où l’information s’est trouvée totalement absorbée par la comédie. Vous avez vu une pièce de théâtre, rien d’autre. Avec un comédien professionnel rompu à l’art de l’improvisation rhétorique, face à des amateurs aussi sincères qu’inoffensifs. Une sorte de Star’Ac politique. Entre nous, je ne jurerais pas que le Président n’était pas sincère. Il est possible que cette mascarade ait été plus proche de la réalité que les caricatures de lui que nous servent régulièrement ses détracteurs de l’intelligentsia parisienne. Mais là n’est pas la question. Si on plebiscite cette politique spectacle, on risque un jour de le payer très cher.

De fait, même loupées, je trouve que les interviews présidentielles par des journalistes ont le mérite de fixer des limites aux errances de la communication. Paradoxalement, elles sont plus authentiques que ce que vous avez vu hier.

Au fait, avez-vous regardé le poignet du Président ? Il avait troqué sa Rolex contre ce qui m’a semblé être une Swatch. Il est vrai qu’au théâtre, les accessoires, ça compte…

Mise à jour du 29 janvier : C’est un commentaire (n°19) sous ce billet repris chez Marianne 2 qui a attiré mon attention. L’auteur indique que la montre est une Patek Philippe et a été offerte au président par son épouse. Vérification faite, ce n’est pas une Swatch en effet, maintenant, ne connaissant rien aux montres, je vous laisse vérifier par vous-mêmes avec cet aggrandissement. En attendant, et même s’il s’agit bien d’une montre plus discrète que la Rolex rendue célèbre par Séguéla, je retire ma conclusion et présente mes excuses aux lecteurs de ce blog pour cette insinuation dénuée de fondement.

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