La Plume d'Aliocha

25/01/2010

Nicolas Sarkozy et les « vraies gens »

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:34

Ah! Qu’elle va être belle notre grande soirée politique sur Tf1 ce soir. Une interview de Nicolas Sarkozy au Journal de 20h par la très pugnace Laurence Ferrari, suivie d’un débat avec des vrais de vraies gens orchestré par le journaliste préféré des français, Jean-Pierre Pernaut. Il ne manque plus qu’une rencontre avec Casimir en clôture de cérémonie pour que le tableau soit complet. Ou bien tenez, un épisode de « Bonne nuit les petits », ça serait pas mal, non ?

Cette pitrerie médiatique aura eu au moins le mérite de rafraîchir la mémoire de mes confrères qui, même à Libé, rappellent ce matin en coeur que l’Elysée a toujours choisi ses journalistes et ses formats d’émission. En ce sens, Nicolas Sarkozy ne fait que poursuivre la tradition. Dès lors, j’ai du mal à départager dans cette affaire ce qui relève, dans les protestations outagées, du Sarko-bashing primaire, de ce qui pourrait témoigner d’une évolution des attentes de la société à l’égard d’une plus grande indépendance des médias. Pour ce qui me concerne, je ne vois pas au nom de quoi le fait que l’Elysée ait toujours fonctionné ainsi justifierait que la tradition perdure. Ce d’autant plus que Nicolas Sarkozy devait être, selon ses dires, le président de la rupture avec les vieilles crispations françaises. Voilà qui peut être entendu de deux manières. Comme une libération des anciennes pesanteurs ou comme une émancipation du respect d’un certain nombre de valeurs fondamentales et de pudeurs justifiées. J’ai peur que nous ne soyons trop souvent dans la deuxième hypothèse.

Toujours est-il que face à l’échec relatif des exercices précédents, 1 journaliste, deux journalistes, plusieurs journalistes, à l’Elysée puis sur un plateau de télévision, à Paris mais aussi à New-York, nous voici désormais sur le terrain béni de la France profonde (Pernaut) et des « vraies gens » (une dizaine, sélectionnés parmi les témoins interviewés dans les reportages de TF1, dont un patron de PME, un chomeur, un habitant des banlieues etc.). L’intérêt des « vraies gens », par rapport aux journalistes, c’est qu’ils ont de vrais problèmes, dans la vraie vie. C’est aussi qu’ils sont forcément plus indépendants que ces affreux journalistes à la solde du pouvoir, ces coquins tous copains. La faiblesse de l’exercice, car il y a quand même une, c’est que ça risque d’être difficile pour les « vraies gens » de supporter la pression du plateau de télé, des millions de spectateurs, de la présence du Président de la République et de sa redoutable rhétorique. Allez essayer d’être offensif dans un contexte pareil ! C’est un peu comme proposer à un cavalier débutant de participer à un concours de saut d’obstacle international.

On verra bien le résultat. Mais il me semble que tout ceci fleure le populisme et démontre au passage que la démission des médias ne nuit pas seulement à leur santé économique… Sous prétexte de laisser la parole aux français, nous renions notre savoir-faire et, partant notre raison d’être, nous réduisons aussi insidieusement la politique à une gestion à la petite semaine et à courte vue des problèmes individuels ou catégoriels des français. Plus de souffle, plus de vision, plus de grands débats idéologiques ni de destin commun, mais l’illusion que la politique nationale n’a d’autre vocation que la résolution immédiate des difficultés de chacun. Pendant ce temps, la politique, la vraie, se déroule à Bruxelles et dans les organismes internationaux, où se jouent le destin des peuples sous la pression des lobbys. La plus infime décision  relève de l’exploit et entraîne surtout des effets de levier phénoménaux dont les conséquences plus ou moins opportunes se font sentir durant des années, voire des décennies. Mais ça, bien sûr, c’est au-dessus du niveau d’entendement de la ménagère de moins de 50 ans chère aux annonceurs. Et c’est également très loin des préoccupations des électeurs à l’approche des régionales. Où l’on voit que la télévision et les politiques ont ceci de commun, c’est qu’ils partagent la même vision erronée – méprisante ? – du public.

Et ça ne va visiblement pas en s’arrangeant.

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