La Plume d'Aliocha

13/01/2010

Sale temps pour les journalistes

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:04

L’année 2010 commence mal pour les journalistes.

Vous savez sans doute que deux journalistes de France 3 et leurs trois accompagnateurs partis en reportage en Afghanistan pour l’émission « Pièces à conviction » ont été enlevés le 29 décembre. Reporters sans frontières précise que c’est la première fois que des journalistes français sont kidnappés depuis l’enlèvement de Florence Aubenas en Irak en 2005. L’affaire a déclenché une polémique en France lorsque Nicolas Sarkozy s’est emporté contre « l’inconscience » de ces journalistes agissant « en dehors des consignes de sécurité ». Eh oui, Monsieur le Président, le journalisme ne s’arrête pas à la retranscription des informations délivrées par les services de communication des armées. Mais il n’y a peut-être que les journalistes pour comprendre cela. Aux dernières nouvelles, ils seraient vivants. Une rançon aurait été réclamée par les ravisseurs.  Toujours en Afghanistan, le journaliste britannique Rupert Hamer, correspondant du Daily Mirror  a été tué le 9 janvier 2010 par l’explosion d’une bombe.

Ces sinistres nouvelles sont pour moi l’occasion de vous signaler que Reporters sans frontières a sorti le bilan de l’année 2009, il fait frémir :

– 76 journalistes tués, soit une augmentation de 26% par rapport à 2008 (l’ONG Presse emblème campagne évoque quant à elle 121 morts)

– 33 journalistes enlevés

– 573 journalistes arrêtés

– 570 médias censurés

– 157 journalistes ont fui leur pays

Trente journalistes ont été tués en une seule journée, dans le sud des Philippines, simplement pour faire disparaître les témoins de l’assassinat des proches d’un homme politique qui voulait se porter candidat aux élections locales. C’était le 23 novembre dernier.

Désolée de vous infliger ces sinistres nouvelles. Elles résonnent simplement en écho ce matin à la chronique de Daniel Schneidermann sur l’urgence d’informer, à propos du tremblement de terre en Haïti. J’en reproduis ici les quelques lignes de conclusion :

« D’où vient-elle, cette passion de transmettre, de montrer ? Ce serait à chaque journaliste de répondre, sur le divan, dans le secret d’un cabinet. En tout cas, elle survit à tout. A la démonstration si fréquente de son inutilité. A l’indifférence structurelle du monde, ce mammouth à cul de plomb, qui parfois, quelle victoire ! soulève seulement sa lourde paupière. Elle survit à tout, et tant mieux. Quelle tristesse simplement, qu’il faille un séïsme, un tsunami, un raz de marée, pour que le journalisme retrouve épisodiquement sa nécessité ensevelie ».

Que Nicolas Sarkozy ne comprenne pas cela et s’agace contre l’imprudence des journalistes de France 3, après tout tant pis. L’essentiel c’est que le public pour lequel travaille la presse le sache et que, lorsqu’un reportage de 3 minutes sur un pays en guerre se glisse au 20 heures entre deux nouvelles sans grand intérêt, il fasse plus que soulever seulement sa lourde paupière.

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