La Plume d'Aliocha

21/01/2010

Quel silence !

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 21:22

Comme je l’avais subodoré, la rentrée journalistique est très chargée, d’où mon silence.

Rien que dans ma spécialité, je dénombre une dizaine de cérémonies de voeux en deux semaines (Cour de cassation, Cour d’appel, TGI, Chancellerie, Conseil de la concurrence, Autorité des marchés financiers, Tribunal de commerce, avocats etc..), auxquelles s’ajoutent les habituels colloques et conférences de presse. A chaque fois, cela représente deux heures « dehors » et environ 4 heures ensuite d’écriture, si l’information recueillie le mérite.

Je dois à la transparence de vous avouer que ces manifestations de voeux sont suivies de cocktails. Nous y voilà, songerez-vous, halte au copinage entre les médias et les puissants ! Haro sur ces journalistes qu’on achète avec des petits fours !  Entre nous, les journalistes qui pratiquent le copinage n’ont pas besoin des cocktails pour cela, déjeûners et dîners privés font bien mieux l’affaire.  Pour les autres – l’immense majorité – , ces aimables sauteries sont l’occasion d’évoquer l’actualité, de nouer des contacts, de recueillir des confidences et de comprendre le dessous des cartes. C’est étonnant à quel point les gens sont détendus lorsqu’ils ont un verre à la main ! Loin des bureaux et des salles de conférence, les esprits s’assouplissent et les langues se délient. Ce sont donc des rencontres particulièrement utiles pour la presse, même si elles sont diététiquement très incorrectes, comme s’obstine à me le montrer chaque soir cet objet du diable que l’on nomme pèse-personne.

Plus sérieusement, ce marathon de mondanités frénétiques m’a inspiré quelques réflexions sur l’avenir du métier à l’aune du développement des relations virtuelles. Sans m’appesantir sur l’horripilante querelle entre journalistes et blogueurs, je lis parfois chez les uns et les autres des analyses partiellement erronées de l’actualité qui illustrent à mon sens les limites du travail sur écran. Quand je dis « erronées » j’entends des erreurs d’interprétation ou encore des procès d’intention injustes ou mal dirigés qui témoignent, quand on connaît le sujet traité, de la trop grande distance entre le sujet et son auteur. Cela ne vaut d’ailleurs pas que pour les blogueurs. Je redoute le moment où grâce ou à cause des nouveaux moyens de communication, les journalistes ne sortiront plus de leurs rédactions. On peut déjà en observer ici et là les prémisses prémices. Or, être témoin direct des événements est la seule façon de comprendre réellement ce qui se passe et de pouvoir en rendre compte. D’ailleurs, quand les blogueurs rencontrent leurs interlocuteurs, vous observerez que leur ton change du tout au tout et que leurs analyses s’expriment de manière beaucoup plus modérée. Parce qu’ils ont été achetés, séduits, influencés ? Certains, peut-être. C’est un métier de trouver la bonne distance, en plus d’être une exigence éthique quand on prétend informer le public. Mais plus généralement, parce que lorsqu’on est en prise directe avec les faits et les acteurs de l’actualité, on saisit très vite que la réalité n’est ni blanche ni noire, mais perdue quelque part au milieu d’une gamme infinie de gris. Ce qui incite à l’humilité dans les jugements et à la retenue dans les écrits. Au passage, voici qui soulève la passionnante question de l’influence des évolutions techniques sur la manière dont on représente et dont on se représente le monde, selon qu’on l’observe en direct ou par écran interposé.

Allons, j’y retourne. A très vite, comme on dit !

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