La Plume d'Aliocha

04/01/2010

Le journaliste et l’histoire

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 18:56

Avez-vous vu la Une de Marianne cette semaine ? Le journal titre « Le scandale de la béatification de Pie XII – Le Pape qui garda le silence face à Hitler ». L’illustration est pour le moins expressive puisque l’on voit Pie XII faire le signe de la bénédiction tandis que dans son dos Hitler dresse le bras. En d’autres termes, si le titre évoque le silence, l’image quant à elle suggère l’approbation.

Il faut que je vous confie une chose, je n’achète jamais un newsmagazine qui consacre sa Une à un événement historique. Pour une raison bien simple, je ne saisis pas quelle peut être la légitimité des journalistes pour s’exprimer sur l’histoire, mis à part bien sûr les magazines spécialisés. Pour les autres, j’entends qu’ils m’informent de l’actualité et non pas de la vie des Pharaons ou des batailles napoléoniennes.  

J’ai fait toutefois une exception pour Marianne cette semaine. D’abord parce que, vous le savez, c’est mon magazine préféré. Ensuite parce qu’il y a en l’espèce une accroche d’actualité liée à la décision de Benoit XVI de béatifier Pie XII qui justifie le traitement de l’affaire dans un newsmagazine. Et enfin par pure curiosité. De quel scandale allait-on donc m’entretenir ? Aurait-on ouvert les archives du Vatican entre Noël et le Jour de l’An sans que j’en sois prévenue là-haut, sur le télésiège qui m’emportait vers les cimes ? Ou bien quelque historien réputé aurait-il fait une découverte  majeure dans la nuit du 31 décembre ?

Rien de tout cela en réalité. Juste trois articles. Lourdement à charge. Le premier du sociologue Jean-Louis Schlegel sur Pie XII, le deuxième d’un journaliste spécialisé dans les religions, Henri Tincq, consacré à Benoît XVI. Le troisième enfin de Jean-François Kahn, comme chacun sait fondateur de Marianne, qui nous explique tout le mal qu’il faut penser de tout cela. Je m’en tiendrais ici à l’article « historique » car c’est celui qui m’interpelle le plus. Jean-Louis Schlegel s’efforce, sans y parvenir, de faire une présentation équilibrée du sujet en évoquant l’accusation dans un style direct, c’est-à-dire en écrivant « Pie XII a fait ceci et cela », avant d’avancer les arguments de la défense dans un texte parsemé de « selon le langage ecclésiastique » et de « dit-on » parfaitement distanciateurs. Le lecteur le plus borné aura donc compris grâce au titre de Une « Scandale », à la seule phrase du texte en exergue sur fond rouge « Pour beaucoup, l’aide apportée à quelques juifs d’Italie ne saurait disculper Pie XII de son éloquente « discrétion » » et au contenu du premier papier du dossier, que franchement, tout ceci est parfaitement révoltant. Si besoin était, le deuxième papier consacré à la « régression idéologique » de Benoît XVI et la tribune incendiaire de JFK suffiraient à convaincre les lecteurs les plus récalcitrants.

Jean-Louis Schlegel admet néanmoins que ce scandale est fort limité lorsqu’il note : « Cette arrogance face à l’histoire passée est dérangeante, irritante, désarmante. Elle est incomprise de l’opinion (en tout cas des médias qui la reflètent), mais peut-être moins d’un public populaire, qui s’en fiche ou considère que c’est du folklore. Elle est dure à avaler par les juifs – même si plusieurs, dont l’Etat d’Israël lui-même, déclarent que c’est une affaire interne à l’Eglise catholique ». J’ajouterais personnellement que Serge Klarsfeld lui-même n’est pas choqué et désapprouve bien davantage la publication dans la Pleiade de la correspondance de Céline que la béatification de Pie XII. C’est dire…. Mais alors qui s’insurge en réalité ?

Quelques journalistes parisiens et au moins un sociologue, visiblement.

Après tout pourquoi pas ? Il est possible qu’ils soient les esprits lucides de notre époque. Qu’à l’instar de leur illustre prédécesseur Albert Camus, ils aient détecté une barbarie qui nous échappe comme l’auteur de l’Etranger apperçut avant les autres à quel point il était fou de se féliciter de l’invention de la bombe nucléaire. Il y a dans le journalisme  quelque chose qui nous pousse malgré nous à jouer les Antigone, à vouloir défendre non seulement la démocratie, mais aussi un certain nombre de valeurs auxquelles nous croyons, par exemple la justice, la liberté, la résistance à l’oppression, la défense de l’égalité, etc. Et c’est sans doute une partie de notre rôle. La question qui se pose dans ce dossier  particulier, c’est avons-nous la compétence pour le faire ? Pouvons-nous juger l’histoire ? Surtout, pouvons-nous prendre la responsabilité de livrer ce jugement à nos lecteurs sur le même ton et dans les mêmes formes que celles que nous utilisons pour rendre compte de l’actualité ?

Bonne Année 2010

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 14:23

Bonjour à tous !

Eh bien voilà, c’est parti pour une nouvelle année. Enfin, parti, c’est vite dit. On ne devrait jamais prendre de vacances, le retour est trop dur. Mes doigts engourdis frappent maladroitement le clavier, mon esprit embrumé ne perçoit que de très loin l’agitation de l’actualité et ce n’est pas la page de mon agenda pour cette journée, totalement vide, qui va m’inciter  à me remettre en train. Pourtant, je ne doute pas que le retour va être agité. Il me faut terminer d’ici ce soir un article laissé en plan avant Noël, trouver un sujet pour alimenter un site d’information sur Internet d’ici demain, un autre pour un hebdomadaire sachant que le papier devra être terminé jeudi, sans compter l’indispensable revue d’actualité de ces dix derniers jours afin de me remettre à niveau. Et pour couronner le tout, la charge habituelle de travail va se trouver alourdie en cette rentrée par toutes les cérémonies de voeux à la presse organisées par les ministères, institutions et organisations diverses et variées.

Puisqu’une année nouvelle est toujours l’occasion de prendre de bonnes résolutions, j’entends me concentrer dans les mois à venir ici sur ce qui va bien dans le journalisme et limiter autant que faire se peut les critiques. Après tout, la plupart des sites de presse sur Internet se spécialisent dans la critique des médias, sans compter les blogueurs qui ne ratent jamais une occasion d’épingler un journaliste. Cet exercice est salutaire, mais il est déjà tellement pratiqué que je ne vois pas ce que je pourrais y ajouter. Au surplus, on ne peut pas passer son temps dans la révolte, la dénonciation et le mépris sauf à vouloir s’enfoncer dans la névrose, ce qui n’est pas mon cas.  Je crois qu’il est aussi nécessaire de dénoncer ce qui va mal que de mettre en valeur ce qui mérite respect et admiration.

Un mot  à l’attention de mes confrères. Lorsque j’ai ouvert ce blog en septembre 2008, je l’ai fait pour expliquer et défendre notre métier face à la présentation souvent caricaturale qui en était faite sur le web par quelques individus soit clairement mal intentionnés, soit simplement ignorants du journalisme.  Un peu avant Noël, une de mes éminentes consoeurs à qui j’avouais être Aliocha m’a répondu : « Ah! C’est vous, depuis le temps que je me demandais qui osait ainsi parler au nom de la profession, je vous trouvais drôlement gonflée, mais c’est bien ce que vous faites, continuez ». Elle avait mis le doigt sur une question que je me pose chaque jour en écrivant ici, celle de ma légitimité. Disons que je n’en ai pas d’autre que ma carte de presse et la passion que je ressens pour ce métier.  C’est peu et sans doute même insuffisant. Mais il fallait bien que quelqu’un s’y colle,  et je sais trop combien à force de vouloir trop bien faire on finit par ne rien faire du tout. Alors je me suis lancée. Il était temps je crois que je vous le dise pour dissiper toute forme de malentendu. Je ne suis pas omnisciente et ne prétends pas l’être, j’essaie juste de partager avec les lecteurs le peu que je sais pour leur donner une image un peu plus exacte de notre métier. La vérité, c’est que la tâche m’apparait souvent bien trop importante pour mes maigres moyens. C’est pourquoi votre aide sera la bienvenue. Alors n’hésitez pas à commenter, discuter, me corriger si besoin est, m’envoyer les billets que vous avez envie de publier, rien ne me ferait plus plaisir que d’avoir des invités et de multiplier ainsi les regards sur le métier et les témoignages.  Depuis plus d’un an, je vois bien que le public est curieux de savoir comment nous travaillons, je crois surtout qu’il a besoin de trouver des raisons de nous rendre sa confiance. Vous savez aussi bien que moi qu’on est journaliste avant tout par passion, mais nous avons le tort de ne jamais parler de nous, trop occupés que nous sommes à raconter le monde. Alors nous laissons prospérer des malentendus et des ignorances qui non seulement affectent notre crédibilité mais permettent à quelques excentriques nourris de Chomsky, Bourdieu et autres détracteurs des médias de raconter à peu près n’importe quoi sur la presse en toute impunité. Ce n’est pas sain, ni pour nous, ni pour une société qu’on dit de l’information mais qui ignore presque tout de la manière dont ses médias fonctionnent. Si nous ne redressons pas la situation en intervenant dans les débats qui nous concernent, qui le fera ?

A tous les lecteurs de ce blog maintenant, je souhaite une très bonne année 2010.

Indépendamment des classiques voeux de bonheur, santé, amour et prospérité, je vous souhaite surtout une année remplie de rire, c’est vital. On peut s’indigner sur Internet, pousser des cris de colère et même de révolte, débattre sans fin, plonger avec délices dans des polémiques enragées, mais n’oublions jamais de rire. L’humour sera toujours bienvenu en ces lieux et je ferai mon possible pour qu’il trouve sa place dans les billets, entre deux coups de griffe et trois coups de chapeau. Par ailleurs, je fais confiance à mes brillants commentateurs pour laisser libre cours à leur plume fantasque. Je songe en particulier à Goloubchik, Ferdydurke, Tschok et Fantômette. Comme le disait fort justement Alphonse Allais, « les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux », alors rions !

Bonne année à tous !

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