La Plume d'Aliocha

14/11/2012

Hélas, Internet n’a rien changé….

Filed under: A propos du blog,questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:43

Il est temps que je vous fasse quelques confidences. Nous avons beaucoup parlé ici de la qualité des médias, conspué le racolage, le simplisme, les petites phrases, appelé de nos voeux un journalisme de qualité qui prendrait le temps de creuser les sujets, qui tournerait le dos à la tentation de la facilité et  à la tyrannie des ventes. Hélas, trois fois hélas !

Depuis que j’ai créé ce blog, en 2008, j’ai eu le temps d’observer ce qui marche ou pas en termes de sujets de billets. Ce d’autant plus qu’ils sont repris par Marianne, de sorte que j’analyse également ce qui est vendeur chez eux et ce qui ne l’est pas. Fantastique expérience pour un journaliste. Nos patrons nous reprochent tellement notre indifférence aux questions de diffusion et de marketing, c’est-à-dire  de ce qui nous nourrit (et eux aussi par la même occasion). Ils nous prennent pour de doux intellos hors des réalités. Sans doute ont-ils raison, mais je pense qu’il est souhaitable que nous le demeurions. Chacun son métier, nous produisons de l’information, ils la vendent, ne changeons surtout pas les journalistes en commerciaux, ce serait  dangereux et contre-nature. Toujours est-il qu’au terme de 4 ans d’expérience, le constat est cruel.

– Ce qui ne marche pas : Admirer. Evoquer ce qui va bien. Saluer un bon livre, un article bien torché, recommander une exposition, partager sa joie (libération des journalistes Ghesquière et Taponier)…..Ce type de billets est affligé d’un nombre de visites en berne (comme par exemple le récent billet sur l’écriture), et de maigres commentaires, quand ils ne sont pas tout simplement aigres (le public se méfie de l’admiration).  C’est intéressant car on se demande régulièrement dans la presse s’il n’y aurait pas une place pour un journalisme de ce qui va bien. Le public lui-même finit par nous détester à force de nous entendre annoncer de mauvaises nouvelles, c’est même une critique récurrente. Il faut croire qu’il se trompe sur ses propres attentes…

– Ce qui marche modérément : l’analyse, l’opinion. Normal, c’est ce qu’on vient chercher sur un blog. Mais ce n’est avec cela qu’on fait un tabac. Le constat est cependant à nuancer car, sous réserve d’une analyse plus approfondie, il semble bien que cela ait fait le succès d’Eolas.

– Ce qui marche bien : la critique, la dénonciation. Je n’ai plus en tête tous les billets qui ont cartonné, mais je me souviens de plus notable. C’était celui sur Ruquier. A l’époque, Marianne m’avait même envoyé un mail pour s’en réjouir. Le site avait glané 50 000 visites sur ce billet en un temps record. Il n’est pas inutile de revenir sur sa genèse. La veille, je lisais les chroniques télévisées de Matzneff dans Combat (La séquence de l’énergumène). Et  je songeais que j’avais la plume un peu timide comparé à lui. Je m’étais endormie dessus, et le lendemain matin, ce billet à jailli spontanément. Carton. Si je vous raconte l’histoire du billet, c’est parce que je sais d’expérience qu’un auteur qui rencontre un public, ça relève d’une conjonction de facteurs assimilable à un miracle. Il y avait Ruquier, bien sûr. Plus on s’attaque à un personnage médiatique, plus on buzz, en économie on appelle cela du parasitisme. Et puis Matzneff, j’ai écrit sous son influence. Mais le choix de Marianne de publier le billet un samedi, jour de l’émission de Ruquier, a sans doute joué aussi. Le succès médiatique, c’est une question de moment, un peu comme une rencontre amoureuse.

– Ce qui cartonne : l’actualité. Et c’est quelque part réconfortant. Les billets qui ont suscité le plus de trafic sur la plus longue durée (non seulement ils attirent beaucoup de visiteurs le jour même – plus de 2000 contre 1200 en moyenne pour un papier ordinaire -, mais ils continuent d’être consultés des mois, voire des années après) sont ceux en rapport avec l’affaire Kerviel, chez moi, comme chez Marianne (plus de 80 000 lecteurs pour certains d’entre eux).

– Ce qui est indispensable au succès : les relations. Je me souviens du temps pas si lointain où les blogueurs stigmatisaient les journalistes en dénonçant notamment parmi leurs pires tares, leur allégeance aux réseaux. Quelle ironie, lorsqu’on se retourne et qu’on observe à quel point Internet fonctionne au moins autant que le monde réel sur…le réseau. Si Eolas n’avait pas mentionné ce blog peu après son ouverture, provoquant ce jour-là 6 000 visites en l’espace de quelques heures, il n’aurait peut-être jamais accédé à une quelconque visibilité. Ou alors cela aurait pris infiniment plus de temps. L’effet Eolas s’est confirmé à chaque fois qu’il recommandait un billet. Aujourd’hui, le grand vecteur, c’est Twitter, et sur Twitter, l’avocat possède encore une influence de choix. Eolas n’est pas un réseau, je n’en ai pas et j’ai horreur de cela, c’est une rencontre.

Voilà. Maintenant, que croyez-vous que je devrais faire si je voulais passer de la 26ème pace du classement des blogs catégorie Société (ce mois-ci), à la première place ? Dénoncer, de préférence un personnage important, à la Une de l’actualité, dans des termes violents. Vous comprenez maintenant l’intérêt économique pour la presse des couvertures  sur Hollande et avant lui Sarkozy (au passage, un miracle Sarkozy question buzz, écrivez n’importe quoi, du moment que vous dénoncez Sarkozy, vous faites un carton) ?

Que les lecteurs habitués de ce blog se rassurent. J’écris ici pour le plaisir, ou par urgence de dire ce que j’ai sur le coeur. Par conséquent, je me moque bien de ma courbe de fréquentation. Il est vrai que lorsqu’on écrit, la tentation de la reconnaissance est forte. Mais jusqu’ici, je me suis toujours interdit le racolage, il m’est même arrivé de ne pas traiter certains sujets par refus de la facilité. Je ne m’en vante même pas, ceci est un travers de caractère, pas une vertu ; pour une raison que j’ignore moi-même, je suis allergique à la facilité. En tout état de cause, il existe à mes yeux quelque chose d’infiniment plus gratifiant et plus noble que l’utilisation de vieilles ficelles usées pour séduire les lecteurs : la rencontre miraculeuse. Elle survient, ou pas. Ceux qui réussissent ce tour de force méritent d’être salués (au hasard, l’auteur d’Harry Potter, celui de Indignez-vous, la revue XXI, le blog d’Eolas), pas les suiveurs qui analysent cliniquement le succès et tentent d’en tirer une recette industrielle. Ces-derniers ont toute ma sympathie, mais je réserve mon admiration à ceux qui ont ouvert la route.

Qu’on le veuille ou non, le web redécouvre à son corps défendant (c’est sa grande vertu d’en être choqué), les vieilles ficelles usées de la presse traditionnelle. Ce qui marche sur Internet, c’est la même chose que ce qui marche dans les vieux médias. La critique, le scandale, la célébrité, mais aussi fort heureusement l’actualité.  Et de même que dans les vieux médias, on trouve un public pour autre chose, c’est vrai, mais hélas minoritaire. Comme l’écrivait Céline, à propos de la Révolution française, dans sa thèse de médecine sur  Semmelweiss  :  « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses ». La révolution Internet nous montre ce que nous sommes, des consommateurs d’actualité, mais aussi et malheureusement surtout, de nouveauté scandaleuse, de pipole et de fariboles. Rien n’a changé.

Je m’en voudrais cependant de terminer sur une note négative. J’ai très vite compris il y a quelques années que les fantasmes des blogueurs sur une information enfin libérée, grâce au web, des travers des vieux médias relevaient de l’utopie.  Ce n’est pas un outil, même aussi puissant et révolutionnaire qu’Internet, qui peut changer l’homme. En revanche, pourquoi ne pas introduire dans les médias un concept que l’économie connait bien, celui de consommation durable ? C’est au public, me semble-t-il, de choisir parmi l’offre infiniment riche d’information, de culture et de divertissement, ce qui vaut la peine et ce qui doit disparaître. Il est temps de rompre avec la vieille critique qui considère que c’est aux médias qu’il appartient de servir de la qualité. Cela n’arrivera pas, en tout cas, pas tant que nous vivrons dans un système libéral. Pour autant, faut-il se positionner en victimes impuissantes et se laisser gaver d’horreurs ?

Allons donc ! On décide bien dans une grande surface de choisir un chocolat équitable, un plat préparé allégé en gras et en sel, un pain bio, le meilleur rapport qualité-prix, alors pourquoi ne pas faire plus attention à notre consommation d’information ? Je vais vous le dire. Parce qu’il n’y a pas d’action du gouvernement en ce sens, pas de bande défilante en bas d’une mauvaise émission pour mettre en garde contre les méfaits de l’abrutissement, pas de préjudice objectivement observable chez le consommateur de malbouffe médiatique. Et plus profondément, parce que nous vivons une drôle d’époque qui ne supporte plus le gras sur le ventre, ni les rides autour des yeux,  mais s’accommode fort bien de la cellulite de l’esprit. On peut attendre un siècle pour s’apercevoir de notre erreur, ou bien réagir maintenant….

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34 commentaires »

  1. Mais surtout, surtout, continuez s’il vous plaît les billets « d’admiration », j’ai découvert Karine Giébel grâce à vous! 😉

    Commentaire par mussipont — 14/11/2012 @ 23:10

  2. J’adore votre conclusion, merci pour ce retour

    Commentaire par Cube Santé — 14/11/2012 @ 23:16

  3. Je pense que si les pouvoirs publiques refusent pour l’instant d’agir contre la malbouffe médiatique, c’est pas peur d’être taxés de censeurs ou de manipulateurs. Agir sur les ventres a encore beaucoup moins de pouvoir que d’agir sur les esprits. Du coup faut-il vraiment regretter leur absence d’action? En plus quand ils financent des chaines publiques censées proposer un « meilleur » contenu, l’audience ne suit pas. Les produits « équitables » médiatiques existent et sont financés par les pouvoirs publiques, ne serait-ce que Arte, si je ne devais citer qu’un exemple. Mais force est de constater que les gens préfèrent consommer le fast-food des autres chaines…

    Commentaire par Red — 14/11/2012 @ 23:23

  4. Très intéressant billet, merci 😉
    « Lisez au moins 5 articles intelligents par jour et évitez de grignoter des séries télés entre les romans » ?

    Commentaire par SRG — 14/11/2012 @ 23:47

  5. Petit témoignage :

    j’ai lu votre billet sur l’écriture.
    Je ne l’ai pas commenté.
    Quand on est entièrement d’accord avec une personne, qu’on approuve chaque mot et chaque tournure, pourquoi le dire? Et si on est en désaccord avec un détail, pourquoi nuire à l’admiration avec une remarque aigre sur ce qui ne touche en rien à l’essentiel?

    J’ai du mal à commenter les billets admirateurs pour ces raisons.

    Commentaire par Flash — 15/11/2012 @ 00:21

  6. Qui provient de la presse alternative et est passé par la presse traditionnelle (mon cas) n’est pas trop étonné du constat.
    Cela étant, on se passe très bien de consommer des tas de choses (pas, pour moi, de l’info).
    Lire autre chose que la presse fait un bien… très bienfaisant.

    Commentaire par Jef Tombeur — 15/11/2012 @ 00:30

  7. Très bon billet, merci pour ce billet d’analyse.
    Comment évaluer l’intérêt des lecteurs pour un billet ?
    – le nombre de « j’aime » ?
    – le nombre de commentaires?

    Dans les deux cas, le billet d’analyse (très bien écrit) sera handicapé par rapport aux autres types de billet car à la fin de la lecture, le lecteur peut rester dans sa reflexion personnelle et ne pas réagir sur le blog.
    Je parle d’experience (celle du lecteur). Combien de fois, n’ai-je pas réagi sur les commentaires car ma reflexion personnelle (sur le sujet du billet) m’a amené soit en moi-même, soit sur la recherche d’une information ailleurs (dictionnaire, autres lectures internet ou non, etc.).
    Ainsi l’auteur du billet a pu croire ses lecteurs moins intéressés.
    Je n’aime pas de ma part m’obliger à mettre un commentaire « +1 » pour faire monter l’audimat du billet.
    Je n’aime pas non plus faire un commentaire mal-habile avec une pensée pas complètement bien ficelée. Ma réponse me semblerait « pas au niveau » du billet.
    Alors souvent, je m’abstiens de faire des commentaires.
    Donc ne pensez pas que vos billets d’analyse marchent « modérément » à cause du nombre moindre des commentaires.
    Je pense que de manière générale, les billets d’analyse suscitent ontologiquement moins de commentaires.

    En conclusion, je profite de ce commentaire ( j’ai tenté un commentaire d’analyse), pour écrire un GRAND MERCI pour ce blog.

    Commentaire par Marc Andres — 15/11/2012 @ 00:45

  8. Comme le fait très bien Eolas, merci de continuer les billets d’analyse !
    (Et hop!, je me permet un commentaire d’admiration)
    😉

    Commentaire par Marc Andres — 15/11/2012 @ 00:49

  9. Comme Mussipont, c’est grâce à vous que j’ai découvert – et dévoré – Karine Giébel. Merci pour ça.
    Si je comprends bien, vous fondez votre analyse sur les indicateurs liés au nombre de visites puis le nombre (et la qualité j’imagine) des commentaires.
    Juste une remarque : vos billets me parviennent automatiquement par mail, grâce à cette magnifique case à cocher ci-dessous : « Avertissez-moi par email des nouveaux articles. ». La plupart du temps, je les lis sans juger utile, ou facile, ou opportun de laisser un commentaire.
    Je suis donc invisible sur votre écran radar ? Incluez si possible dans l’analyse de votre audience le nombre de personnes abonnées de la sorte, majorité silencieuse de personnes satisfaites de s’abreuver à un blog sans concessions au marketing médiatique.
    (phrase alambiquée; moi par contre, j’écris mal, c’est pour ça que je ne tiens pas de blog ni n’écris trop de commentaires :-))

    Commentaire par Ginkgo — 15/11/2012 @ 09:20

  10. Bonjour Aliocha,

    Comme les commentateurs précédents, j ’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre papier sur l’écriture et comme eux je n’ai pas su quoi rajouter à votre beau billet, sinon des platitudes pas très bien écrites.
    Mais vous avez raison, j’ai découvert votre blog par un sujet d’actualité qui me tenait (et me tient toujours) à cœur, l’affaire Kerviel lors du premier procès par le truchement de Marianne.

    Pour ma part, j’aime beaucoup lire les critiques de ciné, livres, musique … Les mauvaises me font parfois bien rire, je l’avoue, mais les bonnes me poussent à découvrir ce dont elles font l’éloge (ainsi, vous m’avez incite à lire Hugues Serraf).

    Alors haut les cœurs !

    Commentaire par Maelle — 15/11/2012 @ 09:47

  11. Bonjour Aliocha,

    Je ne suis pas du tout d’accord avec le titre de votre billet. Internet a tout changé au contraire (du moins, tel qu’il fonctionne actuellement). Il a permis de se dégager de la tutelle pesante de l’information traditionnelle et ainsi, redonner de la liberté aux citoyens. Maintenant, le constat que vous effectuez n’est pas cruel, s’il est très juste, il est simplement conforme à l’âme humaine. Au « consommateur » d’exercer son libre arbitre et de faire appel à ses neurones. Qu’une grande majorité de ses « consommateurs » se satisfassent de la médiocrité est dans l’ordre des choses. Les progrès en la matière seront toujours lents. Il faut s’en contenter. Pour ma part, à l’exclusion de quelques périodiques très spécialisés où l’exigence des lecteurs le dispute à l’excellence des articles, j’ai tourné le dos aux médias généralistes (Presse, Tv. Une exception pour la radio et encore, le cercle se restreint), ayant trouvé sur le Net de quoi satisfaire ma curiosité et combler mes attentes (votre blog y figure en bonne place). Leur consultation régulière est exigeante en temps mais vaut largement la soupe institutionnelle des médias traditionnelles, magnifiques machines à décérébrer.
    Merci donc pour vos billets même si nos avis peuvent diverger. J’ose simplement espérer que vous continuerez encore longtemps à alimenter votre blog. Je serai très déçu si vous jetiez l’éponge.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 15/11/2012 @ 10:13

  12. je reviens sur un détail, votre liste d’exemples de rencontres miraculeuses: l’auteur d’Harry Potter, celui de Indignez-vous, la revue XXI, le blog d’Eolas.
    Si pour la plupart des éléments de cette liste je suis d’accord avec vous, je pense que ce n’est pas le cas de XXI: pour moi, le positionnement de XXI en tant qu’anti-modèle de presse a été trop finement calculé pour qu’on puisse parler de « miracle ».

    Commentaire par QIAH — 15/11/2012 @ 10:54

  13. Je partage le constat de H.

    Maintenant ce n’est pas parce que le public veut de la merde qu’il faut en faire. Prenez les professeurs, par exemple : les élèves veulent du facebouc, les parents des bonnes notes et un passage en classe supérieure : est-ce que vous pensez que les profs dans les écoles font de la merde et donnent des bonnes notes à tout le monde ? A vous entendre, c’est ce qu’il faudrait faire. C’est ce que vous voulez pour vos enfants (présents ou à venir) ?

    Maintenant oui les gens veulent de l’information et pas du pipautage. Sur la critique de livre, il faut bien faire attention à ce qu’on dit : sortir un poncif ne vous attirent pas que des éloges.

    Ensuite vous confondez réseau et « publicité ». Ce que l’on appelle réseau dans la presse c’est un journaliste « invité’ à faire un papier car on sait qu’il sera sympa, c’est un journaliste qui reçoit un ipad ou iphone car on sait qu’il en parlera régulièrement pendant 2 ans, c’est un journaliste à qui on faxe un résumé d’un truc et qui pond un article élogieux et menteur.

    Lorsque eolas parle de votre blog, il dit que vous existez et que vous n’êtes pas idiote ; c’est à cheval entre une pub dans un magazine et une relation qui vous parle du restaurant qu’il a découvert la semaine dernière ! c’est tout sauf du réseau.

    Je crois que vous êtes un peu obnubilé par internet et c’est, pour vous, la cause et conséquence de tous les maux. Oui c’est un outil comme un autre sauf qu’il permet 2 choses :
    – la communication dans les 2 sens : je vous réponds.
    – chacun, avec peu de moyen, peut devenir producteur de contenu : par exemple vous. Vous n’avez même pas pris un nom de domaine perso : 15 euros par an.

    Vous remarquerez que je n’ai pas dit information, j’ai dit contenu. Il doit y avoir plus de Mille milliards de pages web. Sur la totalité de ces pages, il y a beaucoup de bruit et de « merde ». Et vous pointez avec plaisir vers cette partie pour montrer que le web n’a rien changé. Si dans cette mer de contenu il y a ne serait ce que 0.0001% de bien, cela fait bien plus que toute la presse mondiale réunie.

    Maintenant il ne faut pas en attendre la même chose : ca n’en fait pas qqchose de supérieur mais pas d’inférieur non plus. Trouver les sources « d’information » et voir leurs limites ca prend du temps. Jauger des auteurs et de leurs travers ça en prend aussi. Et cela multiplie les sources…

    C’est cela internet : le lecteur devient acteur. Lorsque vous trouvez zoé digne d’un zola ou balzac dans sa critique de son univers professionnelle, certains ne peuvent s’empêcher de vous dire que vous surestimez, un peu, la donzelle. C’est cela qui effraie tout le monde : la critique directe, en retour, immédiate.

    Que de nombreux commentateurs ne soient pas des futurs albert londre, soit. Mais regardez le pourcentage de papier « bidon » de journalistes dans la presse et montrez-moi que la proportion est d’un ou deux ordres de grandeur plus importante.

    Commentaire par herve_02 — 15/11/2012 @ 11:17

  14. Internet a changé pas mal de choses. Pour moi en tous cas. Je n’achète plus de quotidiens et aucun magazine d’aucune sorte. Je ne lis plus qu’en ligne ou bien des livres chaque fois que je souhaite approfondir un sujet. Le format entre-deux ne m’intéresse pas. Je peux m’offrir une « revue de net » internationale tous les jours au travers d’un large éventail de sources subjectives « privilégiées » dont la votre. Vous êtes donc une précieuse source d’opinion et de connaissances. Vos billets ont plus d’importance pour moi qu’un édito imprimé et torché par une plume people.
    Le jugement positif évidemment ne possède pas le piment de la critique acerbe, surtout quand elle est justifiée et partagée, mais il pèse souvent plus lourd puisqu’il peut entrainer à découvrir donc à élargir son horizon alors qu’en général le commentaire assassin ne fait les délices que de ceux qui sont déjà convaincus.
    A propos de relations et de réseaux… La toile offre un réseau potentiel étendu et des relations (pas si virtuelles) à tout le monde. On en fait quelque chose, pas grand chose ou rien. Cela reste tout de même plus ouvert que la société réelle où j’aurais bien peu de chances de pouvoir échanger même brièvement quelques propos ou idées avec autant d’interlocuteurs de qualité. Je ne suis pas totalement convaincu par le péril de la cellulite de l’esprit. Je trouve que l’on n’a jamais eu autant d’opportunités de manger 5 légumes culturels et fruits informatifs par jour et de bouger les neurones. A demain !

    ps : le classement de ebuzzing est une grotesque farce. En novembre, le premier blog en « influence », catégorie « société » est Al Kanz… Site d’information des consommateurs musulmans. Et le numéro 4 en influence, toutes catégories confondues, serait le blog de Jean-Luc Mélenchon ! Avec des instruments de mesure comme ça autant naviguer les yeux bandés !

    Commentaire par Massilian — 15/11/2012 @ 11:49

  15. Continuez à blogger ! On vous lit avec intérêt même si on ne commente pas.

    En France, on a la culture du Non. Socialement, on existe si on conteste, on contredit. Combien de réunion au travail ou chacun s’estime obligé – j’en fais partie – de contredire au moins une fois l’orateur, pour prouver qu’on est compétent. Dire qu’on est d’accord, dans la culture Francaise, est aux mieux, considéré comme non-intéressant, au pire comme négatif. Comparons la fiugre du « béni-oui-ui » à celui du résistant !
    Tout ca pour dire que seul les posts provocateurs sont commentés, et non ceux ou on est d’accord. Mais seuls les blogs contenant d’abord du fond, sont ceux ou on revient encore et encore.

    Et oui Internet a changé des choses : elle permet à ceux qui sont intéressés de se renseigner. Internet ne change pas la nature humaine, Internet permet seulement de la développer – en bien ou pas.

    Commentaire par Ettesiun — 15/11/2012 @ 13:34

  16. Une petite « contradiction »?..;

    « je me moque bien de ma courbe de fréquentation »
    et pourtant:
    « si je voulais passer de la 26ème pace du classement des blogs … »

    Donc, vous en moquez, mais, quand même, vous suivez votre « classement »…
    Bon, c’est pas grave, juste une petite remarque acerbe sur un blog dans l’ensemble très intéressant…
    Bonne continuation!

    Commentaire par Alix — 15/11/2012 @ 13:56

  17. @Alix : il y a deux façons de regarder ses courbes. La première vise à rechercher si on rencontre un public. La deuxième à se laisser tyranniser par son audience et à finir par écrire pour la faire grimper. Quant aux classements, calculés via des paramètres autres que le nombre de visites (recommandations autres blogs, twitter etc.) je les consulte quand je m’ennuie. Là, ça faisait 6 mois que je n’avais pas regardé. J’y suis allée pour nourrir ce billet.Ce qui est vrai, c’est qu’à partir du moment où l’on prend le risque d’écrire, on cherche forcément une audience, une reconnaissance. Dire le ocntraire serait un mensonge éhonté. La question est de savoir si cette recherche d’audience préside au choix des sujets et au sens du discours qu’on développe, ou si elle intervient a posteriori pour évaluer son travail. J’essaie de rester dans la deuxième catégorie.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2012 @ 15:51

  18. @QIAH : pensé peut-être mais c’était un bon dieu de fichu pari ! il casse tous les poncifs actuels des consultants de la presse. Et ils ont indiscutablement ouvert une voie puisqu’il y a maintenant une quarantaine de mooks su rle marché, si je ne m’abuse. Un succès, c’est pas un truc qui tombe du ciel, il faut toujours penser. La différence se situe sur à quoi on pense : faire du fric en appliquant des recettes ou faire ce qu’on a envie de faire…

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2012 @ 15:56

  19. @Red : je ne regrette évidemment pas l’abstention des pouvoirs publics, déjà que les messages de santé publique m’irritent, alors voir défiler sous une émission « attention l’abus de divertissement est dangereux pour l’intelligence » brrrrrr, ça fait même un peu chinois comme truc. Ce que je veux dire, c’est juste que cette malbouffe là n’est pas encore identifiée comme une intoxication et pourtant….

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2012 @ 15:59

  20. @Mussipont : so ? Vous avez aimé Meurtre pour rédemption ???

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2012 @ 16:00

  21. @SRG : joli slogan !
    @Flash, Marc Andres et Maelle : je réagis pareil chez mes blogueurs favoris. En fait, le nombre de commentaires est un plaisir parce que ça permet une discussion enrichissante, mais ils ne sont qu’un indicateur et pas le principal, de l’intérêt suscité par un billet.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2012 @ 16:03

  22. Le média change mais pas le public.

    La différence apportée par internet et qu’avec la presse papier, les « ce qui ne marche pas » avaient du mal à se trouver une place: manque d’espace et de possibilité de diffusion. Avec internet, c’est gratuit (ou presque, tout dépend de la visibilité que l’on recherche) et on peut atteindre par ce biais des personnes du monde entier. Il y a ainsi désormais une place (pérenne ?) pour « ce qui ne marche pas », ça ne change toutefois rien à sa part d’audience…

    Commentaire par Shanar — 15/11/2012 @ 16:45

  23. @ Aliocha : oui j’ai beaucoup aimé, la fin est superbe! Je vais maintenant lire « les morsures de l’ombre » …

    Commentaire par mussipont — 15/11/2012 @ 21:26

  24. Non, internet n’a rien changé, le téléphone non plus, ni l’électricité, ni la machine à vapeur, ni la poudre, ni la roue, ni le feu… ou si peu. Le dernier grand changement c’est la découverte du « je » et l’accès à la conscience. Le futur grand changement qu’on peut espérer, cela dépend de nous, c’est que nous devenions effectivement conscients de nous-mêmes, des autres et du monde…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 15/11/2012 @ 22:04

  25. Tiens, tiens : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5376
    dézinguant la couv’ de l’Express, Daniel Schneidermann prédit qu’un jour on songera avec mépris au racolage de la vieille presse. Il est piquant d’observer qu’il utilise le terme de buzz, emprunté au web….comme quoi le mythe du web très pur opposé à cette vieille putain de presse écrite perdure…il faut bien flatter son lecteur, autre vieille ficelle de la vieille presse que le web réinvente avec fraicheur 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 16/11/2012 @ 09:38

  26. @laplumedaliocha

    Du Schneidermann classique dans le texte, et il fait usage depuis longtemps du terme « Buzz ». La sagacité indéniable de l’homme reste parfois brouillée par sa ferveur militante et ses idéaux personnels, avec le défaut de ces gens qui refusent le monde tel qu’il est, parce qu’il n’est pas tel qu’il devrait être. Suite à ce constat, les sectes gnostiques étaient parvenus à la conclusion qu’imposait une telle intransigeance: fuir ce monde à jamais, car il n’est qu’une grossière caricature construite par un démiurge imparfait et maléfique.

    Par contre, même s’il me fatigue parfois avec son obsession de la droiture, il touche juste avec sa mise en cause de la Burqamania des couv’s de presse. Avez-vous jeté un oeil par curiosité sur les titres des journaux au début du siècle? Leurs surprenantes illustrations très graphiques mettant en scène des gamins de 14-15 ans tuant des policiers des vieillards et s’apprêtant à envahir Paris, telle une horde de huns déchaînés – la délinquance juvénile était la frayeur panique de la Belle époque, et certainement irrationnelle. On en rit, on en saisit rapidement la facticité et le goût du sensationnel, et finalement on méprise pas mal tant les éditeurs que leurs lecteurs d’alors.

    Commentaire par Switz — 16/11/2012 @ 10:33

  27. @aliocha
    ce que je voulais dire, c’est que, par exemple, Eolas ou Rowling ne font rien de nouveau: il y a d’autres blogs d’experts, il y a d’autres romans pour enfants. Ils le font peut-être avec plus de talent, mais pour atteindre leur niveau d’audience le talent ne suffit pas: il faut aussi ce petit élément de hasard qui nous permet de classer leurs réussites comme miraculeuses.
    XXI (et je dis ça sans porter de jugement de valeur, j’aime beaucoup cette revue et en suis un lecteur régulier) c’est différent: ils suivent un modèle (un contre-modèle est, bien sûr, aussi un modèle) et ce modèle fonctionne (ce que vous dites d’ailleurs vous même: « ils ont indiscutablement ouverts une voie »). Bref, XXI c’est AUSSI une démarche marketing, même si, et c’est ce qui en fait l’intérêt, ça ne se limite pas à ça.
    Après, que les consultants de presse soient incompétents, c’est un autre problème…

    Commentaire par QIAH — 16/11/2012 @ 11:32

  28. Je pense surtout que ce qui fait le succès d’un billet est le coté court et concis, car on n’a pas le temps de lire un article long, même s’il est détaillé. Court et efficace

    Commentaire par Lisa — 16/11/2012 @ 17:21

  29. Excellente conclusion en effet !

    Commentaire par rejannf — 17/11/2012 @ 11:36

  30. Il y a des millions de livres déjà écrits, des centaines de milliers de films déjà tournés, et pourtant on ne parle jamais que des nouveautés. C’est comme ça, l’homme est un animal social, il est gregaire et il a besoin de sujet de conversation.
    L’autre dimension, politiquement incorrecte mais pourtant bien réelle, c’est que seule une fraction de la population, moins de 10 % je pense, est en mesure de consommer de l’information de qualité, alors que quasi tout le monde veut un vernis sur l’actualité et les grands de ce monde. Il faut savoir à qui on veut parler.
    Si vous voulez parler à des gens exigeants, le contenu reste roi. Et face à une presse en plein marasme, c’est bien sur internet qu’on trouve de l’info fouillée, et de plus qualifiée par les commentateurs.
    Pour autant le marketing garde ses droits: il faut ensuite faire savoir, et la logique de réseau est la seule efficace.
    Au bout du compte, la vraie question c’est pourquoi et pour qui écrire. La motivation par la taille de l’audience est vaine. Un de mes billets les plus « lus » contenait un dessin de dinosaures que les enfants venaient chercher pour l’imprimer et le colorier…

    Commentaire par Artypunk — 17/11/2012 @ 15:17

  31. […] Internet, c’est comme la presse papier. […]

    Ping par Veille hebdo – 18.11.12 « Biblio Kams — 18/11/2012 @ 19:32

  32. Mon commentaire n’a aucun lien avec l’article,
    je tenais simplement à dire que j’ai découvert votre blog il y a presque 3 ans. Je l’avais adoré et en avait dévoré une grande partie dans la journée même de cette découverte. Ne l’ayant pas enregistré immédiatement dans mes favoris, j’en ai oublié l’adresse, puis l’existence.
    Et il y a peu, au détour d’un lien, je suis tombée sur l’article concernant le verdict du procès de Nina. J’ai été réellement heureuse de retrouver votre plume, qui me plaît énormément ! N’arrêtez surtout pas d’écrire! (d’ailleurs le billet sur l’écriture était excellent.)

    Commentaire par Melusine — 23/11/2012 @ 19:01

  33. […] aujourd’hui d’être disponible et diffusée partout, tout de suite, instantanément. Son intérêt réel, sa pertinence globale et sa véracité ont ainsi été reléguées au second pl…. Car l’important en 2012, c’est de […]

    Ping par De l’urgence de l’info… « 192 Pages, Noir & Blanc — 30/12/2012 @ 18:32

  34. Voilà encore un excellent article et des commentaires courtois et intéressants : pourquoi le 15-10-2013, date du présent commentaire, vos intervenants se sont ils faits, depuis quelque temps, hargneux et, du coup inintéressants ?
    Merci en tous cas pour le plaisir que j’ai souvent eu à suivre les échanges de votre blog, portant pourtant parfois sur des sujets qui ne me tracassaient pas a priori !
    Puissiez vous continuer à nous offrir un blog aussi enrichissant …

    Commentaire par Emmejai — 15/10/2013 @ 17:20


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