La Plume d'Aliocha

24/12/2012

2012 : L’hécatombe pour les journalistes

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:31
Tags:

L’association Reporters sans frontières (RSF) vient de publier les chiffres 2012 de la liberté de la presse. Ils sont sinistres : 88 journalistes et 47 citoyens-journalistes tués, ce qui représente une augmentation de 33% par rapport à 2011. Le bilan complet est ici. Pour en savoir plus sur l’activité de l’association, adhérer et/ou faire un don, c’est .

 

header-4-1

 

Note : je place les commentaires sous modération préalable pour quelques jours. Ce court billet est le dernier de l’année. 

 

23/12/2012

Etrange indifférence

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 14:19
Tags:

Connaissez-vous Foxconn ? Une rapide recherche sur Internet m’apprend qu’il s’agit d’un sous-traitant d’Apple. Une boite taïwanaise, principalement implantée en Chine, qui emploie plus d’un million de personnes. A la rubrique Actualités, je découvre les dernières nouvelles du groupe : il s’offre 9% de GoPro. C’est la première occurrence. Puis vient la fausse note, un papier d’Agoravox et un autre du Huffington Post évoquent le reportage que je viens de visionner sur le site d’Envoyé Spécial et qui a éveillé ma curiosité. En fait, le HuffPo ne fait que renvoyer à l’Obs. Les papiers suivants m’informent qu’Amazon veut travailler avec l’entreprise. Presse économique et informatique délivrent l’information sous leur angle, éco pour les uns, techno pour les autres. L’humain peut aller se rhabiller, il n’entre pas dans la ligne éditoriale. Et puis il y a ce papier, sur le site MacPlus. Il met en cause avec une fraicheur confondante la mauvaise foi des médias qui n’évoquent jamais les efforts d’Apple en faveur des salariés. Wikipedia m’apprend que MacPlus est une association loi 1901 qui s’est fixé pour mission de délivrer de l’information sur Apple.

Pour les curieux qui voudraient savoir ce qu’il se passe vraiment dans les usines chinoises de Foxconn, je vous invite à visionner ce reportage d’Anne Poiret, prix Albert Londres, puis de lire son interview.

Notons que le reportage, diffusé sur Envoyé Spécial le 13 décembre, a été visionné 52 fois et tweeté…3 fois. Pas de buzz, pas de déluge d’articles. Médias et internautes partagent ici la même indifférence à l’égard du sort des salariés chinois qui fabriquent nos précieux joujoux technologiques. A chacun d’en tirer les conclusions.

22/12/2012

L’intelligence et la grâce

Filed under: Choses vues,détente — laplumedaliocha @ 13:18
Tags: ,

15952Certains savent sans doute qu’une  version restaurée du film Les enfants du paradis de Marcel Carné est sortie dans les salles et a été diffusée récemment sur Arte. Je vois les plus jeunes au fond remettre leurs écouteurs et plonger le nez dans leur smartphone en pensant « bah, un truc un noir et blanc et peut-être même pas parlant ». Allons, je l’ai pensé avant vous car imaginez-vous que je suis née après 1940 de sorte que pour moi aussi c’est vieux. Eh si !  Seulement voilà, je ne m’adresse pas ici aux heureux élus déjà conquis par le film, mais à ceux qui  pourraient passer à côté pour de mauvaises raisons. Par exemple en pensant, comme je l’ai fait au départ, que c’était un chef d’oeuvre réservé aux cinéphiles octogénaires…Néanmoins, je me suis décidée à le regarder il y a quelques semaines  sur Arte. Pas la peine de militer pour que tout le monde lâche Ruquier et passe aux choses sérieuses, si c’est pour jouer à « fais ce que je te dis mais fais pas ce que je fais », ai-je songé. Notez, j’avais pris mes précautions, trouvé un film de substitution sur une autre chaine et conclu un pacte avec moi-même : si dans cinq minutes tu t’ennuies, inutile de forcer, tu abandonnes.

Mazette ! Je suis restée collée à l’écran pendant trois heures, fascinée. Par cette vieille chose, ce classique sorti en 1945 ! Avec dans les rôles principaux Arletty, (songez donc, celle d’Atmosphère que les moins de 60 ans ont oubliée), Pierre Brasseur (oui, le grand-père d’un des policiers dans la série Alice Nevers), et ….celui qui ferait pâlir les Clooney et autres play boys du cinéma actuel…Jean-Louis Barrault, sous les traits de l’éblouissant Baptiste.

La belle Arletty vit comme un oiseau libre, sans autres ressources que les bras de l’homme qui l’aime l’espace d’un soir. Elle est convoitée par le terrible Lacenaire, séduite par Frédéric Lemaître, un comédien à succès, épousée par un millionnaire, et surtout adulée chastement par le mime Baptiste qu’elle aime aussi. « C’est si simple d’aimer », répète-t-elle tout au long du film tandis qu’elle renie son propre amour dans les bras d’hommes qui n’ont d’autre mérite que de savoir prendre ce que Baptiste se contente d’idéaliser. Baptiste, l’enfant douloureux qui se réfugie dans le rêve parce que là, il est libre, personne ne peut l’atteindre, ni lui faire du mal. Ce qui permet à ce film de rester d’actualité, note un biographe de Carné dans les excellents suppléments du DVD, c’est la liberté des personnages. On pourrait évoquer à l’infini les mérites d’un film à l’esthétique éblouissante, la finesse de la peinture psychologique, le caractère jouissif des dialogues, la galerie des personnages secondaires dont la personnalité est exprimée avec un talent comparable à celui des plus grands peintres.

Pourquoi les enfants du paradis, me direz-vous ? Parce que l’histoire se déroule dans un univers de comédiens au coeur du quartier du Temple, surnommé au 19ème siècle Le boulevard du Crime, en raison des pièces qu’on y jouait. Le paradis, ce sont les dernières corbeilles, tout en haut, qui accueillent un turbulent public populaire.  Il y a des livres – rares – dont on ne sort pas indemne. Des films aussi. Celui-ci en fait partie. Par quel miracle les mots, simplement agencés par Prévert, peuvent-ils ainsi frapper au coeur, déclencher le rire, susciter la réflexion, arracher des larmes ? Comment Carné peut-il, avec une simple caméra, exercer pareille fascination ? Quel démiurge inspiré à programmé cette rencontre-là ? Est-ce parce que le film est né de la guerre qu’il accède à cette lucidité qui serait insoutenable si elle  n’était adoucie par le rêve et la beauté ?  Toujours est-il que, pour une fois, le terme de chef d’oeuvre tellement galvaudé ne me semble pas ici usurpé. J’invite tous ceux qui ne connaissent pas le film à courir en salle – il se joue encore à la filmothèque du quartier latin – ou à visionner le DVD (livret intéressant, suppléments aussi). Les autres à visiter l’exposition que lui consacre la cinémathèque (jusqu’au 21 janvier). Et je signale au passage que Gallimard édite le scénario original. Les enfants du Paradis a été sacré Meilleur film de tous les temps à l’occasion du centenaire du cinéma en 1995 par un jury d’historiens et de journalistes. Sur 20 000 longs métrages tournés entre 1944 et 1994, il a recueilli 688 voix sur 822.

2012-11-08-Capturedcran2012110815.25.31

21/12/2012

Joyeuse fin du monde !

Filed under: Insolite — laplumedaliocha @ 11:52
Tags: ,

Si vous n’êtes pas encore totalement absorbés par les préparatifs de la fin du monde, je vous propose une petite séance de répétition en compagnie de Tim Burton. Au fait, quelqu’un sait à quelle heure c’est prévu (heure de Paris, de préférence), parce que je ne vais pas non plus bloquer ma journée à attendre la chose. Même la NASA n’est pas au courant, c’est ennuyeux…

16/12/2012

L’acteur et les guignols

Filed under: Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:05
Tags:

A chaque jour ses raisons de s’indigner. En ce dimanche ensoleillé de décembre (en tout cas à Paris et à cet instant précis), c’est Gérard Depardieu qui alimente la grande machine médiatique à fabriquer des polémiques à la chaine. Notre monument national renie sa nationalité française. Plus exactement, celui qui incarna magnifiquement Cyrano de Bergerac au cinéma envoie son passeport français à la tête du gouvernement. Et l’on ne peut s’empêcher de songer au panache du célèbre bretteur. On l’imagine face à ses proches ferrailler dans le vide en lançant des « Ah ! non ! C’est un peu court jeune homme », et traiter de tous les noms d’oiseaux ceux qui ont osé le qualifier de « minable ». Pour ce que l’on sait du comédien, sa colère doit être homérique. Hélas, régurgitée par les médias, elle n’est plus que la honteuse fuite d’un contribuable face à ses responsabilités en pleine crise. Un minable, donc.

Faut-il lui jeter la pierre ?

Pour ce que j’observe en ce moment dans le cadre de mon exercice professionnel, l’alourdissement de la fiscalité, qui ne date pas de ce gouvernement – Nicolas Sarkozy avait rendu les contribuables aisés et les entreprises à moitié fous à force de changer les règles fiscales tous les matins – suscite deux types de réactions. L’une à vomir. L’autre plus audible. La première consiste à se gausser lors de repas dans des restaurants qui coutent un SMIC de ce vieux pays qu’est la France, haineux à l’égard de la réussite, allergique à la finance, noyauté par des trotskistes vindicatifs, et à vanter par comparaison le reste du monde qui, lui, a tout compris du capitalisme et se prosterne devant la réussite. La crise, quelle crise ? Vous lancent ces gens-là avec arrogance. Oui, en effet, quelle crise peut-on bien apercevoir, entre son bureau au sommet d’une tour de la défense et le restaurant chic auquel on se rend en voiture avec chauffeur. Les plus habiles admettent bien que la situation économique est difficile, mais pour s’empresser de menacer de l’aggraver encore si l’on continue de les irriter. Ils cesseront de recruter pour les chefs de grands groupes industriels, délocaliseront, tandis que les patrons de banques menacent de couper le robinet du crédit et ainsi de suite. Ceux-là ont tout, mais voudraient plus encore et se comparent à loisir avec leurs homologues étrangers pour vous montrer que hein, bon, leur sort est décidément misérable.

Il existe aussi un autre discours, émanant de personnalités aussi riches et puissantes, mais nettement plus conscientes de la situation et de leurs responsabilités. Celui-là est dirigé contre les politiques. Il consiste en substance à dire :  ils ont fait quoi de si notables ces gens-là, pour oser nous donner des leçons ? Qu’ont-ils inventé ? Quelle richesse ont-ils créée ? Combien de français ont un emploi grâce à eux ?  En quoi ont-ils participé au rayonnement de la France à l’international ? Ils vivent sur l’argent public, se font élire à coups de promesses qu’ils ne tiendront pas, ne disposent quasiment d’aucune marge de manoeuvre et ne trouvent rien d’autre à faire que de jeter en pâture quelques boucs-émissaires au public, dans l’espoir d’être réélus. Les emplois, ils les trouveront où s’ils passent leur temps à dénigrer les entreprises et plus généralement ceux qui mouillent la chemise et risquent leur argent pour construire ? Ici, il ne s’agit plus défendre son portefeuille, mais de soulever la question pas tout à fait idiote de la légitimité. De fait, si la France d’en bas brocarde ses politiques qui ne font rien pour elle, la France d’en haut s’indigne quand les mêmes lui tapent dessus sans qu’elle aperçoive très bien l’utilité concrète de l’exercice. C’est le mensonge médiatique que cette France-là dénonce, les fausses promesses, la fabrication de boucs-émissaires, les intentions électoralistes dissimulées sous le mirage du bien collectif.

Evidemment, l’argument n’aurait aucune force si les politiques pouvaient lui opposer une vertu sans faille et un engagement au-dessus de tout soupçon en faveur du bien commun. Hélas, les cafouillages de la majorité et les sinistres guignoleries de l’opposition permettent d’en douter sérieusement. Plutôt que de jeter la pierre à Gérard Depardieu, ne faudrait-il pas s’interroger sur la légitimité du politique ? N’est-ce pas le fond du problème ? Tous les fiscalistes savent qu’à partir du moment où l’on crée une taxe quelconque on réduit mécaniquement son assiette en provoquant une réaction de fuite. Ce réflexe n’est un scoop pour personne et sûrement pas pour les politiques. De fait, réformer ne consiste pas seulement à pondre de nouvelles lois, mais aussi à faire en sorte que les citoyens y adhèrent. Sinon, il ne s’agit que d’effets d’annonce. Or, nous avons ici à l’évidence une crise de foi. Alors on rallume en urgence le vieux fumigène de la lutte des classes pour distraire les esprits.

Poser la question de la légitimité du politique aurait le mérite de réconcilier la France d’en bas et la France d’en haut dans une exigence commune d’efficacité et de vertu à l’endroit de ses élus…Mais on peut préférer hurler après ces salauds de riches sans discernement, les assommer fiscalement, puis danser la carmagnole dans leurs domiciles désertés une fois qu’ils auront fui à l’étranger. Cela ne résoudra pas la question de la dette, mais au moins on se sera fait plaisir. Et le politique pourra de son côté pointer ces gens-là comme les uniques responsables une fois qu’on aura coulé. La démonstration sera imparable.

12/12/2012

Petite leçon de liberté d’expression

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:37

En France, la liberté d’expression s’ennuie. Elle a des états d’âme d’enfant gâté. Il est vrai qu’on lui passe tout, du coup elle n’a plus goût à rien.

Oh,  il arrive bien de loin en loin que l’un d’entre nous se retrouve devant un tribunal pour avoir outrepassé quelque limite élastique, sur la vie privée par exemple. Ou bien pour s’être égaré dans l’injure ou la diffamation.

Tout au plus quelques groupes actifs défendant des intérêts catégoriels avec fureur parviennent-ils de temps en temps à fouetter la liberté d’expression jusqu’au sang, lui rappelant le temps de sa jeunesse, lorsqu’elle devait se battre à chaque instant pour exister. Alors, certaines voix s’élèvent pour dire que décidément on n’a plus le droit de parler de rien en France…Ah  ? J’ai plutôt tendance à penser qu’on ne sait plus parler de rien, ce qui est différent. Que l’on trompe l’ennui sur les forums d’internet en poussant quelque gueulante dont la grossiéreté, à l’abri de l’anonymat, donne à son auteur l’illusion de la liberté. Liberté d’insulter, liberté d’être vulgaire, liberté de haranguer, embusqué derrière son masque et son écran. Jolie liberté que celle du corbeau ou du fou furieux…

Jolie liberté aussi que celle des médias, jouant en permanence la surenchère de bruit et de fureur, de jugements à l’emporte-pièce et de foutaises montées en épaisse et indigeste mayonnaise.

Et si la liberte d’expression, c’était autre chose ? Si c’était par exemple pour un avocat, lors d’un exercice d’éloquence, d’interpeler sa profession, son bâtonnier, le ministre de la justice et chaque citoyen sur la mort de Bel Laden et la manière dont nous faisons semblant de ne pas voir ce qu’elle a violé en nous de si précieux ? Installez-vous confortablement et regardez cette vidéo (Discours de Benjamin Mathieu). C’est celle du discours du Deuxième secrétaire de la Conférence. La cérémonie a eu lieu le 7 décembre au Théâtre du Châtelet. Seulement la télévision ne retransmet pas ce genre d’événement. Pas assez distrayant. Voire en l’espèce, bien trop subversif. Tant que vous y êtes, écoutez aussi l’éloge d’un grand nom du barreau, Joe Nordmann, par le Premier secrétaire de la Conférence, Quentin Lancian (sur la même page en lien que ci-dessus). Et puis revenez ici, nous parlerons de la liberté d’expression, la vraie. Celle qui n’a besoin ni de superlatif ni de grossiéreté pour se sentir exister, mais simplement d’un référent, de courage et de réflexion.

11/12/2012

La justice, le trader et le fantôme

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 09:20
Tags: , , ,

Palais de justice de Paris – Lundi 10 décembre, 13h30 : Le Louvre avait son fantôme, on dirait bien que le Palais de Justice de Paris a trouvé le sien. En tout cas pour les affaires de pertes de trading. L’ombre de Jérôme Kerviel n’a cessé en effet de planer sur le procès du trader de la Caisse d’Epargne Boris Picano-Nacci, dont le dernier acte s’est joué lundi. Il a de la chance quelque part dans son malheur, Boris Picano-Nacci. Il n’est pas Jérôme Kerviel et tout le monde en convient, même le parquet. C’est au regard des fautes du trader de la Société Générale telles que décrites dans le jugement puis l’arrêt ainsi que des raisonnements juridiques développés dans ces deux décisions que l’on juge celui de la Caisse d’Epargne depuis le début.  Mais c’est au quatrième et dernier jour du procès que la comparaison a vraiment pris corps, d’abord dans le réquisitoire du parquet, puis lors de la plaidoirie de la défense.

Deux ans de prison minimum…mais avec sursis

Grand, blond, assez jeune, le procureur Serge Roques débute son réquisitoire d’une voix mal assurée par une longue et cruelle description de l’état du contrôle interne de la Caisse d’Epargne à l’époque des faits, dénonçant les défaillances graves, les carences manifestes, les alertes non prises en compte par la hiérarchie.  Seulement voilà, ce n’est pas parce que le système de surveillance ne fonctionne pas que le trader peut être exonéré des faits qui lui sont reprochés. C’était déjà la logique du parquet dans le dossier Kerviel. Boris Picano-Nacci avait un mandat, qu’il avait d’ailleurs lui-même contribué à définir puisque la hiérarchie avait entériné sa stratégie. Or ce mandat, dit de « gestion extinctive », lui interdisait de prendre de nouveaux risques.  Il en a pris, sous prétexte de faire du résultat, donc il a fauté. Assis seul devant ses juges, les mains agrippées à son banc en bois, le trader écoute, bouche ouverte, regard anxieux, et l’on sent que ce technicien de la finance tente de comprendre un langage qui le dépasse, celui de la justice, conscient que de ces raisonnements ésotériques dépend son avenir. Le procureur conclut que l’abus de confiance est constitué et l’on songe que le prévenu vient de prendre un aller simple pour la prison. Mais soudain, c’est le virage inattendu lorsqu’il s’agit d’évoquer la personnalité de l’intéressé :  « Boris Picano-Nacci n’est pas un faussaire, un dissimulateur, un corrompu », tout au plus a-t-il répondu de façon un peu trop évasive à sa hiérarchie, concède de parquet, hiérarchie qui  de son côté s’est montrée bien peu curieuse.  Il n’empêche, la défense de la société reprend le dessus : « Il n’y a pas de malhonneteté fondamentale, mais une dérive dangereuse. De tels comportements doivent être sanctionnés. On ne peut accepter que des individus mettent en danger une institution bancaire »assène le procureur avant d’inviter le tribunal à une certaine rigueur. Non sans ajouter qu’il existe entre cette affaire et un précédent plus « scandaleux » des différences de taille :  l’absence de faux, la brieveté de la période, les défaillances de la banque. En clair, il invoque les circonstances atténuantes !  Et de conclure en réclamant : deux ans de prison minimum….avec sursis.

L’avocat de la défense, Martin Reynaud, s’avance à la barre. Il pourrait suivre le sillon tracé par le parquet, seulement on comprend d’entrée de jeu qu’il veut plus que des circonstances atténuantes, il ne se contente pas que son client soit décrit comme moins « scandaleux » qu’un autre, rarement nommé mais omniprésent dans les esprits, ce qu’il demande, c’est la relaxe. Les deux bras appuyés sur le pupitre,  il fixe le tribunal sans jamais le lâcher des yeux.  « On a tout fait pour que cette affaire vienne devant vous ! » lance-t-il à plusieurs reprises. Et le voici qui dénonce un rapport d’inspection bouclé en trois jours que Charles Milhaud, l’ancien patron de l’écureuil,  lui-même a critiqué, puis une instruction qui s’est contentée de recopier mot pour mot les réquisitions du ministère public, où il n’y a pas eu d’expertise, pas de confrontation, rien. Le défenseur ne dit pas pourquoi le dossier devait finir devant la justice pénale, il se contente de soulever le doute, à chacun d’en tirer les conclusions. Pour dédouaner la banque de sa perte ? Pour des raisons plus obscures ?

Le trader n’a rien dissimulé

L’avocat relève simplement que la banque a prévu la catastrophe boursière qui se profilait, preuve en est qu’elle a fait le choix de cesser le trading pour compte propre. Mais au lieu de tout déboucler en juillet 2008, elle tarde. « Parce qu’elle a voulu préserver, voire augmenter son résultat » avance l’avocat, précisant que c’était son choix, son argent, qu’il ne juge pas.  Et pour cause, l’affaire Kerviel a montré où menait la stratégie consistant à attaquer la « victime » dans ce type de dossier…Puis il démolit les uns après les autres les arguments contre son client. Il aurait violé son mandat ? Quel mandat, tout au plus un calendrier, bien flou. Et voici que surgit de nouveau l’affaire Kerviel. Le trader de la Société Générale avait un cahier de trading, des limites d’investissement, une mission : traiter les warrants. Boris Picano-Nacci lui, il n’avait rien de tout cela, souligne Martin Reynaud. Pas de mandat, donc pas d’élément matériel. Au moins faut-il alors un élément moral. L’avocat concède qu’en matière d’abus de confiance, l’intention tend à se déduire des actes, à condition que l’on soit dans l’évidence, par exemple un comptable qui encaisse sur son propre compte les chèques de sa société. Sinon, il faut bien un élément intentionnel, on ne peut pas être dans le flou partout. Ainsi, dans le dossier Kerviel, l’élément intentionnel retenu par les juges, c’est la dissimulation. Or, Boris Picano-Nacci n’a rien dissimulé.  D’ailleurs, si personne n’a réagi alors que les outils de contrôle signalaient des opérations inhabituelles, de deux choses l’une : soit on a affaire à une bande d’incompétents, soit le trader était bien dans sa mission.

Reste la déclaration qui pèse lourd, celle où le trader confie en effectuant les opérations reprochées que si il gagne, il va devenir le « King of Paris ». L’avocat n’élude aucune difficulté, au contraire, il les attrape à bras le corps.  Comment peut-on retenir contre son client une phrase, une seule,  une bêtise, alors qu’il en a prononcé des dizaines d’autres montrant clairement qu’il aurait préféré déboucler tranquillement, qu’il se sent nul, pas à la hauteur, qu’il va se faire engloutir par le krach boursier. Ce krach, rappelle l’avocat au passage, qui a englouti toutes les grandes banques du monde. Et il faudrait en vouloir à Boris Picano-Nacci ? Tous les autres auraient le droit de se tromper, mais pas lui ? Alors qu’il travaille avec des outils inappropriés, sous la direction d’une hiérarchie peu impliquée…Et puisque sur les 751 millions d’envolés sur les marchés, la banque n’en réclame que 315 à son trader, c’est bien qu’elle avoue de son propre chef en avoir perdu toute seule pas loin de 440 ! Il n’empêche, le trader aurait nui à la réputation de la finance, accuse le parquet.  « L’image des banques sera meilleure quand elles accepteront que certaines activités relèvent du casino et qu’elle sauront se souvenir, les soirs où elles perdent, de tous les autres soirs où elles ont gagné, au lieu de chercher des responsables » conclut sobrement l’avocat. La petite salle se vide. Dans le palais étrangement désert, résonne encore la furie de la Grande Affaire à l’aune de laquelle Boris Picano-Nacci vient d’être jugé. Et l’on se demande à quoi aurait ressemblé ce procès là si un autre, tellement plus dramatique, ne s’était tenu quelques mois plutôt dans cette même enceinte.

Jugement le 28 janvier à 13h30.

Note : sur les 4 après-midis d’audience, je n’ai assisté qu’à 3. En particulier, j’ai manqué mercredi la plaidoirie de Me Jean Reinhart pour la Caisse d’Epargne. Par conséquent, le récit s’en ressent dès lors qu’il manque le point de vue de la victime, avec lequel celui du parquet ne se confond pas. S’agissant de l’affaire Kerviel, un pourvoi en cassation est en cours.

08/12/2012

Sécuriser le système financier ? Pas si facile…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:26
Tags: , ,

Le gouvernement présentera le 19 décembre prochain en conseil des ministres sa loi sur les banques. Celle-ci se fixe pour objectif de tirer les leçons de la crise de 2008 et propose notamment le cantonnement dans des filiales autonomes des activités considérées comme spéculatives. Dont acte. Au passage, le projet de réforme renforce les pouvoirs des deux gendarmes compétents pour surveiller la finance en France, l’AMF qui s’occupe des marchés financiers, l’ACP qui est en charge des banques. Fort bien. Pour mémoire, la loi dite de régulation bancaire et financière, adoptée en octobre 2010, donc sous le précédent gouvernement, avait déjà resserré les boulons. Le dossier législatif permettant de comprendre les objectifs du texte et de suivre son processus d’élaboration est ici (que faire d’autre par un week-end gris de décembre que lire des documents techniques et roboratifs, je vous le demande !).

Laissons de côté l’infernal débat sur l’utilité de séparer banque d’investissement et banque de détail et si oui, selon quelles modalités. Les Etats-Unis s’engagent dans la voie de la séparation, la Grande-Bretagne aussi, l’Europe y travaille, la France se jette à l’eau, chaque pays ou région ayant son modèle à défendre (pour la France c’est la banque universelle), ce qui explique en grande partie la différence des solutions adoptées. Je retiens juste une remarque très pertinente que m’avait faite il y a plusieurs mois un responsable de Finance Watch : si l’on opte pour la séparation, prenons garde à ce que les banques n’exigent pas en contrepartie une régulation allégée pour les activités spéculatives, sous prétexte qu’elles ne mettront plus en péril les dépôts des épargnants, car on risque alors de laisser se développer une activité dangereuse susceptible d’emporter le système dans sa déconfiture en cas de faillite. Eh oui, car le système financier est un tout, qu’on le veuille ou non, et que l’argent ira là où il y a aura le moins de règles, de sorte qu’on risque de créer une gigantesque bulle qui aura l’effet d’un tsunami lorsqu’elle éclatera. Pas sûr alors que les digues juridiques résistent à la vague.

Venons-en plutôt à la surveillance. Ce qui est troublant quand on observe les affaires Kerviel et Picano-Nacci, c’est que la Commission bancaire savait, bien avant que les banques concernées n’avouent de gigantesques pertes de trading, que les systèmes de contrôle interne étaient insuffisants. Elle le savait, elle l’avait dit aux intéressées et elle les avaient sommées de se mettre en conformité avec leurs obligations. Et puis rien. Dans le cas de Caisse d’Epargne, l’inspection générale de la banque (un corps de contrôleurs internes) l’avait aussi fait remarquer. Résultat des courses, la commission bancaire a frappé….après la catastrophe. Société Générale s’est vue infliger 4 millions d’euros d’amende en juin 2008, au terme d’un rapport d’enquête de l’autorité bancaire absolument calamiteux pour la banque rouge et noire. Elle n’a pas fait appel. Et pour cause. D’abord la sanction était modeste. Ensuite, cela confortait sa thèse dans le cadre de l’affaire Kerviel selon laquelle elle n’était pas complice du trader mais aveugle à ses activités. Caisse d’Epargne quant à elle a été sanctionnée à hauteur de 20 millions d’euros (entre temps le plafond légal de sanction susceptible d’être prononcé avait été relevé, passant de 5 à 50 millions). Elle a fait un recours devant le Conseil d’Etat et a gagné sur un point de procédure.

Question : que font les gendarmes financiers français ? Ils bossent. Mais pas assez efficacement, pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a une question de moyens. Ainsi l’AMF ne cache pas qu’elle manque d’hommes et d’outils informatiques pour suivre correctement le fonctionnement des marchés financiers, notamment depuis l’apparition du trading haute fréquence. Par exemple, pour dépouiller les carnets d’ordre et tenter de démontrer une manipulation de cours, il faut des mois de travail rien que sur une seule valeur. Des mois de travail…A l’ACP, certains parlementaires au moment de l’affaire Kerviel ont pointé le vrai problème : des inspecteurs en nombre insuffisants, et sans doute pas assez qualifiés. Voir à ce sujet l’audition de Christian Noyer à l’Assemblée nationale en février 2008.

Mais il n’y a pas que cela. Leurs pouvoirs sont nettement inférieurs à ceux de la police. Les contrôleurs peuvent se rendre dans les entreprises, demander des communication de documents, auditionner des gens. Mais pas perquisitionner, ni placer en garde à vue. La raison ? Il s’agit d’autorités administratives et non d’instances judiciaires. Elles sont censées travailler plus vite que le système judiciaire et offrent donc moins de garanties procédurales. De fait, elles ont aussi moins de pouvoirs.

Entre en compte également un facteur psychologique. Les petits acteurs de la finance ont l’habitude de se plaindre auprès des journalistes des différences de traitement dont ils sont l’objet par rapport aux gros acteurs et j’ai tendance à les croire. Quand un petit se fait choper lors d’un contrôle, il est sanctionné immédiatement. Un gros en revanche passera plus facilement entre les mailles du filet. Parce qu’il est un acteur historique, parce qu’il a de la surface, parce qu’il inspire plus confiance qu’un petit surgi de nulle part. C’est pourtant le gros qui met le plus en danger à la fois ses clients et le système…Et puis il y a encore une autre raison. En théorie de la régulation économique, on sait que pour qu’un régulateur soit efficace, il faut que sa légitimité soit reconnue. Et pour qu’elle soit reconnue et acceptée par les puissants acteurs qu’elle surveille, il faut que son action soit considérée comme juste, ce qui suppose des arbitrages permanents entre sévérité et consultation, obligation et coopération, sanction et transaction.

On l’aura compris, ces réglages de fine horlogerie  maintiennent un équilibre à peu près acceptable dans les périodes calmes. Mais à la faveur des crises, on découvre soudain qu’il aurait sans doute fallu frapper plus tôt et plus fort. Que la négligence de contrôle interne, mollement reconnue par l’établissement qui s’engage tout aussi mollement à la corriger, s’est avérée mortelle. Alors on sort une loi pour déplacer le curseur. Et à ce moment-là, les acteurs hurlent. Pas tout à fait à tort. Attendez-vous à entendre nos banques françaises  rappeler au gouvernement qu’elles ne sont pas à l’origine de la crise, qu’elles n’ont commis finalement que peu d’erreurs, qu’elles sont solides, qu’il faut protéger leur modèle qui s’est avéré plus résiliant que d’autres. Qu’aussi et surtout, il ne faut pas les pénaliser sur le grand marché international en leur liant réglementairement les mains et les pieds, tandis que leurs concurrentes pourront batifoler librement. Bref, l’examen de la future loi bancaire devra arbitrer, une fois encore, entre la compétitivité de la place de Paris et la sécurité du système. Et il n’est même pas certain que dans cet exercice de haute voltige, un gouvernement de gauche soit en mesure d’adopter une position plus radicale qu’un gouvernement de droite. On pourrait en conclure que de ces réglages dépendra la sécurité future de notre système. Oui et non. S’il est un domaine particulièrement mondialisé, c’est celui de la finance. La crise de 2008 a montré qu’un ménage américain surendetté pouvait provoquer la fermeture d’une usine en France. La sécurité du système dépend donc de la capacité des grandes régions du monde à adopter des solutions communes et, qui plus est, à faire les bons choix. On n’y est pas. En revanche, ce que l’on observe c’est que les crises se succèdent à un rythme de plus en plus rapide et se révèlent de plus en plus graves…

05/12/2012

Le petit procès de la finance folle

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 09:08
Tags: ,

Le trader Boris Picano-Nacci comparait devant le tribunal correctionnel de Paris pour abus de confiance depuis lundi. Il est accusé d’avoir fait perdre 751 millions d’euros à Caisse d’Epargne en octobre 2008, soit quelques mois après la révélation des pertes de Société Générale imputées à Jérôme Kerviel. Et c’est le même procès, en tout petit. Dès le départ, les conseils du trader, édifiés par le cataclysme Kerviel qui venait de se jouer la même année ont décidé de ne pas adresser la parole aux médias. Plutôt bien vu. Le résultat, c’est qu’il n’y a pas de forêt de caméras et de micros pour les accueillir à l’entrée de la salle. Il est vrai que l’affaire est jugée  dans la  11ème chambre correctionnelle. Pour la trouver, il faut connaître, ou bien avoir été scout et être capable d’explorer les tréfonds d’un bâtiment ancien au plan tarabiscoté. Nous sommes trois journalistes en tout et pour tout : l’AFP, Les Echos et la blogueuse. C’est pas beaucoup. Hier, il y en avait plus, regrette une pimpante greffière au brushing impeccable dont on aperçoit le pantalon de cuir noir sous la robe. Hélas, ne juge pas Kerviel qui veut ! Sur les bancs réservés au public, on ne se bouscule pas non plus.

A droite quand on fait face au tribunal, a pris place l’avocat de la Caisse d’Epargne. C’est Jean Reinhart, l’un de ceux qui défendaient  Socgen dans l’affaire Kerviel, d’où une étrange sensation de déjà vu. De l’autre côté, le trader. Taille moyenne, cheveux très courts, yeux bleus, nez à la Cyrano. Le tribunal n’est pas encore là, alors il tourne en rond, il observe, visiblement inquiet. Son avocat, Martin Reynaud, semble n’avoir pas trente ans. Grand, mince, il a le regard enflammé des gravures d’un autre temps représentant le monde judiciaire. Ses cheveux bruns coupés au carré lui donnent un air de fils de bonne famille. Le procès Kerviel frisait l’hystérie, celui-ci a le charme de l’intimité. Pour un peu, on se croirait dans un salon.

Voici qu’entre le tribunal, il est présidé par une femme. A ses côtés, un assesseur en robe, un autre en costume de ville. « C’est un juge de proximité » me murmure à l’oreille ma voisine. Décidément, dans cette affaire, on fait tout en plus petit. La présidente appelle le trader. Il se lève et s’aggrippe à la barre. Ses mains tremblent.  Et l’on se souvient par contraste de la fière allure de Jérôme Kerviel. De son masque impénétrable de trader rêvé et un tantinet surjoué. Celui qui fait face au tribunal est dans ses petits souliers. La présidente quant à elle ne dissimule pas l’irritation que lui inspire le jargon de la finance, et moins encore son ignorance. Alors le prévenu lui explique – il est mathématicien de formation – les concepts de put, de call, de tunnel haussier et même de thêta. Et le tribunal traduit à haute voix dans des mots plus simples. Au début on s’interroge : pareils néophytes sont-ils vraiment en mesure de juger un dossier financier ? Et puis on songe que ça n’est pas si mal après tout d’obliger ces gens-là à s’exprimer clairement. Soudain la finance s’éclaire, ce n’est jamais au fond qu’une histoire de choux et de carottes que des matheux un peu dingues auraient compliquée par jeu. Là encore, on se croirait au procès Kerviel, peut-être parce que c’est aussi et toujours un peu celui de la finance.

L’avocat de la défense intervient avec la délicatesse d’un concertiste. Il s’associe à l’ignorance du tribunal, pose des questions douces pour comprendre, dont on mesure l’habileté quand le prévenu répond et que l’on s’aperçoit qu’une idée un peu trop rapide vient d’être corrigée. Par exemple lorsque le trader explique qu’en septembre 2008, il décide de miser sur Lehman Brothers.

Un assesseur interloqué : vous avez parié sur une entreprise dont vous saviez qu’elle était en difficultés ? Mauvais point pour le trader. Dans l’esprit des juges, l’idée parait absurde, mais à l’époque dans la finance, nul n’imaginait que les Etats-Unis laisseraient la banque faire faillite. Too big to fail, comme on dit, on ne tue pas les gros, leur importance est vitale.

L’avocat dissipe le malentendu : c’était un pari, vraiment, au sens 50% de chances de gagner ou de perdre ?

Non, répond le prévenu, Lehman Brothers ne pouvait pas faire faillite.

Mais Lehman Brothers a fait faillite…. C’est le coeur du dossier. Caisse d’Epargne avait décidé quelques mois plus tôt de cesser le trading pour compte propre, autrement dit le trading avec les fonds de la banque. On avait donc demandé aux traders de solder les positions avant la fin de l’année 2008. Seulement voilà, on ne bazarde pas ses investissements comme ça, il faut y aller en douceur, attendre le moment propice, couvrir ses positions. C’était le rôle de Boris. Et tout aurait pu se passer à peu près bien si le naufrage Lehman Brother n’avait déclenché, le 15 septembre de cette année-là, un véritable séisme. Ce qu’on reproche au prévenu ? Dans un marché devenu fou furieux, d’être sorti de son mandat durant quelques semaines tout au plus, d’avoir joué, et perdu. Comme dans l’affaire Kerviel, le trader se défend d’avoir trompé sa hiérarchie et les contrôles. Comme dans l’affaire Kerviel, ceux-ci se sont avérés lourdement défectueux, d’ailleurs la Commission bancaire a frappé. Comme dans l’affaire Kerviel encore, la cession de positions qualifiées de gigantesques a creusé un trou affolant dans les comptes. Tout est relatif, ici il s’agit de 751 millions, mais l’écureuil n’a pas la même surface que la banque rouge et noire. A l’inverse de l’affaire Kerviel, le trader avoue qu’il a pris de mauvaises décisions, c’est même un leitmotiv chez lui, d’ailleurs il a prévenu ses supérieurs et démissionné. Quand il est parti, il perdait 130 millions, au final, la perte avoisine le milliard.

Et l’on se prend à rêver d’une relaxe, pour des raisons judiciairement irrecevables. Parce qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec l’affaire Kerviel. Parce qu’il ne s’agit « que » de 751 millions et que la crise nous a appris à raisonner en milliards. Parce que le jeune homme tremble à la barre. Parce qu’il a caché ses pertes dit-on, mais un peu seulement. Songez donc, il n’y a que 10 millions d’écart entre ce qu’il a dit et la réalité ! Parce qu’il a démissionné de lui-même. Parce qu’il n’a pas fait la victime sur les plateaux de télévision, ni sorti de livre. Parce qu’on voit bien qu’il a honte de sa faute professionnelle. Parce qu’on se sent prêt à lui pardonner d’avoir dit à un collègue, quand tout allait bien encore : « j’ai pris la plus belle et la plus dangereuse position de ma vie. C’est un énorme coup de poker. Si Lehman ne fait pas faillite, je serai le King of Paris ». A la barre, il n’est le king de rien du tout. Il a perdu.

02/12/2012

Reportage d’utilité publique

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 14:26

Voilà un bout de temps qu’en regardant les étiquettes de prix dans les grandes enseignes de fringues, je me demandais comment il était possible de vendre du cuir à des tarifs aussi bas. La réponse fait froid dans le dos. C’est le magazine Envoyé Spécial qui l’a donnée récemment avec ce reportage tourné au Bangladesh : Cuir, les forçats de la mode. L’enquête vous emmène dans les tanneries où les occidentaux ne vont jamais, bien loin des usines presque « modèles » que l’on fait visiter aux grandes enseignes clientes. Lieux de travail insalubres, température ambiante de 50°, produits chimiques à gogo, absence totale de protection des salariés, travail 7 jours sur 7, salaire indécent et au bout : la maladie et la mort. Et comme si tuer les salariés ne suffisait pas, avec les déchets des tanneries….on nourrit les poissons. Bah voyons ! Si on peut pourrir la chaine alimentaire en plus, pourquoi se gêner ? Sans compter les fumées qui intoxiquent toute la région. Quant aux objets en cuir, sac, blousons, chaussures, ils sont cancérigènes. Je vous laisse découvrir les grandes enseignes à remercier pour tant de beaux efforts en faveur du développement durable. Croyez-vous que pareille horreur ait fait un buzz ? Faites comme moi, googlisez le sujet, regardez combien de fois la vidéo a été visionnée, tweetée, mentionnée sur Facebook, c’est édifiant. Questions : le vrai journalisme, ça intéresse qui, parmi tous ceux qui se plaignent de la médiocrité des médias ? Et nos chères mannequins qui font régulièrement leur show contre la vraie-fourrure-qui-tue-les-animaux, elle s’intéressent quand au-vrai-cuir-qui-tue-les-hommes ? Saleté de société de consommation.

Propulsé par WordPress.com.