La Plume d'Aliocha

02/11/2012

Couacs en stock

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 12:25

Les médias ont leurs mots à la mode. Celui du moment, c’est « couac ». Une recherche rapide sur le Net m’apprend qu’un couac est « un son discordant ». On croit comprendre à la lecture de la presse qu’un couac, en langage journalistique contemporain, désigne une déclaration d’un membre de la majorité qui se révèle n’être pas en ligne avec la position officielle du gouvernement sur un sujet donné. Le plus exemplaire est celui de Jean-Marc Ayrault sur les 35 heures. Si j’ai bien compris, il aurait répondu à un journaliste que le débat n’était pas tabou. Il n’en fallait pas plus pour que « pas tabou » constitue l’amorce du début d’un soupçon d’une remise en cause de la mesure emblématique de la gauche par l’actuel Premier Ministre. Or, comme chacun sait, en matière médiatique l’amorce du début d’un soupçon est déjà un fait, autrement dit une information. Immédiatement, la presse exige des réactions. L’Elysée s’irrite, la droite se gausse, la gauche se défend, les articles pleuvent : démentis, précisions, promesses, critiques, ricanements. Il y a de quoi nourrir des dizaines de papiers, pour ne pas dire plus. Et au passage, désorienter le public tout en foutant le bordel dans la sphère politique. N’étant pas journaliste politique, je me garderais de faire un procès d’intention aux confrères qui connaissent  le sujet mieux que moi. Il n’est pas impossible qu’ils aperçoivent dans cette phrase d’Ayrault l’expression enfin publique de confidences en off, ou bien encore qu’ils jugent utile de révéler l’importance des divergences de courants au sein du gouvernement, ce qui expliquerait qu’ils se soient emparés de ce bout de déclaration au sens incertain pour en faire une information.

Ce qui est plus ennuyeux dans la dénonciation en vogue actuellement des couacs, c’est le mécanisme pervers qu’elle est susceptible d’enclencher. Le contraire du couac, c’est la communication lisse, soigneusement préparée, articulée autour « d’éléments de langage » projetés à tous les intéressés sous forme de powerpoint par des communicants grassement payés. Le résultat final est bien connu, il s’appelle la langue de bois. L’art de dire rien, en choeur, et à grands renfort de déclarations creuses. Est-ce cela que nous souhaitons ? La communication nous aurait-elle à ce point intoxiqué que tout ce qui sort de ses autoroutes soigneusement balisées nous apparaisse comme l’effrayant aveu d’une pensée perverse nécessitant une révélation immédiate au public ? A moins bien sûr qu’il ne s’agisse simplement de buzzer ? Toujours est-il que la dénonciation des couacs réels ou supposés ne pourra qu’inciter les politiques à surveiller davantage leur langage et à s’exprimer de manière encore plus insipide, si toutefois c’est possible. Il faudrait un jour s’interroger sur l’étonnant penchant masochiste du journalisme qui le pousse inéluctablement à faire le jeu de sa grande ennemie : la communication…

Mise à jour 19h00 : sur le conseil éclairé de H. et parce que nous sommes au coeur d’un long week-end, voici une approche détente de notre épineux problème : communication et langue de bois. 

 

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