La Plume d'Aliocha

16/11/2012

Touche pas à mes certitudes !

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:43
Tags: , ,

Etes-vous prêts à plonger dans la grande polémique du moment ? Pierre Péan et Philippe Cohen sortent un livre sur Le Pen chez Laffont. Un livre qui remet en cause un certain nombre de certitudes sur l’épouvantail légendaire de la politique française. Pour comprendre ce qui va se passer, il faut connaître un peu le dessous des cartes. Il y a quelques mois, l’un des deux auteurs me confiait avec un embarras mêlé d’effarement qu’il était en train de découvrir, à force de consulter des tonnes de documents, d’interviewer des dizaines de personnes, bref d’entrer au coeur du mystère Jean-Marie Le Pen, que le portrait médiatique de celui-ci ne collait pas au personnage. Pire, que Le Pen n’était peut-être pas l’antisémite qu’on avait toujours pensé. « On va se faire démolir par les confrères » m’avait-il confié, un brin fataliste. C’est tout à l’honneur de ces deux journalistes que d’avoir accepté d’abandonner leurs préventions et de livrer ce qu’ils ont découvert. Il y a tant d’écrits journalistiques qui forcent les sujets à entrer dans le cadre fixé au départ. Il y en a même qui confondent information et militantisme, de sorte que ça ne les dérange pas outre mesure de tordre la réalité pour nourrir leur combat.

Seulement voilà. Quand les médias forgent une vérité sur plusieurs décennies, elle devient quasiment impossible à corriger. Eux-mêmes n’ont pas envie de se dédire. Quant au public il a adhéré à ce qu’on lui présentait et participe à la défense des certitudes qu’on lui a mis dans la tête. Je le sais d’expérience puisque je le vis tous les jours sur le dossier Kerviel. Moi aussi j’étais partie dans l’idée de défendre le trader contre la méchante banque, et j’ai dû renoncer à mon analyse simpliste du départ. La réalité apparait toujours plus complexe quand on l’observe de près, en acceptant de céder à la tyrannie des faits, d’abandonner ses certitudes et de livrer finalement des conclusions qui ne plairont pas. Quand on m’interroge sur l’affaire, il n’est pas rare que mes explications suscitent des réactions très violentes. L’idée de la méchante banque est si satisfaisante que certains refusent obstinément de l’abandonner…

Les deux journalistes vont déranger, c’est sûr. Et ils se feront dézinguer, à n’en pas douter. En particulier par ceux qui n’ont pas digéré leur précédent fait d’arme, La Face cachée du Monde. Gardez cela présent à l’esprit quand vous lirez les critiques, car vous allez immanquablement assister à une guerre de clans journalistiques. Au hasard, Daniel Schneiderman ricane ce matin à propos du livre. Comme vous le savez @si est partenaire de Mediapart et Mediapart, c’est Plenel et Plenel, c’était Le Monde à l’époque de la Face cachée…Il n’y a peut-être pas de lien, mais il est toujours utile de savoir le mieux possible qui parle…La question à ce stade, c’est que voulons-nous en tant que public ? Continuer de chérir des idées simples et satisfaisantes, au risque de se tromper, ou accepter la description d’une réalité compliquée, dérangeante, nuancée, grise qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse ? Qu’importe me direz-vous, à force de trop comprendre, on n’agit plus. Tout le monde trouve toujours des excuses. C’est un risque, en effet. Pour autant, sans être une spécialiste de la chose militaire, loin s’en faut, il me semble que la qualité de l’information est stratégique dans une guerre, non ?

Note : à l’attention des visiteurs occasionnels, je ne fais pas ici de politique, et si j’en faisais, elle ne serait pas du côté du FRont National. Pour lever toute ambiguïté, ceci n’est pas une défense de Jean-Marie Le Pen, mais une réflexion sur le journalisme. 

Publicité

Propulsé par WordPress.com.