La Plume d'Aliocha

09/01/2012

Guignol’s Band

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:21

Existe-t-il quelque chose de plus détestable aujourd’hui à la télévision que l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier ? La première fois que j’ai vu l’animateur rire, je me suis demandée si les techniciens de plateau ne lui avaient pas fait une mauvaise blague en remplaçant son siège par un truc à ressort. Il plisse les yeux, montre les dents, serre tout le reste et se secoue comme s’il se trouvait dans le programme essorage d’un lave-linge. Dieu qu’elle est méchante ! songerez-vous. Moins que lui, en tout cas. Car généralement ce qui déclenche chez Ruquier cette étrange et disgracieuse succession de spasmes, c’est de voir l’un de ses invités en fâcheuse posture.

Je suis tombée samedi par accident sur l’émission, en toute fin de soirée. On y recevait François Bayrou. Tiens, me dis-je, plaçons-nous en embuscade devant le poste pour saisir cette horreur en flagrant délit d’humiliation de ses victimes. Je dois avouer qu’Audrey Pulvar et sa comparse, dont le nom m’échappe, n’ont pas vraiment réussi à écorcher le candidat. A croire qu’il faut être centriste pour survivre à cet exercice de méchanceté pure orchestré pour donner l’illusion de l’indépendance d’esprit et surtout susciter le clash qui fera monter la bave aux lèvres du téléspectateur et assurera en prime le buzz tant recherché aujourd’hui par les médias. Il est toujours difficile de caricaturer le lisse, d’attaquer celui qui n’affiche aucune aspérité. Manque de prise, de traits saillants, d’accroches. Tant mieux pour Bayrou. Toutefois, je conserve un souvenir très vif du honteux traitement qui fut réservé dans cette sinistre émission au candidat du NPA, Philippe Poutou, dont le seul crime était son inexpérience des médias, aggravé il est vrai par la fatalité d’un nom prêtant à sourire.

Mais revenons à l’épisode de samedi dernier. Pendant que les « journalistes » passaient le centriste au grill, Ruquier lançait des blagues qui auraient fait rougir de honte les habitués du Bar des platanes, même après plusieurs coups de rouge. Bayrou leur opposa un splendide mépris. Il n’est pas de pire humiliation que de faire une plaisanterie et de la voir tomber dans le vide. C’était ma foi l’élément le plus drôle de cette sinistre comédie. S’agissant en particulier d’Audrey Pulvar, à chaque coup de fouet qu’elle infligeait à sa victime, j’apercevait au-desssus de son épaule l’ombre de son compagnon Arnaud Montebourg lui murmurant à l’oreille la prochaine vacherie à lancer. Pour ma part, je continue de me demander ce que des journalistes et des politiques viennent faire dans cette épouvantable pantalonnade dont nul ne saurait sortir grandi. Inviter des personnalités pour le plaisir de leur dire qu’elles sont nulles, c’est peut-être le contraire du sirop que nous sert Drucker depuis des décennies, mais cela ne vaut guère mieux. Il s’agit toujours de parti-pris. Quant à mêler la politique à cette guignolerie, voilà qui devrait nous glacer d’effroi si nous n’avions déjà totalement désespéré de trouver de l’intelligence à la télévision et de la dignité chez nos représentants.

Note : le titre de ce billet est emprunté à Céline.

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52 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha. Ce matin, je me trouve tout à fait d’accord avec vous. Ce que les politiques font là ? Ils se montrent, tiens ! Ils communiquent – vous avez vu, je n’ai pas dit qu’ils informaient. Être dans ce genre d’émissions, c’est aussi être vu par une partie du public, peu accessible et pas spécialement disposé à chercher d’autres sources d’info. Quant aux journalistes, ma foi, je dirais qu’ils cachetonnent à bon compte, comme un comédien pourrait le faire dans telle production cinématographique bas-de-gamme. Leur indépendance ne fait même pas question ici, il s’agit de tacler de l’invité chaque semaine pour avoir l’air pertinent. No comment sur Audrey Pulvar: la manière dont elle a « accueilli » Laurent Wauquiez l’autre soir démontre qu’elle ne sait pas argumenter, même pas citer précisément le texte qu’elle est censée dénoncer…

    J’aimerais me tromper, mais j’ai bien peur que Ruquier et ses sbires continuent de sévir longtemps. Je me demande comment ils vont se sortir de leur intention de ne pas inviter Marine Le Pen.

    Commentaire par Martin K — 09/01/2012 @ 10:53

  2. Alliocha : Je suppose que chaque fois que vous voyez Montebourg vous apercevez Pulvar derrière son épaule en train de lui souffler ce qu’il doit dire ? ou bien est-ce seulement elle qui n’aurait à vos yeux aucune existence propre ? Pourtant elle me semble faite du bois dont on ne fait pas les flûtes : une dure à cuire que je vois mal lâcher même dans un procès en sorcellerie le fond de sa pensée (s’il y en a un).
    Quant à l’émission : elle est faite, comme vous le dites, comme tout ce qui marche à la télé, pour faire « événement ». Ce qui en soi est positif (mieux vaut ça en effet que le cirage de pompe à la Drucker, Duhamel, ElKabach and cie et que toute forme de presse grassouillette et somnolente au fond de sa niche). Le problème, c’est que pour faire « événement » c’est pas facile. Il ne suffit pas d’inviter Le Clesio ou Heidegger pour que quelque chose se passe.
    Zemmour était pas mal dans le genre : « je ne suis pas d’accord avec telle chose que vous avez écrite et je vais vous dire, en quelques mots, pourquoi. »
    Ruquier est comme tous les « animateurs » insupportable ; ils ont préparé des fiches (lui ce sont des vannes pouraves) et ces grands personnages n’écoutant pas ce que leur dit leur « invité » le coupent brusquement, au milieu de sa phrase, pour lui demander quelque chose, que si on pouvait on aimerait lui faire rentrer là d’où ça vient pour qu’il s’étrangle avec et qu’on en finisse avec lui au moins (je pense à l’autre soir où Onfray parlait de Camus et de l’influence de Nietzsche sur lui, en quelques phrases lumineuses de simplicité et d’intérêt et où l’animateur l’a coupé pour lui demander je ne sais quelle chose sans rapport, preuve qu’il n’écoutait pas et que l’événement qui avait lieu pourtant, il ne le voyait pas).

    Commentaire par Bray-Dunes — 09/01/2012 @ 11:08

  3. Guignol’s Band voilà un titre qui leur va bien! quant aux politiques, je ne les plains pas, ils ne sont pas obligés d’y aller !

    Commentaire par HV — 09/01/2012 @ 11:18

  4. @Bray Dunes : Tssssssss, j’en ai assez que l’on m’oppose le féminisme sur ce dossier. Je ne dis pas qu’une femme qui couche avec un homme est forcément dépendante de lui intellectuellement (à ce sujet, on devrait parler de l’influence des femmes sur les hommes, ce serait intéressant aussi), je dis que sa situation personnelle nuit à l’apparence d’indépendance qui doit en principe être attachée au métier de journaliste. Et l’apparence d’indépendance n’est pas une hypocrisie sociale mais un concept juridique. En droit, on ne sonde pas les reins et les coeurs, on se contente de considérer que telle personne, placée dans telle situation n’est pas en situation d’intervenir ou de juger car il existe un doute objectif sur son indépendance, indépendamment de ses qualités morales. C’est ça le sujet. Laissons le féminisme à sa place, c’est-à-dire dans les questions de parité, d’égalité de salaire à compétences égales et autres préoccupations parfaitement essentielles. J’ai conscience que l’éthique n’intéresse plus grand monde, mais alors disons-le franchement, sans passer par la contorsion dorsale de l’argument hors sujet.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 11:23

  5. Hé bien moi, je ne suis pas du tout d’accord avec vous, Aliocha. J’ai un peu déserté cette émission – dont je ne regardais que les invités politiques sur Dailymotion – depuis le départ du couple Naulleau-Zemmour, mais je viens de me farcir le passage de Bayrou, et je ne me retrouve pas du tout dans votre ressenti.

    Il y a en réalité peu d’émissions politiques où l’invité peut aussi longuement s’exprimer, et se dévoiler face à des questions peu complaisantes, J’ai horreur du mélange entertainment/politique, mais je reconnais à Ruquier un certain talent pour rendre audible la parole politique. On peut ne pas aimer le style Ruquier (il hérisse Mme Tocquevil) mais j’ai l’impression que vous avez un peu de mal à vous détacher d’une détestation instinctive. Quant aux deux journalistes, sans être aussi percutantes que Naulleau-Zemmour, elles jouent correctement leur rôle, même si j’attendais mieux de Natacha Polony (vous ne la connaissiez pas ???) et si Pulvar reste très prévisible.

    A propos, Ruquier a confirmé qu’il inviterait Marine Le Pen.

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 11:27

  6. J’ajoute que, le cas Poutou mis à part, je n’ai jamais vu Ruquier se gausser de ses invités, et s’il rit de ses propres blagues, c’est en gamin conscient qu’elles sont tirées par les cheveux. En somme, il se gausse d’abord de lui même, et ce côté enfantin peut irriter ou amuser. Je le trouve infiniment préférable au cynisme branché d’un Ardisson,

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 11:45

  7. […] jQuery("#errors*").hide(); window.location= data.themeInternalUrl; } }); } laplumedaliocha.wordpress.com – Today, 4:47 […]

    Ping par Guignol’s Band | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it — 09/01/2012 @ 11:48

  8. @Tocquevil : vous saluerez Madame Tocquevil de ma part, je ne doutais pas qu’elle fut une femme de goût 😉 Figurez-vous que je suis mithridatisée comme tout le monde contre les dérives de la télévision, donc il n’y a en l’espèce rien d’instinctif ou tout, ce qui revient au même. En revanche, je suis violemment allergique à l’injustice, la méchanceté, l’inégalité des armes, le lynchage. Placer un candidat sur un fauteuil isolé, face à deux interviewers briefés non pour le faire s’exprimer quitte à le contredire, mais pour le passer à la chaise électrique, sous le regard souvent consterné des autres invités, avec un type secoué de spasmes pour orchestrer tout cela, et un public agité par un professionnel en coulisse, ça me noue les nerfs, ça me broie le moral, ça me chavire le coeur, ça m’éruptionne les neurones de l’empathie, bref, ça m’insupporte.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 12:24

  9. @ Aliocha : ravi d’apprendre que vous non plus vous n’aimez pas « ’l’injustice, la méchanceté, l’inégalité des armes, le lynchage » 🙂

    Mais les victimes supposées étant en l’occurrence des hommes politiques, je ne serais pas si fâché qu’on en use contre elles, le cas échéant.
    Or, Ruquier et son public ont plutôt tendance à prendre le parti de l’invité lorsqu’il est malmené par les contradicteurs appointés.

    Pour ce pauvre Poutou qui a tant de mal à endosser son maillot de remplaçant, je me demande si le traitement qu’il a reçu n’était pas le plus approprié : je me suis, comme vous, pris de sympathie pour le pauvre bougre, et je crois que c’était le mieux qu’il pouvait espérer, de ma part en tout cas.

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 12:50

  10. Aliocha, vous dites que le conflit d’intérêt qui concerne le journaliste repose sur le fait qu’il soit en situation d’intervenir ou de juger alors qu’il existerait un doute objectif sur son indépendance. Or, reconnaissez que ce problème concerne aussi l’homme politique.
    La question était, non pas la question homme-femme, mais en quoi Pulvar serait plus concernée que Montebourg par ce conflit ?

    Ce que vous dites sur le droit est intéressant. Concernant l’apparence d’indépendance, il ne s’agit donc pas de savoir la vérité factuelle, mais seulement de déterminer a priori quelles sont les situations où le doute est permis, car fondé, dites-vous sur l’objectivité. Voilà une loi qui mériterait notre attention. Car j’y vois une porte ouverte à l’arbitraire : il suffit au législateur de dire que telle personne en charge du bien public lui « parait » objectivement influencée par tel type de personne de son entourage pour décider de son renvoi. Ce qui est absurde et donc ouvre toutes latitudes au pouvoir de se débarrasser de quiconque le gêne :
    car le pouvoir va pouvoir décréter, sans sortir du cadre de la loi, que les amants influencent les amantes (et vice versa) et en faire un socle objectif pour pouvoir douter de l’indépendance des hommes politiques, celle des fonctionnaires, celle des cadres d’entreprise …., puis ensuite il passera à la famille proche (ascendant, descendant, cousins …), puis ensuite aux amis proches …. Je parie que ce type de loi est au cœur du droit de la République Populaire de Chine.

    Commentaire par Bray-Dunes — 09/01/2012 @ 13:04

  11. La « méchanceté » (ce n’est en fait que de la connerie médiocre comme on voit partout) de cette émission n’est qu’un écran de fumée, les méchants sont les bouffons au service d’une nouvelle machine de promotion. Venir se faire démonter/clasher chez Ruquier, c’est s’assurer une visibilité, donc vendre des livres/CD en plus (beaucoup, je suppute), se faire connaître et récolter des voix (Poutou en est un bon exemple : cette émission aura eu le mérite de le faire connaître). C’est d’une abjection sans nom que d’accepter d’y passer, mais apparemment il faut savoir ce qu’on veut (Jospin refusant de passer chez Drucker a signé sa défaite, pour Séguéla)…
    Ne soyons pas dupes de cette mascarade, de ces grimaces faussement antagonistes, de ce que Philippe Bilger a joliment appelé « l’hilarité promotionnelle » de Ruquier. Ne regardons pas, n’en parlons pas, c’est le meilleur moyen de neutraliser la médiocrité.

    Commentaire par VilCoyote — 09/01/2012 @ 13:44

  12. @Bray Dunes : je ne vois pas à quelle obligation d’indépendance un politique pourrait être tenu vis à vis de la presse. En revanache j’aperçois bien l’inverse. Désolée, mais l’argument du féminisme ne colle pas.

    @VilCoyote : ne pas regarder, je suis d’accord, ça plombe l’audimat et ça peut nous faire espérer que l’émission disparaîtra. Ne pas en parler, je conteste. A force d’opposer le silence de l’intelligence au bruit de la bêtise, on finit par ne plus entendre que les sots 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 13:59

  13. @Aliocha : wé, mais si vous regardez pas, comment vous allez faire pour en parler ?.. :p

    Commentaire par VilCoyote — 09/01/2012 @ 14:03

  14. @VilCoyote : pas pareil, moi Monsieur je me sacrifie. J’suis votre envoyée spécial au royaume de la connerie télévisuelle, j’observe les dégats, je rends compte de la progression des légions abrutissantes, j’observe et je raconte le recul des esprits éclairés terrassés par l’artillerie lourde de l’ennemi cathodique !

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 14:09

  15. Bonjour Aliocha,

    C’est dommage, Ruquier a eu du talent…autrefois (Rien à cirer sur France Inter http://fr.wikipedia.org/wiki/Rien_%C3%A0_cirer). Il semblerait que le succès lui ayant monté à la tête, une sorte de sérieux, de bien-pensance et de conformisme labellisés aient pris le pas sur l’humour potache qui était sa marque. Malheureusement, il a beaucoup déteint sur nombre de pseudo-humoristes qu’on retrouve ci-et-là sur les plateaux télé et radio (je n’apprécie pas plus que ça Nadine Morano mais j’éprouve beaucoup de difficultés à sourire à « l’humour » de Sophia Aram à son égard). C’est peut-être pour cette raison qu’Intouchables à tant de succès. Je suis allé le voir hier et j’ai beaucoup ri. Moins qu’un plaidoyer pour le handicap, c’est surtout une comédie fort bien troussée avec l’inévitable couple Auguste-Clown blanc et un humour que je qualifierai de « goscinnyen » donc drôle et sans agressivité.
    Par ailleurs, entièrement d’accord avec vous sur ce constat sans appel : « Quant à mêler la politique à cette guignolerie, voilà qui devrait nous glacer d’effroi si nous n’avions déjà totalement désespéré de trouver de l’intelligence à la télévision et de la dignité chez nos représentants. »

    J’ai trouvé la meilleure formule du jour sur le blog de JM Aphatie, décidément plus intéressant à lire qu’à entendre : « Que va raconter la campagne électorale 2012 ? L’histoire d’un pays à la dérive, nostalgique de son passé, incapable d’imaginer son futur et contraint par sa dépression mentale collective à vivre un présent schizophrénique. » (http://www.rtl.fr/blog/aphatie/yin-et-yang-a-la-francaise-09-01-7741934122)

    Bonne après-midi

    Commentaire par H. — 09/01/2012 @ 14:10

  16. Mais Philippe Bilger était un fidèle de ONPC, au moins du temps de Zemmour-Naulleau, et appréciait le talent du duo. Il est facile de taper sur la télé en criant à la médiocrité, mais en l’occurrence la charge est discutable. En ce qui me concerne, je ne regarde que les émissions de débat ; ONPC m’a fait vivre d’excellents moments, supérieurs à ceux que m’ont procurés un Guillaume Durand ou un Franz-Olivier Giesbert, voire un Taddei, dans leurs émissions respectives.

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 14:23

  17. Les légions abrutissantes ? La bêtise ? L’artillerie lourde de l’ennemi cathodique ?
    Vous vous trompez de cible non ? Pour ceux qui veulent en juger, ci-joint le lien pour se faire une idée :
    http://www.dailymotion.com/video/xniqvr_bayrou-vs-polony-pulvar-1-pol-onpc-070112-ruquier_news

    Pas du meilleur ONPC, mais vraiment rien de honteux me semble-t-il.

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 14:32

  18. @Tocquevil : « des émissions de débat » ? Pour moi un débat est un échange constructif et calme d’idées, dans la continuité; pas un montage à la serpe de phrases assassines qui sont leur finalité propre et de beuglements d’inepties où le vainqueur du « débat » est celui qui a réussi à dire des conneries plus grosses que celle de l’autre, et surtout plus fort. Du coup, des « débats », des vrais, je n’en vois guère ailleurs que dans C dans l’air et sur @SI (à qui il arrive d’ailleurs de déraper, cf. l’émission sur la RGPP, dont Schneidermann est pourtant si fier), où les animateurs tiennent la route intellectuellement et tiennent leur plateau.

    Commentaire par VilCoyote — 09/01/2012 @ 14:58

  19. Un journaliste qui a un « ami » politique aura tendance à l’aider dans l’exercice de sa fonction.
    Un politique qui a un « ami » journaliste aura tendance à légiférer pour l’aider dans son travail.
    Au moment où le journaliste parle de politique, on imagine son « ami » politique lui soufflant ses mots.
    Au moment où le politique défend tel décret concernant le champ journalistique, on imagine son « ami » journaliste lui soufflant ses idées.
    On peut changer le sexe des protagonistes autant de fois qu’on veut, cela ne change rien au problème de fond, qui est dans la « notion » de conflit d’intérêt (dès l’instant où vous l’étendez hors de la personne, vous perdez toute possibilité de le justifier « objectivement » et vous allez à l’infini des amis des amis des amis.., ouvrant la voie à l’arbitraire et donc au pouvoir absolu, ce qui est, il me semble, un remède pire que le mal)

    Commentaire par Bray-Dunes — 09/01/2012 @ 14:59

  20. @Bray Dunes : essayons de nous recentrer plutôt que de folâtrer dans l’étendue infinie du champs des possibles. Nous parlons ici de journalisme. L’une des exigences pesant sur le métier est l’indépendance. On nous reproche assez à longueur de journée notre collusion réelle ou supposée avec l’élite. Donc ici une journaliste en couple avec un politique de premier plan qui interviewe d’autres politiques sur fond de campagne présidentielle, cela pose un problème. Quant au politique, son activité est encadrée par les lois de sorte qu’il n’abuse pas de son pouvoir à des fins personnelles. C’est un autre sujet. Accessoirement, tous les politiques ou presque sont gentils avec les journalistes. Pas parce qu’ils couchent avec mais parce qu’ils dépendent largement des médias en termes de carrière. Vous pouvez tourner le truc dans tous les sens, le seul problème ici c’est l’indépendance du journaliste. Et c’est déjà beaucoup.

    @Tocquevil : détendez-vous 😉 Ruquier survivra sans difficulté à ma mauvaise humeur.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 15:10

  21. L’indépendance du journaliste, ce n’est pas une loi qui va la décréter. Une loi serait contreproductive : une loi, c’est fait pour être transgressée. Alors que l’indépendance du journaliste est une dialectique, un chemin, une volonté, un choix de vie, une réalisation de soi.
    On ne peut imaginer le Général de Gaulle signant un décret engageant tout le champ journalistique pour avantager telle journaliste même très proche.
    Par contre, on peut plus facilement l’imaginer avec Berlusconi.
    C’est évident, n’est-ce pas ?
    Conclusion : c’est une affaire subjective, cela concerne les personnes dans leur liberté.
    Que vient faire le droit la dedans ? Aucune loi ne peut empêcher le politique de signer un décret qui, conséquence indirecte, se trouverait, avantager, comme par hasard, tel ami. Tant qu’on a confiance aux autres, on n’a pas besoin de loi. Mais dès qu’on cesse d’avoir confiance, c’est la panique et on en appelle à la loi. Et c’est pour ça qu’on forge la notion de conflit d’intérêt pour déterminer un « a priori » qui détermine qui sont les proches des personnes ayant affaire au bien commun, qui devront être mis hors circuit.
    C’est parce qu’on n’a pas confiance en Berlusconi, Asnar, Bush, Sarkozy et consorts que la question de la morale, du bien commun, de la vérité, de l’honnêteté reviennent à la surface (avant, elles allaient de soi).
    Idem, c’est parce qu’on n’a pas confiance dans les Duhamel, les El Kabash, les Drucker et consorts qu’on en vient à vouloir les encadrer. La question à laquelle on parvient : comment se fait-il qu’on se défie à ce point des journalistes, à quel degré d’indigence intellectuelle et morale sont-ils parvenus pour que nous ayons besoin d’en appeler à la loi, à l’universel, pour tenter de contenir leur déliquescence. Quel prix la liberté va-t-elle payer encore pour cela ?
    Bientôt sur Internet, parce qu’il y a, paraît-il, des pédophiles, des terroristes, on va, à ce qu’on dit, introduire dans chaque PC un espion qui permettra de savoir où sont ces affreux personnages et, accessoirement ce que vous lisez, écrivez ..
    Vous dites que Montebourg est ventriloque et qu’il parle par la bouche de Pulvar : prouvez-le, avant d’en appeler à la loi qui va tout pulvariser!
    Personnellement, j’ai beau repasser en boucle les questions (sans grand intérêt) de Pulvar, je n’y vois que du Pulvar. Démontrer le contraire (au lieu de l’affirmer simplement) et signons une pétition pour la virer du service politique de France2 si vous me convainquez. Mais de grâce, pas de loi.

    Commentaire par Bray-Dunes — 09/01/2012 @ 16:06

  22. Quand j’écoute A. Pulvar, je relativise ce qu’elle dit, sachant ses accointances avec le PS.
    Et je m’arrange pour, sur un sujet donné, avoir les sons de cloches des parties adverses.
    Quand un journaliste fait une analyse, il y intègre FORCEMENT ses convictions. Ca ne disqualifie pas ses analyses. Ca leur donne même, à mon sens de l’intérêt.
    Voilà pour l’indépendance.

    Pour ce qui est du débat contradictoire je plussoie Vilcoyote en 18. Le débat d’idée est rarissime en France. Ayant eu l’occasion de suivre ce qui se passait sur les chaînes suisses (romandes) pendant des années, j’ai été abasourdi de découvrir qu’il était possible d’intéresser le téléspectateur ou l’auditeur sans s’envoyer des noms d’oiseau. Juste en cherchant à concilier les points de vue, ou à comprendre et expliciter pourquoi sur un sujet donné, différents points de vue étaient envisageables.

    Ca nécessite un truc qu’on n’a pas en France : la dépersonnalisation de la politique. Les hommes ne sont là qu’au service de leurs idées, et non au service de leur propre promotion. Qui peut me dire qui est le président actuel de la confédération suisse (sans se ruer sur Wikipédia) ?

    Commentaire par Ginkgo — 09/01/2012 @ 16:32

  23. @ laplumedaliocha

    Je ne regarde jamais cette émission, que je n’aime pas, sauf quand un extrait passe sur le net. Je n’ai aucun mérite, je n’ai pas la télévision.
    L’acolyte d’Audrey Pulvar est à ma connaissance Natache Polony, anciennement journaliste à Marianne, spécialiste des questions d’enseignement, et qui ne mérite pas votre dédaigneux oubli. Mais je me demande bien ce qu’elle allée faire dans cette galère.
    C’est amusant le titre du billet du jour sur le blog de Paul Jorion est « Guignol est de retour ». Décidément…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 09/01/2012 @ 17:43

  24. C’est là tout le paradoxe de ce type d’émission : plus on est chahuté, plus on a la sympathie du public et plus sa côte monte en flèche ! C’est la version télévisuelle du syndrome de Stockholm.
    Tout l’art consiste ensuite a transformer cette sympathie en véritable soutien.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 09/01/2012 @ 19:11

  25. Chère Aliocha,

    je ne me joins pas du tout à vous pour fustiger cette émission de Ruquier. Je l’ai regardée assez souvent (presque jamais en entier, certes !) du temps des deux Eric, Naulleau et Zemmour et, franchement, dans le genre télévisuel, j’ai trouvé leurs prestations d’assez bon niveau dans l’ensemble. Après des années de discours convenus et creux, on pouvait enfin entendre des journalistes réellement cultivés s’exprimer à la télévision. Enfin, on faisait discuter ensemble un homme de gauche et un homme de droite assumant clairement et sans honte leurs convictions. Je trouve assez astucieux au demeurant d’avoir remplacé Naulleau et Zemmour par le couple Audrey Pulvar et Natacha Polony, deux journalistes qui sont elles aussi clairement de bord opposé, bien que je ne sois pas tout à fait sûr qu’elles aient le même talent que leurs homologues masculins… Mais elles progresseront, sans doute.

    Ensuite, je comprends qu’on n’aime pas le style Ruquier. Certes, on n’est pas sur le plateau de l’Heure de vérité… Mais Ruquier me paraît plus respectueux de ses invités que ne l’était Michel Polac des siens dans Droit de Réponse. D’ailleurs dois-je vous rappeler qu’au début de l’émission, c’est Polac qui officiait aux côtés de Zemmour, avant d’être remplacé par Naulleau. Et quand je me souviens de la férocité de Polac avec ses invités, je trouve finalement Ruquier plutôt bon enfant.

    Cela dit, rien ne vaut « Ce soir ou jamais » de Taddeï, la meilleure émission de débat télévisuel qui ait jamais été diffusée en France. Le choix des invités est presque toujours excellent et Taddeï a suffisamment d’intelligence et de culture pour poser les bonnes questions. C’est d’ailleurs cette émission qui m’a fait découvrir Natacha Polony.

    Commentaire par Physdémon — 09/01/2012 @ 22:03

  26. Physdémon, je souscris à votre commentaire mot pour mot.
    J’ai aussi découvert Natacha Polony chez Taddei, où elle tirait d’ailleurs mieux son épingle du jeu que chez Ruquier.

    Commentaire par Tocquevil — 09/01/2012 @ 22:19

  27. Cher Aliocha,

    Je me demande pourquoi cette colère spécialement contre Ruquier. Je regarde à peu près toujours cette émission (pas toujours complètement) et c’est bien une des rares émissions du PAF où je suis déçu quand elle est bouffée par une autre exigence cathodique (le téléthon par exemple). Il me semble que, dans le genre mélange politico-people, c’est, à part Taddeï, la meilleure émission du genre.

    On peut tout à fait trouver indigne le comportement des invités et des journalistes vis-à-vis du camarade Poutou. Mais le plus terrible à son égard a été Michel Onfray. Or, justement, j’étais tout à fait d’accord avec Onfray car il est vrai que la politique de la LCR depuis des dizaines d’années (ou du NPA qui en a pris la succession) consiste effectivement à stériliser des votes et des militants en les empêchant de participer à une quelconque formule de gauche. Le candidat des trotskystes doit aussi s’expliquer là-dessus, après tout.

    On peut trouver contestable le choix de Natacha Polony ou d’Audrey Pulvar par Ruquier. Mais j’ai plutôt l’impression que c’est un choix courageux.

    Les deux journalistes sont, par exemple, très réticentes par rapport à l’Europe telle qu’elle se construit. Or, sur l’Europe, on assiste généralement dans les médias à une sorte d’unanimisme bêlant sur cette question. Personnellement, ça me repose d’avoir, d’une point de vue de droite (Polony) et d’un point de vue de gauche (Pulvar), sur l’écran de ma télé des commentatrices qui restent critiques sur la question européenne. A tel point d’ailleurs que, devant elles, Bayrou a laissé poindre -pour une fois!- un certain recul critique sur le traité de Lisbonne.

    Une chose est sûre: j’ai passé, avec mon fils âgé maintenant de 14 ans, des heures de discussions et de rigolades devant ou à partir de « on n’est pas couché ». Et ça, c’est très bien. Mais, à part ça, tous les goûts sont dans la nature. (Un dernier mot: Aliocha, vous devriez lire le bouquin de Polony intitulé « l’homme est l’avenir de la femme », il vous amusera).

    Commentaire par didier specq — 09/01/2012 @ 23:27

  28. Mazette, c’est Ruquier qui va être content de n’indisposer qu’une atrabilaire comme moi ! Bon, alors je m’explique. Je n’aime pas le mélange de divertissement et de journalisme et moins encore celui de la rigolade et de la politique. Les trois ensemble me font l’effet d’une craie grinçant sur un tableau noir. Je n’aime pas le principe de placer un individu sur un fauteuil pour lui démonter la tête. Je n’aime pas l’humour gras, en particulier sur les sujets sérieux. Je déteste qu’un amuseur public puisse se demander s’il invite ou pas Marine Le Pen, en fonction de critères qui me paraissent relever de tout sauf d’une réflexion approfondie sur le sens du mot démocratie. Accessoirement, je suis étonnée que la comparaison qui vienne à l’esprit de beaucoup soit avec Taddei. J’adore cette émission qui est à mes yeux l’inverse très précis de celle de Ruquier. Ce billet ne force pas le trait, il est très en-dessous de ce que je pense réellement 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/01/2012 @ 23:41

  29. Faire rire ou sourire les spectateurs un samedi soir à une heure où normalement le sommeil vous traque , c’est plutôt une intention louable , car le rire est salutaire, mais c’est un véritable challenge, car n’est pas amuseur qui veut et il est plus facile de faire pleurer dans les chaumières ou d’avoir l’air de refaire le monde que de pratiquer la dérision avec talent.
    C’est le tandem Zemmour Naulleau qui a fait le succès de l’émission , depuis qu’ils ne sont plus là Ruquier force le trait et ce n’est pas dans ce domaine qu’il est le meilleur, les deux nanas ne sont pas drôles du tout, plutôt rosses et de parti-pris, moralité je ne regarde plus l’émission , je m’endors devant .
    Quant au plaisir que nous procure le déboulonnage des politiques, j’ai tendance à croire que c’est le sport favori des français dont certains avec talent peuvent rappeler aux grosses têtes
    que chacun de nous peut être le guignol de quelqu’un.
    « Vanité des vanités, tout n’est que vanité »

    Commentaire par HV — 10/01/2012 @ 08:42

  30. Comme le dit M. Speck, il est légitime de confronter à ses contradictions et à ses impasses cette ultra-gauche qui pointe son nez à chaque scrutin depuis les années 1970, avec la constance des arbres en fleurs à chaque printemps – Ruquier pouvait omettre néanmoins sa blagouze sur le patronyme, ce type d’humour est toujours injuste si ce n’est méprisable.

    A mon sens, En qui concerne l’émission avec M. Poutou, le problème n’est pas tant la sévérité manifestée par les intervenants lors de leur confrontation avec l’invité, mais plutôt que les intervieweurs ne font pas preuve d’une semblable pugnacité avec d’autres candidats des partis dominants. D’ailleurs, les émissions d’infotainment, et ONPC n’échappe pas totalement à la règle, présentent toutes une forme de complaisance excessive, vis-à-vis des courants politiques majoritaires et conventionnels, si je puis employer cet épithète à défaut d’autres plus heureux. Le grand journal de Canal+ reste en la matière une caricature.

    Quant à N. Polony, il me semble que cette journaliste semble pour l’instant écrasée par le rôle de ronchonne réac à la Zemmour qu’on cherche à lui faire incarner (n’est-elle pas par ailleurs Mme Périco Légasse dans la vraie vie).

    Commentaire par Switz — 10/01/2012 @ 10:36

  31. @Switz : vous en savez tous plus que moi sur Natacha Polony. Je suppose que mon irritation vient du rôle qu’on lui fait jouer. Mais bon…on n’est jamais obligé d’aller chez Ruquier, moins encore d’y chroniquer. Ce qui m’a choquée avec Poutou, c’est le mépris. C’est terrible le mépris, surtout quand il vient de si bas. Onfray, qu’au demeurant je ne supporte pas, était à baffer.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2012 @ 10:41

  32. Tout d’abord meilleurs voeux à l’ensemble des intervenants et en particulier à la maîtresse des lieux.

    En guise de prolégomènes, étonnant que personne n’ait relevé le « j’apercevaiT » dans le dernier paragraphe d’Aliocha. A corriger fissa m’dame 😉

    Pour ma part, j’abhorre ce genre d’émission. Y trouver quelque qualité dénote à mon sens la pauvreté du débat démocratique. La conclusion que peut en tirer tout un chacun, c’est que la politique, c’est fait par et pour des guignols. Respect du contradicteur, volonté de convaincre par des arguments, point de tout cela. Non il faut « casser », ridiculiser, se lancer dans des joutes verbales aussi idiotes qu’inutiles. Applaudir à ce genre de spectacle, c’est participer au dévoiement du politique, sombrer dans un cynisme de mauvais aloi. Et pas la peine de dire, oui mais regardez nos représentants, ils ne valent pas tripette. Ce que j’observe, c’est que la majeure partie des citoyens de ce pays ne valent guère mieux.

    Commentaire par episteme — 10/01/2012 @ 11:31

  33. @ Didier Specq
    « Or, justement, j’étais tout à fait d’accord avec Onfray car il est vrai que la politique de la LCR depuis des dizaines d’années (ou du NPA qui en a pris la succession) consiste effectivement à stériliser des votes et des militants en les empêchant de participer à une quelconque formule de gauche ».
    Je ne sais pas si Onfray, le nouveau BHL, était le mieux placé pour donner des leçons de politique à Philippe Poutou, lui qui a changé au moins 5 fois de position lors de l’élection précédente, ce qui démontre une versatilité qu’on ne saurait confondre avec la sagesse du philosophe qui, en général, l’ouvre après avoir réfléchi.
    Voir la note 3 de l’article d’Acrimed consacré à la réception de Poutou dans « le cabaret » de Ruquier : http://www.acrimed.org/article3712.html
    (oui, je sais, ça aurait fait mal à notre hôtesse de citer Acrimed, c’est pourquoi je prends sur moi, à qui ça ne fait rien, de proposer cet article).

    Commentaire par Gilbert — 10/01/2012 @ 15:44

  34. Rien à voir… c’est chouette d’avoir emprunté un titre à Céline. Ça va peut-être pousser à la lecture dudit roman. Je m’en gondole encore !

    Commentaire par Zarga — 10/01/2012 @ 19:38

  35. @Gilbert : ah ! comparer Onfray à BHL, merci, je n’avais pas osé. Quant à Acrimed, vous êtes le contradicteur de ces lieux, donc je vous laisse exercer votre rôle. Au demeurant, quand l’idéologie rejoint l’intelligence, je plussoie non pas l’idéologie mais la conclusion de celle-ci. Mais uniquement dans ce cas 😉

    @Zarga : quel magnifique titre, entre nous, et c’est une handicapée du titre qui parle 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2012 @ 22:16

  36. @ Gilbert. Je ne dis pas que Michel Onfray a toujours raison, je dis que, ce soir-là, j’étais d’accord avec lui. Philippe Poutou est ouvrier, d’accord. Ce n’est pas bien d’être méprisant avec lui, d’accord.
    ,
    Mais il existe aussi un condescendance à ne pas poser de questions gênantes à un candidat présenté comme faible. Poutou est aussi le futur candidat d’un courant trotskyste précis et à ce titre je ne vois pas pourquoi Onfray ne poserait pas une question précise: pourquoi ce courant politique fait tant d’efforts pour mobiliser des centaines de militants et des centaines de milliers de suffrages afin qu’ils ne participent jamais, par principe, à une quelconque formule gouvernementale de gauche?

    Coincé, Poutou répond qu’il y a les luttes. C’est vrai mais, dans une démocratie, les luttes (par définition ponctuelles) ne produisent pas de réformes, encore moins de réformes radicales. Onfray peut donc s’inquiéter à juste titre de cet immobilisme trotskyste.

    Commentaire par didier specq — 11/01/2012 @ 00:00

  37. @ Didier Specq
    Je n’ai jamais dit qu’on ne pouvait pas poser de questions gênantes à Poutou, sous prétexte qu’il est faible, qu’il n’a pas le bagage ou l’expérience de candidats plus aguerris. Après tout, à partir du moment où il est candidat, lui et son parti connaissent la règle du jeu. Ce que je dis, c’est que quelqu’un aussi largué et aussi louvoyant politiquement qu’Onfray n’est pas le mieux placé pour jouer les professeurs dans ce domaine. Parce que c’est bien ce qu’il a fait. Mais tout le monde n’a pas en mémoire, il est vrai, qu’Onfray a changé sans arrêt de position et de candidat lors de la présidentielle de 2007, passant par toutes les couleurs de la gauche et de l’extrême gauche, avant d’appeler finalement à voter blanc. Quand à la question de la participation du NPA à des alliances gouvernementales, on en pense ce qu’on veut, et ce n’est pas parce que Poutou n’a pas su l’expliquer qu’elle est illégitime pour autant. Quand vous dites que les luttes ne produisent pas de réformes, et encore moins de réformes radicales, c’est faux. C’est même le contraire. La plupart des réformes sociales importantes ont été votées sous pression de la rue. Le Front populaire est allé bien au delà de ce qu’il voulait lâcher. Il a été poussé au cul par les grèves massives. Les congés payés, par exemple, n’étaient pas au programme. En 68, les accords Matignon, qui ont notamment vu les salaires les plus bas augmenter de 30 %, ont été signés après le mouvement que l’on sait.
    On peut aussi, par ailleurs, voir ce que donnent toutes les concessions faites par les « socialistes » lorsqu’ils choisissent d’accompagner le libéralisme. Au final, c’est la droite qui revient encore plus fort. Les socialistes grecs en sont réduits à gouverner avec l’extrême droite. En Espagne, ce n’est pas mieux.
    Je comprends tout à fait que les trotskystes n’aient pas forcément envie de se faire laminer comme le PCF l’a été en participant à des gouvernements sous l’égide de la social-démocratie. Avant Mitterrand, le PCF était majoritaire à gauche. Rappelez-moi le score de Marie-Georges Buffet ?

    Commentaire par Gilbert — 11/01/2012 @ 03:55

  38. @Gilbert. Les exemples de lutte que vous donnez confirment tout à fait mon point de vue: les acquis de ces luttes sont passés dans les faits parce qu’une formule gouvernementale les a validées.
    Dans une démocratie, il faut bien, à un moment ou un autre, trouver un débouché politique.

    Les trotskystes (Lutte Ouvrière aussi bien que la LCR-NPA) ont choisi par principe de ne jamais renforcer la gauche de la gauche. Onfray (qui n’est pas un parti politique et qui a donc bien le droit de changer d’avis comme n’importe quel citoyen un peu paumé) pose une vraie question, c’est tout.
    Et les trotskystes comme Poutou (qu’ils soient ouvriers comme Poutou ou issus d’un milieu plus « intellectuel ») ont de grosses difficultés à répondre à cette question: à quoi servent-ils finalement puisqu’ils ne veulent jamais, politiquement parlant, gagner?

    Commentaire par didier specq — 11/01/2012 @ 09:14

  39. Toujours à propos d’Onfray, puisque qu’apparemment vous m’avez lu en diagonale, je dis qu’IL A LE DROIT DE POSER TOUTES LES QUESTIONS QU’IL VEUT. Ça va comme ça ? Ce que je mettais en cause c’est son attitude de donneur de leçons mal venue quand on est aussi paumé que vous le dites.

    Commentaire par Gilbert — 11/01/2012 @ 13:44

  40. @aliocha # 28 :

    Je mets en parallèle le positionnement de Ruquier avec celui d’Henry Chapier. A l’époque, il a reçu Jean Marie Le Pen sur son divan. Une approche professionnelle, à mille lieues de celle de Ruquier. Ce dernier m’a fait rire un temps avec son équipe d’avant (j’aimais surtout Péri Cochin) mais ce qu’il fait depuis me navre. Et d’accord avec la sidération à voir comparer son émission avec celle de Taddéï.

    Commentaire par Zarga — 11/01/2012 @ 21:09

  41. @aliocha :

    Je parcours juste les commentaires… pas le temps. Sur Natacha Polony, je vous recommande son blog sur le Figaro « Éloge de la transmission ». Etrange que vous ne l’ayez pas croisé, vous qui mettez en lien un autre blog du Figaro (Etreintes Digitales). Mais bon, on ne peut pas non plus être partout.

    Quand à être handicapée des titres, pas d’accord : j’ai encore en mémoire « Le mystique et les météorologues »… ça, ça a piqué ma curiosité, comme il faut !
    Du bon titre, ça, coco ! 😉

    Commentaire par Zarga — 11/01/2012 @ 21:20

  42. Pour tenter de comprendre cette émission avec Poutou, il me semble qu’on peut voir deux choses.
    La première, c’est le désir d’attaquer le candidat qui va venir prendre des voix à Hollande. Ruquier, Onfray, Nauleau, Pulvar sont venus avec cette terreur et souhaitent réduire son pouvoir de « nuisance » : c’est, a priori, l’ennemi mortel. La haine est en filigrane dans leur attitude.
    La deuxième, c’est le défaut de cette émission : Ruquier est quelqu’un qui vanne les autres et qui le fait, je le parie, pour anticiper la moquerie des autres. Il a un comparse, à Europe 1, qui est, lui, dans le même genre, très drôle : c’est Benichou. Pas une seconde de sérieux ne résiste, immédiatement, c’est la vanne, le jeu de mot, la dérision (rien ne trouve grâce aux yeux de Bénichou, il est extrême dans le ronchonnage, il n’y a que lui qui est beau : il se moque de tout et finit par s’en apercevoir, par se faire hara-kiri, par se moquer de lui-même).
    Seulement ça ne marche qu’à la radio où les gens sont relax, et en plus se connaissent et savent rester dans les limites au delà desquelles la moquerie devient douloureuse. Donc, avec Ruquier, sérieux s’abstenir.
    Le problème avec la télé, c’est que l’humour, ça ne fonctionne pas (on dirait que la télé tue toute spontanéité). D’autant moins que Ruquier se retrouve avec des gens qui ne viennent pas là pour s’amuser, qui sont là en service commandé. Donc, exception faite de ceux qui sont rigolards et capables de renoncer à défendre la chair de leur chair (leurs idées, leurs livres, leurs films..), les autres se retrouvent à devoir rire jaune avant de sombrer dans la pure douleur et dans la haine. Cela, apparemment Ruquier est incapable de le voir et il s’obstine à vouloir dérider les gens (il « oublie » probablement ainsi que plus on essaie « d’aider » quelqu’un à rire et moins il a envie de rire) : c’est son point aveugle, sa propre hantise.

    Commentaire par Bray-Dunes — 11/01/2012 @ 22:10

  43. @Zarga : j’ai vérifié avant-hier en regardant Taddei, vraiment rien de commun avec Ruquier. J’ai encore passé un moment magique, même quand il aborde le porno comme c’était le cas mardi, il arrive à faire quelque chose qui vole au-dessus de la ceinture, alors qu’avec Ruquier, tout descend sous la braguette 😉 Vais allez voir le blog de Polony, n’empêche, elle devrait quitter cette guignolerie….

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 10:21

  44. « pourquoi l’extrême gauche fait tant d’efforts pour mobiliser des centaines de militants et des centaines de milliers de suffrages afin qu’ils ne participent jamais, par principe, à une quelconque formule gouvernementale de gauche? »
    On se trouve à l’extrême gauche aux antipodes des partis politiques classiques qui, au contraire et par principe, ne semblent participer à la « bataille » électorale « que » pour occuper, à terme, la place du pouvoir.
    Cette idée d’antipode amène celle de circularité. Et si le monde politique français était représentable par la ronde des saisons ?
    Le printemps, c’est la naissance des idées, c’est l’espoir, l’utopie et la bonne conscience qui s’aveugle sur la réalité (la gauche). L’enthousiasme finit par soulever les montagnes et voici que les idéalistes se retrouvent responsables de la réalité présente et à venir. Ils clivent leur conscience : ce sont les giboulées, l’idéal et les principes dans les discours, le modèle ancien et la continuité dans les actes. Ce clivage s’approfondit jusqu’à scinder la gauche en deux parties, l’une qui vise le pouvoir (et qui ne vise que cela) et l’autre qui vise l’idéal (et qui ne vise que cela).
    C’est l’été, il commence à faire chaud. C’est le moment révolutionnaire. L’extrême gauche est dans rue, elle ne veut pas le pouvoir, elle veut faire entendre « sa » voix, la voix de chaque « un ». Celui qui vote aux extrêmes dit en gros ceci : je vote pour ne pas avoir de chef, voter ce n’est pas, pour moi, désigner celui qui va m’empapaouter, c’est pour « dire » que je veux pas être empapaouter. Cette voix anarchisante dans son principe se renverse : c’est l’heure de midi, sous le soleil exactement, le sujet, qui s’affirme, parle d’idéal communautaire, de l’autre qui serait comme mon frère, c’est l’effusion, la joie, l’amour universel. Puis ça se clive de nouveau, car il y a toujours l’Autre irréductible, l’empêcheur de tourner en rond et on passe à l’extrême droite qui va râler contre tous ces « impurs » qui viennent troubler le breuvage (et si ce n’est toi, c’est donc ton frère) et expliquer pourquoi l’idéal, si proche, est en déclin, recule.
    L’automne arrive, d’abord à cheval sur les principes, de souveraineté, d’honnêteté, de véracité mais se scindant peu à peu et laissant partir, bientôt, seul au pouvoir, ceux qui dans le discours continuent à défendre l’idéal communautaire et qui dans les actes, arrangent les affaires des amis, c’est-à-dire de ce qui reste de la communauté (c’est la droite qui est clanique dans son principe, esprit de caste, aristocratique, oligarchique). Après multe tempêtes dans multe verres d’eau et multes gesticulations ridicules de ceux qui ne veulent plus que le pouvoir (ayant perdu tout idéal, toute boussole), vient l’hiver.
    C’est la période de glaciation, c’est l’atomisation libérale. Chacun pour soi et la main invisible fera le reste. Le moins de lois possible, le moins d’État et laissons les individus s’en sortir seuls avec l’existence (après tout, c’est à chacun de faire sa vie). Mais cette homéostasie du système s’auto-équilibrant est fragile, une aile de papillon l’a fait repartir vers le déséquilibre et c’est l’inégalité qui se réinstalle, la scission entre les riches et les pauvres qui se creuse. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’argent étant devenu le seul moyen de se repérer, il manque aux riches la réflexion qui leur permettrait de comprendre que cette scission est en eux-mêmes, qu’ils sont en train de repousser hors d’eux la partie mortelle, le corps et que ce corps qu’ils affament va se révolter. C’est la fin de l’hiver, les pauvres lisent et réfléchissent pendant que les riches s’ennuient en regardant leur rollex et en se disant qu’ils ont réussi.

    Commentaire par Bray-Dunes — 12/01/2012 @ 10:50

  45. @aliocha #43 :

    Pour en finir, ça me fait penser à certains commentaires de Philippe Bilger : je n’ai toujours pas compris comment il a pu s’extasier sur Zemmour, Ou alors j’ai la clairvoyance d’un pouce pied!
    Vous laisse, vais dormir (j’ai l’coup d’barre… Mais non, pas l’code-barre! M’enfin!!!!!)

    Commentaire par Zarga — 12/01/2012 @ 22:28

  46. Chère Aliocha,

    Il me semble que :
    1) vous n’avez pas d’humour
    2) Vous ne prenez pas de recul
    3) vous ne distinguez pas le second degré et les répliques de potache de Ruquier qui ne rit que de lui-même
    Bref, je trouve que votre « billet » est le degré zéro de la critique et, comme l’ont dit plusieurs internautes, il n’y a guère que chez Ruquier que les politiques peuvent s’exprimer aussi longuement et que la discussion peut, quelques fois, pas toujours, atteindre une certaine profondeur.
    Mais il semble que le mélange des genres (en l’occurrence politique et divertissement) vous insupporte. Ceci est une attitude classique des personnes étroites d’esprit comme j’en ai côtoyées des centaines dans ma vie professionnelle et privée et, dès le lycée pour prendre un seul exemple, j’ai rencontré des élèves qui ne comprenaient pas que notre professeure d’histoire/géographie puisse faire aussi du piano.
    Vous me permettrez, compte tenu de vos à priori, de trouver vos « billets » sans aucun intérêt.

    Commentaire par Jacti — 14/01/2012 @ 16:20

  47. @Jacti : si vous saviez à quel point l’idée de déplaire aux gens qui aiment Ruquier me flatte. N’en jetez plus, c’est trop. J’en rougis de plaisir.

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/01/2012 @ 16:44

  48. Chère Aliocha,

    je pense la même chose que toi. Tu peux tirer encore plus fort sur ce XXX de Ruquier.
    Observes d’abord d’où vient ce schtroumpf : il n’a jamais été capable que de blagues de Carambar et la télé lui a tout donné (elle lui reprendra probablement tout, aussi).
    Ensuite, Ruquier a remplacé Ardisson, qui avait pris trop de risques (trop souvent), était trop souvent sorti des clous et a fini par être viré (ou non reconduit, etc.).
    Ardisson avait du talent, même s’il dérapait. Ruquier est une punaise, un truc qui abaisse le niveau.
    ça plait à un grand nombre qui manque de culture et de connaissances, ça grattouille, ça fait du « buzz »… Effectivement, l’irrévérence, l’irrespect, la provoc’ à 2 sous venant de dogmatiques de gauche fera toujours du bruit, comme un mauvais défouloir. C’est du Guignol trash (« Guignol » au sens historique = irrévérence à valeur de défouloir).
    Une partie de la population « apprécie ». Tu peux le regretter, mais c’est comme cela.
    Élever le niveau ? C’est un travail de tous les jours et l’on prend des coups quand on tente l’aventure.
    Et puis… Ruquier passe en 2ème partie de soirée (il faut un peu le vouloir pour le voir) et comme disent les Guignols de Canal, en regardant la télévision, on regarde l’ancêtre d’internet.
    On peut éteindre la télé et chercher ailleurs un peu de sens, de curiosité, de vie.
    Le niveau de la télé baisse ? je travaille plus et…
    …en ce moment je me délecte avec Mathieu Noël et Mathieu Madénian. Ils sont frais, ils ont de l’énergie.
    Tu peux accéder à leurs chroniques diffusées sur une station de radio « périphérique » à partir de cette page :
    http://www.europe1.fr/Divertissement/Humour/
    L’image vaut aussi le coup.
    Parler de la merde, c’est aussi lui faire de la publicité. Pourtant, il y a tant de choses qui méritent de l’intérêt :-)…
    La plus belle sanction de la merde, c’est 0 audience 😉

    Commentaire par ab — 14/01/2012 @ 17:34

  49. Quelle perte de temps pour vous, d’avoir écrit cet article. Et quelle perte de temps pour moi de l’avoir lu.

    Commentaire par Julien — 15/01/2012 @ 10:40

  50. @Julien : n’oubliez pas de comptabiliser le temps que vous avez mis à poster ce commentaire et celui que j’ai du consacrer à le lire. J’ignorais que Ruquier avait autant de fans dévoués.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/01/2012 @ 10:59

  51. Pour info, ce billet repris hier chez Marianne frôle déjà les 30 000 lecteurs, ce qui le place dans les 3 articles/billets les plus populaires. Une audience record. Je devrais y trouver du plaisir, en réalité, ça me désole. Il me semble qu’il y a des sujets plus importants en ce moment. J’ai écrit cela dans un mouvement d’humeur, cela ne présentait guère d’intérêt à mes yeux, sauf de critiquer ce qui m’apparait comme une dérive de la politique et des médias. Mais bon…

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/01/2012 @ 11:02

  52. […] tous les billets qui ont cartonné, mais je me souviens de plus notable. C’était celui sur Ruquier. A l’époque, Marianne m’avait même envoyé un mail pour s’en réjouir. Le site […]

    Ping par Hélas, Internet n’a rien changé…. « La Plume d'Aliocha — 14/11/2012 @ 22:43


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