La Plume d'Aliocha

20/09/2012

Vite, au kiosque !

Filed under: Coup de chapeau !,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 22:06
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« Un nouveau média n’a jamais tué ceux qui le précédaient, Internet ne signe pas la mort de la presse papier, il oblige juste les éditeurs à repenser leur métier ». C’est à cette observation d’une grande patronne de presse  que je songeais en feuilletant le nouveau numéro de Polka, le magazine de photojournalisme créé par Alain Genestar à la suite de son éviction de Match (1). Le papier a de l’avenir, pour peu qu’une équipe de professionnels s’attache à élaborer un beau magazine intelligent, qui apporte un plus par rapport à la toile, plutôt que de vouloir bêtement rivaliser avec elle. Il me semble que c’est le pari réussi de Polka (et d’autres comme XXI.  Des saumons qui remontent le courant !).

Bimestriel, le magazine s’appuie sur un site Internet mais aussi une galerie d’exposition, située dans le troisième arrondissement de Paris, où les photos qu’il publie sont proposées à la vente. Pour fêter son cinquième anniversaire, Polka propose désormais une version IPad. Dans le numéro 19 daté d’octobre 2012 (en kiosque actuellement), deux reportages sont particulièrement marquants. Le premier aborde la crise à travers le portrait de familles françaises, grecques et espagnoles. On y découvre ainsi une dynastie de toreros confrontée à l’effondrement d’une activité, la corrida, qui a longtemps constituée en Espagne un formidable ascenseur social….L’autre reportage, intitulé Oubliés de l’humanité raconte la situation tragique des malades mentaux en Afrique Subsaharienne. Outre les photos remarquables de Robin Hammond qui évoquent l’enfer quotidien de ces patients parqués et attachés comme des animaux, on apprend par exemple au fil du récit qu’en Somalie un tiers de la population souffre de troubles mentaux. C’est la conséquence d’une génération qui n’a connu que la guerre et la famine…

Qu’on se rassure, comme il le faisait à Match, Alain Genestar sait voir les horreurs mais aussi les beautés du monde. On trouve donc dans ce numéro d’autres sujets plus légers, sur la mode et New-York par exemple. Si j’évoque les plus durs, c’est que je salue le fait que ce magazine publie des reportages que d’autres à sa place jugeraient invendables. Alain Genestar n’a jamais accepté de pleurer sur la mort du métier.

Toujours au chapitre du photoreportage, je signale la sortie du dernier album de Reporters Sans Frontières. C’est le photographe américain Steve McCurry, auteur de la légendaire photographie d’une jeune fille afghane dans un camp de réfugiés de Peshawar en 1984, qui offre cette fois-ci 100  photos pour soutenir l’action de RSF. L’album est entièrement consacré au travail du journaliste en Afghanistan, un pays qu’il a découvert en 1980 et qu’il ne cesse de sillonner depuis. Ce numéro intéressera à la fois les passionnés de photo et les amoureux de l’Afghanistan. Au fil des images, on comprend bien des choses sur la situation de ce pays, sa rudesse, son peuple indomptable, ses souffrances et sa grâce. Il m’arrive parfois de me demander si nous avons autant de choses que nous le pensons à leur apporter ou si, par hasard, ce ne serait pas plutôt le contraire…

(1) Au sujet de l’éviction d’Alain Genestar – consécutive à sa décision de publier la photo de Cécilia Sarkozy avec Richard Attias en 2005 – je recommande son livre, L’Expulsion, sorti chez Grasset en 2008. Rien n’est plus périssable qu’un livre d’actualité écrit par un journaliste, mais il arrive parfois que certains sortent de l’éphémère par la profondeur de leur réflexion. Celui-ci en fait partie car ce qu’il décrit des pressions s’exerçant sur le métier continue malheureusement d’être à l’ordre du jour. J’ajoute qu’Alain Genestar a une très belle plume, pleine de retenue et d’élégance. Pour les internautes rebelles au papier, @si a consacré une émission au journaliste en 2008, c’est ici (abonnés).

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2 commentaires »

  1. Après le bon journalisme que vous évoquez ici, le maljournalisme: deux exemples sur lesquels je viens de tomber.

    Titre Libé: Société
    OGM : l’auteur de l’étude refuse une contre-expertise de l’agence européenne des aliments
    => je lis vite fait, et, joie, au paragraphe 3 et 4, il est dit que la personne récuse simplement ceux des membres de l’EFSA qui avaient fait l’étude d’autorisation de l’OGM. Sérieusement, quel intérêt?

    Deuxième exemple: l’AFP, Ouest france et PCImpact
    Ouest France: « Il pirate des numéros de téléphone et bloque la Banque de France »
    PCImpact: En réalité, taper 123456 a lancé une alerte auprès du prestataire, qui a alors cherché à savoir quelles étaient les raisons de ladite alerte.
    => et les maintenanciers ont arreté eux-même le service pour chercher d’où venait le « code d’erreur »…

    Sérieusement, vos collègue ne pourraient-ils pas prendre deux minutes supplémentaires pour écrire des articles corrects? Surtout que, sur l’OGM, il y a de quoi en faire des tonnes, d’articles, et des sérieux, en allant gratter un peu le coté scientifique, dont je doute que tous les lecteurs aient les clés -et probablement qu’ils aimeraient les avoir-

    Je sais que vous ne supportez qu’avec peine qu’on vous signale des activités de maljournalisme. Je comprends et compatis, mais là, il fallait que ça sorte… 😉

    Commentaire par Javi — 21/09/2012 @ 00:07

  2. Jacques Julliard a au cours d’une émission T.V. dénoncé un manque actuel d’éthique journalistique il y a déjà quelques années.
    Il est vrai que les gens de sa classe sont rares, d’autant plus qu’il a pris de l’âge, maintenant la concurrence est très rude et les jounalistes sont plus des éditorialistes des commentateurs voire des publicitaires parce qu’ils utilisent les mêmes techniques pour vendre : un titre acrocheur pour une annonce banale comme dit Javi.
    Les « bons » paient pour les moins bon, les vendeurs de faux scoop avec réflexions au conditionnel et les inévitables « marroniers » sont souvent à l’honneur dans la presse papier.
    La façon de présenter un même fait varie trop de façon tendancieuse et jusqu’à le dénaturer suivant la tendance du journal.
    En fait je crois qu’on a tendance à mélanger dans la profession sous le nom de « journaliste » tous ceux qui écrivent dans la presse ou présentent un J.T et un présentateur, un éditorialiste, un reporter, un « chroniqueur  » ont la même étiquette mais pas le même métier ni la même optique.. alors que pour le lecteur le journaliste est un « tout ».
    (Une aide d’Aliocha pour mieux comprendre serait bienvenue pour les béotiens comme moi !)

    Commentaire par Scaramouche — 21/09/2012 @ 09:53


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