La Plume d'Aliocha

29/08/2012

L’apocalypse selon Unilever

Filed under: Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:49
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Il y a quelques mois nous tremblions à l’idée que les agences de notation puissent nous dégrader et, ce faisant, mettre à genoux tout un peuple par l’effet conjugué de la folie médiatique et de la dinguerie des marchés financiers. Et puis l’affaire a laissé place à d’autres nouvelles suscitant d’autres angoisses. Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac, le retour de la pauvreté en Europe ? Et pourtant Unilever l’a fait.  Comme le note @si, on ignorait que la pauvreté avait disparu de nos aimables contrées. Le site relève également que tous les médias ont offert comme un seul homme une tribune au lessivier lui permettant de se faire de la publicité gratuitement. Car Unilever, fort de sa prédiction cataclysmique, annonçait dans le même temps la mise sur le marché de produits de plus petite taille à un prix moins élevé. Personnellement, j’ai entendu la nouvelle sur BFMTV qui est un des rares médias à avoir démaquillé l’information et posé la bonne question : ne risque-t-on pas de nous faire avaler une jolie augmentation du prix au litre ou au kilo, sous couvert d’une diminution du prix à l’unité ? Eh oui, c’est fort probable. Pourquoi les médias ont-ils relayé ainsi, me direz-vous ? Parce que les sujets « crise » ont le vent en poupe actuellement. Ecrivez « crise » dans un communiqué de presse et vous êtes sûr d’avoir un coup de fil de journaliste dans la seconde.

Qu’importe cette petite errance médiatique,  le plus important à mon sens est ailleurs.  La multinationale, dont on trouve les produits partout mais que l’on serait bien en peine de situer sur la carte si on nous demandait où se trouve son siège social, ce mastodonte qui ausculte en permanence le pouls de ses consommateurs dans chaque pays du monde, cet oeil gigantesque qui jamais ne se ferme a donc aperçu la déconfiture de la « région commerciale Europe »et nous l’annonce, sans ciller. On en frissonne. Que cela n’interpelle personne montre que nous nous sommes habitués à l’idée de n’être que de simples consommateurs. Dans ces conditions, comment s’étonner que ce soit une multinationale de lessive qui nous informe de notre prochaine disparition ? En cessant de consommer, nous cessons forcément d’exister. Je me souviens de la fin du roman Plateforme de Houellebecq. Le génial auteur, l’un des seuls romanciers en France qui fasse autre chose que de s’explorer le nombril en se demandant pourquoi il est moins rond que le trou de son c.l., ce visionnaire donc fait dire à son personnage principal alors qu’il imagine la fin de sa vie de modeste salarié français parti s’installer en Thaïlande : « Quelques vendeurs ambulants hocheront la tête. Mon appartement sera loué à un nouveau résident. On m’oubliera, on m’oubliera vite ».

Unilever, dont la crédibilité est infiniment supérieure à celle d’un marchand ambulant thaïlandais, nous donne pour morts, en tout cas au regard de notre capacité à consommer de la lessive. Il faut croire que nous mourrons salement, ce qui ajoute au tragique de la situation une connotation sordide. Imaginez donc des cohortes de consommateurs sans le sous errant à travers l’Europe dans leurs guenilles puantes ! Avec les anciens dieux au moins, nous avions le sentiment de pouvoir négocier, prier, supplier et qui sait peut-être obtenir un miracle, même si Alfred de Vigny trouvait cela lâche. Le dieu de la lessive quant à lui n’a trouvé, du haut de son olympe surplombant notre société de consommation mondialisée,  qu’une chose à faire : nous précipiter plus vite dans le précipice en nous vendant plus cher les produits de première nécessité. Un truc à nous faire regretter les colères fracassantes du bon vieux barbu de la Bible ou les facéties de ces dévoyées de divinités romaines. Mais bon, il y en a qui voient dans l’éradication des superstitions infantiles de nos ancêtres un splendide progrès de civilisation. Tâchons de croire qu’ils ont raison, cela nous épargnera la souffrance indicible de mourir lucide. Et sale, de surcroît.

24/08/2012

My nouveau téléphone is very dangerous

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 22:28

On savait que le téléphone portable au volant était dangereux. A lire les consignes de sécurité insérées dans le joli coffret abritant mon nouveau Samsung multi-fonctions (oui, j’ai enfin réussi à acheter un téléphone moderne !), je découvre que l’objet est une véritable bombe en puissance, en tout cas pour le consommateur type auquel s’adresse la notice et qui semble plus décalé encore avec la modernité que le fameux Jacouille la Fripouille des Visiteurs. Le dealer de dope technologique qui m’a vendu le plus légalement du monde cette came du diable a osé me dire : « Inutile de lire la notice, elle sert à rien ». Peu importe lui ai-je répondu, je la lirai quand même. Bien m’en a pris, car j’ai découvert la liste quasiment infinie des risques attachés à l’utilisation de l’objet.

Florilège (1) :

« Eteignez le téléphone dans les lieux présentant des risques d’explosion » indique le mode d’emploi qui précise qu’il ne faut pas stocker de liquides inflammables dans le même habitacle que le téléphone. Ah ? Mais des liquides inflammables, j’en ai des tas dans mon « habitacle », à commencer par les produits ménagers, le dissolvant pour mes ongles et autres substances du même genre. Le téléphone dormira donc sur le palier. Je m’en vais prévenir la gardienne de ce pas que je détiens une bombe en puissance et qu’il est hors de question qu’elle utilise le produit à vitres (à base d’alcool) à proximité de  l’objet. On n’est jamais trop prudent.

« Ne conservez pas votre téléphone dans des endroits chauds ou froids » : J’avoue que cette consigne m’a laissée rêveuse car éviter les endroits chauds ou froids parait compliqué en première analyse. Heureusement, le fabricant  s’explique : la bonne température pour mon nouvel ami est comprise entre -20 et +50 degrés celsius. Ouf ! Pour le congélateur c’est OK, en revanche, je ne pourrai pas l’emmener au sauna, ce qui m’ennuie un peu…Imaginons que j’ai un malaise, eh bien il me sera impossible d’appeler les pompiers et je grillerai sur les planches en bois comme une merguez. Triste fin.

« Ne conservez pas votre téléphone à proximité ou à l’intérieur de radiateurs, de fours à micro-ondes, d’équipements de cuisine chauffants » : entre nous, il ne m’était pas venu à l’esprit de me glisser dans les tuyaux du chauffage ou de me rouler en boule dans le four pour téléphoner. Il faut croire que d’autres ont eu à la fois cette étrange idée et les aptitudes physiques pour la mettre en pratique.  Saluons les auteurs très pointus de ces prescriptions qui pensent à tout, y compris à la communauté des contorsionnistes de haut niveau. Hélas, on ne peut jamais tout prévoir. Tenez, moi par exemple, pour accueillir mon nouveau camarade high tech, j’ai transformé le micro-onde dont je ne me sers jamais en petit appartement avec lit, fauteuil, tapis Boukhara etc. Dois-je renoncer à l’installer convenablement dans ses nouveaux locaux ou bien le micro-onde, dès lors qu’il est éteint, constitue-t-il un lieu acceptable d’hébergement  ? La notice ne précise pas si le matériel chauffant est dangereux en soi ou seulement quand il chauffe. Je pense que je vais écrire au fabricant, c’est plus prudent. En attendant, je lui laisserai mon lit (au téléphone, pas au fabricant) et je prendrai le canapé. A la guerre comme à la guerre…Mais non, j’y pense, il est condamné à séjourner sur le palier, produits ménagers inflammables oblige. Suis-je bête ! Il sera toujours temps de déménager le micro-onde devant la porte de mon appartement si le fabricant m’autorise à l’installer dans un micro-onde éteint (et débranché).

« Ne laissez pas tomber votre téléphone » : vu le prix qu’il m’a coûté, il y a peu de chances que je l’abandonne  sur une aire d’autoroute.

« Ne mordez et ne portez pas à votre bouche le téléphone ou la batterie ». Fichtre ! Je dois avouer que l’idée de mordre mon téléphone ne m’était encore pas venue à l’esprit. Il faut croire qu’il y a déjà eu des cas puisque les prudents auteurs de la notice prennent la peine de le préciser. D’ailleurs, ils ajoutent, pour qu’on comprenne bien : « mordre ou porter le téléphone ou la batterie à votre bouche pourrait endommager votre téléphone ou provoquer une explosion ». Quand je pense au nombre de gens qui ne lisent pas les notices et sont susceptibles d’exploser pour avoir bêtement grignoté leur objet fétiche en le prenant pour un stylo à bille…Au passage, vous noterez l’infériorité du téléphone-portable-qui-fait-tout-sauf-la-vaisselle-pour-l’instant par rapport au bon vieux crayon : impossible de le mâchonner si on est énervé.

Le reste des prescriptions est moins inquiétant, mais mérite quand même d’être évoqué. Par exemple, il est recommandé de tenir le téléphone de manière détendue quand on s’en sert pour téléphoner et de s’exprimer dans le microphone (ça je le savais, c’est expliqué dans « Les visiteurs » quand Jacouille encourage Jean Reno à « parler sans crainte dans les petits trous »).  En revanche, il vaut mieux ne pas le mettre dans sa poche car on risque de l’écraser en s’asseyant dessus (oui, c’est précisé). Il ne faut pas non plus peindre ou coller des autocollants sur l’objet. Ah ? Même pas un petit Hello Kitty dans un coin ? Là j’suis déçue.

(1) Toutes les citations en gras italique son issues de la notice et rigoureusement exactes. Si j’arrive à transférer les photos dudit prospectus du portable vers l’ordinateur et à accomplir quelques manipulations complémentaires, je mettrai le document en PDF. Sinon, il faudra me croire sur parole…La notice ne contient, hélas, quasiment aucune information pratique sur l’utilisation normale du téléphone.

23/08/2012

Journaliste de gauche : pléonasme ou fantasme ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 09:04
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Rien de tel qu’une bonne petite polémique à la française pour se remettre en plume en cette morne rentrée de l’An I de la Normalité. Tenez, par exemple, si l’on parlait des penchants politiques de la presse française ?

Demandez à un type de droite ce qu’il en pense, il vous répondra que les journalistes sont d’abominables gauchistes chevelus. Oui, c’est chevelu un gauchiste, par définition, donc tous mes confrères alopéciques doivent être de droite. Evidemment, il y aussi le cas particulier du journaliste chauve à cheveux (merveilleux spécimen découvert par Hugues Serraf dans l’article en lien ci-dessus), mais c’est un peu comme le poisson volant d’Audiard, il ne constitue pas la majorité du genre ; je propose donc qu’on le mette de côté pour ne pas compliquer inutilement un problème déjà hautement épineux.

Interrogez un type de gauche, ils vous répondra que la presse est bien entendu de droite, conservatrice, moutonnière, aux ordres du grand capital. En clair, c’est un ramassis de crânes rasés ou de futurs tondus. Je me demande à ce stade si le plus simple pour identifier l’appartenance politique de mes confrères ne serait pas de les inviter à adopter la coupe attachée à leurs convictions. Mais cela supposerait au préalable de déterminer avec un minimum de fiabilité ce que signifie être de droite ou de gauche (hein, elle est belle cette polémique là ?!). Toujours est-il que je me suis mis en tête de résoudre cette apparente contradiction : pourquoi la droite pense-t-elle que la presse est de gauche, tandis que la gauche accuse cette même presse d’être de droite ?

Acrimed, le site de critique des médias qui ne vous dit pas qu’il appartient à la gauche révolutionnaire tant il considère qu’on ne saurait être autre chose dans la vie que Mélenchoniste, peut nous aider à y voir plus clair. Dans un article récent, le site taille un costard à un journaliste de droite. Il s’agit d’Eric Brunet, dont on comprend à la fin du récit qu’en fait il est surtout une sorte de mélange improbable d’attaché de presse et de polémiste.  D’ailleurs, il n’a même plus de carte de presse. C’est ballot, en commençant ma lecture je croyais sincèrement qu’Acrimed avait enfin mis la main sur l’équivalent en France du monstre du Loch Ness : le journaliste de droite ! Ben non, finalement pas. Disons qu’il a trouvé un ex-journaliste de droite, ce qui n’est quand même pas mal. Avis aux amateurs, la chasse au poisson volant est ouverte !

Piquée par la curiosité, j’ai navigué sur le site et je suis tombée sur un autre article très intéressant. L’auteur tacle avec virulence la revue Médias qui a osé titrer en juin : « 74% des journalistes votent à gauche ». J’avoue n’avoir pas acheté ce numéro, tant  la couverture a suscité chez moi la même curiosité que si elle m’avait lancé :  « En France, il fait froid en hiver ». Depuis le temps que je fais ce métier et que je bavarde avec mes confrères, j’ai élaboré ma propre statistique pifométrique. Résultat, le chiffre de 75% me parait correct, voire légèrement sous estimé mais bon, on ne va pas non plus couper le cheveu de gauchiste en quatre. Pour que vous compreniez le dessous des cartes, il se trouve que la revue est pilotée par un présumé poisson volant : l’ancien patron de Reporter Sans Frontières, Robert Ménard, lourdement soupçonné d’appartenir à une droite plus indigne encore que la droite, celle qui  défend la peine de mort. D’où la hargne d’Acrimed à l’endroit du titre. Toujours est-il que l’article nous donne le fin mot de l’histoire : les journalistes votent peut-être à gauche, mais ils bossent pour des organes de droite. Merci Acrimed ! Voici notre contradiction du départ enfin résolue.

Enfin presque. Nous allons bientôt avoir le fin mot de l’histoire et vous allez voir que la conclusion est ébouriffante. Comme vous le savez, pour un type d’extrême gauche, tout ce qui se situe à sa droite est considéré comme de droite, à commencer par les socialistes. De fait,  les soi-disant journalistes de gauche ne seraient en réalité que des petits bourgeois égoïstes, autrement dit des types de droite qui s’ignorent. Extrait :

« La sociologie du corps journalistique lui-même, composé majoritairement de personnes issues de la petite bourgeoisie, ayant adhéré, parce que c’est l’image que les journalistes veulent avoir d’eux-mêmes, à l’idée que le métier de journaliste est une« vocation » qui nécessite de ne pas « compter ses heures » comme un fonctionnaire. Nombre de ces journalistes ne font pas grève car c’est honteux de faire grève. Les mêmes ne se mobilisent pas collectivement, sauf en cas de péril majeur, sur leur emploi, car c’est à chacun de se débrouiller. Et pour « réussir », c’est-à-dire gravir les échelons qui leur permettront d’accéder à un emploi stable et confortablement rémunéré, les journalistes les plus moutonniers acceptent de se soumettre aux idées de leurs supérieurs. Des désirs qui sont souvent des ordres ».

Or donc, tout journaliste non syndiqué, même s’il se sent de gauche jusqu’au fond des tripes, qu’il a détesté Sarkozy au-delà du raisonnable, voté Hollande avec passion et défendu toute sa vie des idées de gauche sans jamais commettre la moindre incartade, est quand même au fond un type de droite, dès lors qu’il n’agite pas de drapeau rouge dans la rue. Forcément, vu ainsi, l’expression « journaliste de gauche » n’est pas un pléonasme, c’est un pur fantasme. Il est temps que mes confrères fassent leur examen de conscience et admettent enfin qu’ils trahissent la Cause.

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