La Plume d'Aliocha

08/07/2017

Au secours, le débat se meurt !

Filed under: Mon amie la com',questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:54

Muray prédisait il y a quelques temps déjà qu’un jour viendrait où tout le monde penserait la même chose de sorte qu’on ne s’engueulerait plus qu’entre nuances. Ce jour là pourrait arriver plus vite que prévu, tant certains mettent d’énergie à faire disparaître toute possibilité de contradiction à l’intérieur du débat public.

Prenons comme point de départ parfaitement arbitraire tant les symptômes sont nombreux, la création par le Monde du Décodex. Lutter contre les « fake news » est évidemment un objectif aussi important que légitime. Mais comment a-t-on pu considérer un instant de raison que l’un des quotidiens les plus puissants de France (et le groupe de presse qui va avec) pouvait se permettre seul de distribuer des bons et des mauvais points à ses concurrents et à l’ensemble des autres médias ? Une telle attitude dans n’importe quel autre domaine industriel serait qualifiée de dénigrement et ses auteurs envoyés s’expliquer en correctionnelle (oui, c’est pénal de dire du mal d’un concurrent). Au-delà de l’argument économico-juridique, comment supporter l’idée que cet organe incarnant une vision du monde dominante – sans connotation péjorative – puisse décider qui informe correctement et qui doit être mis au ban de la société de l’information ? C’est proprement hallucinant. On m’objectera que certains médias sur Internet délivrent des nouvelles évidemment fausses. Parce que le Monde n’a jamais donné de fausse information ? Allons donc…Mais comme évidemment cela vient du dominant, les minoritaires qui protestent sont renvoyés à leur triste statut de minoritaires qui protestent. Ainsi va la loi du plus fort (1) (2) (3).

Des médias à la politique, il n’y a pas l’épaisseur d’une nappe de luxe dans un restaurant étoilé Michelin. Et précisément, on y constate le même phénomène d’éradication programmée de toute contradiction. Nous venons de voir émerger sans presque frissonner un parti tellement dominant qu’il absorbe ce qu’il n’a pas déjà écrasé, ne laissant de l’ancien affrontement entre une majorité et une opposition de poids politiques comparables qu’un mastodonte dont la puissance ne pourra être discutée – avec le succès qu’on imagine – que par quelques extrémistes et les restes moribonds des anciens grands partis. Tous les jeunes députés qui constituent cette nouvelle force politique sont eux-mêmes, en raison de leur caractère novice, aussi susceptibles de contrarier leur chef qu’une bande de témoins de Jéhovah de se rebeller contre leur gourou. D’ailleurs, on leur demande d’applaudir à l’assemblée, ils applaudissent. Lors des travaux en commission ils se taisent, quant aux amendements de l’opposition, ils filent naturellement à la poubelle….Autrement dit, exit le contradictoire digne de ce nom de la part des autres partis et exit également la capacité du parti lui-même à discuter les orientations du chef suprême.

Mais il faut croire qu’une majorité jeune et malléable ne suffisait encore pas à garantir l’exclusion de toute contradiction possible puisque le président de la République a décidé aussi de tenir la presse d’une main de fer et même de l’envoyer devant les tribunaux. Evidemment, nul ne peut lui reprocher de rompre avec la fâcheuse habitude de son prédécesseur de se répandre dans les médias. De même quand il explique que sa pensée est trop complexe pour des médias que les citoyens ont pris la peine de détester, les français j’en suis sûre applaudissent secrètement. Emmanuel Macron n’est pas le premier à décider de se passer des médias pour parler directement au peuple. J’aurais tendance à penser que c’est Nicolas Sarkozy qui a initié vraiment cette habitude. Mais ce-dernier s’était rendu si vite irritant qu’il était moqué et contredit systématiquement. Macron est beaucoup plus subtil, il n’en sera donc que plus dangereux, s’il confirme son apparente intention de développer un pouvoir personnel débarrassé de toute forme de contradiction sérieuse. C’est ainsi que le plus tranquillement du monde, son parti a annoncé la volonté de créer un média. Attention, nous parlons bien d’un média. On objectera que ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un parti politique communique et que c’est même sa vocation. Communiquer oui, devenir un média pour porter la bonne parole gouvernementale dans tous les coins les plus reculés de France en tenant les journalistes et donc les éventuelles critiques à l’écart, c’est une toute autre affaire. Il y a une confusion des genres qui doit être combattue par principe.

Tout ceci pourrait être tempéré par la puissance des réseaux sociaux. Hélas, il n’est pas possible d’y développer la moindre contradiction. Car ce lieu utilisé à l’origine pour échanger des informations est devenu un lieu de marketing et de militantisme. Chacun vient y vendre sa vérité et s’assurer que toute forme de contradiction ne peut prospérer, en utilisant des procédés tels que le dénigrement, l’insulte, et la répétition obsessionnelle de mantras qui finissent par étouffer toute possibilité d’en discuter la légitimité.

La contradiction est en train de disparaitre du débat public, il est urgent de la classer «espèce protégée » et de tout faire pour la défendre et s’employer à la réintroduire partout où elle a disparu.

(1) Un exercice intéressant consiste à chercher les observations sur les médias, on y découvre que Libération est à gauche, Mediapart indépendant et que Valeurs actuelles, à droite, a subi une condamnation (c’est le seul média en France jamais condamné comme chacun sait) et que ses informations doivent être vérifiées.

(2) Voir les critiques de Daniel Schneidermann, depuis, le site a évolué mais la démarche demeure sujette à caution.

(3) Et pour une critique très nourrie, voir les billets de Olivier Berruyer, en conflit ouvert avec les décodeurs du Monde.

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7 commentaires »

  1. Au pays de la laïcité triomphante, la foi est suspecte, il est de bon ton d’affirmer qu’on ne croit en rien, ceux qui disent croire en la vérité sont regardés de travers.
    Alors, mensonges contre mensonges, tous les moyens sont bons pour défendre « sa » vérité. D’où ce Decodex, invention proprement inouïe !
    C’est en effet extrêmement violent. Mais c’est une violence sans violence apparente, sans violence physique, sans coups ni sang.
    Comment lutter contre ? En défendant la vérité ? Mais on vous répond « c’est ta vérité, j’ai la mienne ». On en revient à la raison du plus fort. Et à la folie collective.
    Quand, il y a un an environ, j’ai appris l’existence d’un nouveau mouvement, nommé « en marche ! », je me suis demandé « mais en marche vers où ? ». C’est bien beau de marcher mais encore faut-il savoir où on va. Je crains que nous ne nous enfoncions dans la folie, faute de croire, faute de savoir nommer ce en quoi nous croyons, et d’abord la vérité…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 08/07/2017 @ 15:56

  2. Et bien ma chère Aliocha c’est comme dans toutes les bonnes gendarmeries qui distribuent des prospectus sur le racisme imprimé par la Licra juive donnant les tarifs pour tous les racismes et des accès a leursavocats….diable. ENFIN tout le monde sait que les races n’existent pas, sans doute une histoire juive qui dure depuis des milliers d’années. Gouverner c’est l’art d’impressionner, Necker grand franc maç(r)on, suite de la révolution permanente style IKEA qui part dans le décors où tout est infiniment discutable et où le déchet est en promo et devient style comme ces pantalons faussement usés jusqu’au vagin de la reine à versailles, encore un effort et donner vous un genre c’est le saut dans l’inconnu !
    En marche est presque la traduction de Kadima en hébreu, en avant ! Et fermer là….. c’est la banque endettée qui parle comme personne, narrative absconse garantie, de même que l’inversion accusatoire, un jeu d’enfant à décoder, celui qui dit c’est celui qui est. Le CINÉMA final, les salles sont remplies par les subventionnés des comités d’entreprisescomme les médias que plus personne ne lit. Voyez et revoyez le film Being There tout y est, c’est comme à la télé mais en vrai….et les spectateurs n’ont rien à dire….sages comme des images.Le spectacle des sociétés, très, et de + en + anonyme qui ne répondent qu’a des images.
    Ah j’oubliais que tout ceci est de la propagande russe pour influencer les élections à l’ouest car Poutine est un grand manipulateur (entendu sur BFM WC, la chaine présidentielle comme le camembert Président a seulement 15% de mg) très renseigné car il travaillait dans l’intelligence rien à voir effectivement avec nos ectoplasmes sortis de nulle part, purs produits de l’image !
    RAS , rideau, la majorité est sous tranquillisant de toutes sortes et s’endorment maintenant avec l’insu portable. Tirez vous des villes, ils s’entretuent déjà de silence honteux de n’avoir rien à se dire !

    Commentaire par Georges Dubuis — 08/07/2017 @ 19:59

  3. Ah! Chère hôtesse, vous avez été bien trop silencieuse, bien trop longtemps.
    Juste une réflexion, pas tellement hors sujet, à propos des Jésuites
    S’il faut retenir une règle fondamentale des Constitutions auxquelles Ignace de Loyola travaille pendant 15 ans, les laissant inachevées, c’est bien celle qui a trait à la discipline.
    Thème « loyolesque » entre tous: l’obéissance absolue au Pape.
    Ce précepte est symbolisé par la formule perinde ac cadaver. Ainsi qu’un cadavre, voici le comportement que la Règle impose au jésuite: abolition de la volonté, docilité sans faille, anéantissement entre les mains du « général » et, à travers lui, du pape romain.
    Perinde ac cadaver…liberté, égalité, fraternité…

    Commentaire par araok — 11/07/2017 @ 15:26

  4. Ah! Chère hôtesse et hôtes, écoutez bien cela, c’est indiscutable et çà n’a pas de prix, l’économie de la connaissance …..quand on partage de la connaissance on ne la perd pas, principe de base et essentiel. La majorité ne veut rien savoir, donc perd la raison et s’ennuie>>>>>> + de divertissements ( C8 c’est anouka tous les jours) , les merdias perfusions se prennent pour le club med, des G O….rideau, le cercle est bouclé et çà se mords le nœud à mort >>>>>>>>>>>>>Hanouna président !
    L’ochident est bouffi de fantaisies…..Poutine lui fait peur, sérieux comme un Pape et Adolf H n’est plus très loin, dieu a perdu mais perdure dans toutes ses déclinaisons. Je me sens comme la Castafiore…….. je ris de me sentir … tout court. Un héro sans héroïne, confortablement insensible à la tristesse ambiante et à son énervement croissant.

    Commentaire par Georges Dubuis — 12/07/2017 @ 12:44

  5. Une invitation au débat, c’est bienvenu Aliocha. La France est un pays de débats et tous les français sont des débatteurs pensent-on un peu rapidement… et puis soudain, presque plus rien ? Je ne suis pas mécontent que la profession de journaliste devienne plus compliquée maintenant que les sources d’information se tarissent un peu – sauf que cela apporte de l’énergie nouvelle aux ragots et autres canulars au moment même où les soi-disant « réseaux sociaux » deviennent l’outil d’information privilégié de la plupart d’entre nous, bien décidés à rester sous-informés. Le Président Macron, soucieux de ne pas perdre de temps dans les (faux) débats à la française en serait-il responsable ? Ou bien plutôt le Decodex du Monde, qui s’arrogerait le droit de juger, ce que lui reproche non sans raison notre Aliocha – chacun a pu vérifier que sur les sujets qu’il connaît bien, les journalistes, ceux du Monde y compris, se gourent régulièrement et sont souvent incapables d’aligner plus d’une dizaine de lignes sans erreur de fond, de méthode ou de direction. Ou l’enthousiasme encore un peu naïf mais rafraîchissant des députés en marche ?
    J’aime beaucoup Muray mais je crois que lui aussi, ici, se trompe. Par optimisme. Oui, si chacun faisait un (très gros) effort de méthode, si chacun, en parlant du monde, des autres et des problèmes, cessait de ne parler que de soi et de ce qui l’arrange, Muray pourrait commencer à avoir raison (plus de débats sauf sur des nuances). Mais on est loin du compte. Alors pour alimenter l’un des débats (ce n’est pas le seul) que je jugerais d’ordre public si j’étais Ministre du Débat « public » (et pas « citoyen », mot dont on abuse), lançons un défi aux hommes de bonne volonté et aux journalistes sur la question apparemment claire, facile et sans contestation des « conflits d’intérêts ». Qu’est-ce qu’un conflit d’intérêts ? Est-ce une situation rarissime ? Cela mérite-t-il le mépris qu’on lui prête ? Peut-on trouver de vrais « experts » qui soient si éloignés de leurs sujets qu’ils en sont complètement détachés physiquement (ne travaillent pour personne dans le secteur) et financièrement (ils gagnent leur vie en faisant un métier différent, par exemple postiers, chauffeurs de maître, comptables ou gardiens de prison) mais qui peuvent apporter une vraie connaissance objective des sujets ?
    Quand un fonctionnaire nous explique qu’il est indispensable que tel ou tel service au public doit continuer à être réalisé par l’administration publique, peut-on lui apporter du crédit ? Quand un journaliste critique littéraire ou dramatique nous fait une critique positive de tel ou tel livre ou film pour conclure (parfois une autre voix) qu’il s’agit d’un Livre ou d’un Spectacle Inter, peut-on le croire ? Quand un militant anti-nucléaire, même s’il est « scientifique », nous rappelle que la mort est au bout du chemin de la Centrale et que le seul avenir acceptable est aux énergies nouvelles, doit-on lui porter attention ?
    Le problème est-il bien posé ? Pas sûr. En fait l’objectivité recherchée est peut-être une fausse piste. La reconnaissance et l’identification des intérêts est indispensable au débat public. Un « expert », même payé par l’industrie pharmaceutique a des choses intéressantes à dire et ce qu’il apporte au débat n’est pas sale si le débat ne lui donne pas l’exclusivité de l’expertise. L’éliminer du processus –pour conflit d’intérêts– pourrait au contraire décrédibiliser la recherche de la vérité. C’est comme ça qu’on fabrique les lois qui ne seront jamais ou seront mal appliquées …
    Je ne sais pas ou plutôt suis pas bien sûr de tout ça. Voilà cependant, parmi tant d’autres, un sujet conflictuel sur lequel les hommes de bonne volonté et les journalistes (les auteurs du Livre « un Président ne devrait pas dire …. » m’ont souvent donné l’impression, comme d’ailleurs la lecture du Canard, qu’ils se pensaient seuls légitimes à exercer la lourde tâche du juge de la vérité pour le compte des lecteurs et consommateurs d’informations) devraient se pencher.
    Aliocha a la plume légère et subtile, rare – pas toujours ses lecteurs et commentateurs. Aliocha pourrait être le cadre de ces débats dont on a tant besoin aujourd’hui au milieu des fake news, des révolutionnaires insoumis en peau de lapin et des capitaines d’industrie qui commence à se désintéresser du public.

    Commentaire par Alang — 17/07/2017 @ 15:05

  6. « que la profession de journaliste devienne plus compliquée »…..excusez moi de vous lire sans vous comprendre. TOUTE LA NARRATIVE qui demande, exige de très longues études, c’est exactement comme la planche à billets, fausses monnaies, fausses pensées…..l’essentiel, c’est le poids de la dette qui paralyse, terrorise, le chitoyen lambda ! Attentat à la + simple logique 24/7…..et de temps en temps , en prime, bagatelle, bataclan pour un massacre par l’état bien profond. Lit tes ratures est partout …et c’est indiscutable. La majorité écrasante se fout du monde.

    Commentaire par Georges Dubuis — 17/07/2017 @ 16:12

  7. Bonjour Aliocha.

    Je partage pas mal de vos inquiétudes, mais je reste optimiste pour la suite : j’imagine mal, même si les débuts sont loin d’être prometteurs, la totalité des nouveaux députés abandonner tout esprit critique, éteindre toute capacité à raisonner. Pourquoi ? Pour devenir de nouveaux apparatchiks ? C’est justement l’opposé qui était prôné, me semble-t-il. Que certains succombent au mirage du pouvoir, c’est inévitable. Mais je doute que la totalité renonce à faire preuve de discernement si le besoin s’en fait sentir.

    Plus préoccupante est la question de ce nouveau média… nous verrons à l’usage si les colonnes de cet organe seront ouvertes aux avis divergeant, ou bien s’il s’agira juste d’un organe de propagande. Il serait cocasse de voir renaître une « Pravda » ! Le contradictoire ne peut à mon sens disparaitre, vouloir le museler est illusoire, et le chasser par la porte reviendrait à le voir revenir par la fenêtre. Les aspirations sont trop importantes, trop nombreuses pour qu’on puisse se contenter d’attendre. Viendront à moment donné les bilans d’étape, et je pense qu’ils ne seront pas à l’initiative du château.

    Ce que faisait Léonid Brejnev, lorsqu’il tirait les rideaux de son wagon, et prétendait que son train était en marche (alors qu’il était à l’arrêt) n’est, à mon avis, plus possible.

    Tout subtil que soit le nouveau président, il ne pourra se faire obéir de tous. Si ça marche ainsi, ça ne durera qu’un temps.

    Commentaire par Zarga — 18/07/2017 @ 12:56


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