La Plume d'Aliocha

29/08/2017

L’erreur Bruno Roger-Petit

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 14:33

La nomination de l’éditorialiste/journaliste Bruno Roger-Petit, révélée ce matin sur RTL et confirmée par un communiqué de l’Elysée, a déclenché une bronca sur Twitter.

 

Les critiques pointent pour l’essentiel le fait que l’intéressé a soutenu durant des mois dans le magazine Challenge le candidat Macron au point de susciter la colère de la rédaction tant le traitement de la campagne présidentielle apparaissait partisan. Pour le grand public, c’est la preuve une nouvelle fois de la collusion entre journalistes et politiques. Mais là où l’affaire est embarrassante c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple changement de métier, au demeurant courant, du journalisme vers la communication, mais de ce qui apparait comme le prix du soutien apporté par le journaliste/éditorialiste politique durant la campagne présidentielle. A la soupe ! lit-on ici et là. D’ailleurs, BRP avait déjà été repéré comme le seul « journaliste » invité au fameux dîner à la Rotonde le soir du premier tour. Cette annonce intervient alors que durant les jours précédents on a appris la reconversion de plusieurs politiques en chroniqueurs médias. De quoi alimenter  le « tous copains » et son frère de sang le « tous pourris ». A croire, comme ont pu l’observer certains, que cette nomination est une démarche cynique du Président visant à achever de discréditer les journalistes.

La réaction négative quasiment unanime sur twitter à l’égard de cette nomination suffit à démontrer que c’est une erreur de communication. On objectera que twitter ou n’importe quel autre réseau social ne représente ni la France ni l’opinion. En effet. Pourtant c’est ici le bon baromètre et ce pour deux raisons. La première, spécifique à cet événement, réside dans le fait que l’intéressé est désigné pour porter la parole de l’Elysée auprès des journalistes notamment via le compte twitter. Or, le réseau le rejette déjà, quant à ses confrères qui constituent une bonne part du réseau, ils le démolissent en choeur. La deuxième raison qui fait de Twitter la bonne référence est hélas plus générale. Il faut bien se rendre à l’évidence, les politiques agissent en considération de l’opinion, or l’opinion est une inconnue que ni les sondages ni les réseaux sociaux ne parviennent à exprimer de façon fiable. Mais comme il n’existe aucun autre outil, on continue d’observer les sondages et les réseaux sociaux et d’agir en conséquence. Twitter c’est l’opinion publique parce que politiques et journalistes n’ont pas de meilleure référence et finissent invariablement par s’y référer faute de mieux. A cela s’ajoute le fait qu’on y cultive un entre-soi intense et addictif qui occulte assez vite « le reste du monde »en donnant l’illusion que l’univers se confond avec le réseau social.

Cette nomination est sans doute aussi une erreur politique. BRP est en effet l’auteur d’un violent pamphlet anti-Fillon publié lors de la campagne et de tweets tout aussi violents à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme lui. A voir leurs réactions toujours sur Twitter, les intéressés l’ont parfaitement noté.  Voilà qui confère soudain à la victoire d’Emmanuel Macron une allure revancharde et vindicative à l’égard d’une grande partie de ceux qui n’ont pas voté pour lui dont on peine à apercevoir l’intérêt. On a déjà vu des opérations de communication plus réussies, au moins dans un premier temps, que celle-ci !

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Nemo, chien de transparence

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 07:19

Connaissez-vous Nemo ? Depuis hier soir une partie de la presse s’enthousiasme pour ce personnage. Il s’agit du chien adopté par le couple présidentiel. Nemo n’est pas un chien de race acheté en élevage mais un labrador croisé avec un griffon que le couple a trouvé à la SPA. C’est Madame qui a débuté les recherches au mois d’août. A l’aide des critères qu’elle avait indiqués, la SPA a proposé un certain « Marin » qui, la vie est farceuse, avait été abandonné à Tulle, fief de François Hollande. La presse nous apprend encore que le président a eu un coup de coeur en le voyant (c’est à cet endroit du récit me semble-t-il qu’il faut laisser place à l’émotion). Il l’a rebaptisé Nemo en référence au roman de Jules Vernes 20 mille lieues sous les mers (toute plaisanterie en lien avec une cote de popularité est fortement décommandée). Plus de détails ici.

Un chien, pas un chat

Avoir un chien à l’Elysée, c’est une tradition. Selon son conseiller en communication, il s’agit pour Macron de s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs. Un chat aurait constitué une vraie rupture (on ne rit pas). C’est aussi une manière de revenir à une communication un peu plus old school. Pour la présidente de la SPA, adopter une chien abandonné c’est un acte fort. Mais, laissons le conseiller en communication livrer l’ultime finesse de la démarche : « Il vient de se faire pincer par François Hollande, mais par l’achat de ce chien, le président de République fait pareil que son prédécesseur. On peut voir ça comme un petit clin d’œil. Ni plus ni moins », résume Jean-Luc Mano.

La contrainte systémique de la transparence

Il y a un élément prodigieusement irritant dans cette « information »: l’importance accordée à un non-événement relevant de l’ordre de l’intime. Cela m’a rappelé un petit livre d’un philosophe allemand, Byung-Chul Han, intitulé La société de transparence qui vient de sortir aux PUF (août 2017 – 91 pages – 11 euros). Dans ce livre, l’auteur avance l’idée que loin d’être cantonnée à la sphère de la liberté de l’information concernant la corruption, l’exigence de transparence est en réalité « une contrainte systémique qui appréhende tous les processus sociaux et les soumet à une transformation en profondeur ». 

La transparence psychologise tout

Pour le philosophe, cette transparence a notamment pour effet, que chaque sujet est son propre objet publicitaire, ce que quiconque fréquente les réseaux sociaux a déjà fort bien compris. A cela s’ajoute une autre conséquence, la transparence se passionne pour l’intime : « selon l’idéologie de l’intimité, les relations sociales sont d’autant plus réelles, authentiques et crédibles, qu’elles approchent des besoins intérieurs et psychiques des individus ». C’est d’autant plus illusoire que, l’auteur le rappelle au début, Freud a bien mis en lumière le fait que l’homme n’est pas transparence à lui-même. Mais qu’importe. Cette obsession de l’intime qui déborde notamment sur les réseaux sociaux aboutit à privatiser le monde au sens d’en exclure l’intérêt public. Et c’est ainsi qu’en politique : « La tyrannie de l’intimité psychologise et personnalise tout. La politique ne lui échappe pas non plus. Ainsi les hommes politiques ne sont pas mesurés à leurs actes. L’intérêt général se porte plutôt sur la personne, ce qui produit chez eux une obsession de la mise en scène. La perte de la vie publique laisse un vide dans lequel se déversent intimités et fragments de vie privée. La vie publique laisse la place à la publicisation de la personne et devient un espace d’exposition. Elle s’éloigne sans cesse plus de l’espace de l’action commune ». 

Où tout cela nous mène-t-il me direz vous ?  Rejoignant Philippe Muray sans jamais le citer, il décrit un des effets de cette transparence : faire émerger une société positive qui éradique totalement le négatif et donc toute forme de dialectique. Cela engendre une transformation profonde qui se traduit par exemple par les promesses du site de rencontre Meetic d’aimer sans souffrir (relevées par Badiou). Surtout, la transparence a l’intérêt d’induire une accélération qui sert la loi du marché et fabrique au final un nouveau totalitarisme particulièrement sophistiqué dans lequel tout le monde contrôle tout le monde.  En ce sens, il est assez piquant (ou désolant, c’est selon) de constater que les médias défendent avec les meilleurs intentions du monde la transparence comme garantie éthique suprême et promesse d’un monde meilleur, alors que régulièrement depuis Orwell, artistes, penseurs et philosophes, nous mettent en garde contre ce qui ressemble fort à un poison violent.

 

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