La Plume d'Aliocha

29/08/2017

Nemo, chien de transparence

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 07:19

Connaissez-vous Nemo ? Depuis hier soir une partie de la presse s’enthousiasme pour ce personnage. Il s’agit du chien adopté par le couple présidentiel. Nemo n’est pas un chien de race acheté en élevage mais un labrador croisé avec un griffon que le couple a trouvé à la SPA. C’est Madame qui a débuté les recherches au mois d’août. A l’aide des critères qu’elle avait indiqués, la SPA a proposé un certain « Marin » qui, la vie est farceuse, avait été abandonné à Tulle, fief de François Hollande. La presse nous apprend encore que le président a eu un coup de coeur en le voyant (c’est à cet endroit du récit me semble-t-il qu’il faut laisser place à l’émotion). Il l’a rebaptisé Nemo en référence au roman de Jules Vernes 20 mille lieues sous les mers (toute plaisanterie en lien avec une cote de popularité est fortement décommandée). Plus de détails ici.

Un chien, pas un chat

Avoir un chien à l’Elysée, c’est une tradition. Selon son conseiller en communication, il s’agit pour Macron de s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs. Un chat aurait constitué une vraie rupture (on ne rit pas). C’est aussi une manière de revenir à une communication un peu plus old school. Pour la présidente de la SPA, adopter une chien abandonné c’est un acte fort. Mais, laissons le conseiller en communication livrer l’ultime finesse de la démarche : « Il vient de se faire pincer par François Hollande, mais par l’achat de ce chien, le président de République fait pareil que son prédécesseur. On peut voir ça comme un petit clin d’œil. Ni plus ni moins », résume Jean-Luc Mano.

La contrainte systémique de la transparence

Il y a un élément prodigieusement irritant dans cette « information »: l’importance accordée à un non-événement relevant de l’ordre de l’intime. Cela m’a rappelé un petit livre d’un philosophe allemand, Byung-Chul Han, intitulé La société de transparence qui vient de sortir aux PUF (août 2017 – 91 pages – 11 euros). Dans ce livre, l’auteur avance l’idée que loin d’être cantonnée à la sphère de la liberté de l’information concernant la corruption, l’exigence de transparence est en réalité « une contrainte systémique qui appréhende tous les processus sociaux et les soumet à une transformation en profondeur ». 

La transparence psychologise tout

Pour le philosophe, cette transparence a notamment pour effet, que chaque sujet est son propre objet publicitaire, ce que quiconque fréquente les réseaux sociaux a déjà fort bien compris. A cela s’ajoute une autre conséquence, la transparence se passionne pour l’intime : « selon l’idéologie de l’intimité, les relations sociales sont d’autant plus réelles, authentiques et crédibles, qu’elles approchent des besoins intérieurs et psychiques des individus ». C’est d’autant plus illusoire que, l’auteur le rappelle au début, Freud a bien mis en lumière le fait que l’homme n’est pas transparence à lui-même. Mais qu’importe. Cette obsession de l’intime qui déborde notamment sur les réseaux sociaux aboutit à privatiser le monde au sens d’en exclure l’intérêt public. Et c’est ainsi qu’en politique : « La tyrannie de l’intimité psychologise et personnalise tout. La politique ne lui échappe pas non plus. Ainsi les hommes politiques ne sont pas mesurés à leurs actes. L’intérêt général se porte plutôt sur la personne, ce qui produit chez eux une obsession de la mise en scène. La perte de la vie publique laisse un vide dans lequel se déversent intimités et fragments de vie privée. La vie publique laisse la place à la publicisation de la personne et devient un espace d’exposition. Elle s’éloigne sans cesse plus de l’espace de l’action commune ». 

Où tout cela nous mène-t-il me direz vous ?  Rejoignant Philippe Muray sans jamais le citer, il décrit un des effets de cette transparence : faire émerger une société positive qui éradique totalement le négatif et donc toute forme de dialectique. Cela engendre une transformation profonde qui se traduit par exemple par les promesses du site de rencontre Meetic d’aimer sans souffrir (relevées par Badiou). Surtout, la transparence a l’intérêt d’induire une accélération qui sert la loi du marché et fabrique au final un nouveau totalitarisme particulièrement sophistiqué dans lequel tout le monde contrôle tout le monde.  En ce sens, il est assez piquant (ou désolant, c’est selon) de constater que les médias défendent avec les meilleurs intentions du monde la transparence comme garantie éthique suprême et promesse d’un monde meilleur, alors que régulièrement depuis Orwell, artistes, penseurs et philosophes, nous mettent en garde contre ce qui ressemble fort à un poison violent.

 

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4 commentaires »

  1. Merci Aliocha de reprende la plume

    Georges Brassens avait déjà tout chanté

    Je vivais à l’écart de la place publique,
    Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique…
    Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
    Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir.
    Les gens de bon conseil ont su me fair’ comprendre
    Qu’à l’homme de la ru’ j’avais des compt’s à rendre
    Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
    J’ devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.

    Trompettes
    De la Renommée,
    Vous êtes
    Bien mal embouchées !

    Manquant à la pudeur la plus élémentaire,
    Dois-je, pour les besoins d’ la caus’ publicitaire,
    Divulguer avec qui, et dans quell’ position
    Je plonge dans le stupre et la fornication ?
    Si je publi’ des noms, combien de Pénélopes
    Passeront illico pour de fieffé’s salopes,
    Combien de bons amis me r’gard’ront de travers,
    Combien je recevrai de coups de revolver !

    Commentaire par Remseeks — 29/08/2017 @ 07:27

  2. Puisque le chien s’appelle désormais Nemo (c’est à dire « Personne »!) et que Nemo est le nom d’un célèbre capitaine, peut-on en conclure que la France est désormais dirigée par Personne qui commande au Président? Raisonnement hasardeux, j’en conviens!

    Commentaire par Jacques Heurtault — 29/08/2017 @ 07:53

  3. Bonjour Aliocha,

    Ravi de vous retrouver en aussi bonne forme.

    Je vous rejoins sur la conclusion, à savoir que la demande de transparence, dans sa forme dévoyée telle qu’elle se manifeste en ce moment, n’augure rien de bon.

    Que nous ressentions un besoin de transparence à l’égard de la façon dont sont exercés un pouvoir ou une autorité, rien de plus naturel à mon sens : il est bon de savoir qui fait quoi et surtout comment.

    Tous ceux qui peinent à joindre les deux bouts éprouvent un besoin légitime d’être rassurés sur la bonne utilisation de l’argent public par exemple, d’autant que ceux-là mêmes à qui on en confie la gestion se montrent prompts à réclamer des sacrifices, toujours plus de sacrifices, aux pourvoyeurs de ce même argent public (c’est-à-dire nous autres).

    Et puis le flou et le laisser-faire ont régnés trop longtemps pour qu’on ne puisse plus faire l’impasse sur cette demande de transparence-là.
    Il est amusant au passage de constater combien les passe-droits sont de plus en plus urticants, alors que nombreux sont ceux qui, sous couvert d’anonymat, reconnaissent volontiers qu’ils adopteraient les mêmes comportements qui sont pointés du doigt dès qu’ils sont rendus publics.
    En gros, que le fonctionnaire X ou Y, l’élu Tartempion ou Tatayet, soit épinglé et sanctionné pour manquement dans le cadre de sa fonction, c’est pour moi non seulement normal, mais souhaitable. Que ça se sache ne me pose pas de problème, si c’est fait avec une certaine retenue.

    Ça commence à piquer quand on glisse vers la personne, et non plus la fonction.

    On a maintenant une exigence de pureté totale, pour toute personne désirant être élue par exemple, et ce depuis ses origines. Ce n’est plus la fonction et sa façon d’être exercée qui est scrutée, mais le pédigrée du prétendant. Malheur à celui ou celle qui se fait rattraper par son passé, même si celui-ci n’a aucun rapport avec la fonction ou l’autorité exercée.

    Si des manquements participant d’un système, d’une volonté démontrée, de détourner des moyens relevant de la seule fonction au service de laquelle ils sont mobilisés venaient à être constatés, on comprend qu’il faille étudier le degré de gravité à partir duquel on pourrait exclure définitivement telle ou telle personne dont la culpabilité serait établie.

    Ce qui questionne c’est qu’un passé quel qu’il soit puisse venir ternir ou instiller un doute à priori.

    Et ça pique encore plus quand on prétend garder une casserole attachée à quelqu’un pour le reste de ses jours.

    Pour ce qui est du clébard en question, je reste coi : je ne comprends pas en quoi il s’agit d’un plan de com’, ni où se loge le caractère savantissime du plan en question.

    Commentaire par Zarga — 31/08/2017 @ 12:23

  4. […] (bis) : 15) Nemo, chien de transparence Connaissez-vous Nemo ? Il s’agit du chien adopté par le couple présidentiel. Nemo n’est pas […]

    Ping par « Foireux liens » de septembre (23) : « the mortal storm » | PEP'S CAFE ! — 13/09/2017 @ 12:02


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