La Plume d'Aliocha

29/12/2016

Affaire Sauvage : les médias élevés au rang de cour suprême

Filed under: Comment ça marche ?,Justice,Mon amie la com',questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:31

Il est des événements d’actualité qui portent en eux, plus que d’autres, une valeur de symbole. Ainsi en est-il de l’affaire Jacqueline Sauvage. Condamnée à 10 ans de prison pour avoir, en 2012 et au terme de 47 ans de vie commune, tué de trois coups de fusil dans le dos son mari, un homme violent et alcoolique, Madame Sauvage a fait l’objet d’une grâce présidentielle totale le 28 décembre. Cette grâce lui a permis de sortir de prison hier. Pourquoi deux cours d’assises successives ont-elles refusé de retenir la légitime défense ? Parce que celle-ci doit répondre à un péril imminent et que la justice a considéré que tirer trois balles dans le dos d’un homme assis n’entrait pas dans ce type de scénario. Jugée une première fois en octobre 2014, elle est condamnée à 10 ans de prison. La peine sera confirmée en appel en décembre 2015.

Associations, comités de soutien, pétition

C’est alors que ses deux avocates qui ont compris le parti qu’elles pouvaient tirer du contexte social – plus de 200 000 femmes victimes de violences chaque année – présentent une demande de grâce à François Hollande. Le mécanisme désormais classique s’enclenche : hurlement des associations, création de comités de soutien, mobilisation de personnalités politiques et du show bizz (de l’actrice Eva Darlant à l’incontournable Jean-Luc Mélenchon dont le costume de Zola est toujours à portée de main), pétition (plus de 300 000 signatures). Le scénario ne serait pas complet sans la traditionnelle proposition de loi plus-jamais-ça. Elle est déposée par Valérie Boyer qui souhaite élargir  la notion de légitime défense, laquelle pourrait être « différée » en raison de l’état de danger permanent dans lequel se trouvent les femmes victimes de violences. Le 31 janvier, François Hollande accorde  une grâce partielle qui réduit la peine restant à courir à 2 ans. (Voir, pour une analyse juridique méticuleuse, cet article).

Une première demande de remise en liberté est rejetée en août 2016. La décision de rejet est confirmée en appel. En substance, les juges considèrent que Jacqueline Sauvage se pose en victime au lieu d’admettre sa culpabilité et considèrent qu’elle doit rester en prison. Nouvelle mobilisation médiatique, pétition….La deuxième fois sera la bonne. Le 28 décembre dernier, François Hollande accorde une grâce totale à Jacqueline Sauvage.

On a mis une bombe dans le système judiciaire

On ne saurait imaginer cas plus « pur » pour incarner la dérive qui frappe le domaine judiciaire depuis quelques années. Des affaires plaidées dans les journaux, il y en a toujours eu. Des populations criant « à mort » contre un jugement trop clément ou bien au contraire qui insultent la justice pour une peine trop sévère, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est en revanche, c’est l’ampleur du phénomène qui est en passe de devenir un mode de fonctionnement habituel autant qu’une bombe sur le point de faire exploser nos institutions si l’on n’y prend garde.

En première analyse, la cause est aussi juste que séduisante. Comme la tentation est forte en effet de faire de Jacqueline Sauvage le porte-drapeau des femmes battues, l’emblème d’une époque que l’on décide révolue, de la libérer – faute d’avoir pu la faire acquitter – au nom de toutes les femmes battues passées, présentes et futures. Et comme il est enthousiasmant de profiter de cette histoire édifiante et de l’émotion qu’elle suscite pour faire adopter une grande loi de protection des femmes. Médiatiquement, l’affaire est vendeuse. Elle plait, elle est facile, émouvante, suscite ce qu’il faut de révolte chez le lecteur pour agir et se sentir utile. Quelle claque en même temps se plait-on à infliger aux élites qui n’ont rien compris, à cette incarnation du vieux monde, de la domination du mâle blanc. Oui vraiment, avec Jacqueline Sauvage, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Demain c’est sûr, plus aucune femme ne sera battue. Le peuple veut du changement et le président (j’allais écrire « le monarque ») l’a entendu. Il a gracié. Une femme injustement condamnée est enfin libre et va terminer l’année chez elle, auprès de ses filles. Quant à tous ces magistrats couverts de pourpre et d’hermine qui ne comprennent rien à la vie et ne font que préserver un vieil ordre vermoulu, ils ont pris le grand coup de pompe dans le cul qu’ils méritaient.

Le populisme c’est le peuple contre le peuple

Il n’y a qu’un malheur, aurait dit à ce stade un avocat célèbre, c’est qu’ici, et c’est en cela que le cas est pur et parfait, le peuple à travers son monarque a donné un coup de pied au cul…… du peuple. Car ce sont des jurys populaires qui, par deux fois, ont considéré que Jacqueline Sauvage n’était pas en état de légitime défense. La seule différence entre le peuple médiatique révolté qui a signé la pétition et celui qui a jugé Jacqueline Sauvage, c’est la compétence pour se prononcer sur le dossier. Le premier a réagi à l’émotion que l’on a suscité délibérément chez lui, il ne connait ni la femme accusée, ni l’affaire. Il ne sait rien d’autre que ce qu’on daigne lui dire pour l’exciter. Le deuxième, lui, a passé des jours entiers à écouter la description des faits, l’intéressée elle-même, les témoins, les experts et a pris une décision sur la base de ces éléments. Avec au fond de l’âme le sentiment du poids extrême de la responsabilité qui s’attache à ce type de décision. Une responsabilité sans comparaison possible avec la révolte artificiellement fabriquée par des manipulateurs d’opinion et qui ne dure que le temps de signer une pétition.

Ainsi va le populisme, sous couvert de défendre le peuple contre les élites, il ne fait jamais que jouer le peuple contre le peuple. On le savait en politique. On le découvre dans la justice. Derrière l’apparent progrès de la lutte contre les violences faites aux femmes, se dissimule un vrai recul de civilisation. Un lacanien ici soulignerait à quel point il est troublant que celui-ci s’incarne dans un dossier qui a pour nom « sauvage ». Tirer dans le dos d’un homme assis, ce n’est pas de la légitime défense. Exciter une foule pour casser une décision de justice, ce n’est pas de la justice mais un retour à la barbarie. Il est affligeant que François Hollande ait ainsi donné à penser qu’il suffisait de gagner ce procès hautement injuste et parfaitement anti-démocratique qu’est le procès médiatique pour faire taire la justice rendue au nom du peuple français. Il a cautionné le pouvoir de quelques-uns sur la majorité, créé une singulière inégalité entre ceux qui ont accès aux médias (infiniment minoritaires) et les autres, discrédité la justice, fait triompher les ignorants sur les sachants. Il a surtout ouvert une brèche que rien ne refermera. Il est désormais acquis qu’une bonne campagne médiatique peut casser un verdict.

Le 28 décembre 2016, la télévision est devenue la juridiction suprême en France.

Note : à lire, l’analyse de l’excellent Thierry Lévêque, ancien journaliste police-justice à l’agence Reuters et celle de l’avocat Regis de Castelnau que je trouve toujours très percutant.

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45 commentaires »

  1. Vous avez tout à fait raison. Toutefois, les jurés des deux procès auraient pu admettre des circonstances atténuantes et prononcer une peine plus légère…

    Commentaire par sautter — 29/12/2016 @ 11:59

  2. Bonjour Aliocha,
    Permettez ? Vous vous indignez d’une grace qui serait injuste, mais une grace est par définition une exception à la justice, une décision arbitraire qui échappe à la norme, une survivance du pouvoir de pardon qu’un roi avait sur son peuple. Autant l’excessive sévérité d’une autorité – qu’elle soit judiciaire ou régalienne – révolte, autant la clémence d’un homme envers un autre échappe à tout jugement objectif devrait réjouir. Tant qu’elle reste assez exceptionnelle pour ne pas afaiblir la norme judiciaire en vigueur, il convient de la respecter comme la décision subjective d’un homme investi de ce pouvoir.
    Nos opinions peuvent être que cette grace est mal employée, qu’elle a été extorquée par des prétoires médiatiques qui ne s’embarrassent pas des dossiers, des faits, de la loi, mais préfèrent les histoires pleines de pathos. C’est sans doute le cas. Beaucoup d’autres seraient peut-être plus méritants. Mais de grace, respectons le don gratuit de ce pardon. Comme chrétien et pécheur, j’espère que mon Juge saura s’affranchir de critères objectifs et de jurisprudences pour me pardonner. Il est bon que le chef de la nation, si indigne soit-il par ailleurs, dispose de ce même pouvoir et en use sans nous en rendre de compte.
    Par ailleurs, il faut effectivement empêcher la télévision de devenir la juridiction suprème qu’elle voudrait être …

    Commentaire par Remseeks — 29/12/2016 @ 12:12

  3. Ma Chère Aliocha,
    Nous nous sommes « légèrement » écharpés sur l’affaire Kerviel. J’ai considéré que la responsabilité de la Société Générale était évidemment engagée mais j’ai considéré que Kerviel avait été légitimement condamné au plan pénal.
    Cette fois-ci, je vous soutiens complètement! Il est scandaleux que Jacqueline Sauvage ait pu assassiner SAUVAGEMENT son mari de trois balles de fusil tirées dans son dos alors qu’il était assis et que, PAR CONSEQUENT, la légitime défense ne pouvait en aucun cas être reconnue …

    Commentaire par Jacques Heurtault — 29/12/2016 @ 12:19

  4. @Sauter: oui, et ils ont choisi de ne pas le faire.

    Commentaire par Mékeskidi — 29/12/2016 @ 12:26

  5. Bonjour Aliocha,

    Merci pour ce billet qui sonne très juste. Normal 1er, le monarque, est affligeant. D’ailleurs, ça sonne bien Normal 1er l’affligeant. On le savait mais là, il s’est surpassé.
    Les médias également se sont surpassés. Pas dans l’information pure, celle qui permet de comprendre pour mieux décider mais dans le recours au bas-instinct et à la simplification abusive. Encore une fois, il nous faut aller vers les blogs pour comprendre l’apparente sévérité de deux cours d’assises. Eolas avait commis un très bon billet en février dernier sur ce sujet: http://www.maitre-eolas.fr/post/2016/02/03/De-grâce et il y en a probablement d’autres mais dans les médias officiels, rien ou si peu. Tant pis pour eux.
    Le coup de canif est violent (mais est-ce encore un canif?). Philippe Bilger sur son blog commence son billet par: « La Justice était blessée, il (Normal 1er) l’a achevée. » (http://www.philippebilger.com/blog/2016/12/le-coup-de-grâce-à-la-justice.html). Je partage entièrement son point de vue. Le monarque se prévaut d’une sensibilité qui un jour a déclaré « Nous sommes passés de l’ombre à la lumière ». C’était une affirmation plus que discutable au vu des années qui ont suivie. Ce qui est sûr c’est que hier, on est réellement passé de la lumière à l’ombre au nom de minables calculs politiciens. Notre société a régressé. C’est grave et la plaie sera très longue à refermer si c’est encore possible. La légende dit que Midas transformait tout ce qu’il touchait en or. Je n’ose mentionner en quoi est transformé tout ce qui est touché par notre triste sire.

    Bonne journée et bon réveillon. Au plaisir de vous lire

    Commentaire par H. — 29/12/2016 @ 12:46

  6. Bonjour,

    Merci pour votre billet ; je suis consterné par le discours général ce matin entendu à France Inter (radio que j’apprécie la plupart du temps), la plupart des politiques ont l’air contents, les journalistes aussi, et personne pour rappeler la réalité des 2 jugements d’assises. Je suppose qu’il n’y a quasiment que des coups à prendre dans cette position et que personne ne s’y risque, mais c’est encore une fois un manque de courage.

    Commentaire par OlivierJ — 29/12/2016 @ 13:52

  7. Bonjour, je suis très souvent en phase avec vos propos. Pas cette fois. Vous présentez comme nouveau ce qui ne l’est pas. L’institution judiciaire peut se tromper, la stratégie d’une défense est de tout tenter. Sauf à être dans une stratégie de connivence, comme disait Vergès, dont je vous conseille de lire son ouvrage « De la stratégie judiciaire ». Je partage l’opinion de Serge PORTELLI. Et celle du SM qui ne veut pas crier avec les loups. Denis Salas, dont vous avez bien voulu relayer l’analyse sur Twitter, relativise bien les choses. Parfois un peu de bonté dans ce monde de brutes ne fait pas de mal. Bonne fin d’année.

    Commentaire par Philippe Pottier — 29/12/2016 @ 13:57

  8. L’institution judiciaire ne s’est pas trompée. Deux jurys d’assises composés de citoyens ont pris la même décision en prenant en compte les « circonstances » : 10 ans d’emprisonnement sur perpétuité encourue. Une femme qui tue son mari dans le dos de 3 balles de son propre fusil de chasse, car elle chasse. Avec déjà un antécédent d’une maîtresse de Monsieur poursuivie avec une arme. Le mari de Jacqueline Sauvage accusé d’être le pire des homme ne peut pas se défendre contre les accusations formées contre lui, il n’aura jamais de grâce présidentielle. L’opinion publique, « cette prostituée qui tire le juge par la manche » comme disait Moro, a été manipulée, instrumentalisée et la justice affaiblie sera désormais bien en peine de défendre les intérêts des femmes victimes de violences. Tel est le triste bilan de cette triste affaire.

    Commentaire par Maître Corbeau — 29/12/2016 @ 14:22

  9. Merci de ce billet
    L’émotionalisme a pris du zèle et des ailes parce qu’il a pour base l’humanisme des droits de l’homme qui n’est qu’une triviale poursuite du même….. Le buraliste qui a pris 10 ans pour avoir tiré sur un délinquant actif doit être très rassuré !!!!
    Que Poutine et Marine emportent toute cette engeance enfantine en 2017 !

    Commentaire par Georges Dubuis — 29/12/2016 @ 15:41

  10. Et voilà la suite, faut pas toucher aux petits enfants et puis…… ils n’appartiennent plus à leurs parents….do ré mi fa Sol Tourette de franc macs éleveurs de bétail anonyme…
    http://www.avenirdelaculture.fr/
    La fessée hors la loi,

    le droit des parents agressé

    Avant de quitter la scène, les socialistes cachent des bombes à retardement dans une France qu’ils laissent déjà en ruines
    ​​
    La jurisprudence française accordait généralement aux parents un « droit de correction ». La cour d’appel de Douai avait ainsi acquitté un père, considérant ses punitions « légères, rares et n’[ayant] pas dépassé l’exercice du simple droit de correction » (C.A. Douai, 29 octobre 2008).

    Mais en 2015, le Conseil de l’Europe a condamné la France pour ne pas avoir inscrit dans son droit « d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels ». Pour les socialistes, une occasion de miner l’autorité parentale se présentait.

    Votée définitivement le 22 décembre 2016, la loi « Égalité et Citoyenneté » traite de tout autre chose mais a inclus en catimini un minuscule amendement modifiant la définition de l’autorité parentale donnée par l’article 371-1 du Code civil. Son exercice devra désormais exclure « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ».

    En apparence tout y est bien. Mais il se trouve que le soi-disant Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire, une association qui a milité en faveur de l’adoption du texte, considère que « la notion de violence corporelle inclut toute punition physique impliquant l’usage de la force et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il ». Cela signifie que les parents n’auront même le droit de tirer les oreilles d’un enfant !

    Commentaire par Georges Dubuis — 29/12/2016 @ 15:56

  11. @ Georges Dubuis
    Les commentaires peuvent être libres (c’est à Aliocha d’en décider) mais encore faut-il qu’ils aient un rapport avec le sujet traité!

    Commentaire par Jacques Heurtault — 29/12/2016 @ 16:27

  12. Il y a un précédent. Vous aviez déjà écrit sur le procès dit des « tournantes » à l’issue duquel ces mêmes associations avaient manifesté contre un verdict qu’elles jugeaient trop clément. Il s’agissait d’un procès à huis clôt et par conséquent ceux qui s’indignaient du verdict n’y avaient manifestement pas assisté. Les faits étaient sordides mais anciens. Il semble, je n’y étais pas moi non plus, que les déclarations de la victime sur l’identité des auteurs aient varié à plusieurs reprises. Le verdict pouvait paraître paradoxal dans la mesure où il reconnaissait la culpabilité de certains accusés mais qu’il les condamnait à de faibles peines. Cette affaire avait provoqué une grande agitation médiatique et plein de gens tout aussi ignorants des détails de l’affaire s’étaient indignés contre ce verdict. Le procureur avait fait appel. Lors du second procès les peines prononcées furent plus lourdes. Les jurés en appel étaient-ils plus éclairés , ont-ils pu faire abstraction de l’importante mobilisation suscitée par le jugement rendu en première instance ? Personne ne pourra le dire.

    Dans le procès de Mme Sauvage, la question de la culpabilité ne se pose pas. Les faits matériels sont établis, ils sont reconnus par l’accusé. La légitime défense est une notion juridique clairement identifiée et elle n’est pas applicable aux faits reprochés à Mme Sauvage, cela ne fait pas de doute.

    Ce qui pose question c’est le quantum de la peine. Cette affaire est présentée par certains médias et par des associations comme un geste de désespoir d’une femme battue par un homme d’une brutalité sans nom. Si l’homme était aussi cruel qu’on nous le présente et Mme Sauvage aussi désespérée qu’on nous le dit, 10 ans c’est peut être beaucoup, c’est peut-être inutile.

    Comment peut-on savoir si la victime était aussi ignoble qu’on nous le dit et si Madame Sauvage était aussi acculée ? On ne le peut pas. Après que cette affaire leur ait été présentée, deux jurys ont considéré qu’une peine de 10 ans de prison était justifiée. Je pense qu’un jury peut se tromper, que deux jurys peuvent se tromper sur la même affaire, la justice est par nature quelque chose d’inaccessible à nous autres mortels. Cependant, ces jurys en connaissent plus sur les détails de cette affaire que l’immense majorité des commentateurs n’en saura jamais. Contrairement à tous les commentateurs, ils ont senti peser sur leur conscience le poids de l’acte de juger.

    Peut être se sont-ils trompés. Peut être que deux jurys différents ont commis une terrible erreur. Mais sur quoi repose la conviction de ceux qui dénoncent ces verdicts? Étaient-ils aux procès ? Ils sont bien peu, pour la plupart ils fondent leur opinion sur le bruit provoqué par l’agitation médiatique, quelques uns iront jusqu’à lire les comptes rendus du procès réalisés par des journalistes qui ne sont pas exempts de partie pris. Par ailleurs, pour avoir travaillé sur quelques dossiers pénaux et pour avoir assisté aux audiences, j’ai pu constater que les journalistes ne s’embarrassent pas toujours de la réalité lorsqu’ils rédigent leurs articles. Ma conviction à moi (sic), et Nietzsche disait que les convictions sont des ennemis de la vérité bien plus redoutables que les mensonges, c’est que le ressort de cette indignation collective est le même que celui qui nous pousse à parler davantage des trains qui arrivent en retard que de ceux qui arrivent à l’heure. Il y a une excitation à s’indigner contre « le système » et contre une potentielle erreur judiciaire. Si l’accusé ou la victime est bien « vendue » à l’opinion publique, qu’on actionne les bons réseaux, on trouvera suffisamment de personnes ne s’embarrassant pas des détails prêtes à se mobiliser.

    La volonté de cette foule de peser de toute son ignorance sur une décision rendue par l’institution judiciaire est effrayante. La justice comme vertu est un idéal inaccessible. On essaie cependant, en mettant en place un processus, une procédure, qui tente de préserver chacun de l’arbitraire, d’accorder à chacun des garanties. A quoi bon ? Pourquoi s’embarrasser de milliers d’années d’expérience pour ne parvenir qu’à une justice imparfaite alors que l’instinct de la foule débarrassé de tout scientisme suffit à rendre des décisions qui satisfont le peuple ?

    Commentaire par Seb. — 29/12/2016 @ 16:55

  13. Petit détail (mais gros paradoxe) qui a son importance, c’est que les associations qui sont à l’origine de ces mobilisations n’ont toujours qu’à la bouche le mot « progressisme » dont elles ont la certitude d’être l’incarnation.

    Commentaire par Seb. — 29/12/2016 @ 17:03

  14. La grâce présidentielle devrait être supprimée. Cela règlerait le problème et toute manipulation médiatique.

    Commentaire par LeChat — 29/12/2016 @ 18:52

  15. J’approuve complètement le point de vue de Le Chat

    Commentaire par Jacques Heurtault — 29/12/2016 @ 19:02

  16. Bonsoir,

    Michel Huyette, sur son blog « Paroles de juge », a ressorti un billet de 2011 relatif à la grâce présidentielle (qui dans le cas cité avait été refusée). J’en extrais ceci mais l’intégralité du billet est à lire: « … De fait, les grâces présidentielles sont la plupart du temps accordées quand se sont créés des groupes de pression très actifs qui ont su se médiatiser leur cause, justifiée ou non. Elle bénéficie rarement, c’est peu dire, aux condamnés anonymes isolés. Ce qui, pour certains commentateurs, fait de la grâce accordée une démarche à visée électoraliste bien plus qu’une réponse à un dysfonctionnement judiciaire. Il reste donc dans la grâce présidentielle quelque chose de de flou, d’indéterminé, d’arbitraire, de moyenâgeux. Avec un risque permanent de détournement de l’institution, à supposer même qu’il existe quelques repères fiables et stables dans cette institution. En tous cas, avec l’évolution des cadres juridiques toujours dans le sens de plus de protection des individus, avec la multiplication des recours successivement accordés aux justiciables, avec le développement incessant de l’individualisation des peines, et alors que les exigences de transparence de la justice sont plus fortes que jamais, il devient de plus en plus difficile de trouver des raisons convaincantes de conserver un mécanisme discrétionnaire, arbitraire, aboutissant à des décisions non motivées et dépendant du seul bon plaisir du chef de l’Etat. Surtout après que les magistrats, et tout autant les jurés populaires à la cour d’assises, aient statué à l’issue d’un examen complet, contradictoire et public de l’affaire. Et aient choisi une peine en tenant compte des faits et de la personnalité de la personne poursuivie. Or la grâce présidentielle est une façon indirecte de leur dire que leur décision est aberrante. Mais sans la moindre argumentation. Et avec quelle légitimité ? Tout ceci impose de poser une nouvelle fois la question : la grâce a-t-elle encore sa place dans notre système judiciaire ? » (http://www.huyette.net/article-a-propos-de-la-grace-presidentielle-85884756.html)

    La visée électoraliste est claire à la veille d’échéances cruciales pour le pays. Je crois n’être pas le seul à ne plus supporter ces misérables calculs qui font fi de l’intérêt général pour satisfaire des égo surdimensionnés où l’orgueil le dispute à l’incompétence. Encore deux coups comme celui-ci et il va être difficile de trouver des jurés et des magistrats motivés puisque d’après le monarque (et ses séides, nombreux) , ils n’y comprennent rien et ne font que des bêtises.

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 29/12/2016 @ 19:02

  17. « …son mari, un homme violent et alcoolique… » Ce qui n’a jamais été établi.

    Commentaire par xc — 29/12/2016 @ 19:06

  18. La justice sacrifiée

    Je suis partisan de gracier tous les condamnés. Sérieusement. Ils ont commis des crimes, ils ont été arrêtés, ils ont été jugés, la vérité a été dite sur leurs actes, ils ont été condamnés. Et puis, de prison, de toutes façons, ils sortiront un jour. Et ils devront alors se réinsérer. À quoi bon la prison ? Elle est école du crime et donc école de la récidive. Et plus la peine est
    longue, plus la réinsertion est difficile. Oui, vraiment, la prison est un drôle de châtiment. Oui, vraiment, dans une société bien faite, les condamnés devraient être aussitôt graciés. Ce serait mieux pour chacun d’eux et ce serait mieux pour la collectivité dans son ensemble. Bien sûr, dans notre société telle qu’elle est, pas si bien faite que ça, ce n’est pas d’actualité, nous envoyons les condamnés en prison plutôt que de les gracier. C’est ainsi. Mais alors… pourquoi avoir gracié Mme Sauvage et elle seule ? Tant mieux pour elle, mais quel exemple détestable pour la société ! Elle s’est vengée, elle s’est fait justice elle-même, et la foule, et les médias, et les politiques lui donnent raison !?… on aurait voulu détruire toute idée de justice qu’on ne s’y serait pas pris autrement.
    Certes une foule réclamant la mort d’un coupable désigné est plus inquiétante qu’une foule réclamant la libération d’une soi-disant innocente, il y a progrès, mais l’incohérence est la même. Et il faut creuser un peu sous la surface des choses. Il y a bel et bien en l’affaire, cachée, une coupable désignée, la Justice, dont la foule a réclamé la tête, et qui l’a obtenue, François Hollande, dans le rôle de Ponce Pilate, la lui ayant volontiers accordée…
    Oui, décidément, tous les condamnés devraient, aussitôt condamnés, être graciés.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 29/12/2016 @ 21:44

  19. Rappelons l’opinion émise par Hollande au sujet des procureurs dans le livre « Un président ne devrait pas dire ça » … Là, il passe à l’acte!

    Commentaire par Jacques Heurtault — 29/12/2016 @ 22:27

  20. Excellent billet, encore une fois.

    @ Remseeks :

    Je suis sensible à votre propos et j’espère comme vous que mon Juge saura me pardonner comme je m’essaie à le faire (difficilement) de mon côté.
    Je ne sais pas le détail du fonctionnement du recours en grâce auprès du président de la république, mais on ne peut que constater qu’en l’espèce, son utilisation est alourdie de maladresses. Que le président n’ait pas à rendre de comptes sur ce type de décision me va bien dans l’absolu, mais j’aimerais bien avoir des motivations, des explications pour ce cas précis, qui me permettraient de me sentir considéré comme un égal en ce que je porte d’humain et de charitable en moi. En cela je serais convaincu de la gratuité à laquelle vous faites allusion, alors qu’en l’espèce plane l’ombre du calcul. Reproches faciles, empreints de petitesse j’en suis conscient, lorsqu’on ne connait pas les motivations profondes de la décision.

    @ Denis Monod Broca :

    Vous êtes décidément une belle personne, merci infiniment de partager cela avec nous.

    Commentaire par Zarga — 30/12/2016 @ 12:55

  21. Globalement, je suis d’accord avec l’analyse d’Aliocha. À deux réserves près. D’abord, parler de « peuple contre le peuple » sous prétexte qu’il s’agirait d’un verdict populaire (ce sont des jurés qui ont condamné la dame) qui irait à l’encontre de la volonté populaire, je demande à voir. Quelqu’un qui, comme vous, fréquente les tribunaux sait très bien le poids de l’avis du président du tribunal dans les décisions « libres » des jurys d’assises (quand bien même il n’y aurait pas une intention de manipuler). Au passage, parler de populisme c’est faire un contresens sur la signification du terme, qu’on a chargé d’un sens négatif. Le populisme, au départ, ce n’est pas quelque chose de négatif (il existe un prix du roman populiste qui a couronné les meilleurs auteurs, comme Jules Romain, Henri Troyat, Jean-Paul Sartre, René Fallet, Jean-Pierre Chabrol, Bernard Clavel, Patrick Besson, Jean Vautrin, Gérard Mordillat…) Ensuite, même si je trouve très dangereux la porte ouverte à une re-définition de la légitime défense qu’ouvre la grâce présidentielle (qui pourrait conduire à ce que les gens fassent justice eux-mêmes), je trouve que le premier jugement a tout de même eu la main lourde en condamnant la femme battue à 10 ans, soit autant que pour « un criminel ordinaire ». Une condamnation (indispensable pour le principe à mon avis) avec une peine mieux adaptée aurait peut-être rendu les soutiens un peu moins velléitaires et on n’aurait peut-être pas fait de Mme Sauvage une figure emblématique des femmes battues.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 30/12/2016 @ 19:39

  22. Elle risquait la perpétuité! Elle a commis un assassinat, pas un simple meurtre … C’est une « chasseuse » expérimentée! Elle manie le fusil beaucoup mieux que moi l’épluche-légume!

    Commentaire par Jacques Heurtault — 30/12/2016 @ 19:47

  23. @Gilbert Duroux,

    On peut considérer que 10 ans c’est beaucoup pour une femme battue seulement on ignore quelle a été la vie de cette femme. La thèse de la défense c’est que cette femme a vécue un calvaire de 47 ans mais autant que je sache il y a peu d’élément pour appuyer cette thèse. Le témoignage de l’accusé et celui de ses filles, ces dernières ne pouvant prêter serment comme témoins en raison de leur lien de famille avec la victime et avec l’accusé. Aucun témoin, aucune admission à l’hôpital, aucun dépôt de plainte. Certes, ce n’est pas parce qu’on ne peut pas prouver l’existence d’une chose qu’elle n’existe pas mais dès lors que le meurtre est établi, c’est à celui qui avance les justifications de ce meurtre d’établir l’existence desdites justifications.

    Pour ma part, je n’en sais rien. Je ne connais du dossier que ce qui en est dit dans la presse. On dit aussi, et c’est des « on dit », que Mme Sauvage n’a évoqué cette explication qu’assez tardivement. On dit également que Mme Sauvage a poursuivi une maîtresse de son défunt époux avec un fusil de chasse, cette dernière ayant dû se réfugier à la gendarmerie pour échapper à sa poursuivante. On dit que Mme Sauvage a tué son mari après qu’il lui ait annoncé son intention de divorcer et de céder l’entreprise. On dit que Mme Sauvage a été décrite comme une personne manipulatrice. On dit que les filles de Mme Sauvage affirmant avoir été violées confiaient leurs propres enfants à leur père qu’elles accusent aujourd’hui de viol.

    Je n’ai pas les moyens de vérifier la véracité de ces « on dit ». Ils seraient tous faux, cela ne prouverait pas que la défense de Mme Sauvage est le reflet de la vérité, ils seraient tous vrais, ils seraient sans doute encore possible de trouver une explication qui serait cohérente avec le récit de la défense.

    La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que deux jurys se sont réunis, qu’ils ont écouté pendant plusieurs jours des témoins, des experts, les enquêteurs, dans le cadre d’un débat contradictoire, l’accusation et la défense ont pu interroger ces témoins, ainsi que les experts et les enquêteurs. Les jurys ont entendu le point de vue de l’accusation, puis celui de la défense. Ils se sont réunis, ont réfléchi, et ont par deux fois décidé de condamner Mme Sauvage à 10 ans de prison. Ces jurys en savent plus que nous n’en sauront probablement jamais sur cette affaire, ils en savent plus que ceux qui ont constitué des comités de soutien, que les artistes qui ont écrit à François Hollande pour qu’il prononce une grâce, que les élus qui ont soutenu publiquement cette proposition.

    Nous savons aussi qu’une première grâce avait été accordée à Mme Sauvage par le Président de la République, grâce partielle rendant Mme Sauvage éligible à une libération conditionnelle. Cette grâce avait déjà été tièdement accueilli par le monde judiciaire. Mme Sauvage a donc demandé sa libération conditionnelle, son cas à de nouveau été examiné, et il a été décidé que cette liberté conditionnelle n’était pas opportune. François Hollande avait laissé juges ,aux termes de sa première grâce, le soin de décider du sort de Mme Sauvage. La décision que François Hollande avait laissé aux magistrats le soin de prendre, ne lui convenant pas, il a finalement décidé seul.

    Je peux admettre qu’un jury se trompe une fois. Je peux admettre que deux jurys se trompent sur une même affaire. Je peux admettre que deux jurys et des juges d’application des peines se trompent sur un même accusé. Ce qui me dérange c’est que sous prétexte qu’on est parvenu à vendre une histoire émouvante à une foule ignorante, on fasse un droit d’exception. Les tribunaux, et plus singulièrement les Cours d’Assises, sont remplis de destins dramatiques. Il n’y a pas, pour ce que j’en sais, de criminel qui n’ait eu un destin dramatique.

    Si demain Denis Monod Broca créé son comité de soutien à tous les condamnés afin de réclamer leur libération, cela me va. On escroque personne. Tout le monde est sur un pied d’égalité et personne ne passe devant au prétexte qu’il est capable de présenter sa cause sous un jour émouvant et qu’il parvient a avoir l’oreille de médias aussi ignorants que la foule qu’ils prétendent éclairer. Par ailleurs, je ne suis pas non plus particulièrement convaincu de l’utilité de la prison.

    Ces mêmes associations qui ne sont pas capables d’enchaîner trois phrases sans rappeler qu’elles sont l’incarnation du progressisme avaient fait pression contre le verdict dans l’affaire dites « des tournantes », jugeant celui-ci trop clément. Leur argumentation pouvait se résumer dans la formule suivante : la culpabilité des accusés se mesure à la souffrance de la victime. Selon ces associations, la souffrance de la victime était démontrée. Il ne faisait aucun doute que cette souffrance soit la conséquence d’un viol, certains symptômes psychiques sont paraît-il suffisamment spécifiques pour ne pas laisser de place au doute. Dès lors, les accusés étaient coupables et tout autre débat étaient vains. Cette fois encore l’agitation médiatique avait été importante.

    Dans ces deux affaires, j’ai été particulièrement effrayé de constater à quel point il est est facile d’exister la foule pour peu qu’on se soucie pas trop de la vérité et de ses nuances, effrayé par l’absence de lucidité sur leur propre cynisme de ceux qui se présentent comme des chevaliers blancs, effrayé que cette excitation provoquée à peu de frais au sein d’une foule ignorante obtienne l’oreille puis des actes des autorités. Je suis navré de constater la faiblesse de nos institutions car même si je suis conscient de leurs limites et de leur grande imperfection, celles-ci sont malgré tout fondées sur des principes et sur une philosophie qui tendent vers une idée de justice.

    Commentaire par Seb. — 30/12/2016 @ 23:08

  24. En effet, « Souvent la foule trahie le peuple » disait Victor Hugo. Voilà une excellente définition du populisme !

    La grâce présidentielle est, par nature, controversée il faut donc, purement et simplement, la supprimée !

    Commentaire par Ardrich — 30/12/2016 @ 23:58

  25. Ooops ! …la supprimer

    Commentaire par Ardrich — 30/12/2016 @ 23:59

  26. Il est bien établi que l’accusée a assassiné son mari en lui tirant trois balles dans le dos. Il est bien établi que la légitime défense ne peut en aucun cas être retenue. Cet acte criminel est passible de la perpétuité. Le fait qu’elle n’ait écopé QUE de 10 ans était déjà particulièrement problématique. Avoir bénéficié d’une grâce partielle l’est encore plus. Avoir bénéficié d’une grâce totale est rien moins que scandaleux! Il faut abroger le droit de grâce …

    Commentaire par Jacques Heurtault — 31/12/2016 @ 00:01

  27. Il me semble, par ailleurs, que si l’exercice du droit de grâce présidentiel (sous la pression populaire…???…) a permis à J. Sauvage de ne pas purger sa peine cela peut vouloir dire aussi que le peuple amené à trancher s’est peut-être trompé (?). Donc non seulement l’affaire interpelle sur le droit de grâce de notre constitution mais alors aussi sur la place des jurés d’assises !

    Commentaire par Ardrich — 31/12/2016 @ 00:42

  28. Ooops ! décidément : … la foule trahit…

    Commentaire par Ardrich — 31/12/2016 @ 00:57

  29. @ Jacques Heurtault
    La préméditation n’a pas été retenue ni en première instance ni en appel. Madame SAUVAGE encourrait effectivement la perpétuité, pour meurtre sur conjoint. Quant au quantum de la peine, il tient compte, à mon sens, et de circonstances atténuantes tenant aux violences subies, et du déni du crime. C’est en cela que la voie choisie par Madame SAUVAGE de plaider la légitime défense, indéfendable au vu des faits de l’espèce, au lieu des circonstances atténuantes, était vouée à l’échec. Soit les avocates de Madame SAUVAGE n’ont pas su le lui faire entendre, soit elles ont oublié qu’elles avaient à défendre non la cause des femmes battues mais un dossier, et qu’un procès se gagne dans un prétoire, et non devant les caméras.
    Cette grâce, qui n’affecte en rien la condamnation prononcée, ne me choque pour autant pas, considérant que Madame SAUVAGE ne présente aucune dangerosité et qu’il était vain d’attendre d’elle, en l’état du barouf médiatique que ses soutiens ont su générer et de la première grâce partielle obtenue (bizarre, d’ailleurs, de ne pas avoir accordé dès initialement une grâce totale), qu’elle évolue vers une prise de conscience de son crime.

    Commentaire par Lagun — 31/12/2016 @ 01:06

  30. @ Lagun

    Cela ne me choque pas non plus. Juste un bémol : c’est que si l’on considère qu’elle n’est pas dangereuse pour la société pourquoi n’a-t-elle pas reconnu la responsabilité de son geste ?

    Le tribunal à rejeté sa demande de libération conditionnelle en estimant, notamment, que la meurtrière (dans une formulation d’ailleurs surprenante) qu’elle devait encore « remettre de l’interdit dans le passage à l’acte » d’où son nécessaire maintien en détention avec une aide psychologique.

    Aveuglement du militantisme très actif de ses avocates ou stratégie au profit d’une exposition médiatique sur un « thème porteur » ?

    Commentaire par Ardrich — 31/12/2016 @ 01:43

  31. Assassinat signifie obligatoirement préméditation? Je l’ignorais. Je pensais que cela signifiait meurtre de sang froid seulement. Dont acte! Merci.
    Par ailleurs, il faut ardemment souhaiter que Jacqueline Sauvage ne soit plus impliquée dans aucune affaire de violences caractérisées (quelqu’en soit le « motif » ni qu’aucune autre affaire de règlement de compte pour violences conjugales alléguées (pour toute autre « femme battue) ne se produise nulle part en France … Sinon, gare à la réaction populaire! Or, c’est ce que l’on peut malheureusement craindre …

    Commentaire par Jacques Heurtault — 31/12/2016 @ 09:27

  32. @ Seb
    Bien d’accord avec vous au sujet des people et des assos qui confondent la justice avec la vengeance des victimes, mais dans ces affaires, il est une responsabilité qu’il ne faudrait pas occulter, c’est celle des médias qui donnent trop facilement la parole à ces assos pas toujours représentatives. Pour la bonne raison (à leurs yeux) qu’agiter le larmoyant et le compassionnel, ça fait vendre du papier. Aujourd’hui, la frontière entre la presse sérieuse et la presse dite de caniveau est devenue très perméable. Je ne peux pas m’empêcher de penser que la concentration de la plupart des titres de presse entre les mains de milliardaires qui n’ont que faire du journalisme, des journalistes, de leurs conditions de travail, et qui ont d’autres intérêts que produire de l’information de qualité, y est pour quelque chose.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 31/12/2016 @ 10:35

  33. Et un joyeux Front National (FN, UPR, RN,DLF, FDG malgré lui) à toutes et à tous pour 2017…..financé par la Russie, oeuf course toujours d’après les fameux fantaisistes uber alles amères ricains strangelove anxieux de notoriété.

    Commentaire par Georges Dubuis — 31/12/2016 @ 11:35

  34. @ Gilbert Duroux, les médias, les lobbys, les politiques et les citoyens.

    Spontanément, on est toujours tenté de prendre le partie de la femme battue, ou présentée comme telle. On nous répète sans cesse qu’une femme meurt tous les 3 jours sous les coup de son conjoint. C’est devenu une telle évidence que quand enfin l’une de ses femmes humiliées, martyrisées, pointe le bout de son nez, sachant, puisque qu’on nous l’a expliqué à quel point il est difficile pour une femme battue d’échapper à son bourreau, qui oserait demander à cette femme de bien vouloir faire la preuve de son récit.

    Une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. En fait tous les 3,5 jours pour être plus précis. Cela représente environ 120 femmes par an. Tout le monde connaît ce chiffre, plus ou moins. Certains mélangent un peu en affirmant que c’est une femme tous les 2 jours ou tous les 2,5 jours alors que ce dernier chiffre inclus les hommes qui meurent dans les mêmes circonstances.

    Une femme meurt donc tous les 3,5 jours sous les coups de son conjoint, 120 femmes, plus ou moins. Tout le monde connait ce chiffre, plus ou moins. Je ne pense pas qu’il y ait grand monde à connaître le nombre de suicide annuel chez les agriculteurs ou dans les prisons, le nombre annuel d’accident mortel du travail, le nombre annuel d’accident domestique mortel, ou encore le nombre annuel d’enfant qui meurent ensuite de maltraitance.

    Il serait sans doute indécent de faire une sorte de concours de popularité entre ces différentes victimes, et 120 femmes c’est déjà trop. Mais d’où vient ce chiffre ? Et bien il y a un rapport tous les ans sur les morts violentes au sein du couple. On le trouve facilement sur internet. Jusqu’en 2014 la publication de ce rapport était confiée au ministère de l’intérieur file:///C:/Users/Moi/Downloads/etude-nationale-sur-les-morts-violentes-au-sein-du-couple-2014.pdf désormais je n’en trouve trace que sur le ministère de la famille file:///C:/Users/Moi/Downloads/etude-nationale-sur-les-morts-violentes-au-sein-du-couple-2014.pdf On y a perdu en précision.

    Que nous dit ce rapport de ces femmes qui meurent tous les 3,5 jours sous les coups de leur conjoint ? Tout d’abord elles ne meurent pas toutes sous les coups de leur conjoint, car les auteurs peuvent être leur concubin, leur ex concubin, leur partenaire, leur ex partenaire, leur conjoint, leur ex conjoint. Dans un souci de synthèse, je comprends qu’on s’en tienne à la version d’une femme qui meurt tous les 3,5 jours sous les coups de son conjoint. Cela ne porte pas réellement préjudice à la vérité, car personne n’imagine que ce chiffre exclu les couples non mariés.

    « Une femme meurt tous les 3,5 jours sous les coups de son conjoint », ça marque l’esprit, ça prend les tripes. On la voit cette femme amochée qui se prend des raclées tous les jours, soumise à une brute et un jour, la raclée de trop, la raclée fatale. C’est concrètement ce que cela signifie, c’est ce que tout le monde comprends lorsqu’on lui dit qu’une femme meurt tous les 3,5 jours sous les coups de son conjoint, on imagine une femme qui crève à force de s’être fait cogner dessus.

    Cependant, ce n’est pas du tout ce que mesure le rapport dont ce chiffre est issu. Le rapport mesure les morts violentes non crapuleuses au sein du couple.

    Le rapport de 2014 comptabilise 118 décès de femmes.

    Les mobiles sont présentés dans le rapport comme suit :

    « Le refus de la séparation (35) – en cours ou passée – reste la cause majeure du passage à l’acte. Viennent ensuite la dispute (32), la jalousie (12), la maladie de la victime (10), la folie ou la dépression (9), les difficultés financières et la maladie de l’auteur et de la victime (5 chacun), la maladie de l’auteur (3) ainsi que l’euthanasie et les violences subies. »

    Autre point intéressant, ce rapport comptabilise également parmi ces victimes celles qui ont subi avant leur décès des violences physiques, morales ou sexuelles de la part de l’auteur de l’homicide. C’est finalement ces victimes là qui incarnent la formule « qui meurt sous les coups de … ». Sur les 118 femmes victimes, 43 avaient subi de l’auteur de l’homicide des violences physiques, morales ou sexuelles.

    J’entends qui est quelque peu indécent de se livrer à des comptes de boutiquier sur du drame humain. D’un autre côté, il n’est pas moins indécent de passer son temps à donner des leçon de morale à tout le monde sur un mensonge, et d’utiliser le drame humain comme tête de gondole de son militantisme. Ce n’est pas le premier chiffre que j’analyse et qui se dégonfle lorsque l’on entre dans le détail. Et cette femme battue, cette victime absolue, est toujours sous entendue, lorsque l’on discute avec des représentants du féminisme mainstream, c’est le boomerang qu’on s’attend à recevoir au coin de la gueule lorsque nos contradicteurs vont se trouver à court d’arguments. C’est la femme battue qui permet de tenir la boutique, l’un des produits phares du féminisme mainstream.

    Commentaire par Seb. — 31/12/2016 @ 13:10

  35. Le droit de grâce peut être contesté, être estimé anormal ou exorbitant, mais tant qu’il existe : je ne pense pas qu’il puisse être reproché à celui qui en est le dépositaire d’en avoir fait usage (en son âme et conscience). Par ailleurs il est exigé des fonctionnaires une obligation de réserve : les Magistrats devraient peut-être se l’appliquer à eux-mêmes. Sur le fond de l’affaire je m’abstiendrai de toute prise de position, étant complètement noyé par le flot de commentaires et informations contradictoires qui nous sont présentées. N’étant pas en capacité de vérifier quoi que ce soit, il me paraît tout à fait hasardeux de se prononcer sur le bien-fondé de telle ou telle décision.

    Commentaire par BONNET Francis — 31/12/2016 @ 16:06

  36. @ Seb
    Votre approche apporte des informations capitales que j’ignorais complètement. Merci! Pourriez vous développer le détail si l’étude du rapport le permet?

    Commentaire par Jacques Heurtault — 31/12/2016 @ 19:58

  37.  » Les médias élevés au rang de cour suprême »

    C’est ça le problème : il n’y a pas de cour suprême en France… Encore une de nos infériorités face aux Etats-Unis ! Pas d’instance suffisament compétente, prestigieuse, pour arbitrer, réguler, faire évoluer les décisions de justice.
    Et avant cela, pas de Constitution qui équilibre les pouvoirs, je veux dire vraiment, sans donner trop d’importance à l’Exécutif, et trop peu au Judicaire. Dans un pays où l’excès de pouvoir Exécutif ne règle pas les problèmes, dans un pays où on attend, c’est arriéré, des hommes providentiels, comment ne pas regimber face à la grâce d’un Président d’ailleurs bien impopulaire ? Comment prendre au sérieux une Justice avec des budgets etiques, que la Constitution ne reconnait même pas comme un pouvoir ? Impossible.

    Comme la nature a horreur du vide, les médias sont promus au rang de juge suprême.

    Commentaire par Noblejoué — 31/12/2016 @ 22:48

  38. Hors sujet, encore que… :

    Vœux ?

    François Hollande, dans ses vœux, a tenu à nous rappeler que la parole de la France était attendue, entendue, espérée, dans le monde. Certes. Mais croit-il vraiment que ses états d’âme, ses émotions, ses flatteries, ses vantardises, ses platitudes, ses lieux communs, ses approximations, ses prophéties… intéressent le monde ?
    « Notre principal adversaire, c’est le doute » dit-il, montrant par là son dogmatisme. Sans acceptation du doute pourtant, ni foi ni raison ne tiennent, ne le sait-il donc pas ? Refuser le doute, c’est s’interdire toute pensée rationnelle. Si elle savait dire cela, oui, assurément, la France serait entendue et sa parole serait porteuse d’espoir.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 01/01/2017 @ 12:19

  39. @Noblejoué
    Attention à ne pas confondre les Etas Unis (Etat fédéral) et la France (Etat centralisé). Aux Etats Unis, un juge à la Cour Suprême est nommé A VIE!

    Commentaire par Jacques Heurtault — 01/01/2017 @ 16:18

  40. @Jacques Heurtault

    Les rapports en question :

    Pour 2014 : le rapport est disponible en pdf sur cette page : http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Communiques/Morts-violentes-au-sein-du-couple-118-femmes-decedees-en-2014

    Pour 2015 : http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/IMG/pdf/Enquete_sur_les_morts_violentes_au_sein_du_couple_2015_-_principaux_enseignements_-_MIPROF.pdf

    Comme vous le constaterez le rapport sur l’année 2015 et bien moins détaillé que celui sur l’année 2014, 3 pages contre 33. J’avais déjà pris connaissance de celui de 2013, les chiffres varient un peu mais les tendance sont les mêmes.

    Je veux bien que vous me fassiez part de votre impression entre le discours que l’on répète inlassablement dans les médias et le contenu de ces rapports.

    Cordialement,

    Commentaire par Seb. — 01/01/2017 @ 16:33

  41. @ Jacques Heurtault

    Je connais la différence Etat fédéral-Etat centralisé. Mais aussi la différence entre vraie séparation des pouvoirs (pays anglo-saxons entre autres) et nous. L’architecture du pouvoir ! La notre, Constitution comme pratique, est lamentable.
    Manque l’équilibre, manque aussi une clef de voute, que ce soit la courrone britannique ou une Cour suprême. Comment un truc si de gingois vaudrait-il quelque chose ?

    Qu’on nomme une cour à vie ou non en France, c’est un détail. Ce qu’il faut, c’est s’inspirer des meilleurs, et voir ce qu’il pourrait y avoir de transposable chez nous. Au lieu de s’exciter sur la dernière et lamentable affaire en cour.

    Commentaire par Noblejoué — 01/01/2017 @ 16:47

  42. Nous avons aboli la peine de mort mais M. Hollande gracie une femme qui a tué son mari en lui tirant dans le dos.
    Serait-il légitime, juste, de se faire justice soi-même ?
    Nous avons aboli la peine de mort mais la France fait comme les USA, elle pratique délibérément les exécutions ciblées. On l’apprend aujourd’hui.
    Est-il légitime, quand on s’interdit de condamner à mort un homme jugé coupable, de mettre à mort un homme qui n’a pas été jugé ?
    Où est la cohérence ? où est la raison ? où est la justice ?
    Suffit-il de dire « femmes battues » ou « c’est la guerre ! » pour tout se permettre ?
    Si c’est ça le progressisme, ce n’est pas le progrès.
    Nous nous vantons d’avoir aboli la peine de mort. Nous ne l’avons nullement abolie. C’est la justice que, par notre tragique inconséquence, nous avons abolie.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 05/01/2017 @ 12:55

  43. Bonsoir Aliocha,

    Vos confrères sont proprement terrifiants* et ils s’étonnent d’être conspués (http://corto74.blogspot.fr/2017/01/journalopes-juste-une-vue-de-lesprit-de.html). On l’a déjà constaté bien des fois mais ce soir, la boucle est bouclée. France 2 n’a rien trouvé de mieux que d’offrir au motif « d’informer » une tribune à l’intéressée, laquelle a déclaré, quelle surprise, qu’elle ne se sentait pas coupable : « Jacqueline Sauvage ne se sent pas du tout coupable » (http://www.lepoint.fr/justice/jacqueline-sauvage-ne-se-sent-pas-du-tout-coupable-06-01-2017-2095220_2386.php). C’est évidemment relayé avec enthousiasme et sans retenu comme d’habitude (« Ça, c’est une info, coco, tu comprends? Ça va faire vendre du papier. ». Comme l’a écrit très justement Philippe Bilger dans son billet: « La Justice était blessée, il l’a achevée. » (http://www.philippebilger.com/blog/2016/12/le-coup-de-grâce-à-la-justice.html). Une deuxième balle, tirée à bout portant, vient de le confirmer.
    Ce pays n’a qu’à supprimer son ministère de la Justice puisqu’il est rempli de mauvaises gens qui ne comprennent décidément rien.

    Bonne soirée

    * Authueil l’évoque dans un domaine voisin dans son dernier billet: « La faiblesse du journalisme politique » (http://authueil.fr/post/2017/01/06/La-faiblesse-du-journalisme-politique)

    Commentaire par H. — 06/01/2017 @ 22:43

  44. @ H
    A vrai dire, elle n’a pas répondu à la question « vous sentez vous coupable ? ». Elle l’a éludée en remerciant ses soutiens pendant une trentaine de secondes, puis son avocate s’est mise à pérorer. Là, j’ai éteint la télé et me suis promis, résolution 2 de l’année 2017, de ne plus regardé le journal de 20 h.

    Commentaire par Lagun — 07/01/2017 @ 23:23

  45. @ H.

    « Ce pays n’a qu’à supprimer son ministère de la Justice puisqu’il est rempli de mauvaises gens qui ne comprennent décidément rien. »

    Supprimer le ministère de la justice serait peut-être la meilleure chose qui pourrait arriver à la justice. Celle-ci en effet devrait être en effet beaucoup séparée qu’elle ne l’est du pouvoir politique. Mais le problème est plus grave que ça. C’est l’idée que collectivement de la justice qui part à vau-l’eau…
    La preuve ? c’est un sujet qui ne suscite que bien peu de débats car il n’intéresse pas grand monde.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 08/01/2017 @ 09:24


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