La Plume d'Aliocha

27/07/2011

Les journalistes français bientôt sous surveillance ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 00:07

C’est une proposition de loi qui s’est discrètement glissée sur le bureau de l’Assemblée nationale le 13 juillet dernier et que mon confrère Olivier Da Lage a eu bien raison de faire sortir en pleine lumière.

L’auteur ? Jean-François Mancel, député UMP de la 2ème circonscription de l’Oise, membre de la commission des finances de l’Assemblée et plein d’autre choses encore.

Le texte ? Une proposition de loi. Comme chacun sait, les textes rédigés par les parlementaires sont dénommés proposition, par opposition à ceux du gouvernement appelés projets. Le Parlement a si fort à faire avec les réformes gouvernementales que généralement les propositions passent à la trappe. A moins d’une exception, toujours possible. Il ne faut donc pas s’emballer, mais il convient d’être vigilant.

L’objet ? La création d’un Conseil national de déontologie journalistique.

Les motifs ?  Il s’agit de réagir aux dérives de la presse française (oui, je suis d’accord avec vous amis lecteurs, au moment même où l’empire Murdoch s’effondre et alors que nous avons avantageusement soutenu la comparaison avec nos confrères américains lors de l’affaire DSK sur la présomption d’innocence, puis sur le respect dû aux victimes, les parlementaires s’indignent de nos excès, c’est amusant). Le député s’appuie sur l’echec de la commission présidée par Bruno Frappat visant à adopter un code de déontologie pour estimer qu’il est temps que le législateur nous prenne par la main pour nous aider à nous auto-réguler. En soi, on ne peut critiquer l’idée, c’est sa traduction qui est discutable.

L’inspiration : La Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, les pays scandinaves disposent de conseils de la presse, lesquels ont pour mission, suivez bien c’est important, de :

- préserver la liberté rédactionnelle,

- contribuer à restreindre l’ingérence de l’Etat,

- favoriser la qualité de l’information,

- démontrer le sens de la responsabilité des médias,

- aider le public à accéder aux médias.

Donc la France doit faire de même. Dans un précédent billet très intéressant, Olivier souligne que le conseil britannique n’a pas été très efficace pour empêcher les dérives de la presse anglaise, mais bon. Admettons quand même l’intérêt d’ouvrir le débat, on n’a jamais rien à perdre à réfléchir.   Surtout que Jean-François Mancel insiste sur la notion d’auto-régulation, histoire d’éviter une levée de boucliers. L’auto-régulation justement, cela consiste pour une profession à se gérer elle-même, entièrement et exclusivement. Or, ce n’est pas tout à fait cela qu’on nous propose en pratique. Le texte tend plutôt à organiser l’amorce d’une régulation partagée.

Ce Conseil national serait en effet composé de 21 membres dont 7 représentants des éditeurs de presse, 7 représentants des journalistes et 7 représentants de la société civile. Comme le souligne Olivier, c’est dans la représentation de la société civile que le bât blesse. Non pas tant sur le principe en soi, que sur le mode de désignation de ses membres, lequel est renvoyé à un décret, c’est-à-dire au bon vouloir du gouvernement (article 2). Or, souvenez-vous, dans l’exposé des motifs, le député évoquait l’une des vocation de ce type de conseil chez nos voisins européens : "contribuer à restreindre l’ingérence de l’Etat". En lui confiant le soin de fixer les modalités de désignation de 7 membres sur 21 ? Drôle de restriction ! Surtout que c’est aussi par décret que l’on fixera le mode de désignation des membres du comité exécutif. On restreint, on restreint. A cela s’ajoute le fait que le comité se verra adjoint un représentant du ministère de la culture, certes avec voix consultative, mais tout de même. Toujours pour restreindre l’ingérence de l’Etat, je suppose…

D’ailleurs c’est amusant, quand on lit l’article 1 qui définit les missions du conseil, il n’est fait nulle part mention de la liberté rédactionnelle, ni de l’ingérence de l’Etat, pas même de l’accès du public aux médias. Notre conseil à nous ne sera qu’un père fouettard. Il est chargé en effet de veiller à la qualité de l’information, au renforcement de notre crédibilité et au respect de l’éthique. La liberté et l’indépendance sont passées à la trappe. C’est magique !

Le comité exécutif, dont le mode de désignation sera fixé par le gouvernement, aura vocation à définir le réglement intérieur du Conseil. Nous sommes toujours dans la logique de restriction de l’influence de l’Etat comme vous le voyez (article 3).

L’article 5 nous apprend que cet aimable conseil sera financé par la profession, c’est-à-dire par chaque journaliste et chaque éditeur de presse qui en sera obligatoirement membre. L’Etat décide et co-dirige, nous payons. Logique.

L’article 6 institue un système d’examen des plaintes, dans lequel le conseil a avant tout un rôle de médiateur et doit par ailleurs se déclarer incompétent si la justice vient à être saisie du dossier. Il n’est habilité qu’à prononcer des "sanctions morales". On sent bien à ce stade que le député a choisi d’avancer sur la pointe des pieds. Nous partons d’une situation décrite comme insupportable dans l’exposé des motifs, pour arriver à un conseil au rôle de médiation et dont la seule arme consiste à désapprouver la faute. Entre nous, il faudrait savoir. Soit le journalisme français est dans un état de déliquescence morale avancé et dans ce cas il faut créer en plus des solutions judiciaires une véritable instance disciplinaire, soit ce n’est pas le cas et alors pourquoi mettre en place ce qui ressemble fort à un comité Théodule ? Nous serions face à une stratégie du pied dans la porte que ça ne m’étonnerait pas outre mesure.

Mais le point d’orgue est l’article 7 : dans les trois mois de la création du conseil, un comité représentatif de l’ensemble des professionnels du journalisme et des différents médias, dont la composition sera fixée…..par décret bien sûr – vous avez saisi la logique – sera chargé de rédiger un code de déontologie. Et ce code sera validé…eh oui, vous avez deviné, par décret. Le diable est dans les détails. Puisqu’il sera soumis à l’approbation du gouvernement, ce-dernier pourra imposer les modifications qui lui paraîtront nécessaires. Et la profession devra demander l’autorisation pour toute modification ultérieure. C’est ce qui est arrivé aux commissaires aux comptes avec la loi de sécurité financière de 2003. Eux aussi s’auto-régulaient. Aujourd’hui, ils sont sous la coupe d’une instance de régulation dans laquelle ils n’ont plus qu’une représentation minoritaire et qui définit leurs règles de déontologie. Elle le fait d’ailleurs de façon si contestable que la Commission européenne a enjoint à la France récemment de réviser le texte qu’elle jugeait trop restrictif par rapport aux autres pays européens. Ce que les commissaires aux comptes ne cessaient de hurler sur tous les tons. Le Conseil d’Etat, saisi par les professionnels, avait quant à lui jugé le texte parfaitement conforme…

Jean-Luc Martin-Lagardette qui a écrit des ouvrages passionnants sur la déontologie de la presse, réagit dans un article de façon assez rude aux critiques d’Olivier : "La résistance d´Olivier Da Lage cache en fait, selon nous, le refus persistant de la profession de rendre des comptes au public, de lui donner des garanties sur l’exigence de qualité et d’équité qui est attendue d’elle". En ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que la profession avait besoin de se souder autour d’un texte commun, fort, qui définisse ses droits et ses devoirs et qu’elle puisse opposer aux tiers autant qu’on puisse le lui opposer. De la même façon, je ne serais pas hostile, loin de là, à un conseil national en charge de veiller au respect de l’éthique, mais aussi de nous représenter, de veiller à la préservation de nos valeurs et de nos règles professionnelles. A condition que l’on s’inscrive dans le cadre d’une réelle auto-régulation, à l’instar des avocats, qui sont confrontés à la même impérieuse nécessité que nous de préserver leur indépendance à l’égard des pouvoirs publics. Or, la proposition de Jean-François Mancel n’offre aucune garantie de cette indépendance. J’en veux pour preuve l’article 1 qui n’évoque au titre des missions du Conseil,  ni la préservation de la liberté de la presse, ni celle de son indépendance. Plus qu’un symbole, cet "oubli" est un aveu.

Note : je n’ai pas trouvé les liens permanents des billets d’Olivier, les articles que je cite sont datés respectivement du 24 juillet pour la critique du Conseil, et du 17 juillet en ce qui concerne l’échec du modèle britannique.

Mise à jour 27/07 à 11h20 : merci à loz pour son aide, la question des liens permanents est résolue.

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35 Commentaires »

  1. @loz : merci ! suis sous Safari, vais essayer…

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 00:44

  2. Bonjour,

    j’aimerais vous signaler mon désaccord sur plusieurs points :

    -d’abord, sur la supériorité supposée de l’auto-régulation. Je prends deux illustrations : la finance, l’ordre des médecins.
    Pour la première, plusieurs de vos billets sont assez éloquents à ce sujet : l’auto-régulation a des conséquences choquantes (je me souviens notamment de votre billet relatif au cynisme d’un financier, sur la spéculation sur les produits agricoles). L’impuissance des institutions de contrôle vous écoeurant par ailleurs, il me semble.
    Un contrôle réel est nécessaire dans la finance, n’est-ce pas? Pourquoi un tel contrôle devrait-il être, a priori, exclu pour le journalisme? L’information du public est une noble mission, aussi importante pour la démocratie que la finance l’est pour le système économique.

    Pour la seconde, on notera l’inefficacité constatée quant à ce qui est d’imposer la moindre contrainte. L’ordre des médecins avait pour mission d’organiser la permanence des soins : mais, par corporatisme, se refusait à remplir sa mission -qui impliquait de sacrifier les intérêts personnels des médecins-. L’ordre a aussi pour mission de déclarer un médecin inapte à exercer ses fonctions (ce n’est pas une sanction disciplinaire, notez, c’est une décision prise dans l’intérêt et la sécurité du malade). Or, on a aussi constaté le dégoût de l’Ordre des médecins, pour ce qui est de favoriser la sécurité du malade à l’intérêt d’un confrère. D’où un transfert, en 2002, au DG de l’ARS lorsque l’urgence le justifie. On peut comprendre la "tiédeur" du parlementaire ; bien que je comprenne qu’un tel manque de foi à l’égard de votre profession puisse être vexant. Par ailleurs, vous noterez que pour l’ordre des médecins aussi, l’instance disciplinaire est tenu par l’autorité de la chose jugée au pénal. Ce qui est absolument normal -ça ferait désordre, d’avoir les juges déclarant untel innocent de telle faute pénale, et l’instance disciplinaire le condamnant pour le même fait dans la foulée…ou inversement, s’il était déclaré coupable au pénal, d’ailleurs-.

    Ces deux illustrations pointent certaines limites de "l’auto-régulation" (on pourrait aussi disserter sur cette expression…). Une gestion exclusive par la profession n’est pas, à mon avis, un bon choix. Il est logique qu’il y ait des garanties, à l’égard d’une chose jugée comme étant supérieure : l’intérêt général. C’est par exemple pour cela que même les décisions des ordres ouvrent droit à divers recours devant les juges administratifs (par exemple : référé-suspension de la décision de suspension prise par l’ordre des médecins). La libre organisation d’une profession ne débouche pas nécessairement sur un équilibre optimal, n’aboutit pas à la satisfaction de l’intérêt général, et doit donc dès lors être soumise à contrôle du juge.

    Vous me répondrez : "mais lisez-moi mieux, c’est ce que je dis !". Certes, vous n’êtes pas contre la présence, dans un tel conseil, de représentants de la société civile. Mais vous vous insurgez sur le mode de désignation : un décret. Faudrait-il une loi, donc? En quoi cela garantirait-il la plus grande indépendance du Conseil à l’égard de l’Etat? A moins que ce soit aux professionnels eux-mêmes de désigner ces représentants? Mais je me demande alors s’il n’y a pas un réel risque "d’assèchement" de la pluralité, du contradictoire.

    -Ensuite, j’ai l’impression que vous ne comprenez pas la substance d’un tel Conseil. Je ne suis pas d’accord quand vous dites qu’il devrait avoir pour rôle de représenter les journalistes. C’est vrai, mais très parcellaire comme analyse. Il a aussi pour rôle de représenter le public auprès des journalistes. Et, visiblement, d’être un espace de dialogue entre le public, les journalistes, les éditeurs et l’Etat. Une organisation ordinale ne se justifie que pour les professions libérales : point d’institutions représentatives du personnel, pour les libéraux. Je ne suis pas journaliste, mais n’y a-t-il pas une majorité de salariés (ou de stagiaires exploités, dans l’audiovisuel)?

    En tant que représentant du public, il est naturel qu’il veille au respect de certaines obligations, permettant de garantir une certaine transparence, l’existence de bonnes pratiques, et ainsi d’aider à la délivrance d’une information loyale, sincère, de qualité.
    Mais, et là je vous rejoins, en tant qu’espace de dialogue, il est tout autant naturel d’y garantir la liberté de la presse.

    Cela dit, je ne crois pas qu’il y ait opposition : la liberté de la presse est nécessaire à la délivrance d’une information sincère, loyale, de qualité. Pis : l’obligation n’a de véritable sens que s’il y a une liberté à son fondement, dans notre système. Comment peut-on être fautif, ou responsable, si nous n’avons aucune liberté?

    -Et j’en viens à mon point final : s’opposer a priori à la création d’un tel conseil est dès lors une erreur, à mon sens. La théorie est loin d’être parfaite, je le conçois -notamment l’absence de certaines missions-. Mais il faut bien voir ce qu’en fera la pratique. Et c’est la pratique, que l’on devra dénoncer. Rejeter toute proposition non parfaite, en se fondant implicitement sur la conviction que la proposition a un but diabolique et que tout tournera nécessairement au plus mal, c’est dommage. Je n’ai pas lu votre auteur favori, mais n’est-ce pas très proche de la "société de défiance"? Même dans un conseil dont les missions ne s’appuieraient que sur les devoirs, il n’est pas impossible, loin de là, qu’avec un peu de volonté l’on puisse défendre la liberté de la presse. Faire respecter la qualité de l’information (c’est-à-dire objective, impartiale, loyale, honnête, sincère), c’est faire respecter la liberté de la presse ! Arriver à une telle conclusion ne nécessite même pas la moindre contorsion intellectuelle.

    Pour conclure, je vous accorderais mon accord sur tout le reste, et notamment sur l’article 7 : une telle chose est stupide. Un décret n’est pas nécessaire. Je ne suis pas un publiciste, mais je suis à peu près certain qu’un tel conseil, si pourvu de la personnalité morale, peut être parfaitement capable de prendre lui-même des actes administratifs.
    Ou alors, on peut imaginer que ces "représentants de la profession" soient…hé bien les syndicats et les employeurs. Qui peuvent conclure, tout seuls comme des grands, des accords réglementant la profession.

    Commentaire par Flashy — 27/07/2011 @ 01:31

  3. pardonnez la longueur du commentaire. On s’en rend difficilement compte, lorsqu’on suit le fil de sa pensée.

    Commentaire par Flashy — 27/07/2011 @ 01:33

  4. @Flashy : ne vous excusez pas au contraire, vous soulevez beaucoup de points passionnants sur un sujet très complexe.
    – sur la comparaison avec la finance, je me permets de l’écarter d’entrée de jeu. Il y a dans la presse une problématique particulière d’indépendance et de liberté qui interdit la comparaison avec la régulation financière. C’est pourquoi, parmi toutes les professions réglementées, soumises à une déontologie et exerçant d’une manière ou d’une autre une mission sensible, d’intérêt public, je pense que la profession d’avocat est la plus proche de la nôtre. Or, celle-ci est auto-régulée et je pense que ça ne fonctionne pas si mal, même s’il y aurait des choses à dire en ce qui concerne la discipline.
    – sur l’auto-régulation, il faut savoir d’où l’on part. Le journalisme n’est pas régulé en France, l’auto-régulation un tant soit peu organisée constituerait donc un progrès, là où d’autres professions déjà auto-régulées depuis longtemps sont pour certaines sur le point de changer de paradigme et de se diriger vers une régulation partagée.
    – sur la présence du public, encore une fois pourquoi pas. Le problème, c’est quel public, s’il s’agit d’amis du gouvernement, sachant que par ailleurs la plupart des groupes de presse sont aussi des "copains", ça va commencer à faire beaucoup de copains, et en face on aura qui ? Quelques syndicalistes représentant les journalistes ? Ils ne vont pas peser lourd, je le crains. Or, qui travaille et engage sa responsabilité concrètement ? D’abord et avant tout le journaliste. Il est classique de renvoyer la détermination des modes de désignation à un décret. Sauf que là nous sommes dans un domaine très sensible qui mériterait que la proposition de loi affine considérablement ce qu’elle entend déléguer au gouvernement. D’ailleurs il faudrait aussi entrer bien davantage dans le détail de la représentation des éditeurs et des journalistes.
    – donc le conseil pourquoi pas, mais avec un article 1 qui réaffirme les objectifs d’indépendance et de liberté, et une organisation revue dans cet esprit.
    – quant à la validation du code de déontologie par décret, elle n’a pas que des désavantages, c’est aussi un moyen de donner plus de force au texte. Mais cela ne rend que plus sensible sa rédaction.
    En résumé, notre député doit revoir sa copie, corriger les distorsions entre l’exposé des motifs et l’articulation concrète de la proposition, s’inscrire dans une approche d’intérêt public et non comme il ressort de ce projet dans une simple volonté de mettre la profession à la botte.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 02:43

  5. @Aliocha, @Flashy: Je partage en grande partie l’avis de Flashy. L’autorégulation ne marche nulle part. C’est généralement un dispositif qui permet de dire que tout va bien et qui ne sanctionne personne, jusqu’à ce qu’un scandale éclate… La finance me semble bien plus représentative de la presse que les avocats en fait. Aujourd’hui, beaucoup d’avocat sont libéraux (pour le pénal) et les gros cabinets n’écrasent pas encore le métier. Avocat, c’est un diplôme, et des droits forts (assister aux garde à vue, auditions chez le juge…). Les sanctions réelles prises par le batonnier sont…minimes. Combien d’avocats radiés par ans?
    Un journaliste c’est presque le contraire: pas de formations initiale requise, et finalement peu de droits spécifiques (les sources). Sans compter que l’information n’est pas un ‘service publique’ assuré par le journaliste seul, mais par ce couple complexe qu’est l’organe de presse et le journaliste.

    Là ou je diverge de Flashy et vous rejoint, c’est sur le rejet de cette proposition de loi. Elle consiste à créer un comité Théodule (un de plus), aura donc tous les défauts des systèmes auto-régulés, mais en organisant un système discrétionnaire sous contrôle direct de l’Etat (avec ses dérives propres)! Cela revient à tuer les résidus d’indépendance qui pouvaient subsister…
    Est-ce à dire qu’il ne faut rien faire, non je ne le crois pas, il y a des carences, des manques, des dysfonctionnements. Comment les traiter?

    En clarifiant/séparant deux fonctions: presse et journalisme. Elles sont vouées à cohabiter, mais sont par nature distinctes. Le presse est déjà ‘légalement’ pas mal couverte, par les lois sur la Liberté de la Presse. Pour la rendre un peu plus indépendante (politiquement et économiquement) je propose juste deux mesures simples: les groupes de presse ont interdiction de dépasser, mettons 15% de part de marché, par principe. Tout franchissement de ce seuil impose cession de titres. Un groupe de presse ne peut être contrôlé par ou contrôler un groupe ayant l’Etat comme client et/ou régulateur fort (au hasard, BTP, Nucléaire, Armement… à compléter). Séparation stricte de la vente des espaces publicitaires. Ca parait un brutal comme ça (oui, cela n’a aucune chance d’arriver en France, où c’est tout le contraire), mais ces mesures reviennent à créer de la concurrence et briser un quasi monopole matiné de conflit d’intérêts. Un exemple historique existe. Dans les années 70, aux USA, ATT contrôlait les Télécom. pour faire baisser les coûts et assurer à l’Etat de ne pas dépendre d’une entreprise unique, ATT a été ‘cassé’ et a conservé l’international. Le marché national à été splitté entre 7 sociétés (dites baby-Bell) avec interdiction de dépasser 20% de part de marché.

    Le cas du journaliste est lui différent. Qu’est-ce qu’un journaliste au sens légal? A quoi ce statut (???) doit-il donner droit, quelles contraintes deviennent de ce fait légitimes? Le droit essentiel est la protection des sources. Sans cela, plus de journalisme. Les contraintes: je n’en voit pas, hormis deux, symboliques et fortes. L’obligation de mentionner nom et titre (journaliste) à chaque article. Cela sépare dans le journal lui même le travail des journalistes des ‘publications autres’ et permet d’identifier/séparer ce qui est publié comme journaliste ( avec droit/devoirs afférents) de ce qui est publié comme ‘citoyen’ et relève de la liberté d’expression. Le devoir d’un article ‘journaliste’ étant une notion que je n’arrive pas à exprimer clairement: ‘fair information’, interdiction de dire quelque chose de faux sciemment (mensonge ou doute très fort). Il va de soit que toute sanction éventuelle ne peut pas passer par un comité quelconque. L’indépendance du journaliste passe par un organe de sanction indépendant (notamment de tout gouvernement). Pourquoi pas la Justice? ce n’est pas censé être la fonction même des tribunaux? Ainsi, un journaliste ne peut pas facilement être condamné par l’Etat, mais s’il l’est, il l’est par les citoyens français.
    Brefs deux trois idées en vrac et sans prétention, vus d’un non journaliste non juriste mais 100% utopiste :-)

    Commentaire par kaeldric — 27/07/2011 @ 05:53

  6. Il me semble, chère Aliocha, que vous évacuez bien vite les raisons de cette légifération en début de billet.

    En effet, comme sur le grand paris et ses élus accrochés à leurs petits fiefs, l’état a beau jeu en prenant la main après avoir laissé sa chance à un projet venant des catégories concernées. Ca va être dur d’expliquer au public qu’il faut laisser faire la profession quand elle vient de prouver son refus d’une autorégulation. C’était l’essence du piège politique tendu avec les états généraux puis la commission Frappat. Étonnant de voir que la profession a été incapable de comprendre cet état de fait et donc d’adopter elle-même des standards. Bonne chance pour refuser les projets venus d’en haut, comme pour les élus du Grand Paris. Notez que ces derniers ont eu l’air assez ridicules quand ils ont voulu protester après des années de surplace.

    La fête est finie, je doute que la profession y gagne mais politiquement la droite joue ici sur du velours. Fallait qu’on y réfléchisse avant d’expliquer avec une certaine morgue que non, le journalisme n’avait pas besoin d’un code de déontologie…

    Commentaire par moktarama — 27/07/2011 @ 08:36

  7. @moktarama: je comprends votre analyse, mais je n’y adhère pas du tout. Sur l’aspect tactique. C’est une ruse vielle comme la politique que de présenter une situation comme conflictuelle, puis de proposer deux voies de sortie, l’une douce (A), l’autre dure (B). Bien sur on cristallise sur A, et en cas de rejet on peut alors expliquer que B est appliqué faute d’accord. Mais céder et approuver A ne règle rien. Car un an après, on recommence, en décalant juste un peu A et B. Résultat, quoi que vous fassiez, dans 10 ans vous serez sur la position B. Donc non, il faut parfois rejeter le moindre mal forcé et dire non. Seulement, il faut le faire franchement, clairement, nettement.
    Le piège est simple: faire passer un rejet pour une absence de choix. La solution est simple: rendre explicite le rejet pour que ce soit un choix.
    Hors la tactique, sur le fonds. En quoi un code de déontologie est-il nécessaire? Y-a-t-il beaucoup de problèmes? Et ceux là ne sont-ils pas déjà couverts par la loi? Parce que créer un code pour suppléer à une loi que l’on applique pas, je reste plus que dubitatif sur le résultat final.
    A supposer qu’il y ait effectivement un problème, un code est-il une solution saine? Sur ce point, ma position ‘philosophique’ est clair: non. Les chartes éthiques, codes de déontologie et autres ne devraient simplement pas exister. Jamais. Soit un comportement est légal, soit il ne l’est pas. S’il est inapproprié et légal, c’est la loi qu’il faut changer, ou apprendre à accepter que d’autres agissent différemment de nous. Dans un Etat de Droit, seul le législateur est légitime à restreindre la liberté des citoyens. C’est l’essence de la fonction législative. Le danger des chartes et codes, c’est la création d’un droit privé promulgué par des entités sans contrôle démocratique effectif. A terme, c’est destructeur pour la société dans son ensemble.

    Commentaire par kaeldric — 27/07/2011 @ 09:15

  8. Ce genre d’institution tient du corporatisme et tend à développer une justice de classe.
    Le système le plus abouti est le conseil de l’ordre des médecins qui peut se substituer à la justice pour couper les têtes qui dépassent. Certes, ce projet Mancel ne va pas si loin….. pour le moment.
    Le Tribunal spécialement dévolu aux parlementaires en est un autre exemple, et on a vu avec quelle efficacité il a condamné Pasqua…

    Lorsqu’une profession établi une charte déontologique, elle doit être seule pour la rédiger, et si elle contrevient à la loi, il y a des tribunaux ordinaires pour rétablir de droit.
    L’Etat n’a pas à se mêler de ça. Les Etats qui pratiquent cette politique ne sont pas dans un état de liberté démocratique mirobolant (Chine, ex-URSS, Chili de Pinochet, Espagne de Franco, etc.) Tout au plus doit-il garantir l’accès à l’information et la protection des sources. Mais pas seulement pour la profession de journalistes.

    Une chose avérée vraie et d’un intérêt public doit pouvoir être divulguée sans devoir justifier comment le propagateur a eu accès à l’information.
    Aux tribunaux, si besoin est, d’évaluer ces deux critères, et aux journalistes d’établir un code déontologique pour rester dans les clous (ou le faire en toute connaissance des risques s’ils choisissent d’en sortir…)
    Est-ce un hasard si cette proposition n’est pas passée à la trappe?
    Blutch.

    Commentaire par Blutch — 27/07/2011 @ 09:43

  9. @kaeldric : je reste sur ma différence avec la finance, question de méthode. Depuis le temps que je suis l’actualité des avocats, j’admire leur capacité à s’arcbouter sur la défense de leurs valeurs, et je l’envie même pour ma profession. Quand on touche à une profession si en prise avec une liberté fondamentale, les droits de la défense pour les premiers, la liberté d’information en ce qui nous concerne, il faut le faire d’une main tremblante. Comme les avocats, nous sommes par essence en conflit potentiel avec les pouvoirs publics, pas la finance. Et c’est d’ailleurs bien sur ce terrain que débute l’exposé des motifs, à savoir nos supposées violations de droits divers. Rappelons à ce stade que la CEDH met régulièrement en balance droit à l’information et la violation des autres droits. Pourquoi ? Parce que notre job nous mène nécessairement à ces violations. Notre député veut les empêcher, il est à côté de la plaque, on ne peut pas les empêcher, on doit faire en sorte qu’elles soient effectuées dans un intérêt légitime et non pas à la Murdoch. Bref, le positionnement très particulier de notre job doit servir de base à la réflexion. Ce n’est pas le cas dans le texte, ni dans l’exposé des motifs, ni dans le dispositif législatif lui-même. Sinon, on ne peut que soupçonner une volonté d’ingérence ou craindre qu’un texte mal fagoté n’y aboutisse à supposer que ce ne soit pas le but d’entrée de jeu.
    Pour le reste, je pense comme vous que la justice suffit en effet à réguler le système, et qu’il faudrait se pencher d’un peu plus près sur la concentration des médias. Néanmoins, un conseil national ne serait pas de trop. Je l’observe assez chez d’autres professions pour voir que c’est quand même une force que d’avoir des règles inscrites dans le marbre, une sorte d’identité commune, une représentation. Mais bon, on n’en a jamais voulu et il me semble trop tard. Du coup, on risque bien de se retrouver sous une régulation du type quo’n nous propose. Pourquoi pas, à condition de prendre grand soin de préserver notre liberté.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 11:10

  10. @moktarama : bah, le pouvoir fait souvent ça, je ne sais pas s’il y avait un piège, mais le résultat en effet c’est que soit on s’organise tout seul, soit on admet une organisation forcée. A ceci près que nos élus ne veulent pas se mettre à dos la presse (songez donc !) et moins encore nos candidats aux présidentielles quelques mois avant l’échéance. A moins bien sûr d’un véritable sinistre qui retourne l’opinion publique contre nous et rende une proposition de reprise en main acceptable aux yeux de l’opinion…

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 11:14

  11. @Aliocha: Il y a tant de différences entre les journalistes et les avocats. Ils défendent leurs valeurs? Mais c’est justement leur métier! On ne devient pas avocat par hasard. Il est plus aisé de défendre un principe auquel on croit quand il est attaqué par une réforme législative quand justement on le défend tous les jours.
    Une particularité est justement ce couple Presse/Journaliste. Un avocat défends, mais il défend seul. Un journaliste passe toujours par un intermédiaire (journal, TV, radio, éditeur…). L’avocat, après 30 ans de barreau aura eu des centaines, des milliers de clients… Un journaliste non. Les sources de revenus du journaliste, ce sont quelques groupes. Là ou l’avocat est une profession libérale, le journaliste est un ‘ouvrier dans l’industrie de l’information’ (je ne trouve pas d’autre image, n’y voyez aucun mépris!). Cela change tout, car pour le museler, il est possible de jouer sur plusieurs niveaux: l’attaque directe, bien sur, mais aussi la régulation de la Presse elle-même. En déléguant du coup une partie de la répression sur l’employeur, indirectement, sous forme d’auto censure.
    La violation de la loi, même par un journaliste, j’ai du mal. Rien ne justifie la violation de la loi. Un but supérieur ne doit pas nous affranchir de la loi. Mais la loi arbitre justement entre différents droits légitimes, et articule, définit l’équilibre. Typiquement, droit à l’information et droit à la vie privée peuvent s’opposer: la loi dit ce qui est possible ou non, dans quelles circonstances.
    Sans être un spécialiste, je ne vois pas trop quoi changer dans notre système actuel, qui ne me semble pas si déséquilibré.
    Ce qui s’est passé en Angleterre est strictement illégal, même là-bas. Des journalistes sont fautifs, des policiers, des opérateurs dans les compagnies de téléphonie… Le problème n’est pas tant que ce soit interdit, mais que la plupart des personnes impliquées trouvaient justement ça normal, acceptable, pas si grave…

    Commentaire par kaeldric — 27/07/2011 @ 11:47

  12. @kaeldric : et on pourrait trouver mille autres différences encore. Nous sommes d’accord (une fois de plus). Mais je vous préviens, là je ne lâcherais pas ;-) on a encore une différence de point de vue. Je me place non pas sur le terrain de ma profession, mais dans la perspective qui est celle du député, à savoir comment réguler cette profession ? Et comme je passe mes journées à observer les professions libérales, la régulation économique, etc., je m’inscrits dans la logique consistant d’abord à identifier ce que je veux réguler. Pas un secteur économique qui pose des questions de protection du consommateur, donc on écarte tout ce qui est finance, concurrence, énergie etc. Je veux réguler une profession qui touche à une liberté démocratique fondamentale. A ce stade, il n’est pas encore temps à mon avis de l’observer de plus près. On a une difficulté préliminaire majeure à résoudre : moi, législateur, gardien donc des libertés démocratiques, je me penche sur la régulation de l’exercice d’une de ces libertés. Aïe, trois fois aïe. Je ne peux le faire, en étant logique avec moi-même, qu’en commençant par reconnaître l’importance de cette liberté et la nécessité de la préserver. Pourquoi ? Parce qu’en face de ceux qui l’exercent, les médias, il y a ceux qui sont titulaires du droit à l’information, les citoyens. Quand vous régulez l’économie, vous avez d’un côté les acteurs qui veulent faire du business librement et en face des consommateurs qui ont droit à une relative sécurité, il faut installer un curseur. Dans le cas des médias, et avec cette proposition, on voit surtout s’intercaler entre le journaliste et sa liberté d’expression d’une part et le citoyen et son droit à l’information d’autre part, un politique qui peut avoir des raisons inavouables d’intervenir pour réguler cette liberté. Danger ! c’est à cet endroit très précis que se situe le risque et c’est pour ça que je souligne qu’à mon avis nous avons un problème spécifique de régulation lié à un domaine sensible en termes de liberté et de rapport au politique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 13:23

  13. Très savoureux compte-rendu de polémique chez @si concernant Mediapart, certains commentateurs ont du génie, en l’espèce une commentatrice, Natoussia, qui parle de buzz et distingue l’envie des journalistes d’être lus et de faire réagir avec celui qui poste une video sur you tube "d’un pétomane unijambiste qui fait du moonwalk", ça me fait rire depuis 10 bonnes minutes, je tenais à le partager avec vous. Y’a des Audiard en herbe sur la toile, un vrai bonheur : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4215

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 13:46

  14. @kaeldric : en fait, ce qui va être difficile à faire comprendre au public dans ce débat, et même au législateur (je m’étonne d’ailleurs de n’avoir pas eu pour l’instant plus d’accusations de corporatisme sous ce billet), c’est l’importance des enjeux. Bien sûr que tout organisme en passe d’être régulé proteste par nature. Bien sûr que dans ces protestation entre une part de corporatisme, de peurs infondées, de stress lié à l’abandon réel ou supposé d’une liberté. Je ne le nie pas. Mais il faut toujours voir les deux faces de la médaille. Même notre ami député, tout à sa volonté de réguler les dérives de la presse oublie une chose, s’il advenait qu’il ne soit plus dans la majorité, il aurait des raisons de s’émouvoir que la majorité en place tripote la liberté de la presse pour se protéger. C’est le même problème qu’avec les avocats et la garde à vue ou la prison. Quand ils gueulent pour dénoncer les problèmes, on les taxe de tous les noms d’oiseau. Et puis il suffit qu’un politique se retrouve personnellement concerné par la GAV ou la prison pour que tout à coup le combat des avocats n’apparaisse plus aussi stupide, corporatiste, anarchiste, indifférent aux préoccupations de sécurité des français etc…C’est pour ça que les accusations de corporatisme m’irritent toujours. Oui un corps constitué, ou pas d’ailleurs, a toujours tendance à serrer les rangs face à une attaque de l’extérieur. C’est entendu. Mais il faut savoir regarder au-delà de ce réflexe pour apprécier s’il est fondé ou pas. Or, il est rarement totalement infondé.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/07/2011 @ 14:19

  15. @Aliocha: Vous ne verrez sous ma plume aucune accusation de corporatisme vous concernant. Je crois (sans vraiment en être sûr) que les journalistes sont trop individualistes pour pouvoir faire bloc bien longtemps. A leur détriment parfois. Ici, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi réguler plus. Il y a déjà des règles, qui bon an mal an fonctionnent. Les lois actuelles sur la presse ne me semblent pas nécessiter de mise à jour.
    C’est un point plus général, en fait. Un problème ne se règle pas avec une loi nouvelle, dans 99% des cas. Pour la presse comme pour un crime quelconque. Donc si on modifie la loi, ça doit être pour corriger un problème ‘fondamental’. Rien de tel à ma connaissance en France.
    J’aimerai bien que preuve à l’appui ce député m’explique ou est la dérive… Les archives montrent que le passé n’était pas tout rose.
    Pour protéger la Presse des délires législatif, il y a un endroit: la Constitution. Quand on voit que même la justice n’y est pas considéré comme un pouvoir…

    Commentaire par kaeldric — 27/07/2011 @ 14:33

  16. L’existence d’un tel Conseil pourrait permettre d’avoir un lieu de débat, si le contradictoire y est respecté. Ce qui nécessite, effectivement, de ne pas se retrouver entre "copains" (du gouvernement, des éditeurs, des journalistes, qu’importe). Confronter des points de vue différents, échanger, cela a un intérêt réel.

    Toutefois, ce n’est pas par une loi nouvelle qu’on changera certaines réalités. Les éditoriaux, ce n’est pas à la loi de dicter ce qu’ils contiennent…mais au public. Je m’explique : si on n’achète pas, ça ne se vend pas. J’ai ainsi cessé de lire le Figaro après divers éditos de monsieur Mougeotte (pour citer un nom).
    Les journalistes-stars, la loi peut-elle les contraindre à l’humilité? Il n’en est rien.

    L’équilibre entre les attentes du public, des journalistes et des éditeurs ne peut être trouvé que par ces derniers. L’arbitrage de l’Etat serait la bienvenue, mais il semblerait qu’on ait du mal à le percevoir comme une entité impartiale, au-dessus des basses querelles. Serait-ce devenu une entité partisane, au service d’intérêts particuliers?

    L’unique véritable problème de cette proposition de loi concerne les nominations. Si les personnalités nommées sont indépendantes, sérieuses, reconnues, tout ira bien. Fétichisme textuel mis à part, de telles personnalités sauront préserver la liberté, l’indépendance sans qu’il y ait besoin de "graver dans le marbre" ces principes dans un texte de loi : l’essentiel n’est pas que ce soit écrit sur un bout de papier (ou pixelisé sur un écran), mais que la conception vertueuse du journalisme soit défendue et vécue sur le terrain. Ces valeurs, écrites ou non, auront la valeur qu’on veut bien leur donner.
    Mais voilà : il faut des personnalités remarquables. Et c’est là que le doute est permis.

    Commentaire par Flashy — 27/07/2011 @ 15:52

  17. Un exemple de "journalisme" que je viens de voir sur le site lepoint.fr…

    Le titre de l’article est: "Un député UMP appelle à censurer le rap ‘issu de l’immigration'"
    Joli titre, non ?… salopard de député UMP raciste, évidemment…
    Dans le corps de l’article on a:
    — le député UMP de la Haute-Saône Michel Raison n’a pas hésité en effet, comme l’a relevé Numérama, à fustiger directement "certains groupes issus de l’immigration" qui, selon lui, "sous couvert de liberté d’expression", "se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes".–

    S’il y en a parmi vous qui croient que l’auteur de l’article n’a pas volontairement menti à ses lecteurs avec son titre raccoleur, c’est bon… vous pouvez être journaliste au Point…

    Commentaire par Arnaud — 27/07/2011 @ 16:09

  18. Bonjour,
    La proposition de limiter les empires de presse en les découpant en rondelles est séduisante au premier abord, mais le nombre de copains étant ce qu’il est, avoir 15 copains "aux ordres" ou 8, pour les journalistes comme pour les lecteurs, je ne vois pas bien ce que cela changerait…
    Vu de l’extérieur, il me semble qu’il manque un chapitre à votre exposé: quels sont les problèmes qui justifieraient une régulation? On ne peut chercher des solutions qu’après avoir fait un état des lieux.
    S’il n’y a pas de problème, le débat est clos.
    Du point de vue des usagers, qui s’en plaignent à longueur de temps, c’est que les médias "servent la soupe au Président", pour faire court.
    Cela doit forcément se traduire par des pressions, comme au Figaro en ce moment, sur les journalistes, priés de "rester dans les clous".
    Si la France est classée 44e pour la liberté de la presse, c’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas… Je souhaiterais que vous nous fassiez part de votre analyse sagace de ces problèmes.
    Les citoyens sont très sensibles à la liberté de la presse, leur attente est très forte et leur rancune vis vis des journalistes qui servent le pouvoir en place, tenace. Après un état des lieux, on peut discuter des solutions. Merci d’avance

    Commentaire par PilouCamomille — 27/07/2011 @ 17:31

  19. Comment une presse qui ne survit que grâce aux subventions officiels et déguisées de l’état et des collectivités locales peut elle être encore crédibles ? …La presse Française d’information n’a plus de lecteurs…..,alors déontologie ou autre forme de procès le cadavre est froid et il commence a se décomposer et cela se sent

    Commentaire par antimythe — 27/07/2011 @ 20:36

  20. Encore une belle proposition qui fleure bon la censure du Conseil constitutionnel pour incompétence négative, compte tenu de la marge de manoeuvre laissée au pouvoir réglementaire dans un domaine qui touche, faut-il le rappeler, aux libertés fondamentales…

    Commentaire par juristedepassage — 28/07/2011 @ 00:19

  21. Si vraiment la déontologie était une préoccupation des patrons de presse, ils n’auraient pas refusé que le texte élaboré par la commission Frappat soit annexé à la Convention collective des journalistes, comme le rappelle ASI :

    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11610

    C’est toujours la même chose, il faudrait faire porter la responsabilité des dérives journalistiques aux seuls journalistes sans se soucier des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier et qui rendent parfois les "bonnes pratiques" impossible. Allez donc demander aux précaires sous-payés de refuser de faire un publi-reportage, par exemple (vous voyez que moi aussi je défends la corporation, Aliocha. Mais certainement pas comme vous !)

    Commentaire par Gilbert Duroux — 28/07/2011 @ 01:07

  22. Oulala, ne nous énervons pas car ce projet est déjà lettre morte: les journalistes dominants et/ou majoritaires refuseront ce type de démarche comme c’est le cas depuis plus d’un siècle: la moindre tentative de "légiférer" en la matière a toujours (et le sera toujours) retoqué par les journalistes qui sont soutenus par les parlementaires qui ne peuvent rien leur refuser. Je parie que ce projet a été annoncé car son auteur devait montrer qu’il existe encore et "travaille" au sein de son assemblée…
    Signé: un journaliste…

    Commentaire par Gouzon — 28/07/2011 @ 02:42

  23. Moi qui oeuvre depuis tant d’années pour qu’un débat public soit mené autour de cette question de la régulation du travail journalistique, je suis heureux de voir qu’il commence enfin grâce à Internet. Merci à Aliocha d’offrir cette discussion.
    Quelques remarques :
    – L’accusation d’O. Da Lage contre JF Mancel (vouloir en fait créer un Conseil de l’Ordre des journalistes) ne tient pas puisque l’instance proposée est tripartite et non corporatiste.
    – La proposition du parlementaire a le mérite de poser la question de la régulation, de dire qu’elle est nécessaire. Face aux dérives de la presse, la profession a toujours refusé non seulement de s’organiser pour les combattre globalement mais aussi toute tentative extérieure pour améliorer la situation. Elle se contente de défendre SA liberté d’expression (et non LA liberté d’expression, soit dit en passant) et son indépendance (qu’il faudrait aussi mieux assurer, c’est certain), mais cela ne suffit pas à garantir la qualité des contenus diffusés s’il n’y a pas à la clé une volonté ferme de faire respecter la déontologie. La profession refuse tout mais ne propose rien, indifférente au manque de crédibilité qui en découle. Elle se fait d’ailleurs de plus en plus doubler par le web…
    – La proposition de l’APCP (dont je parle dans mon article que vous citez) insiste sur le fait qu’un conseil de presse indépendant aiderait aussi le journaliste à défendre sa déontologie (et donc son indépendance) face à tous les pouvoirs, y compris ceux de son employeur.
    – La proposition du député constitue une base. Les débats parlementaires pourraient l’amender et la faire évoluer vers une instance de médiation et de veille véritablement indépendante. Mieux vaut pour moi un projet perfectible que rien.

    Commentaire par Jean-Luc Martin-Lagardette — 28/07/2011 @ 04:37

  24. @ M. Lagardette,

    J’ai essayer de poster un commentaire sur votre site. Ça ne marche pas. Un message m’indique que je dois encoder mon commentaire. Je ne comprends pas ce que ça veut dire. Quel code dois-je utiliser ? Le morse ?

    Commentaire par Gilbert Duroux — 28/07/2011 @ 05:05

  25. La déontologie a bon dos, c’est de l’hypocrisie concentrée.
    Il n’y a que très peu de vrais journalistes en France, beaucoup de lecteurs de textes ou de gratte papiers.De plus toujours les mêmes parleurs écrivains!. Mes Drucker, PPDA, Pernaud, Lucet Duhamel et autres à la porte!
    L’information avec des commentaires lèche bottes ce n’est pas de l’information, toujours voir entendre lire les mêmes experts sous qui se trompent fréquemment apporte quoi?
    Ressasser les mêmes sujets et histoires rime à quoi? DSK par exemple ! Mais franchement ce "sujet" intéresse qui?
    Par ailleurs lorsque la baronne lagaffe était sinistre des finances elle ne voulait pas entendre parler de récession . Maintenant qu’elle est au FMI, elle dit le contraire. Qui pour souligner cet aspect. Qui pour rappeler que les hôtelier restaurateurs côutent très cher avec la TVA à 5,5% .
    Sans une vraie remise en cause de la profession avec un changement radical de la façon de travailler l’information française ne sera jamais qu’un ramassis d’employés au service de l’état.

    Commentaire par manu — 28/07/2011 @ 07:47

  26. Well, la conclusion de tout ça, c’est que si les journalistes ne sont pas capables de s’organiser tous seuls suffisamment rapidement, quelqu’un d’autre le fera à leur place…

    Commentaire par javi — 28/07/2011 @ 09:09

  27. @Jean-Luc Martin-Lagardette : merci de votre visite, j’ai lu votre livre sur la déontologie avec beaucoup d’intérêt, et je trouve que vos propositions sur la transparence par exemple visant à indiquer en bas d’article dans quelles conditions il a été réalisé sont non seulement intéressantes, mais très en phase avec les exigences de transparence qui pèsent sur d’autres secteurs par rapport auxquels nous avons du retard. Très franchement, je vous dirais bien que cette proposition si imparfaite soit-elle peut servir de base de discussion. Hélas, je crois qu’on part de trop loin. Le point de départ est mauvais puisqu’il s’inscrit dans une logique répressive, son articulation est un piège à chaque article, et en plus c’est bâclé. Cela dit sans corporatisme aucun de ma part. C’est juste un regard à la fois de juriste et de journaliste qui suit depuis plus de 15 ans des problématiques de régulation (concurrence, finance, professions libérales), ces sujets je les connais par coeur, et j’aperçois ici toutes les erreurs possibles dans un texte de cette nature. La seule chose à laquelle il puisse servir, c’est comme repoussoir. A nous de nous en emparer pour en faire quelque chose de bien. Quant à la menace d’un ordre, elle est inenvisageable. Nous ne sommes plus du tout dans la perspective de créer des ordres, notamment parce que ce type de système fait hurler l’OMC et n’est pas vu d’un très bon oeil par Bruxelles, trop corporatiste justement, trop suspect de vouloir protéger une profession contre la concurrence. Ce qui se fait à l’heure actuelle, c’est soit inciter une profession à se constituer en une ou plusieurs associations et à se doter d’un code d’éthique et d’un système de contrôle de qualité (on le voit beaucoup dans la finance) soit créer une organe de supervision, modèle retenu par la proposition Mancel.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/07/2011 @ 09:44

  28. Liberté de la presse ???
    Pour quoi faire ??? Quand vous donnez de l’info à un journaliste il n’en fait rien.

    C’est d’actualité, et la presse aurait pu écrire sur le sujet depuis longtemps .

    Le procureur général près la Cour de Cassation vient d’être nommé.
    Reconnaissance du Csm, de la Chancellerie et du Conseil des ministres d’une efficacité judiciaire qui garantit depuis 15 ans l’impunité au directeur de campagne de F Mitterrand passé avec 30 MF et sans fracas à travers le parquet de Paris et la dacg afin de préserver le rapprochement de 2 journaux qu’on lit tous les jours ?

    Voir Sm, Usm, commission des lois de l’assemblée et du sénat

    Commentaire par Choubidou — 28/07/2011 @ 12:45

  29. Il ne faut pas s’étonner que l’UMP veuille créer un tel organisme. Du temps de Clémenceau, tout problème nécessitait la création d’une Commission, avec l’UMP il faut créer un Conseil de déontologie. Attention, à surveiller dans ce domaine tous les partis politiques même les plus progressifs. Il ne s’agit pas ici de dénier les politiques, il s’agit de dire : Chacun à sa juste Place. Il reste que nous devons balayer devant notre porte, et, nous demander pourquoi cycliquement nous revenons à des propositions qui se suivent et qui n’ont jamais été jusqu’alors adoptées. Le copié collé de la profession nuit à la qualité de l’information. Aujourd’hui le copié collé ne suffit plus à certains politiques, aussi vêlent-ils museler encore plus la profession. Même si l’honoraire que je suis, suis cela à distance, je continue, néanmoins, de veiller, et, encourage mes confrères et consoeurs à ne pas céder. Mon confrère olivier a bien fait de soulever ce lièvre passé sous silence. La lutte continue, la Liberté d’informer est à ce prix, la Démocratie aussi. Petit rappel, pour les ronchons, ils sont en droit de saisir la Justice pour tout problème.

    Commentaire par alain27057 — 28/07/2011 @ 13:11

  30. [...] Les journalistes français bientôt sous surveillance ? C’est une proposition de loi qui s’est discrètement glissée sur le bureau de l’Assemblée nationale le 13 juillet dernier et que mon confrère Olivier Da Lage a eu bien raison de faire sortir en pleine lumière. Source: laplumedaliocha.wordpress.com [...]

    Ping par Les journalistes français bientôt sous surveillance ? | Socialdigitalnews | Scoop.it — 28/07/2011 @ 17:54

  31. Bientôt ces "journalistes " n’auront pas assez de leur carte de presse pour essuyer les larmes de la liberté perdue.Les "communicants" prennent la main assez rapidement et l’ "information" ne sera plus qu’une lecture de communiqués.Hier soir j’ai essayé de regarder, écouter la Drucker ,pathétique ,pitoyable .

    Commentaire par manu — 29/07/2011 @ 10:06

  32. Vous défendez votre profession c’est normal mais pour le lecteur lambda c’est une vaste pétaudière où on trouve de tout, et vous n’êtes pas exempts de mauvais journalistes dans votre professsion, la presse poubelle, et les inféodés au pouvoir en pklade ne la valorisent pas et les gens font l’amalgame.

    "Il n’y a plus d’éthique journalistique" se plaignait Jacques Julliard dans un face-à- face avec Ferry…

    Sans doute est-ce "un vieux de la vieille" qui n’est plus un "modèle" dans le vent mais il se trouve que ma génération regrette une certaine classe et une certaine honnêteté intellectuelle qui est loin d’appartenir à tous.

    Commentaire par scaramouche — 31/07/2011 @ 08:45

  33. Jacques Julliard a dit lui-même qu’il n’existait plus aucune éthique journalistique.
    Vous n’échappez pas au relâchement actuel dans un journalisme côtoyé par la presse poubelle, l’honnêteté intellectuelle se fait rare: repportages bidons, éditoriaux au conditionnel avec prises de positions très personnelles;;etc vous ne pouvez pas critiquer justement le Figaro ou autre sans une certaine introspection.
    Les autres professions sont tenues à des règles il est temps qu’il en existe pour les journalistes qui font et défont l’opinion et font rarement de la pédagogie..
    Une presse libre d’acord pour les nouvelles et l’actualité mais pas pour n’importe quoi..

    Commentaire par scaramouche — 31/07/2011 @ 08:54

  34. [...] En ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que la profession avait besoin de se souder autour d’un texte commun, fort, qui définisse ses droits et ses devoirs et qu’elle puisse opposer aux tiers autant qu’on puisse le lui opposer. De la même façon, je ne serais pas hostile, loin de là, à un conseil national en charge de veiller au respect de l’éthique, mais aussi de nous représenter, de veiller à la préservation de nos valeurs et de nos règles professionnelles. À condition que l’on s’inscrive dans le cadre d’une réelle auto-régulation, à l’instar des avocats, qui sont confrontés à la même impérieuse nécessité que nous de préserver leur indépendance à l’égard des pouvoirs publics. Or, la proposition de Jean-François Mancel n’offre aucune garantie de cette indépendance. J’en veux pour preuve l’article 1 qui n’évoque au titre des missions du Conseil,  ni la préservation de la liberté de la presse, ni celle de son indépendance. Plus qu’un symbole, cet “oubli” est un aveu. Article initialement publié sur La Plume d’Aliocha sous le titre : “Les journalistes français bientôt sous surveillance ?” [...]

    Ping par Un député veut encadrer la déontologie des journalistes » OWNI, News, Augmented — 01/08/2011 @ 16:21


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