La Plume d'Aliocha

08/12/2012

Sécuriser le système financier ? Pas si facile…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:26
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Le gouvernement présentera le 19 décembre prochain en conseil des ministres sa loi sur les banques. Celle-ci se fixe pour objectif de tirer les leçons de la crise de 2008 et propose notamment le cantonnement dans des filiales autonomes des activités considérées comme spéculatives. Dont acte. Au passage, le projet de réforme renforce les pouvoirs des deux gendarmes compétents pour surveiller la finance en France, l’AMF qui s’occupe des marchés financiers, l’ACP qui est en charge des banques. Fort bien. Pour mémoire, la loi dite de régulation bancaire et financière, adoptée en octobre 2010, donc sous le précédent gouvernement, avait déjà resserré les boulons. Le dossier législatif permettant de comprendre les objectifs du texte et de suivre son processus d’élaboration est ici (que faire d’autre par un week-end gris de décembre que lire des documents techniques et roboratifs, je vous le demande !).

Laissons de côté l’infernal débat sur l’utilité de séparer banque d’investissement et banque de détail et si oui, selon quelles modalités. Les Etats-Unis s’engagent dans la voie de la séparation, la Grande-Bretagne aussi, l’Europe y travaille, la France se jette à l’eau, chaque pays ou région ayant son modèle à défendre (pour la France c’est la banque universelle), ce qui explique en grande partie la différence des solutions adoptées. Je retiens juste une remarque très pertinente que m’avait faite il y a plusieurs mois un responsable de Finance Watch : si l’on opte pour la séparation, prenons garde à ce que les banques n’exigent pas en contrepartie une régulation allégée pour les activités spéculatives, sous prétexte qu’elles ne mettront plus en péril les dépôts des épargnants, car on risque alors de laisser se développer une activité dangereuse susceptible d’emporter le système dans sa déconfiture en cas de faillite. Eh oui, car le système financier est un tout, qu’on le veuille ou non, et que l’argent ira là où il y a aura le moins de règles, de sorte qu’on risque de créer une gigantesque bulle qui aura l’effet d’un tsunami lorsqu’elle éclatera. Pas sûr alors que les digues juridiques résistent à la vague.

Venons-en plutôt à la surveillance. Ce qui est troublant quand on observe les affaires Kerviel et Picano-Nacci, c’est que la Commission bancaire savait, bien avant que les banques concernées n’avouent de gigantesques pertes de trading, que les systèmes de contrôle interne étaient insuffisants. Elle le savait, elle l’avait dit aux intéressées et elle les avaient sommées de se mettre en conformité avec leurs obligations. Et puis rien. Dans le cas de Caisse d’Epargne, l’inspection générale de la banque (un corps de contrôleurs internes) l’avait aussi fait remarquer. Résultat des courses, la commission bancaire a frappé….après la catastrophe. Société Générale s’est vue infliger 4 millions d’euros d’amende en juin 2008, au terme d’un rapport d’enquête de l’autorité bancaire absolument calamiteux pour la banque rouge et noire. Elle n’a pas fait appel. Et pour cause. D’abord la sanction était modeste. Ensuite, cela confortait sa thèse dans le cadre de l’affaire Kerviel selon laquelle elle n’était pas complice du trader mais aveugle à ses activités. Caisse d’Epargne quant à elle a été sanctionnée à hauteur de 20 millions d’euros (entre temps le plafond légal de sanction susceptible d’être prononcé avait été relevé, passant de 5 à 50 millions). Elle a fait un recours devant le Conseil d’Etat et a gagné sur un point de procédure.

Question : que font les gendarmes financiers français ? Ils bossent. Mais pas assez efficacement, pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a une question de moyens. Ainsi l’AMF ne cache pas qu’elle manque d’hommes et d’outils informatiques pour suivre correctement le fonctionnement des marchés financiers, notamment depuis l’apparition du trading haute fréquence. Par exemple, pour dépouiller les carnets d’ordre et tenter de démontrer une manipulation de cours, il faut des mois de travail rien que sur une seule valeur. Des mois de travail…A l’ACP, certains parlementaires au moment de l’affaire Kerviel ont pointé le vrai problème : des inspecteurs en nombre insuffisants, et sans doute pas assez qualifiés. Voir à ce sujet l’audition de Christian Noyer à l’Assemblée nationale en février 2008.

Mais il n’y a pas que cela. Leurs pouvoirs sont nettement inférieurs à ceux de la police. Les contrôleurs peuvent se rendre dans les entreprises, demander des communication de documents, auditionner des gens. Mais pas perquisitionner, ni placer en garde à vue. La raison ? Il s’agit d’autorités administratives et non d’instances judiciaires. Elles sont censées travailler plus vite que le système judiciaire et offrent donc moins de garanties procédurales. De fait, elles ont aussi moins de pouvoirs.

Entre en compte également un facteur psychologique. Les petits acteurs de la finance ont l’habitude de se plaindre auprès des journalistes des différences de traitement dont ils sont l’objet par rapport aux gros acteurs et j’ai tendance à les croire. Quand un petit se fait choper lors d’un contrôle, il est sanctionné immédiatement. Un gros en revanche passera plus facilement entre les mailles du filet. Parce qu’il est un acteur historique, parce qu’il a de la surface, parce qu’il inspire plus confiance qu’un petit surgi de nulle part. C’est pourtant le gros qui met le plus en danger à la fois ses clients et le système…Et puis il y a encore une autre raison. En théorie de la régulation économique, on sait que pour qu’un régulateur soit efficace, il faut que sa légitimité soit reconnue. Et pour qu’elle soit reconnue et acceptée par les puissants acteurs qu’elle surveille, il faut que son action soit considérée comme juste, ce qui suppose des arbitrages permanents entre sévérité et consultation, obligation et coopération, sanction et transaction.

On l’aura compris, ces réglages de fine horlogerie  maintiennent un équilibre à peu près acceptable dans les périodes calmes. Mais à la faveur des crises, on découvre soudain qu’il aurait sans doute fallu frapper plus tôt et plus fort. Que la négligence de contrôle interne, mollement reconnue par l’établissement qui s’engage tout aussi mollement à la corriger, s’est avérée mortelle. Alors on sort une loi pour déplacer le curseur. Et à ce moment-là, les acteurs hurlent. Pas tout à fait à tort. Attendez-vous à entendre nos banques françaises  rappeler au gouvernement qu’elles ne sont pas à l’origine de la crise, qu’elles n’ont commis finalement que peu d’erreurs, qu’elles sont solides, qu’il faut protéger leur modèle qui s’est avéré plus résiliant que d’autres. Qu’aussi et surtout, il ne faut pas les pénaliser sur le grand marché international en leur liant réglementairement les mains et les pieds, tandis que leurs concurrentes pourront batifoler librement. Bref, l’examen de la future loi bancaire devra arbitrer, une fois encore, entre la compétitivité de la place de Paris et la sécurité du système. Et il n’est même pas certain que dans cet exercice de haute voltige, un gouvernement de gauche soit en mesure d’adopter une position plus radicale qu’un gouvernement de droite. On pourrait en conclure que de ces réglages dépendra la sécurité future de notre système. Oui et non. S’il est un domaine particulièrement mondialisé, c’est celui de la finance. La crise de 2008 a montré qu’un ménage américain surendetté pouvait provoquer la fermeture d’une usine en France. La sécurité du système dépend donc de la capacité des grandes régions du monde à adopter des solutions communes et, qui plus est, à faire les bons choix. On n’y est pas. En revanche, ce que l’on observe c’est que les crises se succèdent à un rythme de plus en plus rapide et se révèlent de plus en plus graves…

29/08/2012

L’apocalypse selon Unilever

Filed under: Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:49
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Il y a quelques mois nous tremblions à l’idée que les agences de notation puissent nous dégrader et, ce faisant, mettre à genoux tout un peuple par l’effet conjugué de la folie médiatique et de la dinguerie des marchés financiers. Et puis l’affaire a laissé place à d’autres nouvelles suscitant d’autres angoisses. Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac, le retour de la pauvreté en Europe ? Et pourtant Unilever l’a fait.  Comme le note @si, on ignorait que la pauvreté avait disparu de nos aimables contrées. Le site relève également que tous les médias ont offert comme un seul homme une tribune au lessivier lui permettant de se faire de la publicité gratuitement. Car Unilever, fort de sa prédiction cataclysmique, annonçait dans le même temps la mise sur le marché de produits de plus petite taille à un prix moins élevé. Personnellement, j’ai entendu la nouvelle sur BFMTV qui est un des rares médias à avoir démaquillé l’information et posé la bonne question : ne risque-t-on pas de nous faire avaler une jolie augmentation du prix au litre ou au kilo, sous couvert d’une diminution du prix à l’unité ? Eh oui, c’est fort probable. Pourquoi les médias ont-ils relayé ainsi, me direz-vous ? Parce que les sujets « crise » ont le vent en poupe actuellement. Ecrivez « crise » dans un communiqué de presse et vous êtes sûr d’avoir un coup de fil de journaliste dans la seconde.

Qu’importe cette petite errance médiatique,  le plus important à mon sens est ailleurs.  La multinationale, dont on trouve les produits partout mais que l’on serait bien en peine de situer sur la carte si on nous demandait où se trouve son siège social, ce mastodonte qui ausculte en permanence le pouls de ses consommateurs dans chaque pays du monde, cet oeil gigantesque qui jamais ne se ferme a donc aperçu la déconfiture de la « région commerciale Europe »et nous l’annonce, sans ciller. On en frissonne. Que cela n’interpelle personne montre que nous nous sommes habitués à l’idée de n’être que de simples consommateurs. Dans ces conditions, comment s’étonner que ce soit une multinationale de lessive qui nous informe de notre prochaine disparition ? En cessant de consommer, nous cessons forcément d’exister. Je me souviens de la fin du roman Plateforme de Houellebecq. Le génial auteur, l’un des seuls romanciers en France qui fasse autre chose que de s’explorer le nombril en se demandant pourquoi il est moins rond que le trou de son c.l., ce visionnaire donc fait dire à son personnage principal alors qu’il imagine la fin de sa vie de modeste salarié français parti s’installer en Thaïlande : « Quelques vendeurs ambulants hocheront la tête. Mon appartement sera loué à un nouveau résident. On m’oubliera, on m’oubliera vite ».

Unilever, dont la crédibilité est infiniment supérieure à celle d’un marchand ambulant thaïlandais, nous donne pour morts, en tout cas au regard de notre capacité à consommer de la lessive. Il faut croire que nous mourrons salement, ce qui ajoute au tragique de la situation une connotation sordide. Imaginez donc des cohortes de consommateurs sans le sous errant à travers l’Europe dans leurs guenilles puantes ! Avec les anciens dieux au moins, nous avions le sentiment de pouvoir négocier, prier, supplier et qui sait peut-être obtenir un miracle, même si Alfred de Vigny trouvait cela lâche. Le dieu de la lessive quant à lui n’a trouvé, du haut de son olympe surplombant notre société de consommation mondialisée,  qu’une chose à faire : nous précipiter plus vite dans le précipice en nous vendant plus cher les produits de première nécessité. Un truc à nous faire regretter les colères fracassantes du bon vieux barbu de la Bible ou les facéties de ces dévoyées de divinités romaines. Mais bon, il y en a qui voient dans l’éradication des superstitions infantiles de nos ancêtres un splendide progrès de civilisation. Tâchons de croire qu’ils ont raison, cela nous épargnera la souffrance indicible de mourir lucide. Et sale, de surcroît.

17/02/2012

Fichus anglais !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:07
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Pauvre François Hollande !

Il se confie à quelques journalistes britanniques et voici que tous ses supporters hurlent à la trahison. Il faut dire qu’il y est allé fort. D’abord, il déclare qu’il n’y a plus de communistes en France. Un véritable provocation à mélenchonnade. Et ça n’a pas loupé, le candidat de gauche s’est immédiatement insurgé.  Ensuite, il en rajoute en rappelant que c’est la gauche elle-même qui a appuyé sur le champignon du libéralisme à l’époque où elle était aux affaires. Et là c’est l’appeau à chroniqueurs politiques en mal d’inspiration.

Deux petites phrases, d’un coup. Quelle jouissance ! Un truc à vous faire oublier celle de Guéant sur les civilisations et même à occulter les frasques de Vanneste à propos des homosexuels, pourtant juteuses si j’en crois l’aiguille de mon gueulomètre. A propos, vous avez vu ? Il pourrait être viré de l’UMP,  le Vanneste.  Il y a des gens qui ont un don certain pour se glisser dans le costume du bouc-émissaire. Sortir une connerie médiatique pareille au moment où, après avoir brièvement roulé des hanches devant les électeurs du FN, l’UMP se sent obligé de rassurer tous ses autres électeurs potentiels….L’innocent ! Il s’y est mis tout seul sur l’autel du sacrifice.

Mais revenons à notre Hollande national. Autrefois, on lisait l’avenir dans le marc de café, aujourd’hui on analyse la politique dans les résidus de discours et les déchets de conversation.

Faisons quand même une tentative de remise en contexte. Londres, c’est La grande place financière européenne. Et pour cause, nos amis anglais ont réorienté leur économie sur la finance, il y a déjà plusieurs décennies. Alors vous imaginez bien qu’il ne faut pas trop les taquiner là-dessus. Même le nez dans la m…. pardon, dans le rosbif à la confiture de menthe – et dieu sait qu’ils l’ont en ce moment  –  ils continuent de crier que c’est de la rose. Comprendre que les marchés financiers sont l’avenir de l’humanité, en tout cas de tous les peuples qui auront l’intelligence de suivre l’exemple de Wall Street, splendidement dupliqué par Londres. Autant dire que les gaulois dans l’histoire sont sujets à caution. Eux qui n’aiment ni l’économie, ni la finance. Eux qui surtout, depuis la crise de 2008, s’obstinent à brandir des projets de réglementation des marchés financiers à Bruxelles.  Les français veulent réguler, les anglais disent non. A tout. C’est si répétitif que ça en devient comique.  Non à la taxe sur les transactions financières (même s’il en ont une), non à un renforcement de la réglementation des marchés financiers en Europe, non à la création d’un gendarme boursier européen. Prenez n’importe quel projet actuel et demandez à un spécialiste où se situe le rapport de force. Réponse : entre Londres et Paris. Les anglais veulent conserver une marge de manoeuvre totale sur leur industrie de la finance.  Sur le fronton des banques, j’écris ton nom, Liberté ! Au point qu’on finit par en avoir marre des anglais, en particulier à Bercy. Je me demande même si Nicolas ne fricotte pas avec Angela, et réciproquement, pour le seul plaisir d’embêter les grands-bretons.

Comment s’étonner dès lors que François Hollande se soit cru obligé de rassurer mes confrères d’Outre-Manche, et à travers eux la finance nationale et internationale, en rappelant que le socialisme ne signifie pas forcément l’instauration immédiate et sans retour des kolkhozes ? Cela me parait plutôt bien vu de sa part. J’ose croire que personne en France ne pensait jusqu’ici qu’il avait à l’esprit d’interdire la finance dès son accession au pouvoir. Quant à la sortie sur la disparition des communistes, il s’agirait d’une imprécision de traduction. Fichus anglais !

Seulement voilà,  l’étude des petites phrases ne s’embarrasse pas de contexte ni de nuance. C’est une déclinaison de la voyance. Dès que la chose est proférée, il est impératif d’en rechercher le sens, non pas dans le propos plus vaste qui la contenait, ni dans le contexte où elle a été prononcée, mais à l’aune des intentions supposées cachées et donc nécessairement mauvaises de son auteur. Nos tarologues amateurs ont retourné la carte du diable et glosent à l’infini sur la longueur de sa queue. L’occasion est trop belle d’agiter la grande machine à polémique !

Notez, l’affaire est déjà éclipsée par la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. A droite, on hurle de soulagement, tant le suspens était insuportable. A gauche, on rivalise de déclarations fielleuses. Sur BFM TV hier matin, les journalistes ponctuaient leur récit de « sans surprise » qui en disaient long. En effet, la machine  est lancée. On connait déjà le scénario et les dialogues par coeur. Du coup, on en viendrait presque à espérer le prochain dérapage, histoire de s’aérer un peu. Car c’est sans doute là que se niche la joie mauvaise de la petite phrase, dans ce couac réel ou imaginaire qui rompt l’infernale mélopée orchestrée par les spécialistes de la communication. Une pause fugace et réjouissante dans le ronronnement aseptisé du discours politique. Ainsi la communication, à force de nous proposer des mises en scène lisses comme des spots publicitaires finit-elle pas déclencher un effet pervers. Quand le vernis craque, on cherche avec frénésie la preuve du mensonge et de la rouerie. Comme si le masque angélique ne pouvait dissimuler qu’une charogne remplie de vers. La réalité est, hélas, bien plus médiocre.

14/01/2012

Le scandale du crédit accordé aux agences de notation

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 20:32
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Enron, les subprimes, les banques islandaises, et j’en oublie. On ne compte plus les « erreurs » des agences de notation. La vérité, c’est qu’il ne s’agissait pas d’erreurs. A chaque fois, elles ont encouragé ce qu’elles croyaient juste en application de leur vision libérale (ultra-libérale ?) de l’économie. En cela, elles ont largement contribué à la crise de 2008, laquelle nous a mené où nous savons. Et il reste encore des gens pour leur accorder le crédit de l’objectivité ? Mais est-ce qu’on ne marcherait pas sur la tête ? « Qu’importe, il est exact que notre déficit public est excessif » avancent, un peu embarrassés aux entournures, ceux qui ne savent plus très bien quoi penser de la situation.

Voici le texte du communiqué de Standard @ Poor’s (via Le Parisien : allez voir les réactions sur le site, même le Vatican est de la partie, c’est fascinant). Il faut lire le texte, attentivement, mot à mot jusqu’à la fin, pour se rendre compte de son caractère profondément idéologique. Ce n’est pas un défaut en soi, ce qui est ennuyeux, c’est de le prendre pour argent comptant. Comme s’il s’agissait d’un avis parfaitement scientifique et incontestable. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que l’agence se permette de donner des consignes politiques pour améliorer la situation. Mais là où cela devient franchement ahurissant, c’est quand les politiques et les médias se jettent dans le panneau, paniquent la population, et promettent d’obéir aveuglément à l’avis de Standard & Poor’s. En clair, nous sommes en train de confier les rênes de notre pays à une agence de notation. Serions-nous devenus fous ? Je n’ai guère de tendresse pour ces agences, mais je crois qu’elles-mêmes n’ont jamais revendiqué pareil pouvoir. Seulement voilà, leur avis compte sur les marchés financiers (moins qu’on ne l’imagine), sert les intérêts des politiques en pleine campagne présidentielle (plus qu’on ne le pense) et alimente les médias (au même titre que le tsunami au Japon ou l’affaire DSK). Une fois qu’on a créé la panique, il s’agit d’informer minute après minute des derniers développements de la catastrophe, des réactions des uns et des autres, des conséquences sur la vie des français etc.

« PARIS, le 13 janvier 2013
Résumé
Standard & Poor’s abaisse la note à long terme, non sollicitée, de la République Française à« AA+ ». Dans le même temps, nous confirmons la note à court terme, non sollicitée, de la République Française à « A-1+ ».
Cet abaissement traduit notre opinion sur l’impact des difficultés croissantes de la zone euro – à laquelle la France est étroitement intégrée – dans les domaines politique, financier et monétaire.
La perspective attachée à la note à long terme est « négative ».
Décision de notation
Le 13 janvier 2012, Standard & Poor’s Ratings Services abaisse la note non sollicitée à long terme dela République Française de « AAA » à « AA+ ». Dans le même temps, la note non sollicitée à courtterme « A-1+ » est confirmée. Ces notes sont retirées de la liste de surveillance où elles avaient étéplacées avec implication négative le 5 décembre 2011. La perspective attachée à la note à long termeest « négative ».Notre évaluation des risques de transfert et de convertibilité (T&C) pour la France, comme pour tousles membres de l’Union Economique et Monétaire Européenne (la zone euro) demeure « AAA », carnous estimons extrêmement faible la probabilité que la Banque Centrale Européenne (BCE) limitel’accès des entités non-étatiques aux devises étrangères pour le service de leurs dettes. Cette opinionse fonde sur l’accès plein et entier aux devises étrangères dont bénéficient actuellement lesdétenteurs d’euros, situation qui nous semble devoir perdurer dans un avenir prévisible.
Argumentaire
L’abaissement traduit notre opinion sur l’impact des difficultés croissantes de la zone euro dans lesdomaines politique, financier et monétaire. L’issue du sommet de l’Union Européenne du 9 décembre 2011 et les déclarations ultérieures desdifférents responsables politiques nous ont conduit à considérer que l’accord obtenu ne constituait pas une avancée suffisamment importante, ni dans son étendue, ni dans son montant, pour permettre derésoudre structurellement les difficultés financières de la zone euro. Nous estimons que cet accordpolitique n’offre ni les ressources additionnelles, ni la flexibilité opérationnelle suffisantes pour soutenirles plans de sauvetage européens et ne constituerait pas non plus une mesure de soutien suffisantepour les Etats de la zone euro faisant l’objet d’une pression accrue des marchés.Nous pensons également que cet accord se base sur un diagnostic incomplet des causes de la crise,à savoir que les turbulences financières actuelles proviendraient essentiellement du laxismebudgétaire à la périphérie de la zone euro. Nous pensons pour notre part que les problèmes financiersauxquels la zone doit faire face sont au moins autant la conséquence de l’accroissement dedéséquilibres extérieurs et de divergences en matière de compétitivité entre les pays du noyau dur dela zone et les pays dits « périphériques ».Il nous semble donc qu’un processus de réformes basé sur le seul pilier de l’austérité budgétairerisque d’aller à l’encontre du but recherché, à mesure que la demande intérieure diminue en écho auxinquiétudes croissantes des consommateurs en matière de sécurité de l’emploi et de pouvoir d’achat,entraînant l’érosion des recettes fiscales.Par conséquent, nous avons ajusté à la baisse le score « politique et institutionnel » de la France,conformément à nos critères de notation des Etats Souverains. Cette décision traduit notre opinionselon laquelle l’efficacité, la stabilité et la prévisibilité des politiques et des institutions européennesn’ont pas été suffisamment renforcées au regard de l’intensité de ce que nous estimons être une crisefinancière qui s’accroît et s’aggrave au sein de la zone euro.Les notes de la France continuent de refléter notre opinion sur le fait que le pays bénéficie d’uneéconomie riche, diversifiée et résiliente, ainsi que d’une main d’œuvre hautement qualifiée etproductive. Ces points forts sont partiellement contrebalancés, selon nous, par un endettement public relativement élevé ainsi que par les rigidités du marché du travail. Nous notons toutefois que le gouvernement a engagé une stratégie de consolidation budgétaire ainsi que des réformes structurelles à cet égard.
Perspective : négative
La perspective « négative » attachée à la note à long terme de la France indique qu’il existe selon nous au moins une chance sur trois pour que la note soit à nouveau abaissée en 2012 ou en 2013 :
– si les finances publiques déviaient de la trajectoire prévue par les projets de consolidation budgétaire. Si la croissance économique de la France pour 2012 et 2013 se révélait inférieure aux prévisions actuelles du gouvernement (respectivement de 1% et 2%), les mesures budgétaires annoncées à ce jour pourraient s’avérer insuffisantes pour atteindre les objectifs de réduction des déficits pour ces mêmes années. Si les déficits publics de la France restaient proches des niveaux actuels, conduisant à l’augmentation progressive de la dette publique nette au-delà de 100% du PIB (contre un peu plus de 80% actuellement), ou si la croissance économique devait demeurer faible sur une période longue, cela pourrait conduire à une dégradation d’un cran de la note ;
– si un accroissement des risques économiques et financiers dans la zone euro conduisait à une augmentation substantielle des engagements conditionnels ou à une détérioration significative des conditions de financement extérieur.
A l’inverse, la note pourrait se stabiliser au niveau actuel si les pouvoirs publics parviennent à mettre en œuvre de nouvelles réductions des déficits afin de stabiliser le ratio d’endettement public dans lesdeux à trois prochaines années ainsi qu’à mettre en place des réformes favorisant la croissance économique ».
Vous aurez compris que les agences nous attendent au tournant. Elles vont désormais juger la pertinence des réformes qu’on ne manquera pas de mettre en oeuvre pour leur plaire. A  l’aune de leur propre vision de l’économie. Tirons donc le fil de tout ceci. La note est importante car elle contribue à déterminer le taux auquel nous empruntons. Je dis bien « contribue ». Point. Lui accorder un quelconque autre effet relève de la plus pure aberration. Les agences n’ont pas d’autre pouvoir que celui qu’on leur accorde. Seulement voilà, nous sommes en train de découvrir effarés à quel point nous nous sommes livrés pieds et poings liés aux marchés financiers. Et dans ce contexte en effet, il devient difficile de mépriser la note attribuée par Standard & Poor’s à la France. De là à en surestimer le poids…

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