La Plume d'Aliocha

03/05/2012

Nul !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:51
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Tout ça pour ça !

L’ennui quand on vous annonce un grand rendez-vous comme celui du débat de l’entre-deux-tours, c’est qu’il faut ensuite être à la hauteur. Je pense ici au teasing médiatique auquel nous avons eu droit durant des jours. On nous avait même conviés dans les coulisses pour nous expliquer la longueur de la table, le température du plateau, l’interdiction des plans de coupe et le reste. Une vision du contradictoire à faire fantasmer n’importe quel avocat. Ah, si l’on pouvait régler la température dans les salles d’audience au niveau souhaité par les plaideurs ! Notez, l’exercice tenait davantage de la performance moitié sportive, moitié show bizz, que du débat. Il fallait donc soigner les conditions de cette drôlerie télévisuelle.

Je m’attendais à un affrontement entre deux visions politiques de l’avenir, je n’ai vu que deux molosses se disputant la France comme un morceau de viande sous le regard désemparé de journalistes tirant en vain sur la laisse des candidats furieux. La communauté médiatique entière applaudit la qualité du débat. La gauche se pâme d’adoration devant l’anaphore « moi président de la République » de François Hollande qui m’a personnellement vrillé les nerfs tant le ton en était faux et ampoulé. De son côté, la droite se félicite de la pugnacité et de la précision de son candidat. Ah bon ? Je l’ai trouvé en détresse, oscillant entre agressivité et séduction, défendant péniblement son bilan sous le feu nourri de son adversaire. Hollande était raide, observent certains, Sarkozy combattif, rétorquent les autres. Personnellement, j’ai surtout vu de mauvais acteurs jouant respectivement les clones de Mitterrand et de De Gaulle dans une sinistre partie de catch. Comme si nous n’avions plus d’autre solution que de nous référer au passé, d’agiter chez l’électeur le goût de la petite madeleine de Proust, d’appeler les fantômes des grands hommes à la rescousse pour épauler des candidats en panne de souffle. En réalité, ils se sont révélés prisonniers l’un de l’autre, incapables de se dégager du combat haineux patiemment entretenu depuis des semaines par les deux camps et dont le débat constituait l’aboutissement autant que le point d’orgue. Je n’ai pas aperçu de vision de la France, moins encore de l’avenir, mais une querelle partisane et meurtrière, un corps à corps dantesque,  dont aucun n’est sorti grandi. Sauf bien entendu dans le regard de ses supporters ..Le réglage d’horlogerie appliqué à la longueur de la table et à la température du plateau apparait, avec le recul, bien dérisoire. Point n’était besoin d’orchestrer avec tant de précision délicate les conditions de ce grossier pugilat.

A l’évidence, il faut, pour se satisfaire de cette campagne, un engagement idéologique, un désintérêt à l’égard des réalités et une accoutumance à la violence qui me sont étrangers. Tant pis, je ferai donc parti des français laissés pour compte. Mes félicitations aux vainqueurs, c’est-à-dire à tous ceux qui se reconnaissent dans ces jeux du cirque. « Stérile, creux et spectaculaire » résume Daoud Boughezala chez Causeur. On ne saurait mieux dire.

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