La Plume d'Aliocha

05/08/2014

On en a parlé sur France Culture…

Filed under: Affaire Kerviel,Brèves — laplumedaliocha @ 06:50
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Faut-il absoudre Jérôme Kerviel ? Tel était le titre de l’émission Du Grain à moudre sur France Culture consacrée hier, on l’aura compris, au célèbre ex-trader. J’en ai débattu avec la sociologue Judith Assouly, également consultante en déontologie auprès des établissements financiers et le professeur en sciences de management (et membre actif de la défense Kerviel) Jean-Philippe Denis. Vous pouvez réécouter l’émission en podcast ici.

20/03/2014

Vous avez dit bizarre ? Donc c’est bizarre !

J’ai écouté hier la passionnante interview d’Eva Joly dans laquelle elle fait des révélations à Canal Plus sur l’affaire Kerviel. La vidéo est ici (c’est la deuxième de l’article). Puisque nous allons en commenter une partie, je vous invite à la regarder avant, pour vous faire votre propre opinion, puis a revenir ici (si vous le souhaitez).

« C’est la figure de la lutte anti-corruption , elle a fait trembler les puissants en France, aujourd’hui elle s’intéresse de près, de très, très près à l’affaire Kerviel. L’eurodéputée a des révélations à nous faire ! » lance le présentateur pour introduire son sujet. On salive. La juge d’instruction la plus célèbre de France s’est penchée sur le dossier Kerviel, la lumière est proche. Surtout qu’elle a passé des heures et des heures sur le dossier.

Mais avant de l’entendre, on nous propose un petit reportage sur le pénitent de la finance.

Et là, scoop ! Jérôme Kerviel (notez sa tenue noir et rouge aux couleurs de son ex-banque) livre à la caméra amicale et tutoyante de Canal Plus (mode : on est cool, on dézingue la justice, les banque toussa, toussa, on rigole) une nouvelle présentation du dossier qui vaut son pesant de speculos.

En fait, Kerviel a fait gagner de l’argent à sa banque. Si !

« Je leur ai fait gagner 1,4 milliards », dit-il. C’est vrai. Au 31 décembre 2007, il a investi deux fois 30 milliards (mars-juillet puis août-novembre) et gagné 1,4 milliards d’euros au total. Croyez-vous qu’il ai sauté de joie sur le desk, exigé un bonus proportionnel à ce gain gigantesque ? Du tout. Croyez-vous que ses supérieurs, dont on nous dit qu’ils savaient tout, aient débouché le champagne et enregistré le milliard et demi dans la case bénéfice du groupe en 2007 ? Encore moins. Vous savez pourquoi ? Parce que le trader a caché ce gain. Oui. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui le raconte dans son livre. Il est embêté, c’est trop gros. Il a beau se rassurer en se disant que personne n’a jamais été viré pour avoir fait gagner de l’argent à sa boite, il flippe de l’annoncer.  La clef du dossier est là : on ne cache pas ce qui est connu de tous. C’est cette insurmontable incohérence dans la défense du trader qui explique la sévérité des juges à son endroit. Mais revenons aux pertes. En invoquant le gain de 1,4 milliard, le trader oublie un détail : la position de 50 milliards prise en janvier 2008 qui va occasionner 6,3 milliards de pertes. C’est en soustrayant le gain de 1,4 milliard -réalisé à l’insu de la banque mais non contesté par celle-ci dans son existence – qu’on obtient la perte nette de 4,9 milliards.

Mais en fait non, grâce à JK, la banque a gagné aussi :

1,7 milliards. Il fait référence au crédit d’impôt lié à la perte de trading de 4,9 milliards. Comme celle-ci n’a pas été expertisée, Kerviel en déduit qu’elles n’existe pas et conclut donc que la banque grâce à lui a économisé 1,7 milliard d’impôts. CQFD. En fait, une grande banque française s’est amusée en pleine crise des subprimes à annoncer au marché qu’elle avait paumé 5 milliards, mais c’était pour rire. Très drôle en effet.

Une fois que le public est bien chauffé par la monstruosité de cette banque qui martyrise un petit breton, se gave de façon occulte de milliards d’euros et vole en plus 1,7 milliard dans la poche du contribuable (chauffe Marcel, chauffe !) on peut passer à l’interview-révélations-choc-attention-scoop-mondial-indignation-et-buzz-garantis :

« Ce qui est remarquable dans ce dossier, c’est « la mort civile » », commente Eva Joly. Qu’on me permette de noter avec amusement qu’elle s’est appropriée les éléments de vocabulaire de la défense Kerviel.  Je trouve étrange qu’une ancienne juge critique le travail de ses collègues sur la seule foi des dires d’une partie au procès, mais bon.  Cette condamnation a été prononcée sur la seule base d’une petite feuille format A4 sur laquelle la banque a écrit le montant de son préjudice, poursuit-elle. Petite feuille A4 dont on oublie de nous dire qu’elle renvoie à des pièces du dossier, aux comptes contrôlés par les auditeurs légaux, à l’enquête de la commission bancaire, et aux listings retraçant les opérations de débouclage. Mais bon.

« Très bizarrement, ils choisissent de vendre le lundi », jour où la bourse américaine est fermée, ils vont accentuer la perte, poursuit la députée.

Quelle joie pour moi d’être en mesure de rassurer la juge.

S’il y a bien quelque chose de parfaitement PAS bizarre dans ce dossier, c’est le timing du débouclage.

Rien de bizarre, absolument rien.

Flash back. Le vendredi 18 janvier 2008, la banque s’aperçoit enfin que quelque chose cloche du côté d’un de ses traders. Le lendemain samedi, elle le somme de venir s’expliquer sur la nature exacte de ses opérations. L’exercice débute à 18 heures, il est long et pénible car le trader, effrayé,  se tait. Aux alentours de minuit, on finit par retracer grâce à ses maigres déclarations mais surtout aux investigations internes, l’existence d’un gain de 1,4 milliards correspondant à des investissements non autorisés en 2007 (deux fois 30 milliards). Mélange d’inquiétude et de soulagement. En général, les rogue traders dissimulent des pertes. Celui-là, c’est pas banal, a dissimulé des gains. Quelqu’un alors pose la question mortelle : et s’il avait repris des engagements depuis le 2 janvier ? Les recherches, poursuivies toute la nuit, vont révéler le dimanche en milieu de matinée l’étendue de la catastrophe : le trader a misé 50 milliards sur le rebond des marchés alors qu’on n’est qu’au début de la crise des subprimes…. « Dommage, c’était une belle banque » murmure le patron Daniel Bouton quand on lui apprend la chose (récit d’Hugues Le Bret). Il ne sait pas alors que le CAC 40 va perdre 45% dans l’année, mais en tant que banquier il s’en doute. Le spectre de la faillite vient de faire irruption dans son bureau. Puis il se reprend et lance les opérations de sauvetage. Parallèlement, il prévient ses autorités de contrôle. En tant qu’établissement bancaire, Socgen relève de l’autorité de la Banque de France. En tant que société cotée, elle est sous la surveillance de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

En principe, Socgen avait prévu  d’annoncer lundi au marché ses pertes sur les subprimes (2,2 milliards d’euros), conformément au souhait du gouverneur de la banque de France qui avait enjoint toutes les banques françaises de communiquer ces informations au marché. Problème, elle doit maintenant annoncer une nouvelle autrement plus grave. En tant que société cotée, elle n’a pas le choix, elle est tenue légalement de communiquer au marché immédiatement  toute information susceptible d’avoir un impact sur son cours de bourse (article 223-2 RGAMF en lien). Sauf si cette communication immédiate a pour effet d’aggraver la situation. Dans ce cas, un délai peut être accordé. Daniel Bouton va donc informer l’AMF et demander un délai pour informer le marché. Pourquoi ? Parce que s’il annonce le lendemain qu’il a une position non autorisée de 50 milliards qu’il doit céder, les fonds de pension vont jouer contre Socgen et c’est la faillite assurée. La seule solution consiste à céder les positions le plus normalement possible et annoncer ensuite au marché non pas une exposition aux conséquences incertaines, mais une perte nette et définitive. De toute façon, la position est illégale et ne peut être conservée. Sa taille est par ailleurs mortelle, ce qui est une raison supplémentaire de la couper. Sur les deux derniers points, je rappelle qu’à l’époque les fonds propres de la banque s’élèvent à 30 milliards. On dit que Daniel Bouton aurait réclamé 8 jours, l’AMF qui n’aime guère que l’on retienne des informations,  n’en accordera que 3. En clair, le dimanche soir Socgen sait qu’elle doit avoir soldé sa position au plus tard le mercredi soir suivant. Voilà pourquoi les opérations de débouclage ont débuté dès le lundi, malgré la fermeture de la bourse américaine et la situation calamiteuse des bourses asiatiques. Il n’y a là rien de bizarre. Il suffit de connaître un peu le droit boursier et un peu le dossier pour comprendre qu’il n’y avait absolument aucune autre solution.

« Si Socgen avait gardé les titres elle se serait considérablement enrichie »…lance le présentateur. Eva Joly acquiesce. A tort. Outre le fait que Mme Joly devrait savoir que la banque ne pouvait pas pour les raisons exposées ci-dessus conserver ces positions, lors du procès devant le tribunal correctionnel un tableau a montré que les positions prises par le trader pouvaient entraîner jusqu’à plusieurs dizaines de milliards de pertes selon la période de débouclage.

Pour conclure, je trouve consternant que l’on jette ainsi l’opprobre sur les banques et sur le système judiciaire avec des arguments aussi légers. Ce n’est évidemment pas propre au dossier Kerviel.  Il suffit désormais à n’importe qui de lancer dans le débat public un « c’est bizarre » pour immédiatement développer suspicion, complotisme et paranoïa. Les médias ont une responsabilité immense. Il serait temps qu’ils pensent à autre chose qu’à faire du buzz.

 

Note du 21 mars : pour les lecteurs occasionnels qui arrivent de Twitter sur ce billet, je signale que le récit complet de l’affaire depuis l’embauche du trader jusqu’au jugement de première instance est raconté dans « Kerviel, enquête sur un séisme financier » que j’ai publié en 2012 chez Eyrolles au terme de deux ans d’enquête. Par ailleurs, les 47 billets de ce blog consacrés à l’affaire sont accessibles ici

19/03/2014

Affaire Kerviel : l’arrêt surprise de la cour de cassation

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 16:39
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La nouvelle est tombée à 14 heures : la Cour de cassation a confirmé la condamnation pénale de Jérôme Kerviel, mais cassé l’arrêt sur les 4,9 milliards d’euros de dommages intérêts. L’affaire sera donc rejugée d’ici un an ou deux par la Cour d’appel de Versailles. La Cour de cassation considérait jusqu’ici que celui qui inflige un dommage volontaire aux biens doit assurer la réparation intégrale du préjudice occasionné. Ici, elle déclare « lorsque plusieurs fautes ont concouru à la production du dommage, la responsabilité de leurs auteurs se trouve engagée dans une mesure dont l’appréciation appartient souverainement aux juges du fond » (page 42 de l’arrêt). En pur bon sens, on peut considérer que la décision est fondée dans la mesure où la condamnation à 4,9 milliards d’euros était absurde. Toutefois, pour les dossiers à venir, cela signifie qu’on place sur le même plan la faute du cambrioleur qui s’introduit par effraction dans une maison et l’éventuelle négligence de la victime qui n’avait pas suffisamment sécurisé son domicile. « Vous avez été cambriolé, tant pis pour vous. Il fallait acheter un bas rouge, pas un yorkshire » avait déclaré le parquet en première instance pour écarter la solution du partage du préjudice lors de ses réquisitions.

Sur les conséquences pratiques de l’arrêt qui vient d’être rendu, Jérôme Kerviel va être en principe convoqué par un juge d’application des peines pour déterminer les conditions d’exécution de ses trois ans de prison ferme. Cela risque d’être compliqué par le fait qu’il se trouve en Italie sans adresse fixe.  Quant aux intérêts civils, ils seront réexaminés et éventuellement réduits. Admettons que ce soit de moitié, il ne devra plus que 2,5 milliards d’euros. Belle avancée ! Gageons que la défense va surtout accentuer la pression pour obtenir l’expertise du préjudice de 4,9 milliards d’euros invoqué par la banque.

L’arrêt peut être consulté en intégralité ici (PDF). Pour les non juristes, la Cour résume sa décision dans ce communiqué de presse (PDF). 

Mise à jour 20/03 : je vous invite à lire les explications très complètes de Stéphane Durand-Souffland du Figaro , de Pascale Robert-Diard du Monde et de Valérie de Senneville aux Echos. Tous trois sont des chroniqueurs judiciaires aguerris qui ont suivi l’affaire depuis le départ. Ils en savent donc nettement plus que les Zola de carnaval qui depuis quelques mois hurlent à l’erreur judiciaire. J’y reviendrai. Merci aux habitués du blog de m’avoir signalé ces articles.

07/03/2014

Des dangers de l’approximation et aussi du silence

Filed under: Affaire Kerviel,Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:47
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C’est intéressant d’observer une erreur au microscope puis de la suivre à la trace pour étudier la manière dont elle peut contaminer une information.  Tenez, prenons les derniers rebondissements de l’affaire Kerviel avec la visite au Vatican suivie d’un pèlerinage jusqu’à Paris. Pour ceux qui n’ont pas suivi, l’intérêt de Jérôme Kerviel pour le Pape s’est manifesté médiatiquement pour la première fois le 10 février dans le cadre d’une interview accordée au site catholique Aleteia et plus précisément au journaliste espagnol Jesus Colina. La phrase de titre « Je suis le monstre créé et recraché par la finance » va très vite tourner en boucle sur les réseaux sociaux. On retiendra aussi de cette « interview » très empathique cette formule à propos du Pape : « C’est pour moi l’image d’un phare qui montre un cap, seul à même de moraliser le système et de mettre en échec l’insupportable relégation de l’humain au second plan ». Le même jour, l’auteur de l’interview publie un autre article : les 3 leçons à tirer de l’affaire Kerviel. Précisons au passage que la première est fausse. Non, on ne l’a pas laissé faire tant qu’il gagnait vu qu’en juillet 2007 il avait engagé 30 milliards et perdait déjà plus de 2 milliards, or on ne l’a stoppé qu’en janvier 2008.   Décidément passionné par le dossier, le site publie un troisième article  le 18 février qui évoque à juste titre la question de la cupidité dans la finance et la situation humaine compliquée de Jérôme Kerviel mais n’apporte rien de fondamental.

Un rendez-vous, une entrevue, une audience ?

On en était là quand le mercredi 19 février on apprend sur RTL,  (David Koubbi, l’ avocat de Jérôme Kerviel,  est proche de l’animateur vedette de la station, Fogiel de sorte que la radio relaie souvent les arguments de la défense), bref, on apprend donc que : « Après avoir écrit au pape François, Jérôme Kerviel et son avocat ont été invités au Vatican ce mercredi matin. Un rendez-vous au cours duquel ils ont rencontré le souverain pontife ». Un court sujet du journaliste Jean-Alphonse Richard explique que la « rencontre » était organisée par le journaliste Arnaud Bedat – qui prépare par ailleurs un livre sur le Pape François- et que le Pape et Jérôme Kerviel accompagné de son avocat se sont parlé une bonne minute. C’était bouleversant, note le journaliste. Au passage, c’est lui qui a signé la photo qui a été reprise dans les médias, ainsi qu’en témoigne le crédit-photo sur cet article du Figaro.  Immédiatement, tous les sites de presse reproduisent l’information. L’Express annonce que : « D’après RTL Jérôme Kerviel, l’ancien trader de la Société Générale, aurait décroché une entrevue avec le pape François ce mercredi ». Pour Ouest France  : « Jérôme Kerviel aurait été convié, en compagnie de son avocat, au Vatican ce mercredi matin selon RTL. Il aurait au cours de cette visite pu rencontrer le pape François. L’ancien trader de la Société générale avait auparavant écrit une lettre au souverain pontife ». Le site du journal La Vie est plus précis sur le cadre de la rencontre (l’audience générale et non pas un rendez-vous), mais cite le comité de soutien et du coup retourne dans le flou :

« Jérôme Kerviel, l’ancien trader de la Société Générale accusé d’avoir fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale, s’est brièvement entretenu avec le pape François le 19 février 2014, à l’issue de l’audience générale place Saint-Pierreselon l’AgenceImedia qui a constaté la rencontre. Jérôme Kerviel était accompagné au Vatican de son avocat, Me David Koubbi, qui a également parlé avec le souverain pontife.

Dans un tweet, son comité de soutien explique que le Breton « avait écrit au pape la semaine dernière. Une lettre suffisamment convaincante pour que ce dernier le reçoive et s’entretienne avec lui. »

C’est Le Figaro qui le lendemain va apporter le correctif nécessaire dans des termes particulièrement clairs, évoquant un « coup médiatique » :

« Kerviel n’a pas été «reçu» par le Pape

Présenter «l’audience» que le pape François aurait accordée mercredi à Jérôme Kerviel et son avocat comme un geste particulier du Pape à leur égard, relève de la récupération d’image. Cet avocat et son client ont tout simplement réussi, lors de l’audience générale du mercredi qui accueillait 40.000 personnes, à se glisser au premier rang pour se faire photographier. Vérification faite par Le Figaro auprès du service concerné du Vatican, Kerviel ne se trouvait pas dans le carré des personnalités diverses à qui le Pape, sans toujours savoir à qui il s’adresse, sert la main, sous l’oeil des caméras et appareils photos. C’est donc un joli ou un désespéré coup médiatique qui a eu lieu plus qu’une bénédiction papale ».

C’est ainsi qu’un information lancée de façon approximative  et reprise ensuite par tous les sites de presse peut fabriquer dans l’esprit des lecteurs l’idée que le Pape a reçu et apporté son soutien au trader dans le cadre d’une affaire judiciaire en cours, condamnant de facto non pas « la finance » mais la Société Générale et au passage la justice française. C’est impensable sur le terrain diplomatique si on y réfléchit cinq minutes, mais qu’importe, le message, bien qu’ absurde, est passé.

Kerviel, propulsé messager du Pape par les médias

L’histoire aurait pu (du ?) s’arrêter là. Sauf que une semaine plus tard, nouveau rebondissement. C’est le quotidien gratuit 20 minutes qui donne le « la » en lançant l’information avec ce titre :

« Jérôme Kerviel marche entre Rome et Paris pour relayer la parole du Pape ». On y apprend qu’il a démarré à pied de Rome le 24 février et qu’il compte parcourir les 1400 kilomètres qui le séparent de Paris au rythme de 15 à 30 kilomètres par jour en faisant escale chez l’habitant pour dormir.  Source de l’article ? Des proches de Jérôme Kerviel. 20 Minutes a eu droit à une exclusivité. Dans le courant de la journée, une autre formule journalistique fait le tour des réseaux sociaux. « De retour du Vatican, Jérôme Kerviel entame une « marche contre la tyrannie des marchés » ». Puis viennent les honneurs du NY Times. Comme le remarque le site Arrêt sur images en fin de journée, on en vient à penser que Jérôme Kerviel est le porte-parole du Pape.

Au point que le Vatican se sent obligé de réagir ainsi que le rapporte le journal La Croix : 

« Si Jérôme Kerviel a pu s’approcher le 19 février du pape François, à l’occasion de l’audience publique donnée chaque mercredi place Saint-Pierre, et brièvement échanger avec lui, celui-ci ne lui a jamais accordé une audience, a rappelé mercredi 5 mars à La Croix l’entourage du pape, qui aurait lui-même été irrité de cette utilisation des images.

Chaque mercredi, après son audience générale, le pape s’attarde longuement sur la place Saint-Pierre, conversant un instant avec les personnes se trouvant sur son passage.

Le 19 février dernier, l’ex-courtier de la Société générale, Jérôme Kerviel, accompagné de son avocat, avait ainsi pu saluer le pape, réussissant même à s’entretenir brièvement avec lui, alors même qu’il n’était pas dans le carré réservé aux personnes présentées officiellement au pape en fin d’audience ».

Le Vatican aura donc été obligé d’opérer deux mises au point pour corriger les approximations médiatiques sur cette rencontre.

Et voilà comment, à coups de petites imprécisions disséminées ici et là, de faits un peu arrangés et d’événements indépendants les uns des autres mais habilement reliés entre eux, on parvient à dérouler une histoire.  Mais, objecterez-vous, le système s’est corrigé avec les mises au point réalisées par le Figaro et La Croix. En effet. Tard, bien trop tard. C’est la première impression qui compte, ensuite chacun passe à autre chose, en conservant à l’esprit un message biaisé. Seules les personnes particulièrement intéressées trouveront la bonne information. Et surtout, le correctif n’a pas surmonté la barrière de la langue si j’en crois l’article enamouré que consacre au sujet  le New-York Times. (Et qu’on ne vienne plus jamais me vanter le professionnalisme de la presse anglo-saxonne !).

Un si dangereux silence…

Cette affaire révèle une autre faille du système médiatique, fort inquiétante. Parmi les journalistes qui se sont intéressés à l’affaire depuis le départ et surtout qui ont suivi les deux procès, soit plusieurs dizaines de confrères, il n’y en a pas un seul qui ne sourie aujourd’hui à la vue de l’agitation médiatique orchestrée par la défense. Si je le dis, c’est parce que nous venons précisément  de nous réunir dans un cadre associatif et que nous avons discuté de ce sujet parmi d’autres puisqu’il faisait l’actualité. Pour ceux qui connaissent le dossier en effet, – et qui ont donc au minimum assisté aux deux procès qui ont duré trois semaines chacun et lu à peu près 300 pages de décisions de justice sans compter l’examen des pièces  et les interviews avec les parties, des experts etc. – l’intéressé a commis des infractions qu’il reconnait lui-même et a été condamné. C’est hélas ce qui arrive à des milliers de personnes chaque année en France. Si l’on s’en tient aux affaires de rogue traders, elles se finissent la plupart du temps en prison. Il n’y a donc ici rien d’exceptionnel, nulle trace avérée de de scandale, ni de complot. Seuls ceux qui débarquent en fin de dossier, de Jean-Luc Mélenchon à Denis Robert en passant par Martine Orange de Mediapart, et n’ont visiblement affaire qu’à une seule source, trouvent encore étranges, bizarres ou surprenants des éléments examinés par la justice sous toutes leurs coutures, en public et à deux reprises.  C’est Pascale Robert-Diard du Monde qui exprime le mieux  la différence de vues entre ceux qui ont travaillé sur l’affaire et les autres dans ce remarquable billet intitulé « Le paradoxe Kerviel ». Le seul aspect discutable du dossier c’est la condamnation à indemniser la banque à hauteur du préjudice, soit 4,9 milliards d’euros. En principe, la réparation intégrale du dommage par celui qui l’a occasionné parait une règle parfaitement équitable. Mais il arrive que dans des cas exceptionnels, l’application du droit aboutisse à un résultat dont la pertinence interroge. C’est le cas ici. Et la situation se trouve aggravée par le fait que le trader refuse de négocier avec la banque – qui n’a aucun intérêt en termes d’image à lui réclamer cette somme absurde – car il continue de s’accrocher à la thèse de la complicité et de contester la réalité de la perte. Voilà pourquoi les journalistes sourient, parce qu’ils savent tout cela et qu’ils prennent donc la juste mesure de cette agitation.

Mais alors pourquoi n’écrivent-ils pas ce que vous nous expliquez là, me demanderez-vous ? Parce que d’autres sujets les absorbent. Parce que celui-ci est un non sujet. Il n’y a pas d’information, c’est de la communication pure à quelques jours de l’arrêt de cassation qui risque de rendre sa peine de prison exécutable. Parce que le silence leur parait encore la meilleure réponse à opposer à une agitation absurde et même à certains égards assez détestable quand elle s’emploie à rallier de force le Pape à la cause d’un plaideur dans le cadre d’un procès en cours. Seulement voilà. Leurs titres, eux, ont besoin de faire du remplissage. De fait, si les chroniqueurs judiciaires et les journalistes d’investigation des grands médias se taisent, d’autres voix et d’autres plumes des mêmes supports relaient la dépêche AFP et donnent ainsi une audience imméritée et absolument pas nuancée à une campagne de communication fort discutable. Il faut dire que cela permet de pondre un sujet à peu de frais. Il suffit de prendre la dépêche et d’y ajouter trois phrases tirées des déclarations du comité de soutien sur twitter. La presse étrangère embraye sans disposer d’informations contradictoires, ni en chercher par elle-même d’ailleurs – . C’est un autre travers du système. A part les journalistes spécialisés en matière de justice, les autres ignorent superbement le fait que dans un procès, il y a plusieurs parties et donc plusieurs versions de la réalité et qu’on ne saurait par conséquent n’ en relayer qu’une seule, sauf à livrer une information tronquée. Et voilà comment le silence des spécialistes d’un dossier contribue à laisser prospérer des informations de fort médiocre qualité pour ne pas dire franchement erronées.

03/12/2013

Le témoin

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 11:41
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On nous raconte à longueur de sondages que les français n’ont plus confiance en leur justice. Ni en leurs journalistes d’ailleurs. J’y pensais en lisant avec retard,  un article de Mediapart sorti mardi dernier donnant la parole à un nouveau témoin mystère dans l’affaire Kerviel. Pour ceux qui bavardent au fond de la salle, je rappelle que l’affaire Kerviel a été jugée en première instance en juin 2010, que le trader a été condamné à trois ans de prison avec sursis et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts, et que le jugement a été confirmé par la cour d’appel de Paris en 2012. Jérôme Kerviel a formé un pourvoi en cassation dont le résultat est attendu en février prochain. Pour l’instant, il est encore présumé innocent et il est libre. Si la Cour de cassation rejette son pourvoi, il exécutera en principe sa peine de prison. Pour les dizaines de journalistes justice et économie qui ont suivi les deux procès, l’affaire est claire comme de l’eau de roche : le trader a fauté, il est sanctionné, les débats judiciaires n’ont laissé aucun doute sur ce sujet. Ce qui ne signifie pas la fin du débat sur la finance, la justice économique, le montant des dommages intérêts, la responsabilité des banques etc. ; au contraire, tout ceci mérite discussion. Cela ne signifie même pas la fin de l’histoire judiciaire, un nouvel élément peut toujours faire basculer le dossier. Mais précisément, un nouvel élément,  pas le recyclage médiatique de pièces et de témoignages déjà examinés jusqu’à l’épuisement en justice.

Recyclage

Ce recyclage ne semble pourtant pas déranger chez Mediapart.  Depuis quelques mois, le site de presse en ligne feuilletonne sur le dossier, multipliant les « révélations ». Un jour (20 juin) on nous sort les enregistrements du fameux week-end durant lequel Jérôme Kerviel a été cuisiné par sa hiérarchie (enregistrements figurant au dossier pénal et donc examinés par la justice), un autre (4 juillet) on  évoque le soi-disant « cadeau fiscal » de 1,7 milliard (déjà soulevé en octobre 2010 par Me Olivier Metzner et aujourd’hui prescrit), dans un troisième article on fait mine de s’étonner (en tout cas je l’espère) que la hiérarchie du trader ait été virée avec indemnités et invitation classique dans ce genre de contrat à la confidentialité mais non pas, contrairement à ce qui est prétendu, à l’obligation de mentir ou de refuser de témoigner devant un tribunal pénal. Et l’on songe en  lisant cette succession de « scoops » que si leur auteure avait assisté aux deux procès et/ou lu le dossier en entier,  elle écouterait d’une oreille bien moins complaisante les arguments du sémillant défenseur de Jérôme Kerviel. On songe aussi que si certains cessaient de prendre le public pour un con, le niveau des débats s’en trouverait relevé pour le plus grand bonheur de tous.

Le témoin qui voulait à tout prix témoigner

Le dernier volet de la série, donc, évoque le témoignage de (BIP !), un ancien salarié de Fimat, la société de courtage de Société Générale. Disons pour faire simple que Jérôme Kerviel passait par cet intermédiaire (la société, pas ce professionnel en particulier) pour réaliser ses opérations. Les déclarations techniques de l’intéressé sont difficilement discutables dès lors qu’elles mêlent le vécu personnel et une compétence technique dont la compréhension est réservée non seulement à une élite, mais en plus à l’élite de ce lieu-là, à cette période-là. En revanche, ce qu’il dit de la justice augure mal de sa crédibilité. L’intéressé se plaint de n’avoir pu témoigner.  La présidente de la Cour d’appel  a certes refusé de l’entendre, sans doute en raison des libertés que le clan Kerviel prenait avec la procédure et qui n’ont cessé de l’irriter, mais elle a accepté son témoignage écrit. Il est donc faux de dire que son témoignage n’a pas été pris en compte. Notons au passage qu’un témoin ne doit pas assister aux débats avant de s’exprimer à la barre, c’est formellement interdit pour préserver la « pureté » du témoignage. Par conséquent, lorsque l’intéressé raconte qu’il est venu au procès tous les jours dans l’espoir d’être enfin appelé à la barre, il s’égare.  Et il s’égare tout autant  lorsqu’il se permet de tirer à vue sur la brigade financière – qu’il juge incompétente – et sur la justice à qui il reproche en toute modestie de ne pas savoir identifier un cas de subornation de témoin et, plus généralement, de s’être laissée berner dans les grandes largeurs. A le lire, on se prend à regretter en effet qu’un témoin aussi éclairé, tant  en finance qu’en droit pénal et procédure pénale, n’ait pas été en charge de la procédure, il aurait à lui seul résolu une affaire que la brigade financière, deux juges d’instruction, trois magistrats du parquet et six juges du siège n’ont  pas réussi à démêler en l’espace de cinq ans. Allons, passons. Le complotisme bon teint, nourri de supputations et assaisonné d’une pointe d’idéologie (le monde bancaire est pourri, à bas la finance, mort au libéralisme) apparait tellement plus vendeur que la lecture fastidieuse de décisions de justice. Dommage, car celles-ci décrivent assez bien une vérité infiniment médiocre, celle d’un trader qui dérape et que ni ses supérieurs hiérarchiques, occupés ailleurs, ni les systèmes de contrôle, insuffisants, n’ont su arrêter à temps.

Après tout rien n’interdit en démocratie à un individu de contester sa condamnation et à un journaliste de lui prêter une oreille attentive. Au contraire, c’est une garantie supplémentaire contre les erreurs judiciaires. On est toutefois bien loin du J’accuse ! de Zola quand les « révélations » ne sont que le recyclage médiatique d’arguments et de pièces qui n’ont pas su convaincre la justice et avec lesquels on tente d’invalider devant une illusoire juridiction médiatique une analyse judiciaire parfaitement étayée. Et l’on ne peut se défendre d’un sentiment de malaise quand la justice se retrouve sur le banc des accusés sur la base d’éléments aussi légers.

S’il fallait encore se convaincre de l’inanité de la chose, le tweet d’un internaute averti a attiré mon attention sur un papier bien intéressant paru dans Challenges et que je livre à la sagacité des lecteurs. Il s’agit d’une interview de (BIP), oui, notre fameux témoin dont Mediapart révélait mardi dernier les déclarations inédites et fracassantes. Elle est datée du 22 juin…2012. Je vous invite à comparer les deux textes attentivement. Vous constaterez que des passages entiers de l’interview sont identiques aux déclarations de l’intéressé à Mediapart. De fait, le scoop, si scoop il y a, c’est Challenges qui l’a sorti. Il y a plus d’un an. On ne pourrait rêver anecdote plus révélatrice de la vacuité de cette défense médiatique. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs qu’elle soit inefficace, nous y reviendrons…

 

Note du 4 mai 2018 : Par lettre recommandée AR du 3 mai 2018, le témoin en question m’a demandé de supprimer son nom de l’article. C’est ça qu’il y a de bien avec l’affaire Kerviel, elle ne déçoit jamais. 

Note du 9 mai 2018 : A l’attention du Monsieur qui m’a envoyé une nouvelle LRAR : je n’ai jamais reçu vos mails. Vos recommandés me fatiguent. Le premier recommandé n’évoquait que le billet. La recherche dans le moteur de recherche du blog sur votre nom ne signalait pas sa présence en commentaire. Je souhaite vivement que nos relations s’arrêtent là. 

Et un peu plus tard le même jour : j’oubliais :  on commence généralement par des lettres simples avant d’agresser les gens. Par ailleurs, en voyant que j’avais supprimé votre nom du billet j’aurais apprécié que vous me disiez merci au lieu d’employer ce ton comminatoire parce que un commentaire m’avait échappé autant qu’au moteur de recherche. Alors si par hasard vous trouvez votre nom ailleurs, je vous conseille fortement de me parler par courrier simple et poliment. Sinon je vous assure que ça se passera mal. A bon entendeur. 

12/10/2013

Dossier Kerviel : ce qu’il faudrait dire….

Filed under: Affaire Kerviel,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:46
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J’ai lu récemment que Jérôme Kerviel avait écrit aux parlementaires (Lettre en PDF), au ministre de l’économie, à la ministre de la justice et même au Président de la République pour leur dire en substance qu’ils ne pouvaient pas le laisser croupir dans le couloir de la mort sociale (la formule est jolie), qu’aucune expertise indépendante n’avait jamais attesté de la réalité du préjudice de 4,9 milliards d’euros invoqué par la banque, et puis que le crédit d’impôt de 1,7 milliards accordé en raison de la perte précédemment évoquée était sorti illégalement de la poche des français pour tomber dans celle de la banque, par décision de Christine Lagarde, ministre de droite, ministre de Nicolas Sarkozy, ministre citée dans l’affaire Tapie, donc  ministre trois fois coupable, au moins. Et pourquoi pas quatre si on parvient à lui accrocher la casserole Kerviel.

J’ai lu que quelques confrères, essentiellement 20 minutes et Mediapart, relayaient la communication du trader pour le premier, l’appuyait d’investigation dans les dossiers de son avocat, pour le second. Songez donc, quand on secoue l’arbre politico-financier, on a de fortes chances de voir tomber quelques fruits maudits, bien juteux de scandale. Et si ce n’est pas le cas, on pourra toujours expliquer qu’ils n’étaient pas mûrs, ou qu’on n’avait pas de perche suffisamment grande pour les atteindre. Je mets de côté les télés, on n’y délivre plus que fort rarement de l’information. En l’espèce nous avons eu droit au cirque traditionnel de l’interviewer qui ne connait rien du dossier et se trouve réduit à servir la soupe, à l’insu de son plein gré.

Bel exemple du fonctionnement ou plutôt du dysfonctionnement médiatique : un acteur de l’actualité très connu envoie une lettre à des institutions, c’est une information. Elle est relayée.  Puisque les médias en parlent les politiques s’y intéressent et réciproquement. Le tout est d’amorcer la pompe, ce qui ici fut fort bien fait. Ensuite ça marche tout seul sans que personne, à aucun moment, ne songe à douter de la pertinence du fond du dossier puisque celle-ci a été validée par le système. La bêtise c’est comme la neige, quand ça dévale la pente, ça forme des boules qui ne cessent de grossir et qui écrasent tout sur leur passage.

J’ai lu que le Sénat avait reçu Jérôme Kerviel et son sémillant défenseur mardi, dans le cadre de ses investigations sur le rôle des banques dans l’évasion fiscale.

Et roule la boule !

Il faudrait dire aux sénateurs que Jérôme Kerviel, bien qu’estampillé « vu à la télé » – ce qui j’en conviens constitue la distinction la plus élevée et la plus incontestable de notre époque -, a été accessoirement condamné en première instance et en appel pour abus de confiance, faux, usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système automatisé. Un pourvoi est en cours d’examen dont le résultat est attendu en principe pour février prochain. Il est donc encore présumé innocent, ce qui ne change rien au fait que par deux fois, deux procès de trois semaines chacun ont convaincu deux formations différentes de trois magistrats, à deux ans d’intervalle, que l’intéressé était coupable des faits reprochés. En tous points et sans aucune réserve. Le tout à l’issue d’une instruction menée par Renaud Van Ruymbeke qui n’est pas réputé pour être le plus mauvais et le plus à la botte des magistrats instructeurs (si tant est qu’il y en eut, des mauvais et/ou à la botte). Pour tous ceux qui ont suivi les procès et regardé sérieusement le dossier, il n’y a plus de mystère : le trader a commis les faits reprochés, la banque a péché gravement pour insuffisance de contrôle et de management. Hélas, les légendes urbaines ont la vie dure, surtout quand elles sont entretenues médiatiquement et qu’elles plaisent au public. Que quelques titres de presse fassent leur beurre et la télé de l’audience sur la condamnation d’un innocent trader et le machiavélisme de la méchante banque, pourquoi pas ? Nul ne s’offusque plus de la médiocrité des médias. Qu’un politique qui n’est pas réputé pour son sens de la mesure compare Jérôme Kerviel à Dreyfus, c’est dans l’ordre des choses quand on connait l’intéressé, ce qui n’empêche pas un sentiment de honte face à tant de coupable légèreté.

Et roule la boule….

Mais il n’y a donc personne pour s’étonner ici du mépris affiché par le pouvoir législatif à l’égard du judiciaire ?

Parce que la représentation nationale qui interroge un individu fraîchement condamné pénalement pour abus de confiance et pour faux en tant qu’expert…Mazette ! Et même pas expert de la fraude de trading, compétence qu’on pourrait éventuellement lui reconnaître s’il lui venait à l’esprit de l’invoquer, mais en fraude fiscale. Dommage que la chose ait eu lieu à huis clos, on aurait aimé comprendre ce qu’un garçon qui a été trader entre 2005 et janvier 2008 dans un desk de trading très basique peut savoir de l’évasion fiscale. Est-ce le prétendu expert fiscal que l’on a voulu entendre, ou bien le détracteur intarissable des banques depuis que l’une d’elle s’est offensée qu’il ait eu l’audace de jouer ses fonds propres ? Soulignons au passage que la lettre de Jérôme Kerviel avait été mise de côté par le bureau de l’institution au motif qu’elle était potentiellement diffamatoire à l’égard des élus de la République….

Il faudrait dire aussi que les colloques sont remplis de gens très éclairés, universitaires, juges, avocats, auditeurs etc, qui pourraient renseigner utilement députés et sénateurs sur la fraude fiscale, sans que l’on ait besoin d’aller chercher Jérôme Kerviel. Que ce qui manque n’est pas le savoir nécessaire au diagnostic, mais la volonté politique. Et que celle-ci gagnerait sans doute en force et en pertinence à s’abreuver à des sources d’une légitimité incontestable.

Mais bon, en définitive, on se taira. Parce que ça ne sert à rien de dire tout cela. Il faut laisser la comédie humaine suivre son cours, coiffer son bonnet à grelot et toute forme de raison jetée aux ordures, entrer dans la folle farandole politico-médiatique.

Et roule la boule !

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