La Plume d'Aliocha

18/04/2012

Ne tirez pas sur l’exorciste au drapeau rouge !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:08
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Tiens, j’apprends en surfant sur la toile que  Jean-Luc Mélenchon, l’idole des internautes rebelles (pléonasme) et des nostalgiques du drapeau rouge, aurait tâclé François Lenglet, devenu pour l’occasion le porte-flambeau désigné de la BCE et de Bercy, lors de la dernière saison de l’émission Des paroles et des actes (vidéo). Cela faisait quelque temps que la colère grondait contre l’homme aux graphs’, il fallait bien qu’elle éclate. Et pourtant, elle n’est pas si loin l’époque où la toile applaudissait ce nouveau venu dans le cercle très fermé des interviewers politiques de premier rang. Comme tout le monde, je perds  la mémoire du passé éloigné, c’est-à-dire de tout ce qui est arrivé il y a plus de 24 heures, alors j’ai fouillé dans mes archives. C’était fin janvier. Il venait d’interviewer Nicolas Sarkozy et on ne tarissait pas d’éloges sur la nouvelle « star ».

Et puis, patatras ! Voici que le compétent et pugnace journaliste capable d’embarrasser le chef de l’Etat le plus honni de l’histoire de la République Française ose –  l’inconscient ! –  pousser dans leurs retranchements les candidats de gauche. Honte sur lui ! Il se dévoile enfin, le traitre, l’affidé au grand capital. Si nous l’aimions, c’est qu’il avait fait mordre la poussière à Sarkozy, et donc qu’on l’imaginait être des nôtres (le clan des gentils). Or voici que le journaliste économique a l’impudence d’interviewer tous les candidats sur la pertinence de leur programme. Y compris Jean-Luc Mélenchon. Quel outrage ! Comme si Mélenchon n’avait pas, par principe, raison. Faut-il être sot ou malintentionné tout de même ! Les graphiques qu’on appréciait tant en janvier sont devenus, en avril, d’immondes pièges intellectuels pétris de mauvaise foi crasse et de chiffres erronés. On se croirait, à lire certains commentaires, dans un épisode des mystères de l’Ouest et je ne puis m’empêcher d’attendre avec impatience l’apparition du Docteur Loveless qui, c’est certain, tire les ficelles en coulisse de mon confrère yulbrynnerien (un lien, parce que les moins de 40 ans risquent de ne pas connaître…).

Et si nous revenions à la raison ?  Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à ce qu’un journaliste économique pose des questions embarrassantes aux candidats à la présidentielle. A tous les candidats à la présidentielle, y compris aux Don Quichotte qui menacent de leur splendide drapeau rouge les moulins à fric de l’ignoble finance mondiale. Entre nous, je ne doute pas un instant de la sincérité de Jean-Luc Mélenchon, pas plus que de ses compétences. Mieux, comme tout le monde – ou presque – , j’applaudis sa culture, son humour et ses critiques qui ouvrent une brèche intéressante dans le dogme du libéralisme-y-a-pas-mieux-même-si-ça-foire-régulièrement. Mais au nom de quelle règle non écrite serait-il défendu de tester la faisabilité de son programme ?

Hélas, je crains de le deviner…Parce que ses discours nous font plaisir. Et le plaisir, c’est tout ce qu’il nous reste. Celui de botter les fesses de Sarkozy, de mettre l’arrogante finance à genoux, de brandir des drapeaux rouges en rêvant de révolution. Touchez pas à notre rêve Monsieur Lenglet. Et ne touchez pas non plus aux candidats que les médias s’obligent à trouver sympathiques parce qu’ils pensent qu’ils répondent aux attentes des français et surtout parce qu’ils les trouvent distrayants. On ne bouscule pas impunément l’illusion de la pensée idéaliste et généreuse dans ce pays. Je sais, vous savez, nous savons tous, nous les journalistes, que les gens de gauche eux-mêmes avouent off the record qu’ils en rajoutent pour faire plaisir au peuple. Quand ils ne l’expriment pas officiellement, comme ce fut le cas de Hollande devant nos amis anglais. Nous savons aussi que quelques politiques plus bosseurs que les autres, et peut-être moins populistes aussi – je pense au député vert européen Pascal Canfin -, nuancent singulièrement les emportements faciles contre la finance et les solutions trop simples, sans que l’on puisse les taxer d’être des suppôts de l’ultralibéralisme. Mais chut ! Taisons-nous ! Il y a des choses qu’on ne dit pas, des idoles qu’on ne déboulonne pas, des rêves qu’on ne brise pas.

Mais la crise, me direz-vous ? Les problèmes des français  ? Nous allons les résoudre par la seule force de la pensée et de la parole. Si ! D’ailleurs, je vous livre la formule magique à répéter comme un mantra, de préférence en groupe, en ligue, en procession, comme le chantait Ferrat :   A bas la finance !  Voyez-vous Monsieur Lenglet, il n’y a pas de place pour les graphiques, les faits, les chiffres,  dans ce grand exorcisme collectif. Vous êtes dans la position du scientifique démystifiant une apparition de la Vierge devant un parterre de grenouilles de bénitier. Imaginez leur incrédulité rageuse…

Allons, rangez votre science et remballez vos graphiques,  j’aperçois au loin le drapeau rouge du Grand exorciste. Il est là, il s’avance ! Lui seul est capable de délivrer la France de la possession sarkozyste et d’éloigner les démons grimaçants de la finance. Tant que j’y suis, ne perdez plus votre temps à travailler, ce n’est plus à la mode, en particulier dans les médias. Faites comme tout le monde, apprenez ce qu’il faut penser des choses et répétez-le ensuite jusqu’à l’épuisement.

03/02/2012

François Lenglet s’explique chez @si

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 22:10
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Vous pensiez que François Lenglet, le directeur de BFM Business qui figurait dans le panel des interviewers du Chef de l’Etat dimanche dernier, était un économiste ? Loupé. Il a reçu une formation littéraire et ce n’est qu’ensuite qu’il s’est plongé dans l’économie. Vous le preniez pour une « star » ? Encore raté. Il cultive une auto-dérision qui signe la marque des esprits éclairés. Arrêt sur Images l’a reçu sur son plateau cette semaine. Allez l’écouter (payant). Je m’adresse en particulier à ceux qui ont critiqué ses graphiques lors de son interview de Jean-Luc Mélenchon. L’équipe d’Arrêt sur Images le cuisine sur le sujet et il s’en explique. C’est l’occasion de découvrir un bon journaliste économique. Libéral ? Sans doute, mais il refuse d’être enfermé dans un carcan et s’astreint à une vraie discipline déontologique. Au passage, il lance un débat inédit : et si la finance n’était finalement jamais qu’à la botte de la société, même en ce moment ? J’avoue qu’il m’a ouvert des perspectives de réflexion inexplorées. Comme je le soulignais dans un précédent billet, n’en faisons surtout pas une star, on risquerait de l’abimer. D’ailleurs moi-même je m’impose en rédigeant cette brève la sobriété et la mesure, ce qui n’est guère dans mes habitudes tant je suis programmée sur un mode j’adore/je déteste. Et celui-là franchement relève à mes yeux de la première catégorie. Un professionnel à suivre.

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