La Plume d'Aliocha

27/03/2013

Au bal des indécents

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:02
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Hieronymus_Bosch_040Il y a des jours où l’on est frappé par l’indécence du discours médiatique. C’est une question de degré de cohérence entre le verbe et la réalité, de circonstances, d’air du temps. Et sans doute aussi, je l’admets, d’humeur personnelle.

Tenez par exemple, il y a la tristesse de Carla Bruni à l’évocation de la mise en examen de « mon mari« , évoquée ce matin sur BFM TV juste après un reportage sur une nouvelle usine qui ferme. Comme il est détestable ce discours apitoyé, tandis que les images nous  montrent l’intéressée une guitare à la main, ses lunettes de star sur le nez, en train de prendre place dans une énorme berline avec chauffeur. Choc de l’enchaînement des sujets, problème d’illustration aussi. BFM TV aurait diffusé en même temps que les confidences de Carla, des images de Nicolas Sarkozy au Palais de justice,  la chose serait apparue plus supportable. Mais là… on peine à éprouver une quelconque empathie pour cette ex et potentiellement future « première dame », en la voyant évoluer dans un monde parallèle avec la gracieuse désinvolture de l’insouciance.

Pendant ce temps, la mayonnaise n’en finit pas de monter au sujet de la manif’ pour tous. Internet se bidonne en parodiant le malaise de Christine Boutin. Et la dame, bonne joueuse,  d’applaudir tant de bel humour. Que faire d’autre, me direz-vous ? Rien. Toute autre attitude de sa part refermerait sur elle le piège médiatique. Un bouc-émissaire ne saurait sortir du rôle qui lui est assigné sans déclencher l’indignation générale, et donc aggraver singulièrement son cas. Hélas, quand on n’a pas l’heur d’appartenir au camp de ses détracteurs aveugles, on ne peut que relever la bêtise indécente qu’il y a  à se moquer d’une personne victime d’un malaise, fut-il bénin. Accessoirement, il ne doit pas y avoir beaucoup d’exemples – hors périodes révolutionnaires – de personnalité politique faisant les frais dans une manif’ d’une riposte policière.  Tant pis si le dire place l’auteur du propos dans la détestable position de gâcher la fête,  de rompre la grande chaîne de la rigolade, de jouer les angéliques égaré au milieu d’un bestiaire qui n’est pas sans rappeler parfois l’univers de Jérôme Bosch.

La polémique quant à elle, car il en faut au moins une, se concentre sur l’utilisation par l’opposition d’expressions du type « ils ont gazé » des enfants, des vieillards et des poussettes. Les professionnels du combat politico-médiatique n’ont pas mis longtemps pour trouver la parade sur ce sujet embarrassant en hurlant à la comparaison indigne, au sous-entendu monstrueux, à l’allusion ignoble aux horreurs nazies. C’est vrai qu’en l’espèce, le raccourci est insupportable. Il aurait fallu dire : « les forces de l’ordre ont répliqué avec des aérosols propulsant une substance irritante pour les yeux nommée gaz lacrymogène sur des personnes en bas  âge, dont certaines transportées dans de petits véhicules à roulettes communément appelées « poussettes », ainsi que sur des individus situés à l’autre extrémité de la vie ». Trêve de plaisanterie. Qui est le plus indécent en l’espèce ? Celui qui utilise une expression choc potentiellement ambiguë,  ou celui qui intente un procès d’intention en recourant sans états d’âme à la méthode infâme qu’il dénonce aux fins de discréditer son contradicteur ? A moins que l’indécence ne réside  dans le fait de sous-estimer le public en pensant vraiment qu’il va adhérer à ces trucs de bateleurs. Je proposerais bien que l’on condamne les deux camps pour délit d’indécence en réunion, mais au fond à quoi bon ? Le plus sage est encore de coiffer son bonnet à grelots et d’entrer joyeusement dans la danse.

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