La Plume d'Aliocha

24/03/2013

Sans nouvelles de Marianne…

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:36
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L’un d’entre vous m’a demandé par mail pourquoi on ne me lisait plus sur le site de l’hebdomadaire Marianne depuis quelques mois. Eh oui, pourquoi, ai-je soudain songé….

En 2009, Philippe Cohen qui s’occupait à l’époque du site m’a demandé si je souhaitais faire partie des blogueurs associés. Mettant de côté mon allergie pour les entreprises de presse qui rentabilisent des contenus gratuits en vendant aux intéressés l’espoir d’une visibilité (cette visibilité avec laquelle, comme chacun sait, on paie son loyer et ses courses au supermarché), j’ai répondu oui. Parce que je lis, ou plutôt je lisais, Marianne depuis sa création en 1997, parce que j’aimais bien Philippe, parce qu’au coeur de la crise de la presse, je voulais bien – pour un temps donné – aider dans la mesure de mes moyens le site à se développer. L’opération ne me rapportait rien. Pas même l’abonnement gratuit au journal papier que moi et d’autres avons réclamé sans succès durant plusieurs années. Quant au trafic sur mon blog, figurer dans la blogroll d’Eolas m’a toujours envoyé plus de lecteurs que d’être « associée » à Marianne. De son côté, le site a profité durant des années de mon « contenu », lequel s’est avéré souvent juteux en termes de visites. J’ai souvenir de 50 000 visiteurs en quelques heures sur un billet concernant Ruquier, et de plus de 80 000 au plus fort de l’affaire Kerviel (chiffre en haut à droite de la page, qui évoque à tort le nombre de commentaires)…Philippe avait  la courtoisie de nous inviter à dîner dans la rédaction une fois par an et de nous associer à la vie du journal comme du site en nous informant des évolutions éditoriales. C’était friendly de sa part. A défaut de gagner de l’argent, nous participions à une aventure et nous passions de bons moments.

Et puis en juin dernier de mémoire, il a annoncé qu’il cessait de s’occuper du site.  Toute l’équipe rédactionnelle est partie et a été remplacée, m’a-t-on dit, par un professionnel du marketing….Pour ceux qui auraient loupé un épisode, je rappelle que la sortie de son livre co-écrit avec Pierre Péan sur Le Pen a consommé le divorce entre lui et la direction de Marianne cet automne. Philippe a quitté l’hebdomadaire en janvier. Mais reprenons le fil de notre petite histoire. Pendant les mois qui ont suivi le changement de pilotage, Marianne a continué de reprendre mes billets. Et puis à partir de fin décembre, plus rien. Le dernier des quelque 245 billets reproduits sur le site depuis 2009 (chiffre tiré du moteur de recherche de Marianne) a été mis en ligne le 11 décembre. Par curiosité, je suis allée voir  et j’ai cru comprendre qu’il était désormais alimenté quasi-exclusivement par la rédaction. Il ne reste que 2 ou 3 blogueurs, parmi lesquels Juan de Sarkofrance. Même Philippe Bilger a disparu ce qui, je l’avoue, a quelque peu consolé mon ego malmené. Intriguée, j’ai envoyé deux mails au patron du journal,  Maurice Szafran, pour tenter de savoir ce qu’il en était exactement. Pas de réponse.

Du coup, je me suis amusée à faire un petit calcul. En imaginant que pour produire le même volume de contenu, Marianne ait fait appel à un journaliste rémunéré à la pige (moi, au hasard…mais sous mon autre casquette), l’équivalent des 250 billets lui aurait coûté au bas mot….60 000 euros. Explications. Les journalistes sont rémunérés selon une unité de mesure nommée « feuillet ». Un feuillet par convention représente 1 500 signes espaces compris (fonction « statistiques » de votre logiciel, environ une demie page word). Le tarif syndical du feuillet doit tourner aux alentours de 66 euros, mais dans les grands titres, il est plus proche de 100, j’ai donc pris 80 (net). Admettons que chaque billet fasse en moyenne 3 feuillets. Nous multiplions 250 articles par 3 feuillets, par 80 euros, cela nous donne 60 000 euros si le règlement s’effectue en droits d’auteur (ce qui est en principe interdit pour les journalistes, mais je le signale pour les blogueurs non journalistes) auxquels vous rajoutez, si c’est du salaire, les charges salariales et patronales. L’intérêt de cette petite démonstration est de montrer l’économie que représente l’utilisation de contenu gratuit sur le Net pour les éditeurs de presse….En creux, cela permet aussi de mesurer l’étendue du manque à gagner pour les journalistes de métier dès lors qu’on remplace l’information qu’ils produisent par de l’opinion.  Il me semble qu’un tel « cadeau » de ma part méritait bien un « au revoir et merci ». En tout état de cause, quand on décide unilatéralement de rompre un accord, il est d’usage d’en informer l’intéressé.

Voilà, vous en savez autant que moi. Sans commentaire.

Ah si, quand même, une observation annexe. J’ai lu ce matin sur @si (abonnés) que certains sites d’information régionale (pilotés par une boite de marketing) sous-traitaient leur production à des « rédactions » situées en Tunisie. Oui, vous avez bien lu. Pour 300 euros par mois, des diplômés bac +5 disposant d’une « bonne connaissance de la culture française », livrent des articles clé en main sur des régions où ils n’ont jamais mis les pieds.

Il parait qu’on a aboli l’esclavage…qu’on me permette d’en douter.

18/01/2013

La chasse aux sorcières est ouverte !

Filed under: Insolite — laplumedaliocha @ 09:52
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C’est une petite perle nichée au fond du web, enfin pas tout à fait au fond, mais sous la ligne de flottaison du gros navire de l’actualité. L’hebdomadaire Marianne fait l’objet d’une plainte pour injure raciale. Si ! A cause d’une chronique de Nicolas Bedos – oui, le fils de, qu’on entendait autrefois le vendredi chez Franz-Olivier Giesbert. Racontant un voyage aux Antilles l’auteur, qui n’a pas ses grossièretés dans sa poche, conclut le récit d’un entretien avec un chauffeur de taxi local par un délicat « enculé de nègre ». Et voici qu’une obscure association attaque le journal en justice. Mais c’est de l’humouuuuuur, rétorque outragé le directeur Laurent Neumann. Bedos fils n’est pas plus raciste que Coluche. Et de souligner : « Ce prurit juridique nous ferait volontiers sourire s’il n’était pas, hélas, le signe d’une dérive procédurière qui conduit de plus en plus fréquemment certains gogos à voir des racistes, des antisémites et des homophobes partout. Et, par là même, à nuire à la cause légitime – la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie — qu’ils prétendent défendre ». Eh oui, de la même manière que soupçonner des journalistes de blanchir Le Pen dans une biographie ne contribue pas davantage à servir la Cause Légitime. Mais ne soyons pas mesquin et partageons sans réserve l’inquiétude de l’hebdomadaire à propos du sort de l’humour, de la liberté d’expression et de la défense des causes justes dans notre joli paysQuand l’inquisition se retrouve elle-même soupçonnée de sorcellerie, c’est qu’en effet, il y a un problème. Planquez vos crapauds séchés, vos chouettes empaillées et  vos poudres de cornes de bouc, la chasse aux sorcières est ouverte ! On va sonder les âmes, toutes sans exception, aucun brevet de moralité exemplaire ne sera considéré comme valable. Préparez-vous au supplice de l’eau, de la poutre et du feu. Les buchers médiatiques et judiciaires s’apprêtent à flamber ! Notez, vu le temps, ça nous réchauffera.

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