La Plume d'Aliocha

12/02/2013

Le Pape, Hollande et le reste…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:42
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Nous avons appris hier la décision du Pape de renoncer à sa charge. Du coup, j’ai survolé quelques articles. Et j’ai frissonné. Ainsi donc, on traite cet événement là comme n’importe quel autre ? Certains en plaisantent, même. On dit que François Hollande aurait lancé « nous ne présentons pas de candidat », tandis qu’une ministre aurait twitté qu’elle n’avait pas été consultée avant la décision. Quant aux Femen, elles se sont fait remarquer. On est prié d’applaudir devant tant de décoiffante et libératoire modernité. Ou moderne liberté, les deux conviennent. En tout cas, des femmes nues à Notre-Dame qui saluent la renonciation du Pape, c’est le signe incontestable de l’avènement d’un monde meilleur. Demain, ou après-demain au plus tard.

Quelque chose me dérange singulièrement dans le traitement de cette information et les réactions qui l’accompagnent. Pas ce qui interpèle Daniel Schneidermann chez @si, quoique son analyse soit intéressante. Il voit dans les médias une sorte de nouvelle église, il n’a pas tort. En ce qui me concerne, le problème est ailleurs. Il me revient en mémoire l’incroyable déférence éblouie de la presse sur nombre de sujets, au hasard le lancement d’un produit Apple. Du coup,  je ne puis m’empêcher de faire la comparaison entre les deux. Les plus érudits en matière biblique songeront sans doute au veau d’or. Je ne vais pas jusque là. Simplement,  je m’étonne que notre société se dise laïque, quand elle n’a fait en réalité que remplacer un dieu barbu, par quelque gourou commercial qui change au gré de la mode. Et si j’observe plus particulièrement la réaction de notre gouvernement de gauche et d’une partie de la presse, je souris en songeant que ceux-là sont debout devant la religion, mais à genoux devant tant d’autres choses. Notez, quand on se traine aux pieds de la consommation, ce libéralisme mis à la portée des caniches,  il est de bon ton de déboulonner les vieilles idoles, histoire de se prouver qu’on est libre. Mais libre à quel point et au regard de quoi, là est peut-être la question….

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13/09/2012

Ethique en toc

Filed under: Débats,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 22:28
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Tandis que Vincent Peillon souhaite inscrire la morale laïque au programme scolaire – ce qui amuse mon ami Philarête  – le gouvernement s’embourbe dans le dossier Pulvar-Montebourg- Pigasse, faute précisément d’avoir appliqué les principes de base de l’éthique.

Pour les distraits, je rappelle le contexte. Les Inrocks ont embauché Audrey Pulvar, compagne du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, au mois de juillet dernier en qualité de directrice de la rédaction (le plus haut poste dans un journal). Tout récemment, la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse, (également patron des Inrocks ainsi qu’actionnaire du Monde et du Huffington Post), a obtenu de Bercy un marché public : c’est à elle que revient le soin d’orchestrer le montage de la Banque publique d’investissement destinée à financer les PME. Et hop ! Des esprits chagrins ont tout de suite imaginé que l’obtention de ce marché était la contrepartie de l’embauche d’Audrey Pulvar. Un renvoi d’ascenseur en quelque sorte. Le communiqué de presse (Source Bakchich via l’excellent dossier d’ @si) évoque une décision commune de Pierre Moscovici et d’Arnaud Montebourg. Mediapart, qui défend l’actuel gouvernement avec autant d’empressement et de naïveté qu’il enfonçait le précédent, avance que Montebourg aurait été en réalité écarté par Moscovici, dont il contesterait d’ailleurs la décision. On est tenté de dire : peu importe le soupçon est là, et c’est grave.

Lors de la nomination d’Audrey Pulvar à la tête des Inrocks quelques journalistes avaient discrètement protesté, mais leurs inquiétudes déontologiques s’étaient retrouvées englouties sous le flot habituel d’arguments féministes fumeux scandés par des esprits aussi généreux que légers  : non, une femme ne pense pas forcément comme son homme, non elle ne doit pas lui sacrifier sa carrière, oui Audrey Pulvar est indépendante, par principe et jusqu’à preuve du contraire. En réalité, cela posait bel et bien un problème  : la compagne d’un homme de pouvoir à la tête d’un organe du contre-pouvoir, ça fait désordre. Objectivement. Inutile de polémiquer sur la capacité ou non d’Audrey Pulvar à s’émanciper de son homme. Cette seule question est une insulte à son endroit, même quand on pense bien faire en y répondant par l’affirmative avec conviction. Bien sûr qu’elle est présumée professionnelle et indépendante, le sujet n’est pas là. Le sujet c’est que sa position est objectivement intenable car source potentielle de conflits d’intérêts et donc de soupçon. Dans ce genre de situation, les professions plus disciplinées que la nôtre sur le terrain déontologique (mais pas forcément meilleures) ont une solution fort simple : l’abstention. En cas de risque de conflit d’intérêts, on refuse d’accomplir la mission, d’occuper le poste, de réaliser l’action qui pose un problème d’apparence d’indépendance. Pour éviter précisément ce qui est en train de se produire. On redoutait une influence gouvernementale sur la ligne éditoriale du journal, le problème a surgi ailleurs, ce qui illustre au passage le nombre d’ennuis auxquels on s’expose quand on refuse d’appliquer la solution dictée par l’éthique.

Bien sûr, l’apparence d’indépendance n’est pas une garantie absolue, mais c’est ce qu’on a trouvé de mieux pour éviter de s’embarquer dans des spéculations hasardeuses sur l’indépendance profonde de chacun.

On observera au passage que c’est un fort mauvais exemple à présenter aux futurs élèves des cours de morale laïque annoncés par Vincent Peillon. Les gamins auront beau jeu de citer le comportement pour le moins léger des politiques afin de mettre leurs enseignants dans l’embarras (ah les sacripants !). C’est le plus vieux réflexe du monde que d’invoquer, pour s’affranchir d’une règle, l’excuse du voisin transgresseur. Alors quand en plus le mauvais sujet appartient à l’élite, celle-là même qui est censée donner l’exemple, l’argument prend une force toute particulière. Bonne chance aux futurs enseignants de morale laïque !

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