La Plume d'Aliocha

10/10/2012

L’anti-sarkozysme bouge encore

Filed under: Insolite — laplumedaliocha @ 16:43
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Quand François Hollande a été élu en mai dernier, le microcosme médiatique de la toile (blogueurs politiques inclus) a évidemment salué la victoire comme elle le méritait. Mais au fond, chacun se demandait secrètement avec un brin d’anxiété sur quoi il allait écrire maintenant que l’ennemi public numéro 1 était battu. Tout à coup c’était le grand vide. L’Adversaire ayant disparu, nos judokas amateurs ne pouvaient plus utiliser sa force pour le jeter à terre et, par un effet tape-cul se propulser en l’air (oui, je mélange judo et tape-fesse si je veux, Patrick Rambaud appelle cela un carpaccio journalistique).

Qu’allait-on donc faire de toute cette haine accumulée et qui cherchait encore à s’exprimer alors que l’actualité, cette garce tyrannique, entrainait l’attention du public ailleurs ? Je crois que finalement, on a trouvé le remède miracle. Il suffit de continuer à parler de Nicolas Sarkozy ! Le filon est quasiment intarrissable.  Par exemple, on peut s’amuser à comparer le traitement médiatique infligé à François Hollande par rapport à celui réservé à son prédécesseur. Ceux qui ont un sens relatif de l’observation et un peu de mémoire se souviendront sans doute des Une pour le moins agressives de Marianne à l’endroit de Nicolas Sarkozy durant tout le quinquennat et même avant, dont la fameuse « Le voyou de la République », mais aussi des couvertures sinistres du Point et de l’Express en fin de règne. S’il est vrai que l’amour est aveugle, il faut croire que la haine l’est tout autant. Car mon collègue Seb Musset, relayé par @si trouve, lui, que Nicolas Sarkozy a toujours été présenté de façon digne dans la presse (si,si !), tandis que François Hollande est systématiquement ridiculisé. Attention, les deux textes en liens supposent de chausser des lunettes militantes pour en comprendre le sens. Faute de quoi, vous risquez, comme moi, de ne pas saisir réellement où se situe le problème. Ou bien de songer que si Hollande a l’air dépassé et Sarkozy autoritaire, c’est peut-être qu’il y a un fond de vrai dans tout ça, allez savoir…

Allons, mes petits camarades journalistes et blogueurs militants de gauche, on se calme. C’est fini, il est parti Nicolas Sarkozy. « Avait, n’a plus », comme disent les p’tits zenfants.  Il est temps de lâcher les talonnettes de notre ancien président. A moins bien sûr que vos chiffres de fréquentation ne vous murmurent à l’oreille que l’anti-sarkozisme reste plus rentable, même post mortem, que la critique éclairée de la Normalité. Si c’est cela, je m’incline.

17/04/2012

Les présidentielles au fil du rasoir

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:42
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L’émission Mots Croisés recevait hier soir sur France 2 les dix candidats à la présidentielle. Enfin pas tout à fait. Eva Joly, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade étaient bien là. En revanche, Marine Le Pen, François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon avaient envoyé des doublures. Pourquoi ? Allez savoir… J’ai ma petite explication. Parce que les deux favoris ne voyaient pas l’intérêt d’être sur le même plateau que les candidats du placard, les petits, ceux qui ne gagneront pas, et que les trois suivants ont voulu s’inviter dans la cour des grands en adoptant la même posture stratégique. Ainsi est apparue une proposition plus ou moins discutable de ligne de fracture entre les prétendants sérieux et les autres.

L’émission a frisé la catastrophe. Une minute par candidat ou doublure de candidat pour s’exprimer sur 4 thèmes : la dette, l’emploi, l’immigration et le nucléaire. Si la presse écrite tend à rejoindre les formats de la BD, une image une légende, la télévision devrait prendre garde à ne pas déraper dans le spot publicitaire. Traiter la dette en une minute ! Et pourquoi pas en dix secondes tant qu’on y est ? Avec interdiction de débattre évidemment. Notez, depuis que Twitter nous apprend à nous exprimer en 140 signes, c’est fou le nombre de choses inutiles que nous faisons dans une précipitation extrême pour nous convaincre que décidément, il faut aller encore plus vite car le temps ne cesse de se rétrécir.

Bref, l’émission aurait pu tourner à la guignolerie. Un mélange de Question pour un champion revu et corrigé par Les Inconnus et de la Nouvelle Star. Ce d’autant plus qu’on nous annonçait avec enthousiasme une participation gadget des téléspectateurs via Facebook. Une première en Europe, songez donc ! Finalement, Yves Calvi s’en est bien sorti, confirmant que la curiosité tranquille et la fermeté non dénuée d’humour pouvaient faire des miracles sur le terrain journalistique. De fait, ce quizz improbable a permis de mettre en lumière la position de chaque formation politique sur le grand échiquier des présidentielles. A défaut d’avoir le loisir de s’expliquer convenablement, chacun a eu celui de se distinguer des autres. En une minute, impossible de s’adonner aux fioritures habituelles. C’est oui ou c’est non, sans dérapage possible dans la rhétorique du camelot. Un petit coup de rasoir d’Ockham et nous voici soudain plus au clair. Dans un pays aussi bavard que le nôtre, ce n’est finalement pas idiot d’imposer la synthèse.

Ainsi rasés de frais, les candidats sont apparus pour ce qu’ils étaient. Deux d’entre eux sont réputés avoir toutes leurs chances parce qu’ils sont conservateurs, même si le clan Hollande avance l’idée de changement à l’instar de ces coiffeurs qui vous balancent, sans rire, les ciseaux en suspension et l’air inspiré : on coupe, mais on garde toute la longueur ! A l’inverse, cinq n’ont aucune chance car ils prônent un changement de paradigme qui inquiète les médias, voire parce qu’ils n’y croient pas eux-mêmes, comme Philippe Poutou qui n’a qu’une hâte, rentrer à l’usine poursuivre le combat syndical avec ses potes (comme on le comprend). Deux suscitent un mépris inquiet, Cheminade et Le Pen. Quant au dernier, Bayrou, on continue de se demander si l’endroit où il se situe existe vraiment.

Et pour les amateurs d’analyse de haute volée façon éditorialiste inspiré, je coiffe mon nouveau bonnet de journaliste politique. Cheminade ne nous a pas parlé de la planète mars, en revanche, il estime qu’il faut se laver les pieds avant d’enfiler des chaussettes propres. Ne me demandez pas de vous restituer le fil de son raisonnement, je l’ai perdu. Eva Joly tousse les mots plus qu’elle ne parle, ce qui explique sans doute la position instable de ses lunettes vert pistache sur le bout de son nez. Le rictus rageur de Nathalie Arthaud est aussi inquiétant que l’hermétisme absolu de Poutou à toute forme de posture médiatiquement correcte s’avère rafraichissante. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il est le seul à trouver qu’il ressemble à De Gaulle. Je passe sur les doublures, ma plume de grande journaliste politique ne saurait condescendre à traiter des larbins.

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