La Plume d'Aliocha

18/06/2013

Instant de grâce chez Calvi

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:01
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L’actualité depuis quelques semaines fait songer au ciel bas et lourd de Baudelaire. Elle pèse comme un couvercle. Comme si les désordres mondiaux,  les inquiétudes économiques, la montée des extrémismes et la météo en folie ne suffisaient pas, les scandales politiques éclatent quotidiennement. Cahuzac, Karachi, Tapie, Bettencourt, ça rebondit et ça éclabousse dans tous les sens. Sans oublier les révélations sur les paradis fiscaux (formidable numéro de Cash Investigation) qui donnent le désagréable sentiment que nos amis les très riches, après avoir mis le monde à feu et à sang, s’offrent quelque part sur un île lointaine des kilos de caviar dans des coupes en or et diamants, les pieds dans une eau cristalline en écoutant le chant de l’oiseau de paradis. Il en faudrait bien moins pour donner la nausée, ce qui explique le long silence en ces lieux. Bien sûr tout ceci est caricatural, mais l’infernal bruit médiatique n’incite pas non plus à la nuance.

Et puis soudain hier, chez Calvi en deuxième partie de soirée (à revoir ici), l’instant de grâce, fugace, presque imperceptible. L’émission était consacrée justement aux affaires. On la regardait du bout des yeux, zapette à la main, prêt  à s’éloigner avec sagesse, pour s’épargner une indignation inutile, des jets de boules puantes si prévisibles entre droite et gauche, des approximations judiciaires et des procès d’intention. D’ailleurs, ça n’a pas manqué. Il y a bien eu les prises de bec redoutées entre Flore Pellerin, Noël Mammère et Laurent Wauquiez sur un air de « c’est pas moi c’est l’autre » ou encore « si ce n’est toi c’est donc ton frère ». Jusqu’à ce que le député UDI Charles de Courson, pourfendeur dès la première heure de l’arbitrage Tapie, élève le débat. Que c’est bon, un élu qui ne craint pas de froisser sa famille politique. Que c’est reposant un invité sur un plateau télévisé qui s’émancipe de la dictature du simplisme pour exposer des faits et des raisonnements un peu subtils.  Bien sûr on songe intérieurement que tout n’est sans doute pas complètement pur, mais ça délasse.

Quant à Laurent Wauquiez, plutôt que de s’embourber dans l’affrontement partisan, il a choisi la sortie par le haut, celle consistant à rassembler la famille républicaine dans une prise de conscience commune que notre pays ne peut plus vivre dans le scandale permanent et qu’il faut tous ensemble moraliser la vie publique, repenser les contre-pouvoirs, restaurer la dignité. Stratégie politique, dira-t-on. Assurément, mais il y en avait d’autres possibles, à commencer par la dénonciation facile des fautes de la gauche, l’attaque des magistrats ou encore le byzantinisme juridique. Il a choisi la meilleure. En bout de plateau Edwy Plenel, patron de Mediapart, contemplait en silence, avec sa drôle de petite flamme dans le regard, ce qu’il fallait bien appeler son oeuvre. De toute cette boue largement agitée par notre cellule d’investigation nationale commençait à jaillir timidement à cet instant précis, sur ce plateau,  l’idée que, peut-être, il était temps de repenser nos institutions pour le bien de tous.

17/01/2012

Mots croisés sur du vent

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 13:33
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Yves Calvi a consacré le numéro de Mots croisés hier soir sur France 2 à la dégradation de la note de la France par Standard & Poor’s. J’ai branché l’émission en fond sonore pour m’assurer de ce que je pressentais : qu’on n’y dirait rien de substantiel. Hélas, j’avais raison. A l’exception notable de Cécile Duflot qui a souligné le caractère idéologique d’une partie des critères utilisés par les agences pour nous noter, le reste ne fut qu’un tissu d’invectives entre droite et gauche sur la gravité de la chose, les responsabilités des uns et des autres, et l’incidence de ce foutu Triple A (ou pas) sur le programme des candidats aux présidentielles. Ce n’est pas difficile au fond de déterminer si une émission de télévision est bonne. Il suffit de se demander si on en sort plus intelligent ou non. Or, Yves Calvi avait beau faire, le débat volait au ras des junk bonds. Et je gage que bien des téléspectateurs ont éteint le poste en concluant que cela pouvait être grave ou l’inverse, qu’il fallait sans doute se serrer la ceinture à moins que ce ne soit le contraire, que la droite était certainement responsable de cet état de fait, ou peut-être pas, et que la gauche seule pouvait nous sauver à moins qu’elle ne nous perde définitivement.

Pendant ce temps, à Bruxelles, dans l’indifférence générale – eh oui, on veut bien paniquer les foules sur la perte du Triple A, mais on ne va quand même pas se cogner des dossiers techniques incompréhensibles – la Commission européenne poursuit son oeuvre législative, sous la houlette du français Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur. En 2009, elle a adopté un règlement encadrant les agences de notation (critères de notation, indépendance, transparence). En mai 2011, elle a confié la surveillance de celles-ci au nouveau gendarme boursier européen (ESMA). Depuis lors, elle travaille à l’élaboration d’un troisième texte destiné à nous désintoxiquer des agences de notation. En clair, il s’agit de retirer tout ce qui dans la réglementation oblige à se référer aux notes des agences avant d’opérer un investissement (c’est nous qui leur avons confié le pouvoir qu’on leur conteste aujourd’hui), d’ouvrir le marché à la concurrence pour diminuer le poids relatif des trois mastodontes (Fitch, Moody’s, Standard & Poor’s) et de les responsabiliser. Au passage, on peut se demander si elles ne nous en veulent pas un peu de venir les titiller ainsi…Ceci pourrait bien expliquer en partie cela. Jérôme Cahuzac, député PS et président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale,  a lancé sur le plateau de Calvi hier soir que Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon en septembre 2008 avait promis de s’attaquer aux agences, qu’il n’avait rien fait et qu’il était donc responsable de la situation actuelle. Le propos aurait mérité d’être précisé parce que réduit à cela, c’est une contre-vérité, comme on dit aujourd’hui. Il n’y avait rien à faire en France sur le sujet puisque tout se décidait avec nos partenaires européens. Dieu que nous avons du mal à poser nos lunettes hexagonales, même quand on parle de l’avenir de l’Europe !  Et pourtant, c’est bien à Bruxelles que tout se passe en ce moment. Les décisions qui sont en train d’y être prises, notamment sur les agences de notation,  nous préserveront de la prochaine crise, à moins qu’elles ne nous y précipitent. Voilà qui mérite sans doute que l’on quitte un instant la contemplation obsessionnelle de notre nombril.

Bref, puisque les agences s’invitent dans la campagne présidentielle, je recommande l’émission que leur a consacré Arrêt sur Images avec le député vert européen Pascal Canfin (il a une connaissance technique des dossiers remarquable), fondateur notamment de Finance Watch, une ONG qui s’invite dans la préparation des textes financiers européens au nom des citoyens, et Norbert Gaillard, auteur d’un excellent ouvrage sur les agences de notation. Le seul moyen de se libérer de la panique, c’est d’aller à la source plutôt que de se laisser balloter par les avis des uns et des autres. Ce d’autant plus que le sujet se prête particulièrement bien à l’enfumage…

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