La Plume d'Aliocha

30/01/2012

Adieu mon journal….

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:27
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Voilà, La Tribune, c’est fini. La Une que vous voyez en illustration est celle du numéro d’aujourd’hui. Le dernier.

Il est temps pour moi de lever un coin du voile. J’y travaillais en tant que free lance depuis 1997. Je me souviens de mes débuts dans les pages Finance & Droit animées par Dominique Mariette et illustrées par Chimulus.  A l’époque, nous disposions de 10 000 signes par page : un article, un rebond, un dessin. Peut-être même une colonne, je ne suis plus très sûre, c’est si loin. Si vous saviez la maestria avec laquelle Chimulus illustrait les sujets les plus arides ! C’est cela un journal, des talents unis par la passion de l’information.

Et puis les pages ont rétréci comme une peau de chagrin pour se réduire à 6 000 signes. Demandez-vous pourquoi la presse papier se meurt… La réponse est simple, parce qu’elle se suicide.  Les consultants m’expliqueront avec force analyses très savantes qu’Internet, que les lecteurs, que le marché, etc. Il n’y a jamais eu de place en France pour deux quotidiens économiques, me répétait-on régulièrement ces dernières années.

Peut-être…Personnellement, je suis convaincue du contraire. D’autres journaux dont on prédisait la disparition ont su opérer leur reconversion. L’Agefi par exemple. Le quotidien papier a disparu, c’est vrai, mais en vertu d’un choix stratégique réfléchi, pas à la barre du tribunal, dans l’échec et les larmes.

Adieu mon journal. Je ne t’attraperai plus au vol en passant devant un kiosque, ton encre ne me tachera plus les doigts, je n’inscrirai plus sur mon agenda « dossier la tribune ». J’ai rendu mes deux derniers articles, la gorge nouée et le coeur lourd, jeudi 5 janvier. Merci à Dominique, Jean-Philippe, Eric, Matthieu et Thierry pour leur confiance, et bonne chance à ceux de mes confrères qui en plus de la tristesse de voir disparaître leur journal vont perdre leur emploi.

A cet instant, j’ai une pensée pour tous ceux qui traversent la même épreuve dans d’autres secteurs. Cette épreuve qu’un bel article publié dans tes colonnes a qualifiée de « chagrin d’honneur ». « Putain, c’est dur ! » m’écrivait un confrère hier soir tard en m’envoyant le PDF du dernier numéro.  Oui, Thierry, je confirme, ça fait mal…

Je tourne la dernière page de ton dernier numéro en même temps qu’une page de ma vie. Je me souviendrai longtemps de toi comme je me souviens de l’hebdomadaire où je suis tombée amoureuse de ce métier, un jour de l’été 1995. Celui-là aussi est mort d’avoir été mal géré.

Adieu, mon journal. Ta dernière Une m’arrache un sourire au milieu des larmes. Je reconnais bien là l’esprit impertinent qui n’a jamais cessé de t’animer durant toutes ces années. Tu manqueras à tes journalistes, aux lecteurs et à la presse française.

Adieu mon journal. On dit que ton nom va te survivre sur la toile. Que le sort lui soit favorable.

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