La Plume d'Aliocha

19/03/2012

Twitter ou l’ivresse de soi

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:13
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Il y a quelques mois, j’avais raconté ici avec enthousiasme mes premiers pas sur le site de microblogging Twitter. Je ne renie pas une ligne de ce que j’écrivais alors. On s’y échange en temps réel le meilleur de l’information, on y débat, on y joue avec les mots. Hélas, je n’avais pas aperçu à l’époque un travers majeur dans l’utilisation de la chose.

L’ego.

Cette maladie française que les étrangers nous reprochent en choeur où que nous allions, et qui a trouvé avec Twitter un lieu d’expansion formidable.  J’aurais remis à plus tard ou à jamais l’idée d’en dire quelques mots, si je n’avais lu ce matin la gouleyante chronique de Daniel Schneidermann qui aborde justement cette question. Le patron d’Arrêt sur Image raconte dans son billet du jour comment il s’endort avec Audrey Pulvar pour se réveiller avec Cécile Duflot. Grâce à Twitter bien entendu. N’allez pas vous imaginer que le journaliste porte atteinte à l’honneur d’Arnaud Montebourg !

Ah ! Twitter. Il faut voir comment chacun s’y fait le reporter inspiré des petits riens de son existence ! On s’y brosse les dents en public, on y étale ses petits bobos mais surtout ses grandes joies, histoire de se faire rutiler le nombril. On y est aussi l’éditorialiste attentif de ses humeurs, l’attaché de presse infatigable de son oeuvre réelle ou imaginaire, le VRP à temps complet de soi-même. Chaque tweet (message) est un flyer conviant celui qui le lit à la représentation permanente que donne son auteur de sa vie. Oubliez le théâtre et le cinéma, sur Twitter, le spectacle se joue en continu et en plus il est gratuit. Vous y trouverez des humoristes, des clowns, des acrobates, des intellos, des tragédiens, et mille autres distractions encore. Le One man show est la discipline maîtresse, mais on peut aussi assister à quelques pièces jouées à plusieurs, autrement appelées discussions. Andy Warhol avait prédit qu’un jour chacun aurait son quart d’heure de célébrité. Il n’imaginait sans doute pas à quel point l’avenir  allait lui donner raison. Et puisque chaque Twittos (utilisateur) désormais dispose de son propre public sur la toile, il est logique – à défaut d’être légitime-  d’imaginer que ledit public s’intéressera avec passion aux menus détails de sa vie quotidienne, de la même façon que les lecteurs de Voici traquent avec gourmandise les petits riens de la vie des stars.

Vu sous un autre angle, Twitter s’insinue avec la bénédiction de ses utilisateurs dans le rapport que chacun entretient avec lui-même, provoquant involontairement une sorte de gigantesque psychanalyse collective. Le moi s’y étale sans pudeur, dans une ivresse de soi qui souvent frise le ridicule, pour ne pas dire l’obscénité. Car il faut se vendre, à tout prix. Avoir le plus grand nombre de followers (abonnés), sortir le meilleur trait d’esprit, attirer l’attention d’une célébrité, bref, sortir du lot, sous les applaudissements muets d’une foule de lecteurs en délire. Pour reprendre la très jolie formule de Dominique Wolton, communiquer revient toujours à poser cette question fondamentale : est-ce que quelqu’un m’aime quelque part ? En l’espèce, on est tenté de se demander si la vraie question ne serait pas plutôt : est-ce que quelqu’un m’admire en ces lieux ?  A bien y réfléchir, on est très loin du charmant gazouillis de l’oiseau culte qui symbolise l’outil. Le canapé rouge de Freud conviendrait mieux à l’utilisation qui en est faite. Cela étant dit, il reste des utilisateurs sérieux qui en font un usage informatif, un lieu d’exploration virtuelle du monde, un espace d’échange et de curiosité. Espérons qu’ils ne se retrouvent pas noyés sous le flot de nombrils hyptertrophiés qui tentent plus ou moins adroitement de décrocher les fragments plaqués or d’une renommée de pacotille.

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