La Plume d'Aliocha

16/04/2013

Piège médiatique

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:27
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Eh bien voilà, nous savons tout sur le patrimoine de nos ministres. Tout, cela signifie l’essentiel et l’accessoire, les fortunes immobilières et les véhicules plus cotés à l’Argus. Pour les comptes en Suisse et les justes évaluations des maisons, immeubles et autres fioritures, il faudra évidemment attendre que la machine de l’investigation se mette en marche. Mediapart doit être déjà dans les starting-blocks.

Ce matin, deux réactions se dessinent. Une large majorité d’éditorialistes fustige l’inutilité de la démarche, tandis que la polémique, car il en faut bien une, agite la grande machine à onanisme intellectuel autour de cette question cruciale : peut-on être riche et de gauche ? C’est le devoir sur table de la journée pour tous ceux qui font commerce des ficelles du prêt-à-penser  spéciales plateaux télé. Laissons ce dernier débat à ceux qu’il amuse. La réaction très réservée des éditorialistes mais aussi des internautes montre les limites de la communication. Tant que celle-ci s’applique à transmettre un message dans des conditions optimales pour faciliter sa compréhension, elle est utile. Mais lorsqu’elle se met en tête de fabriquer de toute pièce l’action qu’elle juge nécessaire en réponse à un scandale médiatique – ici publier le patrimoine des ministres pour restaurer la confiance suite à l’affaire Cahuzac – alors elle s’expose à tous les dangers. Quel rapport, s’interroge-t-on sur Internet, entre cette publication et le compte suisse de l’ancien ministre du budget ? Evidemment aucun dans les faits. Le lien logique ne se situe pas dans la réalité mais dans sa représentation médiatique : à la crise de confiance, associée sur le terrain de la communication à une opacité, on répond par la transparence. Du coup, journalistes et public expriment leur désaccord. Il y a de quoi. Répondre à un interlocuteur en caricaturant sa pensée est une des techniques du sophisme. Ici le problème de fond est celui du respect de la loi et des règles et, accessoirement, de la cohérence entre le comportement et la fonction. La transparence sur le patrimoine, a fortiori de ceux qui sont extérieurs à l’affaire, est parfaitement hors sujet.

Certains observent néanmoins que la démarche pourrait avoir le mérite de nous rapprocher des vertueuses démocraties nordiques. C’est possible en effet, mais on aurait aimé une réflexion de fond sur ce sujet englobant transparence, gestion des conflits d’intérêts,  etc. En fait de quoi, on nous propose à la hâte un maladroit contre-feu. Pas dupes, les médias que l’on croyait ainsi séduire se cabrent face à la fumisterie. Le piège s’est refermé. On n’abuse pas sans risque de la tentation de manipuler…

24/05/2012

Un mythe nommé Kerviel

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 10:11
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Condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts au bénéfice de la Société Générale le 5 octobre 2010, Jérôme Kerviel sera jugé en appel à partir du 4 juin prochain.  J’ai rencontré le trader par hasard, en juillet 2010, puis enquêté durant plus d’un an. Voici le récit de cette incroyable affaire. 

Souvenez-vous, il y a presque deux ans nous avions eu ici des échanges passionnés à propos du procès Kerviel. A l’époque, j’étais allée assister aux audiences avec la conviction que la justice ferait la lumière sur l’affaire. Hélas ! J’en étais ressortie avec davantage de questions que de réponses. La thèse de l’ignorance de la Société Générale, incroyable de prime abord, avait soudain pris une étrange épaisseur au fil des débats, sans toutefois me convaincre tout à fait. La personnalité si lisse de Jérôme Kerviel m’intriguait prodigieusement. L’épaisse carapace technique du dossier, hermétique pour quiconque ne travaillait pas dans le département de trading d’une grande banque, m’était apparue au fil des débats comme une sorte de mur de verre, infranchissable. Lorsque le procès s’est achevé, par un joli vendredi de juin ensoleillé, je me souviens avoir quitté le palais de justice avec un terrible vague à l’âme. L’aventure que nous avions partagée durant presque trois semaines avec les acteurs de cette affaire hors normes s’achevait brutalement. Je croyais à l’époque tourner la dernière page d’un livre, en réalité, je m’apprêtais à écrire les premières lignes d’une histoire exceptionnelle !

La rencontre

Tout a vraiment commencé trois jours après la fin du procès, le lundi 28 juin 2010 lorsque, de retour d’un week-end à la campagne, j’ai reconnu Jérôme Kerviel attablé dans un bistrot au pied de mon immeuble. Puisque le destin farceur le plaçait sur ma route, je l’abordai ! D’un hasard l’autre, je m’aperçus très vite que le dossier Kerviel ne cessait de se mettre en travers de mon chemin. Alors j’ai voulu comprendre. L’exercice d’investigation et surtout d’explication m’est apparu d’autant plus nécessaire qu’on n’avait cessé de nous dire tout au long du procès que la perte de trading avait mené la banque au bord du gouffre et que, sans l’intervention brillante de Daniel Bouton, la Société Générale aurait pu couler et entrainer dans sa chute un système financier mondial fortement fragilisé à l’époque. Mais alors, si nous étions passés si près de la catastrophe nous avions le droit, nous citoyens, de comprendre ce qui était vraiment arrivé. Or, comment croire qu’une banque n’a pas vu qu’un de ses traders investissait 50 milliards ? Cette même banque qui réagit au plus petit découvert d’un particulier ? Et Jérôme Kerviel ? Etait-il vraiment le génie de la fraude qu’on nous décrivait ?  Il fallait tenter de dépasser l’image lisse qu’il avait opposée à ses juges, au public et à la presse tout au long du procès pour  s’approcher un peu plus près et, qui sait, cerner qui il était vraiment et ce qui l’avait motivé. Au fil de mon enquête, une autre dimension de l’affaire m’est apparue.  Celle que nous avions tous saisie intuitivement sans vraiment nous expliquer la raison de cette fascination profonde : nous avions en face de nous un mythe moderne. En d’autres termes, cette histoire contenait, au-delà du simple fait divers financier, quelques unes des clefs symboliques de notre époque.

Les faits, rien que les faits

C’est ainsi que j’ai commencé à écrire, rien que pour moi au départ, le récit de l’affaire depuis l’embauche du trader le 1er aout 2000 jusqu’au jour de sa condamnation, le 5 octobre 2010. Bien sûr, au fil du temps, je me suis forgée une conviction, mais j’ai voulu néanmoins rapporter les faits de la manière la plus objective possible pour permettre à chacun de se façonner son propre jugement. Et aussi, plus profondément, parce que je suis convaincue qu’elle dépasse de loin le simple fait divers financier, et pose des questions bien plus intéressantes que le seul point de savoir si Jérôme Kerviel a agi seul ou si on l’a encouragé pour ensuite le lâcher.  Il n’y a aucun terme financier dans le livre, c’était inutile, la technique dans tout cela n’était finalement qu’un leurre. Au fond, il s’agit d’une affaire d’hommes, d’une somme de rêves fous, d’aveuglement et d’incompétence, concentrés au coeur d’un système, certes infiniment complexe et sophistiqué, mais aussi bien moins sécurisé qu’on ne l’imagine.

Hasard et coïncidences

Quand le livre fut achevé le hasard, encore lui, plaça sur ma route quelques éditeurs. Mais le sort, même bienveillant, doit toujours être forcé. J’ai essuyé une bonne dizaine de refus et presqu’autant de silences indifférents. Pour les éditeurs qui ont daigné me répondre, l’affaire Kerviel était un vieux dossier financier incompréhensible que l’actualité avait depuis longtemps déjà remplacé par d’autres sujets bien plus intéressants. Ils n’avaient pas tort en première analyse, mais ce type de réflexe montre que même l’édition rechigne désormais à s’accorder  le temps nécessaire à la réflexion. Faut-il donc se résigner à zapper en permanence et par conséquent à demeurer à la surface des choses ? Pourtant, depuis janvier 2008, date à laquelle a éclaté l’affaire, nous avons eu connaissance de trois autres pertes de trading, à la Caisse d’Epargne en 2008, chez UBS en 2011 et, tout récemment chez JP Morgan. Dépassée l’affaire Kerviel ? Allons donc ! En réalité, ces dossiers de rogue traders comme on dit (traders voyous) révèlent un risque plus profond et plus général : la fragilité de nos systèmes ultra-sophistiqués. Un homme, un seul, peut les faire vaciller. Les quelques spécialistes qui tirent la sonnette d’alarme peinent malheureusement à attirer l’attention. Je savais pour ma part que ma seule chance d’être entendue, c’était la perspective du procès en appel. On appelle cela une accroche d’actualité. Passé cette échéance, je n’intéresserai plus personne. Et c’est au tout dernier moment qu’est survenu le miracle. Un de mes confrères a dit de cette affaire qu’elle rendait fou. Il a raison, elle concentre autour d’elle énormément de passions. Elle est aussi et surtout incroyablement marquée par le destin. Les coïncidences, les hasards, les coups durs, les miracles et les revers dont j’ai été victime pour m’être approchée un peu trop près du coeur du volcan ont fini par me faire sourire tant leur liste était impressionnante.

Anonymat

Un dernier mot. J’ai signé le livre de mon vrai nom, parce que c’est un travail journalistique et non pas une distraction de blogueuse. Au surplus, je ne concevais pas d’aborder un dossier de cette importance en me dissimulant derrière un masque. Mais ce livre est aussi le produit du blog parce que sans les discussions que nous avons eues ici, je n’aurais sans doute jamais ressenti l’impérieuse nécessité de m’arrêter pour prendre le temps de comprendre. Merveilleux internet qui rapproche journalistes et public et permet aux premiers d’entendre les interrogations du second. Prodigieux Internet qui offre l’opportunité, par l’échange et la discussion, d’aller au fond des choses pour peu que l’on surmonte son autre face, plus sombre, la tentation  de l’instantanéité. De fait, mon anonymat tombe mais nous avons assez répété, ici et partout ailleurs, que l’identité au fond, on s’en moquait, non ? Pour ceux que la problématique de l’anonymat ou plus exactement du pseudonymat intéresse, je précise que je continuerai de bloguer sous le pseudonyme d’Aliocha et d’exercer mon métier sous mon vrai nom. Question de délicatesse à l’égard de mes employeurs et de nécessaire distinction, à mon sens, entre l’opinion personnelle et le travail journalistique. Quant au livre, j’espère que vous y trouverez des réponses aux questions que nous nous sommes posées ici-même il y a deux ans. Et j’espère aussi que les spécialistes sauront trouver matière à réflexion dans le simple récit de cette histoire qui, à mon sens, illustre parfaitement les nouveaux risques auxquels nous sommes confrontés. A vous de juger !

Note : Il sort le 31 mai aux Editions Eyrolles. 297 pages, 18 euros.

22/02/2012

La jeune fille et la maison close

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 17:35
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C’est amusant l’art que l’on cultive aujourd’hui de jouer avec le sens des mots.

Avez-vous regardé les reportages que consacrent mes confrères aux maisons closes sur fond d’affaire du Carlton de Lille ? Vous devriez. Ils sont riches d’enseignements. Par exemple, on y apprend que dans certains pays, le fait d’aller tous les matins travailler dans un claque est aussi ordinaire que de se rendre au bureau. Il parait même que certaines pensionnaires sont mariées et ont des enfants.

Après tout, pourquoi pas. Je ne suis pas totalement convaincue que se prostituer soit un métier comme un autre, mais si les intéressées l’affirment…Toujours est-il que dans l’un de ces reportages, en Espagne je crois, la tenancière du bordel – pardon, la chef d’entreprise – nous expliquait entre autres comment les « jeunes filles » géraient les clients. Oui, j’ai bien écrit « jeunes filles » car c’est ce qui a été dit. D’ailleurs cette dame n’est pas la seule à employer ce vocabulaire, c’est aussi celui de Dodo La Saumure. Du coup, je me demande si l’utilisation de cette expression relève de la pudeur face aux caméras et de la volonté de dédiaboliser ce business discutable, ou si on l’utilise au quotidien pour inciter les clients à croire qu’ils trouveront dans un bordel ce qu’il est convenu en principe d’appeler une « jeune fille ».

Toujours est-il qu’il me paraissait utile de vous alerter sur le nouveau sens de  » jeune fille » : personne de sexe féminin, célibataire ou mariée, parfois mère de famille,  proposant des services sexuels tarifés à titre professsionnel. Prenez garde la prochaine fois que vous vous adresserez à une adolescente, une lycéenne ou une  étudiante. Si vous l’appelez « Jeune fille » vous risquez fort de l’offenser.

Dans le même esprit, vous noterez la délicatesse avec laquelle mes confrères évoquent certains épisodes de l’affaire du Carlton. Ah ! Les soirées libertines. Les parties fines.  Comme c’est joliment dit. Il parait que la presse américaine appelle cela des « orgies ». Quand le légendaire pragmatisme anglo-saxon s’allie au puritanisme, on sombre vite dans la caricature. Car dans cette affaire, comme nous l’avons vu, il n’y a pas de putes mais des « jeunes filles », pas de sexe mais du libertinage.

Au fond, je me demande si DSK ne participait pas en réalité à  des veillées de prière. Si ça se trouve, on est en plein malentendu…

17/01/2012

Courroye et le secret des sources des journalistes

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 23:19
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Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, vient d’être mis en examen dans l’affaire dite des fadettes du Monde. Nous avions longuement discuté de la plainte déposée par le quotidien en septembre 2010. Je me souviens qu’à l’époque, les juristes qui fréquentaient ce blog doutaient de l’interprétation à donner à la nouvelle loi du 4 janvier 2010 sur la protection des sources des journalistes. Le billet valait d’ailleurs bien davantage pour la discussion qu’il avait déclenchée (plus de 300 commentaires !) que pour son contenu. On disait que Le Monde bluffait, qu’il s’offrait un coup de pub (d’ailleurs la toile ricanait), que la loi protégeait bien les sources mais ne prévoyait aucune sanction en cas de transgression, qu’en tout état de cause elle ne s’appliquait pas en l’espèce pour des raisons diverses et variées. Il faut croire que si, puisque c’est la deuxième mise en examen dans ce dossier, après celle de Bernard Squarcini. Affaire à suivre…

 

Mise à jour 18/01 à 20h45 : comme l’a fait très justement observer Jules de diner’s room en commentaires 2 et 7, le fondement juridique de la procédure en cours n’est pas la loi de protection sur les sources. Au temps pour moi et merci à Jules de m’avoir corrigée.

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