La Plume d'Aliocha

25/10/2018

Science sans conscience….

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 13:55

….n’est que ruine de l’âme, prévenait Rabelais. Mais qui s’en souvient encore ? Certainement pas les scientifiques qui se penchent actuellement sur les fabuleuses promesses de la voiture autonome. Ils ont d’abord lancé une étude pour savoir, nous explique L’Express  :  « Quelle décision les algorithmes – ou plutôt ceux qui les programment – doivent-ils prendre si, par malheur, la voiture subit une panne de frein à quelques mètres d’un passage piéton ? Faut-il sacrifier les passagers en visant un mur ou continuer tout droit et percuter les piétons ? ». Réponse des internautes à l’époque :  nous voulons le moins de morts possible. Ouf ! Notons au passage que nos scientifiques ont intégré que ces voitures allaient tuer, et diffusent tranquillement cette idée, ce qui est proprement sidérant.

Mais leur enthousiasme pour le progrès les a encouragés à  aller plus loin encore. « Nous nous sommes alors demandé si ces résultats seraient similaires si nous décrivions de manière plus détaillées les piétons et les conducteurs », explique à L’Express Jean-François Bonnefon, directeur de recherche au CNRS à l’école d’économie de Toulouse, chercheur invité au MIT et coauteur de l’étude ». Soyons modernes. Voici nos aimables scientifiques lançant une sorte d’enquête/sondage sur une plateforme dénommée « Moral Machine » – Ah, le bel oxymore ! – concernant le point de savoir ce que les internautes préféraient qu’on écrase au nom du progrès :  des enfants, des personnes âgées, des voleurs, des médecins, des personnes en surpoids, des sans-abris, des contrevenants au code de la route etc ?  « En dix-huit mois », note l’Express, « ils ont récolté 40 millions de décisions de millions d’internautes venant de 233 pays ou territoires à travers le monde ». Réponses qu’ils ont analysées et dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Nature, c’est vous dire si c’est sérieux.

Tuons les gros, les vieux et les moches

Mais alors, me direz-vous ? Eh bien voilà. On y apprend que les internautes préfèrent les humains aux animaux (comme c’est réconfortant) et parmi les humains, les bébés, les enfants, les femmes enceintes, les personnes athlétiques et les riches. A l’inverse, les grands perdants sont les pauvres, les gros, les vieux et ceux qui ne respectent pas les clous en traversant. Quand j’étais gosse, je regardais des films catastrophe dans lesquels j’ai appris qu’on sauvait toujours en priorité les femmes et les enfants. En grandissant, j’ai compris que c’était un réflexe vital pour la préservation de l’espèce humaine. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour on me proposerait sans ciller de choisir entre le gros et le mince, le pauvre et le riche, le vieux et le jeune, comme si le prix de la vie était indexé sur les valeurs d’un canard féminin ou d’un chef de pub. Il me semblait à moi justement que le seul choix moralement admissible était celui communément admis : la survie de l’espèce humaine à travers la préservation prioritaire des femmes et des enfants. Cette étude est aberrante à tous les niveaux. D’abord elle pose comme admissible et fondée une question parfaitement absurde. La probabilité qu’un individu se retrouve confronté à un choix de cette nature est de l’ordre de l’infinitésimal. Celle que ce même individu dispose du temps et des informations nécessaires, à l’instant où survient un accident de la circulation, pour opérer un choix à l’aune de ces critères est quasi-inexistante. Ensuite, elle présuppose que la valeur d’une vie peut être variable. Et que cette variabilité est indexée sur des critères physiques ou de fortune. En réalité, cette étude est scientifiquement stupide en plus d’être dégueulasse par ses préjugés et son niveau sidérant d’amoralisme sous ses faux airs d’étude morale.

L’eugénisme décomplexé

Mais ce ne serait rien si elle n’était l’atroce prémonition du monde qui vient.   « Même si en tant que chercheur j’essaye de m’abstenir de porter un jugement sur les résultats, évidemment, le biais contre les sans-abris ou les personnes en surpoids est inacceptable », résume le scientifique du CNRS ». Tartuffe ! Tu demandes aux gens s’ils préfèrent sauver le gros moche ou le mince avenant et ensuite tu t’indignes qu’ils répondent : le mince avenant… Mais l’article se veut rassurant. « Les données de l’étude, intégralement publiées sur Internet, sont principalement destinées aux gouvernements qui envisagent de légiférer sur les voitures autonomes ou les industriels travaillant sur la programmation de ces voitures. « Notre espoir est que les législateurs connaissent les préférences de leurs populations sans forcément les suivre, mais pour anticiper leurs réactions et être pédagogues après coup », espère Bonnefon ».  Sans forcément les suivre….

Allons, à d’autres ! Cette simple étude montre que les scientifiques à la pointe des évolutions ont déjà intégré les choix eugénistes que l’avenir tel qu’ils le conçoivent est censé nous imposer et qu’ils soumettent non sans une forme de terrifiante ingénuité à notre appréciation. Ils nous montrent surtout avec une indécence qui frise l’obscénité qu’ils sont  déjà prêts, quoiqu’ils en disent, à cautionner la programmation de machines pour sauver les jeunes, beaux et riches humains en sacrifiant  les vieux, les moches et les pauvres. Voilà à quoi vont ressembler demain les normes de la vie en collectivité. Voilà comment on va programmer les fameuses intelligences artificielles à qui nous avons déjà décidé de confier le soin de prendre les décisions à notre place. Mais le pire, c’est peut-être de découvrir que cette vision hallucinante de l’homme et de la valeur de la vie trouve déjà un terreau à ce point fertilisé que l’article qui rend compte de ces travaux s’en offusque à peine. La perspective d’un tel mépris de la vie humaine dans un proche avenir n’a qu’un seul mérite, mais au fond, il est de taille. Nous réconforter sur la question du réchauffement climatique. Car si l’humanité devient cela, le mieux est encore qu’elle disparaisse.

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