La Plume d'Aliocha

20/06/2018

Le prix Olivier Debouzy met un coup de projecteur sur les moyens de la justice

Filed under: Non classé — laplumedaliocha @ 20:24

« Justice, une faillite française » a eu l’immense honneur de recevoir mardi 12 juin le Prix Olivier Debouzy, organisé par le cabinet d’avocats August Debouzy et le Club des Juristes, dans les Salons du Cercle Interallié. Immense honneur n’est pas ici une formule. Jusqu’à présent ce prix n’a récompensé que des membres éminents de la communauté juridique. Le fait que le jury l’attribue à un travail de journaliste est une première. Cela montre que, si modeste soit-elle, notre activité qui consiste à rechercher l’information pour la diffuser, a sa raison d’être et est reconnue comme telle.

Cela signifie aussi que parmi les 30 travaux soumis au jury, la question des moyens de la justice s’est distinguée. Il me semble que c’est un élément qui vient s’ajouter à l’alignement de planète dont bénéficie l’institution depuis trois ans. Il y a d’abord eu la mobilisation de Jean-Jacques Urvoas au ministère de la justice qui a consacré son court mandat exclusivement à cette question. A peu près en même temps, le président de la commission des lois du Sénat Philippe Bas présidait une mission sur la justice qui a donné lieu au printemps 2017 à la publication d’un rapport remarquablement exhaustif sur l’institution. Adopté à l’unanimité, il a débouché sur deux propositions de lois adoptées à l’automne.

Nicole Belloubet a quant à elle présenté en avril un vaste projet de réorganisation de la justice accompagné d’une promesse d’augmentation du budget sur 5 ans de 1,5 milliards d’euros. Certes, le contenu du projet de réforme a déclenché des protestations assez vives chez les avocats, les magistrats et les greffiers. Mais l’ampleur même et la durée de la mobilisation constituent en soi des signaux positifs car ils témoignent  du fait que la situation actuelle n’est plus supportable et que les acteurs judiciaires sont décidés à faire pression pour que les choses changent.   Si le contradictoire fait son office, on peut espérer que de l’affrontement stimulant entre la vision du ministère et celle des professionnels du droit jaillira la réforme tant  qui permettra à la France d’avoir enfin une justice moderne, mais aussi et surtout une justice digne de ce nom.

Ce qui déterminera la qualité de la réforme ne sera pas uniquement le degré de modernisation de l’institution (numérique, simplification des procédures,…), mais aussi et surtout sa capacité à tenir à distance les chimères du progrès technologique et la tyrannie gestionnaire pour faire triompher l’humain sur la machine et la qualité sur la quantité. Or, pour parvenir à cet objectif il va falloir avoir la lucidité et le courage d’aller à rebours de tous les réflexes actuels qui tendent au contraire à automatiser les tâches et industrialiser les procédures pour traiter toujours plus vite des dossiers sans cesse plus nombreux. Le défi est immense. Puisse ce livre apporter au public les clefs de compréhension nécessaires pour lui permettre de mesurer les enjeux et de participer au débat.

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