La Plume d'Aliocha

16/04/2018

Populisme, en avant toute !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 08:09

On a donc, commentaient hier sur Twitter plusieurs stars du PAF, révolutionné enfin l’exercice de l’interview présidentielle. Il y aura un avant et un après nous, se rengorgeaient ce matin Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, si j’en crois les gazettiers (aujourd’hui rebaptisés twittos)

En effet, nous avons assisté à une profonde révolution. Avant le 15 avril 2018 les journalistes qui interviewaient le président de la République l’appelaient par son titre et venaient – pour les hommes – avec une cravate. Rien que ça, c’est énorme. Un vent fou de liberté et d’impertinence à soufflé hier sur le petit écran.  Avant, on n’avait jamais entendu un journaliste dire à un président de la République « vous m’interrompez parce que ma question vous dérange » (Plenel). Nous découvrons donc que la modernité consiste à systématiser le procès d’intention. L’agressivité gratuite des deux journalistes induisait que l’homme en face d’eux était un menteur et un manipulateur qu’il fallait forcer à rendre gorge en direct. Poser une question et y revenir avec force si l’on n’obtient pas de réponse, voilà du journalisme, mais insinuer dès le départ par le ton et la tournure de l’interrogation qu’on a en face de soi un voyou qui va tenter de biaiser, quel intérêt, à part celui de se faire rutiler l’ego pour l’un, d’affirmer ses convictions idéologiques pour l’autre ?  On n’avait jamais non plus entendu un journaliste poser la question « est-ce que vous n’êtes pas dans une illusion puérile de toute puissance ? ». C’est non seulement insultant, mais c’est aussi imbécile. Que viennent faire ces considérations de psychologie de comptoir dans une interview politique ? Oh bien sûr, nos duettistes ne les ont pas inventées hier soir. Voilà longtemps qu’on a posé les jalons de cette dérive du factuel vers l’analyse des postures, du discours, cette inquisition sur le terrain personnel aussi dénuée d’intérêt que de sérieux, ce MadameMichuisme hélas si tendance à l’heure actuelle.

Et que dire de Bourdin expliquant avec une sidérante arrogance à son interlocuteur ce que devait être le rôle d’un président de la République ? A la fin de l’exercice, comme l’a observé justement Bernard Pivot sur twitter,  l’homme souriant et calme gagne la bataille de l’opinion. Etait-ce vraiment l’effet recherché ? Ceux qui connaissaient bien un ou plusieurs dossiers abordés lors de cet objet médiatique consternant n’auront pas mis longtemps à saisir que les deux journalistes apparemment pugnaces se sont fait en réalité rouler dans la farine. Aboyer n’a jamais remplacé une connaissance fine des dossiers. Mais il est vrai que l’époque privilégie à ce point la forme que celle-ci a fini par dévorer le fond sans que nul ne s’en aperçoive. Assurément, cette interview est une révolution. Elle a supprimé la cravate et la politesse. Le journalisme s’en porte forcément bien mieux. Elle a aussi, et c’est plus inquiétant, agité des mécaniques populistes qui sont en principe l’apanage des extrêmes politiques et qui, fort étrangement, sont devenus l’outil de travail des journalistes contre le président de la République. Ce n’était pas une interview, ce que nous avons vu hier, mais un affrontement gratuit et stérile entre d’un côté le pouvoir médiatique brandissant la légitimité de l’opinion sur fond d’approximation et d’émotion et, de l’autre, l’exécutif dont la légitimité élective s’est affirmée par le calme et la compétence. Exécutif 1 – Journalisme 0.

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