La Plume d'Aliocha

02/09/2017

Contrepoison

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:17

Notre époque, comme toutes les époques, est toxique. L’un des éléments de cette toxicité et non des moindres, réside dans les médias. J’entends « médias » au sens des outils techniques et de ce qu’on en fait. Personne n’est coupable et tout le monde l’est à la fois. Ce blog compris. Et aussi son auteur qui, en tant que journaliste et blogueuse, contribue deux fois à la loghorreite du monde. Fort heureusement, je découvre qu’il existe un contrepoison pur et parfait à la toxicité médiatique : le poète mystique Christian Bobin.

Je n’ai pas toujours aimé Christian Bobin. Je l’ai même détesté pendant plus de 20 ans. Mon premier patron, un avocat, dont j’ai compris avec le temps qu’il avait fait une dépression au moment où nous travaillions ensemble, ne venait jamais au bureau avant 15 heures (dans le meilleur des cas). Et alors il criait – parfois – dans les couloirs « il faut lire Bobin ». Nous savions qu’il passait ses matinées à fabriquer des oeuvres d’art avec des objets de récupération, à écouter le chant du rossignol quand l’un d’entre eux s’égarait dans la cour de son immeuble et, à défaut l’ave maria en boucle. Et nous savions aussi qu’il lisait Bobin. C’est pourquoi, ses collaborateurs dont j’étais détestaient en vrac Gounod, les arts plastiques, les bennes à ordures qui servaient de source de matière première aux oeuvres, et Bobin.

J’ai feuilleté Bobin a librairie durant deux décennies. A chaque fois je reposais le livre, quelqu’il soit. Jusqu’au jour où j’ai vécu une immense douleur. De celle dont on se demande, même longtemps après, comment il se fait qu’elle ne vous ai pas tué instantanément. On ne meurt pas de chagrin, ou beaucoup plus tard et très lentement. Et j’ai ouvert, par habitude, un livre de Bobin, dans une librairie. Ce jour-là, alors que je ne pouvais plus rien lire parce que le moindre mot me déchirait comme une lame, la très pure simplicité de la poésie de Bobin s’est posée sur moi comme l’aile d’un ange.

Depuis, je le lis à période régulière. On ne lit pas Bobin à n’importe quel moment, on ne le lit pas tout le temps. Il faut en avoir besoin, c’est-à-dire y être disponible. En écoutant son interview hier sur Radio Classique, entrecoupée par Chopin, Bach et Arvo Part, mais aussi pas d’atroces publicités, j’ai songé qu’il n’était pas qu’un ange de l’entre deux monde qu’on appelle dans les moments tragiques, mais aussi l’opposé pur et parfait de la logorrhée médiatique. Une respiration, un silence, une fenêtre ouverte. C’est pourquoi je voulais partager cette interview ici. Ecoutez-le. C’est un moment de grâce pure. Chaque mot est important et en même temps léger comme une plume. Chaque réflexion est essentielle. Et en plus c’est rempli de silences.

https://www.radioclassique.fr/magazine/articles/christian-bobin-force-simple-de-poesie/

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