La Plume d'Aliocha

21/02/2017

Affaire Mehdi Meklat, ou la leçon de bienveillance médiatique

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:19

Il était temps ! Il était même grand temps que le système médiatique ait mal, qu’il souffre de la honte,  du lynchage, du déshonneur pour comprendre enfin ce que cela fait. L’affaire dite Mehdi Meklat en ce sens est salutaire. Elle commence comme un conte de fées. C’est l’histoire d’un jeune du 93  qui écrit sur le Bondy Blog en 2008 avec  un pote, on les appelles les Kids, des journalistes le repèrent, le voici chroniqueur radio, il journalise, réalise, publie un roman, puis deux. Mehdi devient le porte-drapeau de tous ceux qui pensent que la France est raciste et cherchent des raisons de lui balancer à la gueule qu’elle se trompe. Et soudain c’est la catastrophe. Le poète des citées, la mascotte des médias, le romancier du 93  dévoile lui-même qu’il est l’auteur d’un compte Twitter ordurier, raciste, antisémite, misogyne, sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Amusant pseudo qui renvoie immédiatement l’imaginaire au fameux urinoir de Marcel Duchamp. Et au vaste courant d’escroquerie artistique aussi qui suivit le geste artistique initial…Mais passons.

Catastrophe ! Une grande partie du système médiatique s’effondre sur lui-même, vaincu par la déferlante des critiques. Depuis l’animatrice Pascale Clarck sur Europe 1 jusqu’aux éditions du Seuil, en passant par Mediapart et les Inrocks, tous ceux qui ont encensé Mehdi sont sommés de s’expliquer sur le point de savoir pourquoi ils ont nourri, promu, encensé celui qui se révèle incarner tout ce qu’habituellement ils stigmatisent, haïssent, passent au karcher impitoyable de leur bonne conscience et de leur hygiénisme parfois hystérique. Dans un premier temps ils ont condamné. Puis ils se sont mis  à réfléchir et à défendre. En particulier, Claude Askolovitch que le climat électoral délétère avait fini hélas par rendre aussi bête et hargneux que les autres et qui, joie, a renoué avec sa si belle intelligence quand il s’est agi de défendre. On leur pardonne. Car du fond de leur désespoir a jailli la plus belle des lumières, celle de la bienveillance. Cette lumière qui leur fait si cruellement défaut quand ils désignent à la vindicte ce qui n’a pas l’heur de penser exactement comme eux. Voici que les habituels procureurs de nos reins et de nos coeurs se transforment en avocats de la défense enflammés et magnifiques. Il nous faut comprendre, disent-ils, la face obscure et torturée du poète. Mais nous, la cohorte des anonymes modérés, on le sait.

Comme eux lorsqu’ils défendent Mehdi, nous pensons que l’homme est complexe, qu’il peut passer du sublime à l’abject en restant un et donc défendable. Comme eux nous croyons en la rédemption. Comme eux nous sommes tentés de penser que le système médiatique en fait trop, que l’affaire ne méritait pas forcément tant de hurlements. Comme eux nous finissons pas crier au complot quand ça va trop loin…

Mais s’en souviendront-ils quand passera devant leurs yeux un nouveau sujet d’indignation contre ce qui ne pense pas comme ils le voudraient ?

Si oui, ils seront pardonnés, mais dans le cas contraire on leur rappellera que nous exigeons de leur part, au bénéfice de tous les lynchés médiatiques, de tous les perdants de la présomption d’innocence, de toutes les idoles qu’on déboulonne, la même bienveillance avec laquelle ils se sont absous de leurs propres fautes.

Exactement la même bienveillance.

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7 commentaires »

  1. Bonsoir Aliocha, Petit commentaire un brin acerbe : La bien pensance officielle a souhaité éradiquer LF Céline d’une célébration à je sais plus quelle occasion, sous prétexte qu’il était infréquentable. Si une jurisprudence devait en être tirée, c’est que le talent n’excuse pas tout. Je ne sais pas si le talent de ce jeune permettra a son oeuvre de lui survivre, et d’ailleurs cela m’indifère. Mais j’imagine que parmi tous ceux qui ont l’encens si facile, il en est qui pourraient se poser la question : ai-je été suffisement bienveillant envers Céline comme je demande aujourd’hui à d’autres de l’être ? Alors j’attends leur Mea Culpa …
    En outre je pense que la bonne forme devrait être :
    « Mais s’en souviendront-ils quand passera devant leurs yeux un nouveau sujet d’indignation contre ceUX qui ne penseNT pas comme ils le voudraient ? » – le « ce » désigne plus un objet qu’une personne.

    Commentaire par Remseeks — 21/02/2017 @ 20:40

  2. J’aurais aimé que le plagiaire Askolovitch soit aussi nuancé avec Siné, qu’il avait traité purement et simplement d’antisémite, déclenchant l’affaire que l’on sait.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 22/02/2017 @ 01:05

  3. J’avoue un peu honteux que l’affaire est passée sous mes écrans radars… dès que ça hurle, je me bouche les oreilles, que j’ai sensibles. Si je vous suis bien, on vient de découvrir que le noble côtoie l’ignoble ? Belle avancée. J’ai relu dernièrement les souvenirs littéraires de Léon Daudet, et les passages antisémites ont bien vieillis, depuis toutes ces années. L’énormité du propos m’a surtout fait rire, tant il est outrancier. Tout comme les lettres d’insultes envoyées, il y a plus de 25 ans de cela, au maire noir de cette commune bretonne… rapportées dans Actuel, elles avaient bien fait rire le bidasse que j’étais alors, ainsi que ses camarades de chambrée : la bêtise crasse déclenche souvent l’hilarité, tant elle est hénaurme. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour faire tomber le potentiel de méchanceté ainsi véhiculé. Vous nous gâtez, soyez en remerciée : on respire chez vous, ça fait un bien fou.

    Affectueusement,

    Commentaire par Zarga — 22/02/2017 @ 18:20

  4. y a rien de très mystérieux la dedans. Juste un besoin de certains de nous faire croire que la partie originaire d’Afrique du Nord est une frange de la population opprimée.
    Ce n’est pas entièrement faux, mais cela ne résume pas toute la situation

    Mais voilà, on est dans une époque où l’indignation se porte à la bandoulière d’un hashtag et si tu ne t’es pas déclaré offensé à 20 ans, alors tu as raté ta vie.
    Le sens critique la dedans…..

    Ma femme est musulmane, elle est justement originaire d’un de ces pays dont je parlais.

    Elle s’est vue refuser dans des restaus de l’alcool par le serveur (musulman) au prétexte que cela ne se fait pas
    Elle ne pourrait absolument pas sortir dans la rue avec une canette de coca pendant le ramadan sans se faire interpeller
    Et si vous entendiez les propos sur les juifs de certains de ses amis…

    Mais voyez vous, je me garderai de dire cela à visage découvert de peur de me faire traiter d’islamophobe ou je ne sais quel procès d’intention précisément par ces gens qui font de n’importe qui issu d’une quelconque minorité des héros indépassable.
    Des héros par définition, des opprimés (par les hommes blancs en général)

    C’est des gens pour lesquels mon épouse ne sera jamais assez bien pour être française, elle sera une indigène, une magrébienne, une beurette, une française d’origine tunisienne…. Mais une française, jamais.

    Et ils me donnent des leçons de racisme…
    Ma femme est un être humain comme les autres, c’est pour cela que je l’aime malgré ses défaut et grâce à ses qualités.

    Je sens plutôt comme un sentiment de culpabilité chez eux. Peut-être aussi un réflexe pavlovien. Je ne suis pas d’accord avec toi, je suis au choix sexiste, raciste, homophobe…. Peux importe ce que tu dis.
    Cela leur donne l’impression d’exister.

    Un peu comme jadis ces trolls qui écumaient le moindre forum pour nous asséner de définitifs: « et pendant ce temps des gens meurent de faim » dans n’importe quel sujet de discussion.

    Je voudrai dire de les envoyer ch*****
    Malheureusement c’est eux qui sont en train de gagner la partie parce qu’ils ne cessent jamais de harceler à tout bout de champ et que la lassitude gagne ceux qui ont une vraie vie, avec de vrais projets.

    Le XXIème siècle sera un monde de chochotte et ne sera pas

    Commentaire par zuklor — 22/02/2017 @ 23:32

  5. La bienveillance… quel joli mot ! quel beau sentiment ! Bravo pour ce très habile billet !

    Qu’elle nous manque, en ces temps de doigts tendus, d’insultes, d’accusations, de condamnations… la bienveillance !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 25/02/2017 @ 20:19

  6. Et avec la bienveillance la grâce de ne pas porter de jugement hâtif .
    Eriger le doute en règle de conduite , ensuite utiliser la bienveillance pour tenter de comprendre l’autre sans condamner d’emblée.
    On peut rêver car nous ne sommes pas dans une époque de mesure et de bons sentiments , nous évoluons plutôt dans l’excès et la gentillesse n’ est plus que l’apanage de Bisounours attardés . .

    Puisque rien ne dure et que « la roue tourne » peut-être reviendrons nous un jour à ce qui rend les rapports humains aimablement supportables et reverrons-nous une période plus calme où les rapports de force seront moins évidents.
    C’est la grâce que je nous souhaite à tous

    Commentaire par Scaramouche — 27/02/2017 @ 14:19

  7. Les journalistes dont vous parlez Aliocha, ce sont ceux qui sont confits dans leur certitudes parisiennes, qui ne voient que leur bulle et qui traitent les français qui ne sont pas parisiens de provinciaux avec le plus grand des mépris.C’est l’injure suprême des journaleux épris de la gloire donnée par les médias parisiens en ce moment.
    J’ose espérer qu’il y en a de plus intelligents en Province.

    Commentaire par Dorine — 11/03/2017 @ 09:24


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