La Plume d'Aliocha

02/09/2015

Le mot d’or

Filed under: Comment ça marche ?,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:14

La tragédie des migrants – que je préfère appeler réfugiés – m’a sautée au visage il y a des mois.

Mais c’est la semaine dernière qu’elle m’a sauté au coeur.

Le jour où l’on a découvert ce camion abandonné sur une route d’Autriche contenant 71 morts. Parmi eux, une petite fille âgée d’un an ou deux, probablement syrienne, relate un article. Tout ça c’est des mots. Il faut les obliger à livrer leurs images pour vraiment comprendre. Il faut imaginer ce camion rempli de cadavres empilés les uns sur les autres sur le bas-côté d’une route d’Europe, sans doute bien entretenue et fréquentée par des gens étrangers à ce monde parallèle qu’est la guerre, les réseaux de passeurs, les voyages dangereux et interminables dans des conditions effroyables. Il faut imaginer cette petite fille dont la vie s’est arrêtée dans un camion de volailles abandonné sur une route, comme une marchandise avariée.

« L’opinion publique, ce mammouth à cul de plomb » a écrit un jour Daniel Schneidermann pour exprimer le désespoir du journaliste qui révèle un scandale politique, raconte une guerre, décrit un désastre à l’autre bout du monde et n’obtient en réponse que l’indifférence générale. On ne peut pas dire que l’Europe soit indifférente aux migrants, mais question réaction,  que c’est lent et que c’est tiède….On voit bien que les journalistes en France commencent à vouloir secouer les choses, même BFMTV organise un direct à Calais, c’est dire. On sent bien sur les réseaux sociaux que l’opinion publique frissonne et s’éveille à mesure que l’information circule. Une infographie de France culture nous apprend que la France fait partie des pays en Europe qui accordent le moins de demandes d’asile, l’Obs nous rappelle que notre pays en d’autres temps a su accueillir des réfugiés par dizaines de milliers,  et puis il y a ces supporters de foot allemands qui brandissent des banderoles pour souhaiter la bienvenue aux réfugiés, ou encore cette femme à Calais qui offre des prises aux réfugiés pour qu’ils rechargent leurs téléphones….. Sans oublier les précieux témoignages du Making-Of de l’AFP.

Et l’on songe qu’à l’heure de Twitter, il suffit d’un mot, une image, une idée pour que tout s’enflamme. La communication, c’est un peu une loterie, c’est la rencontre magique et imprévisible entre l’émetteur d’un message et ceux qui le reçoivent. Elle nécessite du talent d’un côté, une certaine disponibilité de l’autre. Ce temps de cerveau disponible, cyniquement décrit par Patrick Le Lay, et que l’on pourrait appeler ici du temps de coeur disponible.

« Et vous vous faites quoi à part culpabiliser les autres assise dans votre canapé ? » m’a lancé un internaute sur Twitter vendredi dernier alors que regrettais la tiédeur à l’égard des réfugiés.

Il ne s’agit pas de culpabiliser, je suis comme un orpailleur penché sur le sable qu’il a ramené de la rivière, je cherche la pépite rare et précieuse, le mot, l’image, l’idée qui touchera au coeur et sauvera des vies. Parce que je sais qu’il y a des mots en or, des mots qui enflamment les consciences, des mots qui sauvent.

Des photos aussi. Qui sait, peut-être celle-là ?

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