La Plume d'Aliocha

03/06/2015

Les drôles de leçons de démocratie de Mediapart

Filed under: Affaire Kerviel,Coup de griffe,Droits et libertés,Justice — laplumedaliocha @ 22:08

« La justice française machine à blanchir », titre François Bonnet co-fondateur de Mediapart, dans une tribune incendiaire du 28 mai 2015. L’objet de son courroux ? La relaxe prononcée par la justice au bénéfice de l’ancien ministre Eric Woerth dans l’affaire Bettencourt. On comprend la colère du directeur éditorial de Mediapart. Avec tout le mal que se donne cet organisme (peut-on encore parler de site de presse ?) pour faire sortir les affaires que des policiers corrompus et des juges à la botte voudraient enterrer. Et patatras, la justice sourde et aveugle aux idéaux du plus vertueux des chiens de garde de la démocratie que la presse ait jamais engendré, la justice donc embourbée dans ses compromissions et ses vices s’obstine à blanchir les affreux coupables que Mediapart lui apporte pourtant ficelés et déjà grillés médiatiquement. Tout à sa rancoeur, l’auteur saisit l’occasion pour dénoncer la justice manipulée dans l’affaire Kerviel (il en est sûr puisque l’avocat de la défense le dit depuis 2 ans à une de ses journalistes qui l’a maintes fois répété, c’est dire la force de la preuve), la justice à genoux dans le dossier EADS, la justice fasciste dans l’affaire de Clichy-sous-bois, la justice malade dans l’affaire Outreau, la justice folle dans Tarnac….Zola n’avait qu’une seule cause à défendre, François Bonnet en a trouvé six ! Et encore, sans chercher. C’est dire…

Affreuse frustration

Sur l’ensemble de ces affaires présentées comme des scandales judiciaires et où l’on aperçoit aussi et surtout plusieurs scandales médiatiques,  cette diatribe apparait aux yeux du juriste pour ce qu’elle est : l’affreuse frustration d’un organe de presse devenu on ne sait trop quoi et qui prétend dicter sa loi à l’ensemble des pouvoirs mais à qui la justice a fait l’insupportable affront de tenir tête. Prenons deux affaires au hasard.

Oui le tribunal correctionnel de Paris a déclaré éteintes les poursuites dans l’affaire EADS. Mais puisque procès médiatique il y a dans ce dossier, alors François Bonnet va devoir poursuivre de sa vindicte Eliane Houlette, le tout nouveau procureur national financier mis en place par Christiane Taubira en février 2014 dans le but louable de traquer cette délinquance financière qui empêche Médiapart de dormir. Il se trouve en effet qu’Eliane Houlette est venue requérir en personne la fin des poursuites dans le procès EADS. La faute au Conseil constitutionnel, dont Mediapart devra demander immédiatement  la démission, puisque c’est lui qui a jugé contraire à la Constitution la procédure menée contre les prévenus dans ce dossier et dans tous ceux qui lui ressemblent. Ceci au nom d’un principe fondamental du droit que Mediapart devra également condamner sine die : non bis in idem, autrement dit nul ne peut être sanctionné deux fois pour les mêmes faits. Quel scandale en effet que l’application de ce principe. Et tant qu’on y est Mediapart devra également dénoncer la Cour européenne des droits de l’homme car c’est à cause de sa décision Grande Stevens du 4 mars 2014 que le Conseil constitutionnel s’est trouvé plus ou moins contraint d’abandonner un système français décidément contraire aux droits de l’homme. Telle est l’horrible genèse de l’insupportable relaxe. François Bonnet ne pouvait dénoncer dysfonctionnement judiciaire plus abject que l’application des droits fondamentaux en justice.

Recyclage d’arguments moisis

Passons à l’affaire Kerviel. Tout a été dit dans ce dossier jusqu’à l’épuisement, mais il faut croire qu’une partie des médias et du public (dans quelle proportion, je l’ignore)  préfère rêver au mythe de David contre Goliath plutôt que de comprendre ce qu’il s’est réellement passé si cette compréhension impose de renoncer au conte du gentil trader broyé par la méchante banque. Beaucoup de journalistes ont perçu  l’affaire ainsi au départ, jusqu’à ce que les faits leur ouvrent brutalement les yeux.  D’autres trouvent visiblement un intérêt qui ne saurait être purement journalistique à débarquer sur le tard et à continuer de croire au mirage mais aussi, ce qui est plus grave, à tenter d’en convaincre les autres.   Les chroniqueurs judiciaires qui ont assisté au procès savent que les soi-disant scoops de Mediapart depuis 2 ans ne sont  que le recyclage mal ficelé des arguments que la défense n’a pas réussi à faire gober aux magistrats. Voir le système médiatique entier relayer ces âneries comme ce fut le cas il y a deux semaines est tout simplement terrifiant. Mais il faut s’y résoudre, le système médiatique aime ceux qui le manipulent car ceux-là savent y faire avec lui, ils flattent son goût du spectaculaire, du scandale, du bruit et de la fureur. A l’inverse, ceux qui travaillent, ceux qui cherchent, ceux qui réfléchissent, ceux qui doutent s’inscrivent dans une dimension que les médias tiennent soigneusement à l’écart, par paresse autant que par intérêt. L’ennui, c’est que cette culture médiatique, superficielle et vaine se répand à toute allure dès lors que les outils de communication ont changé chacun de nous en un petit média obéissant désormais aux mêmes besoins de simplisme et de spectaculaire. Comment dans ces conditions être audible quand l’explication que l’on a à apporter ne tient pas dans les 140 signes d’un tweet ? Quand on invite à  lire 200 pages de raisonnement juridique alors que l’esprit s’est habitué à ne pas dépasser 6 lignes ? Quand il faut asséner une longue explication à un auditoire tellement plus tenté de reprendre à son compte un slogan séduisant ? Pourquoi enquêter alors que pour satisfaire ces nouveaux besoins, il suffit de brandir une idée aguicheuse arrimée à quelques éléments factuels vaguement crédibles ? Et si les scrupules venaient à déranger quelque conscience journalistique pas tout à fait morte, il suffirait alors de se consoler en songeant qu’un système quel qu’il soit est toujours forcément un peu pourri et qu’il n’y a pas de mal à le malmener un peu….

Mais revenons à nos affaires. Je comprends de l’indignation de François Bonnet qu’une bonne justice est une justice qui condamne vite et fort les délinquants que les médias lui apportent par la peau du dos et les méchants qu’ils lui désignent. Je gage qu’une justice aux ordres des journalistes ne fait pas rêver grand monde à part l’auteur de l’article. Pour ma part, j’y vois une dangereuse folie.

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28 commentaires »

  1. La « logique » de mediapart semble assez proche de celle de la justice chinoise qui paraît-il condamne 98% des inculpés : un inculpé est coupable puisqu’il est inculpé.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/06/2015 @ 23:02

  2. D’accord avec votre conclusion Aliocha, le pire serait une justice qui obéisse à l’air du temps soufflé par de médiocres médiacrates un brin totalitaires : ce serait goulag et asile psychiatrique pour tout justiciable. Non soumis à un devoir d’objectivité, privilégiant l’affect qui plait à l’aride analyse des faits, ils seraient les pires Fouquier-Tinville. Alors merci de bosser vos sujets et d’être affûtée sur les faits, parce que vous avez gratté le sous-jacent.
    Mais,
    Mais la justice n’est pas au dessus de tout soupçon. Elle n’a certes pas des moyens suffisants et son indigence devrait nous faire honte à nous, nation. L’instabilité législative ne peut pas ne pas rendre plus complexe son travail (1 fait divers => 1 loi nouvelle lors du précédent quinquennat. Elle est incapable de s’auto réguler et d’éliminer ses brebis galeuses (mur des cons). Et enfin elle rend parfois, trop souvent à mon gré, des jugements serviles envers le pouvoir en place.

    Commentaire par remseeks — 03/06/2015 @ 23:37

  3. Vous avez pris « deux affaires au hasard ». Souffrez que je prenne, moi aussi, deux affaires au hasard : l’affaire d’Outreau et l’affaire de Tarnac. Ne peut-on parler de scandale judiciaire ? Pour l’affaire d’Outreau, ce n’est plus à démontrer, sans même qu’il soit besoin d’auditionner le juge Burgaud. Quand à l’affaire de Tarnac, la seule incrimination pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme » est, de l’avis quasi général, complètement délirante.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 04/06/2015 @ 01:01

  4. @remseeks : qu’on se comprenne bien, je suis la première à m’interroger en ce moment sur l’efficacité de la justice dans le domaine très particulier que je connais (oui, je m’en tiens à ce que je connais, c’est plus sage, voyez où l’ignorance emmène Bonnet, vers le totalitarisme) et il est exact qu’elle ne fonctionne pas en matière pénale économique. Je ne dis pas dans ce billet que tout va bien, ni que la critique est interdite, je dis que quand on est journaliste, a fortiori dans cette « cellule d’investigation » qui tire à vue et s’est arrogé un pouvoir parfois inquiétant, on a le devoir de bosser ses dossiers et de faire de porter des accusations étayées. En fait de quoi ici, il ne faut pas être prof de rhétorique pour déceler la mauvaise foi qu’il y a à dézinguer le jugement dans l’affaire Bettencourt en le rapprochant d’autres affaires qui, quand elles ont dysfonctionné, ce qui n’est pas le cas des deux que je connais, n’avaient rien à voir avec le dossier Bettencourt. Outreau notamment est un dérapage autant judiciaire que journalistique qui s’est enraciné dans la grande peur moderne de la pédophilie (lire à ce sujet les nouvelles sorcières de Saalem de Garapon et Salas) et qu’aucun dispositif judiciaire n’est parvenu a endiguer. Tarnac n’a pas été jugé donc j’assume de ne rien savoir, ce n’est pas parce que ces personnes soutenaient sympathiquement une cause sympathique qu’ils ne sont pas les auteurs d’une destruction dont les motifs peuvent les faire entrer dans le champ du terrorisme (pour ce que j’ai vaguement compris de la problématique). Je gage que si on avait chopé trois néonazis dans les mêmes circonstances, tout le monde aurait applaudis l’incrimination terroriste. Le papier de Bonnet développe une argumentation populiste sans valeur aucune et assez toxique d’un point de vue démocratique dès lirs qu’elle aboutit à remettre en cause une institution pour de très mauvaises raisons et sans justification digne de ce nom.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/06/2015 @ 06:35

  5. @Gilbert Duroux : oui, Outreau est effectivement un naufrage, et donc le truc de Bonnet consiste en accumulant des affaires qui n’ont rien à à voir dans une liste colorée par Outreau, de faire croire que les 5 autres sont aussi des naufrages. Vous m’excuserez mais moi la mauvaise foi ça me révulse.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/06/2015 @ 06:37

  6. Bonjour Aliocha,

    Si je comprends bien, les écuries d’Augias (en particulier la partie médiatique) sont de plus en plus sales. Etonnez-vous ensuite de voir le fossé séparant le grand public de la gente journalistique se creuser. Certains de vos collègues, en dehors de vous évidemment, semblent s’en préoccuper. J’en veux pour preuve l’initiative de Natacha Polony avec son comité Orwell (http://www.causeur.fr/comite-orwell-natacha-polony-pluralisme-33049.html#):  » « La façon dont une partie des Français a cessé de croire en la parole journalistique devrait nous inquiéter profondément », alerte la Présidente,  »
    En tant que critique sévère de la situation présente (dont vous rappelez l’existence dans votre billet. A propos les parangons de vertu que sont Médiapart et sa rédaction ont-ils régler leur petit problème de TVA: http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/le-bras-de-fer-continue-entre-le-fisc-et-mediapartbr-868727.html. On ne doit pas soupçonner la femme de César, n’est-ce pas, sinon la parole de son mari est décrédibilisée) , je ne peux qu’applaudir à cette initiative bien que la situation étant tellement dégradée, je reste assez dubitatif quant au remède proposé. Le sevrage ne pourra être que sévère et douloureux. N’est pas Albert Londres qui veut.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 04/06/2015 @ 07:18

  7. Nous sommes d’accord, Aliocha. C’est bien à cause des présupposés idéologiques malsains et peu soucieux de la démocratie que j’ai mis fin à mon abonnement à Médiapart. J’y ai lu, une fois un papier d’investigation (ne devrait-on pas dire un écran ?) dont je peux attester qu’il avait été fouillé, allant dans des détails non connus du communs des mortels mais des seuls connaisseurs d’un secteur. Pour le reste, je n’y ai trouvé que des biais idéologiques suintants à chaque ligne. Je n’ai ni assez de temps ni d’argent à perdre, ni l’envie de le faire.
    Enfin, vous êtes plus sage que moi de n’écrire que sur des sujets que vous maîtrisez entièrement.
    Bonne journée !

    Commentaire par remseeks — 04/06/2015 @ 07:26

  8. @remseeks : mon observation sur les sujets que je connais n’était pas dirigée contre vous mais contre Bonnet 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/06/2015 @ 07:49

  9. Je ne l’avais pas pris ainsi, Aliocha : j’assume très bien de n’écrire quasiment que des tribunes, d’abord parce que je ne saurais pas faire du vrai journalisme. Mais j’admets bien volontiers que c’est une posture confortable.

    Commentaire par remseeks — 04/06/2015 @ 08:55

  10. Visiblement vous n’aimez pas Médiapart.
    Indépendamment de vos affinités, électives ou non, les cas relevés par ce média démontrent suffisamment les dysfonctionnements du monde judiciaire par rapport aux attentes de justice et d’équité du public.
    Vous savez également qu’il apparait de plus en plus clairement qu’il se trouve des connivences ou du moins des résistances à mettre en cause des personnalités.
    Thémis n’est plus véritablement aveugle.
    Le sentiment d’impunité chez les puissants devient particulièrement insupportable et l’adage « selon que vous êtes puissant ou misérable … » redevient cruellement d’actualité.

    Commentaire par fultrix — 04/06/2015 @ 18:00

  11. @ Fultrix Vous appelez de vos voeux une justice d’équité que d’aucun qualifierait d’arbitraire. Votre équité, mon arbitraire, votre arbitraire, mon équité…

    Commentaire par LAGUN — 04/06/2015 @ 18:48

  12. J’avoue que je ne suis pas fanatique de Médiapart. Plenel (et consorts) a un côté Fouquier-Tinville que je trouve inquiétant.En particulier, dans le cas Kerviel, il ne s’embarrasse pas trop de preuves et toute la teneur de l’article consacré à cette affaire se base sur l’intime conviction d’une policière. Je suis assez surprise que des députés se soient emparés de l’affaire sur des bases aussi peu solides. Je n’aimerais pas que la justice de mon pays se mette à fonctionner sur la base de rumeurs et de convictions, toutes personnelles, des investigateurs. Ce serait la porte ouverte à l’arbitraire. Si l’on suit aveuglément Médiapart, c’est ce qui risquerait de se passer. Je reste solidement convaincu qu’il vaut mieux laisser courir un coupable que d’embastiller un innocent. J’ai découvert que s’il y a un populisme de droite, Le Pen et ses affidés, il y a aussi un populisme de gauche en marche chez Médiapart, aussi détestables l’un que l’autre.

    Commentaire par chandernagor — 04/06/2015 @ 22:19

  13. Les « journalistes » de Mediapart peuvent se parer de toute la vertu du monde, ils sont pour moi sans scrupules.
    Mais ils empruntent un chemin dangereux : un jour ne vont-ils pas aller trop loin en jetant à la vindicte populaire quelqu’un qui, mis en cause à tort, ne le supportera pas …

    Commentaire par Maelle — 04/06/2015 @ 23:10

  14. @Maelle
    Je partage tout à fait votre sentiment, d’autant plus qu’il y a deux précédents célèbres d’hommes harcelés par la presse : l’un ancien, Roger Salendro, l’autre plus récent, Pierre Beregovoy.

    Commentaire par chandernagor — 04/06/2015 @ 23:16

  15. Je signale aux abonnés d’@si que le débat amorcé ici s’est prolongé cet après-midi chez Arrêt sur images où Francois Bonnet et moi avons confronté nos visions de la justice, sous le haut arbitrage de Me Eolas : http://www.arretsurimages.net/emissions/2015-06-05/Je-souhaite-un-proces-Tarnac-id7793
    Sans surprise, a discussion fut « virile » 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 05/06/2015 @ 18:16

  16. @ chandernagor
    Pour ma part, plutôt que Salengro ou Beregovoy, je verrais plutôt, dans le traitement des affaires judiciaires de Médiapart, le même biais que celui qui avait contaminé Serge July, à l’époque où il était Mao. Envoyé dans le Nord, chez les ouvriers, il avait eu à traiter de l’affaire de Bruay en Artois. Pour lui, le coupable ne pouvait être que le notaire. Dame, « un bourgeois qui s’enfilait des steacks gros comme ça » comme ç’avait été dit à l’époque.
    Sinon, pour revenir à l’affaire d’Outreau, il semble bien que le juge Burgaud n’est pas le seul de son espèce :
    http://videos.leparisien.fr/video/outreau-letrange-confidence-dun-haut-magistrat-15-05-2015-x2qbt7h

    Commentaire par Gilbert Duroux — 06/06/2015 @ 03:39

  17. Sur votre recommandation, Aliocha, je suis en train de lire le livre de Delélan sur Marin, et je suis fréquemment gêné par ce que j’identifie depuis quelque temps comme le « style Mediapart » (qui m’a frappé la première fois il y a quelques années lorsque, Arfi en tête, la clique mediapartienne faisait un raffut ridicule en accusant les médias de ne pas reprendre chaque jour en une leurs infos sur Takieddine), et dont il transpire que le but n’est pas d’informer, mais de dénoncer et poursuivre ou faire poursuivre. Chose que je ne retrouve pas du tout, par exemple, dans le travail de Davet et Lhomme sur Tapie ou sur la mafia du 92 (cf. « French corruption »), alors que le sujet s’y prête tout autant : il y a chez eux une vraie rigueur méthodologique et une précaution dont Mediapart est incapable. Même chez Delélan, donc, où c’est certes moins marqué, mais toujours implicitement un peu puant.
    C’est vraiment une boîte schlinguante, merci de contribuer à ce relayer ce message – et c’est d’autant plus regrettable qu’ils ont manifestement de vraies capacités d’investigation, qui mériteraient d’être autrement mieux mises en œuvre.

    Commentaire par Vil Coyote — 06/06/2015 @ 10:56

  18. @ laplumedaliocha : une confrontation utile qui permet d’apporter des précisions qui ne figuraient pas dans l’article dont le titre est certes excessif, voire provocateur mais, s’agissant de l’affaire Bettencourt et de la relaxe de E. Woerth, l’information sur les éléments de compréhension (les motifs du raisonnement du juge) de la décision de justice, devait être formulée.

    En effet, l’argument sur les attendus qualifiés de « sévères » par F. Bonnet tiré, semble-t-il, du jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux permet de se forger une opinion sur la réalité de la relaxe même si la preuve, en l’espèce, est insurmontable : la qualification retenue du « pacte de corruption » ne peut être accueillie en l’absence de la production matérielle de la preuve (cf. Me Eolas).

    Par ailleurs, s’agissant des affaires politico-financières, difficile de ne pas constater que lorsqu’un homme politique doit rendre des comptes devant la justice cette dernière est plus encline à « prendre des pincettes » pour le juger.

    L’affaire A. Carignon ex-ministre (cas d’école devenu classique en droit pénal des affaires) remonte à 20 ans et, en effet, comme le rappelle F. Bonnet, il est rare désormais qu’un homme politique se retrouve « embastillé » surtout quand on sait qu’un ex-président de la Ve République a pu être reconnu coupable de détournement de fonds et d’abus de confiance et condamné à deux ans de prison mais…avec sursis.

    Plus globalement, c’est aussi la question de l’impartialité des juges en filigrane qui est mise en accusation dans « La justice française une machine à blanchir » qui mériterait en France d’être sérieusement débattue.

    http://www.leclubdesjuristes.com/les-publications/impartialite/

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 06/06/2015 @ 22:26

  19. Le Chevalier Bayard : « Par ailleurs, s’agissant des affaires politico-financières, difficile de ne pas constater que lorsqu’un homme politique doit rendre des comptes devant la justice cette dernière est plus encline à « prendre des pincettes » pour le juger ».
    Je ne sais pas si la question a été abordée à Arrêt sur images (je n’y suis pas abonné), mais je me souviens avoir entendu un jour Éolas contester fermement, et contre toutes les évidences, l’idée qu’il pouvait y avoir une justice de classe. Ou du moins une justice à deux vitesses. Il me semble bien que « la technicienne du droit » Aliocha partage ce point de vue. J’aimerais bien savoir ce que les lecteurs de ce blog en pensent. Y-a-t-il, oui ou non, une justice à deux (ou plusieurs vitesses) ? Le fameux « selon que vous serez puissant ou misérable » est-il (au choix) une vue de l’esprit, une coquecigrue, une billevesée, une calembredaine, une faribole ?

    Commentaire par Gilbert Duroux — 07/06/2015 @ 02:50

  20. @Gilbert Duroux : justice de classe oui et non. Si vous l’entendez dans une perspective marxiste (si j’ai bien compris la chose), comme quoi c’est la préservation des intérêts de la classe dominante, oui, la justice assure le respect d’un vivre ensemble traduit par des lois qui, si on les considère comme dictées par les dominants, entrainent donc à l’arrivée justice de dominants. S’il s’agit de dire que les juges sont plus tendres avec les puissants, à mon avis c’est discutable au sens où ce n’est pas si simple que ça. N’oubliez pas que les juges sont « provincialisés » par rapport au pouvoir (l’expression est d’Antoine Garapon). Ils n’appartiennent pas à l’élite qui sort de l’ENA. Ils sont payés assez mal. Ils travaillent sans moyens. Cela les rend assez peu tendres avec les puissants, surtout que ceux-là les prennent de haut, irrités que de si petits individus puissent bousculer leurs agendas, les convoquer, voire les priver de liberté. Les relations ne sont donc pas idylliques. Dans le procès de l’UIMM, le décalage entre ces hommes d’affaires vieillissants, pétris de leur culture fric et les juges qui les écoutaient raconter leurs affaires d’enveloppes de liquide entre amis, le contraste social sautait aux yeux et annonçait des juges peu tendres à l’arrivée. A l’inverse, les relations des intéressés, leur pouvoir de nuisance, l’argent qu’ils peuvent déployer dans leur défense dans des dossiers de délinquance très complexe peut leur offrir assez mécaniquement un traitement privilégié à certains moments de la procédure…Voilà, je crois que c’est compliqué d’avoir une vision unilatérale de ce sujet. Ce que j’ai dis à l’émission car nous en avons parlé, c’est que face à une délinquance financière très sophistiquée et à des gens capables de déployer des moyens de défense énormes, il fallait une vraie volonté politique de mettre en face des moyens équivalents. Les Américains l’ont fait (voire condamnation BNP à je ne sais plus combien de milliards), nous pas. Je conseille cette passionnante lecture : http://www.senat.fr/rap/r14-395/r14-3959.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 07/06/2015 @ 07:31

  21. @ Gilbert Duroux : comme dans tout corps de métier on trouve des presbytes ou des myopes. Il y a aussi ceux qui voient clair…le constat parle de lui-même ce n’est pas une vue de l’esprit mais je préfère l’expression de : « justice à plusieurs vitesses. ». Inutile de « tortiller du cul » : lorsque vous avez les moyens ou les relations nécessaires vous pouvez multiplier les procédures voire faire abandonner les poursuites d’un juge d’instruction. L’exemple de l’affaire des frégates de Taïwan évoqué par F. Bonnet dans @si est, certes, symptomatique de notre Etat de droit mais force est de constater, ontologiquement, que ça est donc…ça existe !

    Précision : je ne suis pas non plus abonné à @si j’ai juste mis 1 € dans le « nourrain » en me laissant séduire par le teasing !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 07/06/2015 @ 07:55

  22. @VilCoyote : oui, Michel a une thèse, d’ailleurs de mémoire je le dis bien, ce qui m’a plu, c’est qu’il montre que c’est une thèse et qu’aussi souvent que possible il fait marcher le contradictoire, en bon spécialiste de la justice qu’il est. Après, on souscrit ou non à sa thèse, l’essentiel est ailleurs, il montre le fonctionnement de la justice dans ces dossiers sensibles et je trouve ça très intéressant.

    Commentaire par laplumedaliocha — 07/06/2015 @ 11:13

  23. @ Aliocha : oui oui, vous l’aviez bien dit, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Mais je trouve son contradictoire souvent hypocrite, ou du moins débouchant sur une conclusion orientée (du genre « circulez y a rien à voir nous dit-on »), alors même que sa thèse repose parfois à la base sur une simple interprétation subjective des faits (ça dépend des affaires qu’il relate). Le livre est intéressant (je ne l’ai pas encore achevé), mais me laisse un peu sur ma faim et sur une impression trouble quant à la démarche de l’auteur.
    Sinon je viens aussi de mettre 1€ dans la boîte à sous d’ASI pour regarder l’émission, avec un DS qui m’a semblé pour une fois non-biaisé et un sbire mediapartien dont on ne comprend pas au final sur quoi repose son article et son qualificatif de « machine à blanchir ». Merci pour cette intervention et les recadrages juridiques qui vont bien.
    (PS. message de service : je ne sais pas si vous avez reçu mon mail envoyé il y a quelques jours à propos de notre amie commune 🙂 )

    Commentaire par Vil Coyote — 07/06/2015 @ 13:39

  24. On vient de me faire lire ce papier
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/06/05/outreau-trois-semaines-dans-l-ombre-des-revisionnistes_4648609_3224.html
    Edifiant et terrifiant !

    Pour Karl Zero, ce qui s’etait passé avec Dominique Baudis ne lui a pas servi de leçon à ce qu’on dirait. Au fait c’est aussi un soutien de Kerviel … Encore un qui est passé du côté obscur …

    Commentaire par Maelle — 07/06/2015 @ 13:50

  25. @Maelle : voilà où mène le complotisme nourri par quelques individus médiatiques qui adoptent des postures du genre « on me l’a fait pas à moi ». Bande de guignols !

    Commentaire par laplumedaliocha — 08/06/2015 @ 06:55

  26. Le problème c’est qu’internet a donné une caisse de résonance incroyable à tous les agités du bulbe complotistes. Avant, vous aviez des gars passablement énervés qui distribuaient des fanzines dans leur coin, un underworld dont personne ne se souciait trop. Maintenant ils se connectent facilement entre eux, s’organisent, se montent encore plus le bourrichon et attirent de nouveaux disciples. En plus, il y a l’impunité de l’anonymat qui fait que vous pouvez dire n’importe quoi sur n’importe qui ( ou presque).
    Intéressant d’ailleurs ce lien souvent mis en avant avec les mouvances d’extrême droite.
    J’ai l’impression que Le Monde en ce moment consacre pas mal d’articles aux théories du complot. Une vraie question en effet, la crise économique de ces dernières années a aussi joué un rôle.

    @Gilbert Duroux
    Bien vu le rapprochement avec Bruay en Artois, je n’y avais pas pensé, pas vraiment ma génération, il faut dire !

    Commentaire par Maelle — 08/06/2015 @ 13:20

  27. @ Maelle : si vous ne l’avez pas déjà lu, un très bon ouvrage sur la question des conspis et de la caisse de résonance qu’est Internet : http://www.amazon.fr/La-d%C3%A9mocratie-cr%C3%A9dules-G%C3%A9rald-Bronner/dp/2130607292

    Commentaire par VilCoyote — 08/06/2015 @ 15:54

  28. Merci, VilCoyote. J’en avais entendu parler.

    Karl Zéro, il était passé complètement sous mon radar (j’ai passé pas mal d’années à l’étranger, c’est vrai). Or je viens d’apprendre qu’il était aussi « sceptique » à propos du 11 septembre. Mazette !

    Pour Outreau, je ne m’étais pas rendu compte de toute cette agitation conspi (expression de moi ignorée aussi) sur le net qui remettait en cause les dernières décisions de justice. Le pire, c’est qu’évidemment des vrais scandales pédophiles il y en a, pensons à l’affaire Jimmy Savile en Angleterre p.ex.

    Commentaire par Maelle — 09/06/2015 @ 09:00


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