La Plume d'Aliocha

16/06/2014

Des emmerdes et des jeux

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:35

Je ne connais rien au foot. Même une compétition mondiale me laisse froide. Pas le moindre plus petit intérêt pour cet univers sportif bariolé et bruyant dont on dit que ceux qui l’animent sont plus riches que des patrons d’entreprise ou des chefs d’Etat. Néanmoins, le bruit médiatique a été si intense depuis hier soir que j’ai fini par comprendre que la France avait joué son premier match contre le Honduras et que nous avions gagné trois à zéro grâce notamment aux exploits d’un certain sieur Benzéma que le monde entier semble connaître sauf moi. La néophyte que je suis a cru comprendre que la victoire était évidemment agréable mais un peu attendue car l’adversaire n’était pas bien dégourdi. Me voici donc, grâce aux chaines d’information en continu suffisamment outillée sur ce dossier pour ne pas avoir l’air idiote à la machine à café.

L’autre grand événement du week-end, comme chacun sait, c’est la grève SNCF. Et là, l’information me semble un peu moins optimale. J’ai compris grâce aux mêmes chaines d’information en continu que les cheminots durcissaient le ton, faisant fi de l’injonction présidentielle d’arrêter  (ça ne vous rappelle rien ?). J’ai saisi aussi qu’il existait un conflit entre syndicats et que les durs avaient remporté la mise. Enfin, on m’a expliqué que ce matin c’était le bac et que la grève allait pénaliser les lycéens. Tout ceci m’a évidemment irritée, ce d’autant plus que je n’ai entendu aucune explication sur les motifs de tant de galères. Oh je sais bien que si j’avais regardé non stop l’un de ces chaines, j’aurais sans doute réussi à choper au vol un débat qui m’aurait éclairée sur les tenants et les aboutissants du conflit. Las, ayant manqué cette merveille, je ne suis nourrie que de ce message phare : des gens que je ne connais pas me pourrissent la vie pour des raisons qu’on ne m’explique pas.  Et c’est ainsi qu’on fabrique colère et lassitude chez le téléspectateur frustré au lieu de lui donner les outils pour raisonner et participer au débat. Comment s’étonner ensuite que les bureaux de vote soient à moitié vides et les urnes remplies de bulletins en forme de cri de menace ?

Mais au moment de jeter une nouvelle fois la pierre aux chaines d’information, on est bien obligé de renoncer en songeant que ce qui se vend correspond nécessairement à une demande…. Fouettées par la déesse rentabilité, elles nous servent ce  qu’elles estiment que nous attendons.  D’où le traitement en continu du football, éclipsant tous les autres sujets d’actualité (et notamment celui-ci), excepté le suivi en temps réel de l’état du trafic SNCF et des répercussions de la grève sur les français. Des emmerdes et des jeux. Un stimulant article du Monde diplomatique explique le peu d’intérêt des médias pour l’information syndicale par le fait que ceux-ci sont entre les mains d’une bourgeoisie culturellement encline à mépriser les conflits sociaux et les droits des salariés. Possible, et même probable. Mais l’explication est un peu courte. Car au fond, si ce n’était « que » cela, on devrait entendre s’élever une protestation bruyante de la part de tous ceux qui n’appartiennent pas à cette petite caste médiatique et à la caste à peine plus large de ceux qu’elle représente. Je pense personnellement que ces chaines répondent parfaitement aux exigences des consommateurs capricieux que nous sommes devenus. Le regard que nous portons sur l’information, et à travers elle sur le monde, se réduit à la manière dont elle peut nous distraire ou nous servir. Les médias savent depuis longtemps que l’information qui intéresse est celle qui concerne, c’est ainsi que selon la théorie du mort au kilomètre, un mort à un kilomètre intéresse plus le public que 10 000 à 10 000 kilomètres. De ce point de vue, il est  logique que les chaines d’info traitent du foot et de la grève. Ce qui est plus inquiétant, c’est que ces deux sujets dévorent tout le reste et que le traitement par ailleurs en soit réduit au divertissant et au pratique. Tous les observateurs critiquent ce phénomène en nourrissant le secret espoir que les médias se reprennent. C’est aussi absurde que d’exiger d’un miroir qu’il reflète autre chose que la réalité…

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