La Plume d'Aliocha

04/04/2014

Le meilleur de l’information….et le reste

Filed under: Coup de chapeau !,questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:42

Vendredi matin, BFM TV était aux première loges. Pour le premier conseil des ministres de l’ère Hollande II, piloté par Manuel Valls. C’était un vendredi. Pas un mercredi. Quel changement ! Et l’on attendait les nouveaux venus. Jusqu’à ce que, ô miracle, Christiane Taubira surgisse. Un femme, de couleur, à vélo. Ministre. De la justice. Du gouvernement Hollande II. Médiatiquement, une merveille. La quintessence de l’exceptionnel.

Et pour celui qui regardait, l’horreur médiatique sans cesse renouvelée. L’effet attendu, la surenchère moisie, comme dans un mauvais film porno, où l’on sait d’avance que le réalisateur s’est mis en tête de surpasser tous les poncifs du genre, dans un poncif ultime, affligeant de mauvais goût et de sinistre prévisibilité.

Que les confrères de BFM TV me pardonnent, je sais qu’ils se savent prisonniers de l’exercice et qu’ils sont les premiers non pas à souffrir de l’information en continu, elle est nécessaire, mais de ses travers, qu’ils aperçoivent mais contre lesquels ils ne peuvent rien.

Pendant ce temps, il se passait autre chose. Par exemple, une journaliste politique de l’AFP donnait un pot d’adieu, en toute discrétion, offrant notamment à Hollande et Mélenchon l’occasion de se parler. C’est Daniel Schneidermann qui le raconte chez @si  (aux non-abonnés, je livre un extrait pour qu’ils suivent) : « au pot de départ de Sylvie Maligorne, chef du service politique de l’AFP, dont toutes les personnalités ci-dessus mentionnées ont loué le professionnalisme, l’impartialité, etc etc. Rien à redire au fait que le Tout-Etat se presse au pot de départ d’une journaliste de l’agence de presse nationale. Plus troublant est le fait que cette agence n’en dise pas un mot sur ses fils. Comme si c’était un événement privé. Un événement privé, ce rassemblement transpartis (à l’exception de tout représentant du FN, tiens tiens) dans les locaux de l’agence ? Evidemment non. Mais traité comme tel. Avec une discrétion qui trahit la crainte que les exclus (suivez mon regard) aillent y dénoncer la connivence de l’agence avec « l’UMPS ». Et si bien protégé, donc, qu’à l’heure où furète le matinaute, rien ne transpire en ligne de la teneur des apartés, des plaisanteries, du « small talk » entre les uns et les autres. Malgré la densité de journalistes de la presse traditionnelle au mètre carré. Ou plutôt, à cause de cette densité ».

Pendant ce temps, le superbe blog Making-of de la même agence s’interrogeait sur le journaliste spectateur de la souffrance, témoin vilipendé puis remercié, insupportable voyeur nécessaire. On peut adhérer ou non à la nécessité du témoin, c’est au fond accessoire, l’essentiel ici, c’est la qualité humaine qui conduit à se poser la question et la beauté d’avouer humblement que l’on doute, que l’on s’interroge, que l’on a mal et que parfois l’on pleure.

Pendant ce temps, Pascale Robert-Diard, la chroniqueuse judiciaire du Monde, racontait avec une infinie délicatesse l’histoire de Marcel, 93 ans, condamné à 10 ans de prison pour avoir tué une femme qui avait refusé de l’aimer. Et l’homme de conclure, nous renvoyant à notre insupportable abandon de nos anciens dans des lieux dédiés et aseptisés : « Mais après tout, je suis mieux ici, en prison, qu’en maison de retraite ». Je vous recommande tous les billets sur cette affaire. 

Pendant ce temps, la même journaliste décrivait la souffrance de la première épouse d’un accusé d’assassinat, Maurice Agnelet, tentant envers et contre toutes les campagnes médiatiques de dresser une forteresse d’amour autour de leurs enfants. Enfants martyrs, enfants sacrifiés. Au sort de leur père, à la justice, au médias.

A un ami très cher qui me demandait pourquoi je n’écrivais pas de roman, j’ai répondu en lui citant le billet de Pascale sur Marcel : quand la vie offre de telles histoires, à quoi bon chercher à en inventer d’autres ?

C’est la beauté du journalisme de s’imposer jour après jour la mission de regarder le monde et de le raconter. Ce journalisme là est celui dont on dit qu’il est la condition de la démocratie. Il est plus simplement une main tendue par-dessus l’incompréhension, les préjugés, les haines et le désespoir, il est ce regard indispensable sur les autres qui nous révèle, millimètre par millimètre, la magnifique étoffe, infiniment précieuse, de notre humanité commune. Cessons de nous gaver jusqu’à l’overdose d’information en continu pour nous plaindre ensuite des médias. Il en va de la nourriture intellectuelle comme de celle du réfrigérateur, elle doit être consommée avec discernement. Parfois, nous avons besoin de BFM TV, d’autres fois, des articles de Pascale. Face à l’offre quasi-illimitée d’information, il n’y a pas de bons ou de mauvais supports mais simplement des citoyens plus ou moins responsables dans leur manière d’appréhender l’information.

 

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.