La Plume d'Aliocha

24/12/2013

Joyeux Noël, oui, mais lequel ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:05

imagesIl y a quelques jours j’ai entendu, sur une chaine d’info en continu, une universitaire spécialisée dans l’étude des fêtes expliquer que Noël n’était pas seulement une fête chrétienne mais aussi, et plus profondément, un rassemblement de famille suscité par le besoin de se réchauffer au coeur de hiver, quand les jours sont courts et le froid mordant. Elle ne se rendait sans doute pas compte, toute à la subtilité de sa pensée, que ce qu’elle décrivait comme distinct du Noël chrétien en constituait au contraire une partie de l’essence…Triste époque qui ne voit dans les religions que des obscurantismes à combattre tout en en inventant de nouvelles, des religions sans grâce et au pouvoir d’aliénation absolument terrifiant.

Les fidèles de ce blog auront deviné que je fais allusion à ma vieille ennemie, la consommation. Elle insinue l’argent au coeur d’une fête d’amour. Il faut acheter, acheter, acheter, et acheter encore. Acheter pour  faire plaisir, pour montrer à combien d’euros on aime (quelle horreur !), pour se faire valoir, et même dans certains cas, pour embêter en offrant une absurdité dans un réflexe vengeur. Il faut acheter, à manger, à boire, des cadeaux. Cadeaux qui seront revendus ensuite sur Internet dans un triste marché de la déception, du mépris, du désamour, du doublon ou tout simplement de la spéculation. Là où Noël rassemble, que l’on croit au ciel ou que l’on veuille juste se réchauffer le coeur, la consommation divise. Elle hiérarchise les êtres en fonction de ce qu’ils sont capables de dépenser, bannit les moins argentés, aveugle chacun sur le sens des choses et les vrais besoins. Je regrette le temps dont parlent certains aînés où l’on offrait une orange aux enfants. Non pas qu’il faille céder au piège du « c’était mieux avant’, mais on doit bien reconnaître qu’il y avait infiniment plus de sagesse et de cohérence dans le don d’un fruit que dans l’accumulation de gadgets. S’il est vrai que « La terre est bleue comme un orange » comme l’écrivait Eluard, alors  c’est bien le monde que l’on offrait aux enfants, quand on ne leur propose plus que des objets éphémères…On ne reviendra pas en arrière, ou pas avant qu’une catastrophe n’interrompe cette folie de force, mais rien n’interdit me semble-t-il, dans la frénésie et le stress des préparatifs , de se souvenir que nous allons fêter l’amour et non pas l’argent, le partage d’un repas et non pas l’orgie, la chaleur humaine et non pas la possession du dernier joujou à la mode au milieu d’un tas d’autres objets inutiles.

Bon sang, voilà qu’Aliocha est victime d’une crise mystique, songeront certains. Du tout (1). Il s’agit juste d’un exercice de critique des médias. Leur survie dépend de la publicité, c’est-à-dire des gens qui ont quelque chose à vendre et le font savoir dans les radios, télés, journaux et sur Internet, moyennant une rémunération substantielle.  Plus profondément, ils sont l’émanation de la société de consommation et tiennent donc un discours largement inspiré du système qui nous gouverne tous. Au surplus, ils se sentent en devoir de nous parler de nous, et il faut bien admettre que nous sommes devenus ces tristes sujets/objets de consommation. En regardant à longueur de reportages la chronique médiatique attendrie de la frénésie consumériste de Noël, je songe à tous ceux qui, pour une raison ou une autre, sont exclus de cette démence. Chômeurs désargentés, SDF, personnes provisoirement isolées, familles frappées par un deuil récent ou individus simplement en rébellion contre tout ça, ceux-là sont écartés de la fête en vertu d’un épouvantable contresens organisé par le commerce. En vérité, ce sont eux qui incarnent l’esprit et le coeur de Noël. Eux que représente Jésus dans la paille. Souvenons-nous, Marie ne trouve nulle part ou accoucher et doit se réfugier dans le lieu le plus humble, une étable… Si j’évoque ceux-là, ce n’est pas pour inspirer la pitié entre deux coupes de champagne, ils n’en ont pas besoin car, sur le terrain spirituel,  ils sont des rois. Dépouillés, ils ont posé le fardeau des illusions, ils sont au coeur de la vie, prêts à recevoir et à donner, en bref à aimer. Et c’est eux que l’on chasse, au mieux que l’on plaint, toujours que l’on punit en leur infligeant l’image obscène de réjouissances factices ? Quelle erreur, et quelle injustice !

Allons donc….pour être heureux à Noël, surmonter le stress incongru de son organisation dans nos vies d’outils économiques en surrégime, éviter les querelles de famille, les aigreurs et les rancoeurs, tâchons de nous dépouiller de cette horreur consumériste, elle se pare du costume de la joie, elle n’est rien d’autre qu’une charogne puante et triste. Puisse la crise avoir au moins le mérite de révéler cette vérité.

En cadeau, quelques vers de Marie Noël. Certes, elle est considérée comme un poète catholique, mais la joie, l’émerveillement – le vrai, pas celui suscité par une tablette Apple – et la fête sont universels.

« Simples de coeur
Qui, l’ange en tête,
De l’âtre au choeur
Menez la fête,
Bénis de Dieu qui l’avez vu.
Bel et mignon
Petit qu’on choie,
– Quel compagnon !
De quelle joie ! –
Priez pour le coeur dépourvu
Qui dans la nuit émerveillée
Poursuit son amère veillée ».

Et pour ceux qui craindraient que ce blog ne devienne sinistre et messianique, pas de panique, le rire y tiendra toujours  la première place car c’est un remède majeur contre ce que Malraux désigne, à la fin de La Condition humaine  La Voix royale, comme « l’insoutenable vanité d’être homme ».

Les meilleurs moments du Père Noël est une ordure, c’est ici :

(1) : Je recommande néanmoins le dictionnaire des femmes mystiques dans la collection Bouquin qui a l’intelligence d’évoquer notamment des figures athées parmi les mystiques et, dans un autre style, La Face cachée du numérique qui brise le tabou des nuisances liées aux nouvelles technologies et ouvre une réflexion salutaire sur notre consommation d’ordinateurs et de téléphones. Jetez un oeil chez l’éditeur. Certes, il est un peu excessif, mais après tout, à la violence du système, peut-on opposer autre chose que la force des convictions ?

(2) L’illustration est de l’un de mes peintres préférés, Fra Angelico, surnommé avec raison « le peintre des anges ».

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16 commentaires »

  1. Joyeux Noël tout de même, Aliocha !

    Commentaire par Al1C21 — 24/12/2013 @ 15:17

  2. Bel article pour parler de l’esprit de Noël !
    L’on raconte souvent « l’histoire de Noël » comme une « belle histoire »(révolue ? Pour mieux l’oublier ?), alors qu’elle contient une part de « sordide » : une femme enceinte doit faire des kilomètres pour des raisons de recensement et a failli accoucher dehors(ce qui rend le Sauveur du monde et le « Roi des rois » proche de tous les SDF) ; à la naissance du Sauveur, aucun « compatriote »(à part des bergers) et aucun officiel ne vient le visiter…à part des savants étrangers.

    Mais l’essence de l’histoire est sans doute là : « Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ : lui qui était riche, il s’est fait pauvre en votre faveur, afin de vous enrichir par sa pauvreté ».(2 cor.8v9-français courant)

    Sur ce, joyeux Noël !

    Commentaire par pepscafe — 24/12/2013 @ 15:54

  3. A tous, Pulit nadal!

    En cadeau « Kathleen Ferrier sings « Silent Night, holy night »

    Commentaire par gabbrielle — 24/12/2013 @ 16:00

  4. Noel plein de joie quand maime, plein de sens relié. Jeu préfère comme titre du film de la vie, le père noël est un vide ordure, c’est tous les jours que nous faisons, c’est ravissant……
    Bien à vous.

    Commentaire par legrandjeu — 24/12/2013 @ 16:13

  5. Noël est effectivement une fête païenne, un rituel obligé d’offrandes à la déesse consommation.
    Bah…
    Il n’est pas uniquement cela…
    Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
    Joyeux Noël !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/12/2013 @ 17:02

  6. Joyeux Noël à tous !

    Commentaire par Maelle — 24/12/2013 @ 21:49

  7. « Je regrette le temps dont parlent certains aînés où l’on offrait une orange aux enfants ». Zut alors, je suis si vieux que ça ? Quand j’étais gamin, on avait droit à une orange et une cugnole (une cugnole, c’est dans le Nord une brioche en forme de petit jésus).

    Commentaire par Gilbert Duroux — 24/12/2013 @ 22:19

  8. Merci Aloiocha
    On ne dit plus  » Joyeux Noël  » mais « Bonnes fêtes » parce qu’il ne faut froisser personne.
    Sous prétexte de ne froisser personne on piétinne des années de coutumes avec nos racines , on confond laïcité et athéïsme et on fait d’une fête dont la signification n’est pas que religieuse une gigantesque foire commerciale.

    Cher  » homo festivus » qui se réjouît à date fixe et ne sait même plus pourquoi.

    Noël c’est la venue de l’enfant la venue du renouveau la fête de la famille l’heure où nous nous rassemblons autour d’un berceau ou de la grand mère , l’heure de l’espérance. C’est la venue d’un sauveur pour le monde la venue de celui qui nous rendra meilleur. On peut croire ou non en Dieu mais on ne peut nier l’enseignement du Christ c’est celui de tous ceux qui prêchent la paix et l’attention aux autres. Ceux -lâ nous disent d’offrir à ceux qui nouq entourent plus de notre temps pas un chêque ni un quelconque cadeau.

    Au lieu de faire partager l’espérance nous éradiquons l’essence même de cette célébration pour la noyer dans le vide du temporel en consommant au maximum pour éviter de donner ce qui nous demanderait un effort.

    Commentaire par Scaramouche — 25/12/2013 @ 12:21

  9. Merci Aliocha de ce bel article qui rappelle l’essentiel de Noël, l’humilité de la crèche, la valeur de la chaleur des proches et de l’humanité. Des exclus, il y en a beaucoup trop. les malades, les vieux, les pauvres etc…Mais le pauvre d’Assise avait imaginé la crèche pour eux. Et finalement, il faudrait pouvoir leur dire que ce sont eux, avec le petit Jésus, qui sont visités par les bergers et les Rois Mages.
    Joyeux Noël à tous, et Paix aux hommes de bonne volonté.

    Commentaire par Dorine — 25/12/2013 @ 20:42

  10. Je reste convaincu que toute cette frénésie de consommation s’effondrera d’elle-même, et que nous ne serons surpris qu’un instant de la facilité avec laquelle elle s’est effondrée. La surconsommation ne cesse de nous donner les éléments de sa propre destruction, et elle ne sait pas (ou feint d’ignorer) que plus elle pense se rapprocher de son but, plus elle se rapproche en fait de sa propre fin.

    Avez-vous vu « Fisher King » de Terry Gilliam ?

    Si oui, repassez-vous le. Si non, courrez le louer…

    Voici une histoire que le personnage principal raconte :

    Parry :  » est-ce que tu connais l’histoire du Roi Pêcheur ? »

    Jack :  » non.. »

    Parry :  » Bien qu’il fût encore enfant, le Roi dû passer la nuit seul dans une forêt pour prouver son courage et devenir un vrai roi.
    Tandis qu’il passe la nuit tout seul, il est l’objet d’une vision sacrée : sortant du feu apparaît le Saint Graal, symbole de Dieu et de sa grâce. Une voix dit à l’enfant : « c’est à toi que je vais confier le Graal afin que tu puisses guérir le coeur des hommes ». Mais l’enfant était aveuglé par d’autres visons : le rêve d’une vie de pouvoir, de gloire, et de beauté.

    Alors dans un état de stupeur complète il se sent un bref moment non plus un enfant mais invincible, comme Dieu. Il tend la main vers le feu pour saisir le Graal, mais le Graal disparaît.

    Il laisse sa main dans le feu et bientôt ressent une terrible brûlure.

    L’enfant grandit et sa blessure grandit en même temps. Jusqu’au jour… où il n’a plus de raison de vivre, Il n’a plus foi en l’homme, pas même en lui même. Il ne peut aimer ni se sentir aimé, il est las de la vie ici bas et se laisse mourir.

    Un jour un bouffon, qui errait dans le château, trouve le Roi seul. Etant bouffon et d’esprit simple il ne voit pas en lui un roi, il ne voit qu’un homme solitaire, qui souffre.

    Il dit au Roi : « qu’est-ce qui te fait souffrir » ?. le Roi répond : « je meurs de soif, je voudrais un peu d’eau pour me rafraîchir ».

    Alors le bouffon prend une coupe placée au pied du lit et la rempli d’eau. Il la tend au Roi. Dès que le Roi commence à se désaltérer il s’aperçoit que sa blessure est guérie. Il regarde dans ses main et que voit-il ? Le Saint Graal, qu’il avait cherché pendant toute sa vie !.

    Il se tourne vers le bouffon et lui dit stupéfait : « comment as-tu pu trouver ce que mes plus valeureux preux n’ont su trouver » ?.

    Le bouffon réplique : « je n’en sais rien, j’ai seulement su que tu avais soif ».

    Joyeux Noël à tous !

    Commentaire par Zarga — 26/12/2013 @ 00:50

  11. Bonjour Aliocha,

    Merci pour ce salutaire rappel. Joyeux Noël à tous.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 26/12/2013 @ 11:43

  12. Esprit chagrin, je voudrais vous faire remarquer qu’offrir une orange, en un temps où les fruits venaient de loin et prenaient le temps (par bateau, hein, et pas avec caisson CGM frigo intégré etc …) c’était faire preuve d’étalage de richesse …

    Commentaire par fultrix — 26/12/2013 @ 22:18

  13. C’est leur rareté qui donne leur prix aux choses . Ce que nous avons par habitude ou par abondance n’a pas de valeur et c’est pourquoi je pense qu’un riche est plus blasé plus difficile à contenter et il ne donne pas la même valeur aux choses.
    Si on a tous les jours un arbre de Noël ce n’est plus Noël.
    Je crois que ce qui a vraiment de la valeur c’est tout ce qu’on ne peut pas acheter . Un répit dans une souffrance physique, le soleil après huit jours de pluie , l’arrivée de quelqu’un qu’on aime et qu’on n’attendait plus, un coup de téléphone un jour de solitude. ..il y a plein de ces petits cadeaux surprises qui valent un trésor.

    L’orange quand on a soif vaut mieux qu’un diamant.

    Commentaire par Scaramouche — 27/12/2013 @ 06:06

  14. Bonjour les amis,
    Mes respects chère hôtesse,
    Pour en savoir plus sur la nativité: 30 secondes de Desmond Tutu (un pro du truc)

    http://www.youtube.com/watch?v=6cDA1bvysnU

    Commentaire par araok — 28/12/2013 @ 12:13

  15. Pas mes respects, mes hommages, bien sûr…
    Je retire mon bonnet rouge pour me couvrir la tête de cendres…

    Commentaire par araok — 28/12/2013 @ 12:23

  16. Et hop, je reprends tranquillement les commandes et vous offre ceci pour la nouvelle année :

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/01/2014 @ 20:49


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