La Plume d'Aliocha

10/05/2013

La politesse du prénom

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:17
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Parmi les multiples plaies qui s’abattent sur la tête des personnalités mises en cause dans une procédure judiciaire, il en est une que l’on pourrait sans doute leur épargner : la perte de leur prénom. J’y songeais en écoutant religieusement comme tous les vendredis soir l’émission hebdomadaire d’Arrêt sur Images. Il y était question en introduction de l’affaire Guéant, pardon, de l’affaire Claude Guéant. Le confrère évoquait les derniers rebondissements du dossier en vogue en désignant l’intéressé d’un simple « Guéant », ce qui donnait : Guéant a fait ceci, Guéant a dit cela. Que mes camarades d’@si me pardonnent, ça tombe sur eux par pur hasard,  ils sont loin d’être les seuls. Il ne faudrait d’ailleurs pas fouiller très longtemps dans les derniers billets de ce blog pour me saisir en flagrant délit de désinvolture sur ce sujet. On repère plus facilement les travers chez l’autre que chez soi, c’est bien connu…. Toujours est-il que cette décontraction de l’expression journalistique mérite sans doute qu’on y réfléchisse. Cela vaut pour les mis en cause devant la justice, mais pas seulement. D’une manière générale, l’usage du patronyme sec, quand il n’est pas affaire de simple négligence, signale souvent une forme de mépris à l’égard de celui que l’on désigne. On peut craindre d’ailleurs que le phénomène ne prenne de l’ampleur, sous l’influence du style Twitter/SMS qui nous incite à débarrasser nos phrases de tous les mots qui ne s’avèrent pas indispensables à la compréhension du sens de ce qu’on souhaite exprimer. Prenons garde. Désigner une personne par ses nom et prénom, ça ne coute rien et c’est plus civilisé. Dans le même registre, François Lenglet a eu raison, lors de son interview de Jean-Luc Mélenchon d’exiger que celui-ci l’appelle « Monsieur Lenglet » et non pas « Lenglet » tout court. « Monseigneur, si vous voulez ? » lui rétorque avec insolence l’intéressé. « Non, non, Monsieur, je vous appelle Monsieur Mélenchon, vous m’appelez Monsieur Lenglet ». Je vous invite à regarder l’extrait de cette passe d’armes, c’est une pure gourmandise…

 

Mise à jour 12/05 à 20h00 : Daniel Schneidermann  explique les raisons de cet usage du patronyme en commentaire de ce billet. Je reproduis donc son intervention pour qu’elle soit accessible à tous les lecteurs :

« Hello Aliocha,

Nous avons fait le choix, au début d’@si, dans nos contenus écrits comme dans nos émissions, de désigner les personnes par leur seul nom de famille, à l’exception d’un « prénom-nom », dans la première citation. Aucun mépris là-dedans. Simplement le désir de se rapprocher du registre habituel de la conversation, dans laquelle il est très rare que l’on parle de « Claude Guéant », ou de « Monsieur Guéant », mais où l’on s’autorise le plus souvent de simples « Guéant ». De la même manière, nous nous autorisons sur le plateau à manger occasionnellement nos négations, et personne dans l’équipe ne s’est encore suicidé pour avoir savonné dans un lancement (à commencer par ma pomme).

Pourquoi donc, demanderez-vous chère Aliocha (car vous ne lâchez pas facilement le morceau), faire comme si l’on n’était pas sur un plateau, alors que l’on sait très bien que l’on est sur un plateau ? Bonne question. Parce que j’ai remarqué que le ton des animateurs d’une émission influence souvent celui des invités eux-mêmes. Autrement dit, en imprimant à la discussion un ton direct et familier, il arrive souvent (même si pas toujours) que les invités répondent sur le même ton. Mais tout ceci, bien entendu, n’est pas une science exacte.

Quant au « Lenglet » de Mélenchon, bien entendu c’est une petite agression. Quand on se trouve, pour le coup, en situation de dialogue en face à face, l’interpellation par le seul patronyme est le plus souvent dépréciative ».

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31 commentaires »

  1. En bonus parce que je me suis posée la question, ce petit point sur le pluriel des jours de la semaine. Oh joies de la langue française !
    http://leconjugueur.lefigaro.fr/frplurieljour.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 09:38

  2. Oui, l’usage du prénom (ou du monsieur/madame) permet d’humaniser la personne dont on parle et il est important de se poser la question de l’effet que leur présence ou absence aura sur le lecteur (et sur notre propre pensée.) C’est une bonne pratique d’essayer d’humaniser les gens avec qui on a un désaccord, ne serait-ce que comme mesure d’hygiène cognitive. (et peut-être faire l’inverse avec les gens qu’on juge être de « notre côté »?)

    Pas toujours facile, par contre. On prend vite le pli d’appeler les gens par leur nom de famille lorsque l’on est en colère (et j’ai eu plusieurs profs qui appelaient systématiquement leurs élèves par leur nom de famille sec, façon internat de l’ancien régime…, cette habitude semble moins répandue de nos jours, heureusement.)

    Foxtrot.

    Commentaire par tangowithfoxtrot — 10/05/2013 @ 09:57

  3. En effet question de génération, un sec et viril nom de famille me dérange moins qu’un diminutif trop intime et moins encore qu’un tutoiement que je déteste. Etre d’emblée assez proche avec un inconnu vu pour la première fois pour oser le tutoyer en employant son prénom me semble gonflé pour ne pas employer le terme  » culotté » . On disait autrefois que c’était terrain familial ou amical réservé, maintenant on ne fait plus de différence.
    heureusement j’échappe à cette mode à cause de mon âge mais j’ai droit à un « mamie » très gentil que je reprends par :  » non pas mamie mais « grand-mamie » .. Question de dignité. .. après tout il existe des arrière grands mères comme des vieilles qui ne sont pas « petites » et des demioselles âgées qui n’ont jamais eu d’enfants.
     » Madame » à tout âge c’est bien .
    N’allez pas à l’Hopital chère Aliocha, vous y seriez gratifiée d’un numéro et vous regrétteriez qu’on ne vous appelle pas Karamazoff !

    Vous souvenez-vous de l’humour mitterandien face à un Jacques Chirac qui ne voulait pas l’appeler « monsieur le Président  » ? Depuis on a eu droit au président Sarkozy qui tutoyait tout le monde et nous montrait ses verrues suivant la vieille expression anglaise .

    Commentaire par Scaramouche — 10/05/2013 @ 10:38

  4. @Scaramouche : « question de génération, un sec et viril nom de famille me dérange moins qu’un diminutif trop intime et moins encore qu’un tutoiement que je déteste ». Certes, mais je me limite ici aux usages médiatiques. En principe, les médias désignent les gens par leur prénom et nom, non précédés de Monsieur ou Madame. Je pense qu’il faut s’attacher à maintenir cette pratique.

    @Foxtrot : nous sommes d’accord, l’utilisation du patronyme sec renvoie souvent à un sentiment négatif à l’égard de l’intéressé. Au passage, cela convient d’autant moins dans l’expression journalistique que nous ne sommes pas sensés exprimer nos sentiments personnels…

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 10:55

  5. Bonjour Chère hôtesse,
    Il me semble que l’utilisation du prénom permet essentiellement de supprimer monsieur ou madame. On dit monsieur Hollande ou François Hollande; plus rarement monsieur François Hollande.
    Quant à François Langlet, j’ai jugé que son interruption visait d’abord à déstabiliser (sous-entendu « je ne me laisserai pas faire, à bon entendeur… ») Jean-Luc Mélanchon dont il se méfie. Le respect, en l’occurence, n’avait pas grand chose à y voir.
    Enfin, pour Scaramouche, mon épouse qui fréquente malheureusement beaucoup l’hôpital a toujours été appelée par « madame Araok » alors que nous, nous appelons facilement les infirmières et aides soignantes par leur prénoms.

    Un chimulus, pour le plaisir
    http://www.urtikan.net/dessin-du-jour/francois-hollande-aucun-ministre-nest-protege-en-cas-de-remaniement/

    Commentaire par araok — 10/05/2013 @ 11:13

  6. @Araok : A moins que ce ne soit Jean-Luc Mélenchon qui se méfie de François Lenglet 😉 L’émission est conçue comme une arène où les journalistes tiennent lieu de picadors, banderilleros et toreros, de sorte que l’exercice est forcément un combat permanent. Vous noterez la finesse des deux hommes, Jean-Luc Mélenchon commence par ironiser, François insiste calmement, puis il se refuse à finir la phrase par « je vous remercie de m’apprendre la politesse » et préfère renvoyer l’attaque sur le mode « toi vilain libéral tu ramènes le gauchiste que je suis dans le droit chemin de l’allégeance au grand capital », ce qui ne déstabilise pas François qui, une fois de plus, le remet à sa place calmement sur le terrain de la courtoisie parfaitement neutre politiquement. Ce genre d’échanges m’enchante !

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 11:19

  7. Autour de l’usage du prénom, il y a une autre problématique qui pourrait mériter d’être soulevée : c’est lorsque seul le prénom est utilisé pour désigner une personnalité politique. Et observez lorsque cela se produit : cela arrive beaucoup plus souvent avec « Ségolène », « Martine », « Marine » qu’avec « François » ou « Nicolas ».

    Commentaire par Joël — 10/05/2013 @ 11:22

  8. Gourmandise indigeste, l’altercation Mélenchon-Lenglet, parce que Mélenchon réussit ce qu’il cherchait, c’est à dire faire passer les journalistes pour les défenseurs d’un ordre établi, d’une distinction corporatiste, pour les gardiens des règles du paysage dans lequel ils évoluent – et quand bien même ils avaient raison, Mélenchon arrive à se donner le beau rôle et à faire rire tout le monde, ce qui est grave. Lenglet n’aurait pas dû relever et, au contraire, simplement appeler Mélenchon « Mélenchon ». On aurait bien vu comment l’intéressé aurait réagi… Ce n’est peut-être pas très noble de descendre au ca-niveau de l’adversaire, mais la pureté ne saurait toujours tenir lieu de tactique, surtout dans une telle arène, avec un tel adversaire et un tel public.

    Commentaire par Vil Coyote — 10/05/2013 @ 11:32

  9. @Joël : ah oui, tiens, mais vous avez des exemples, parce que personnellement je n’y ai jamais fait attention. A vous lire, je devine un brin de misogynie dans cette pratique…

    @VilCoyote : cool, il ne s’agit que de jeux du cirque. Quant à suivre en appelant JLM « Mélenchon », pas d’accord, JLM à mon avis n’aurait pas relevé. C’est un banal conflit de territoire qu’à mon sens François a remporté haut la main, en plus, il a mis le public de son côté car c’est devenu la private joke de toute l’émission. Joli coup !

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 12:07

  10. Malheureusement, cela ne date pas d’aujourd’hui.
    J’étais assez mal à l’aise lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy de voir que de nombreux journalistes l’appelaient simplement « Sarko » à la télévision. Quand bien même ce dernier ne maniait pas la langue française avec la plus grande subtilité, j’ai toujours trouvé cette familiarité extrèment déplacée. Mais il semble que j’étais le seul à l’époque…

    Commentaire par Paul B. — 10/05/2013 @ 13:28

  11. Avec JLM, oui, ça ne dépasse guère le stade du jeu du cirque (avec certains autres aussi). Et je crains que ça n’ait rien de banal, JLM ayant fait du mépris des médias, accusés d’être les chiens de garde du « système », un de ses credos, qui trouve écho auprès d’un large public. Son « irrespect » était à mon avis parfaitement calculé, et la réaction de FL a amplifié l’effet recherché par JLM (la résonnance à travers toute l’émission, qui vous paraît être un « joli coup », est au contraire pour moi la preuve que JLM peut mettre les rieurs de son côté et s’attirer la sympathie en utilisant le mépris de ses hôtes, qui en rient jaune et au final jouent le jeu que leur impose JLM qui, parce qu’il est très fort sur son terrain, les pulvérise).

    Commentaire par Vil Coyote — 10/05/2013 @ 13:31

  12. J’ai trouvé cette passe d’arme assez ridicule (et en fait, cela me désole encore plus de savoir que certaines personnes en sont friandes), de manière générale, Mélenchon, dont j’apprécie d’ordinaire la faculté à ne pas se comporter comme les autres politiciens (à savoir interrompre en permanence pour empêcher l’établissement d’un raisonnement construit d’un adversaire et ergoter sur des détails dont tout le monde se fout) m’a pas mal déçu sur l’émission, et les journalistes (notamment la 1ère) sont malheureusement un peu rentrés dans ces jeux d’écoliers. Mélenchon n’a pas renforcé sa stature en se comportant de la sorte.

    Prénom ou pas prénom, voilà qui ne change pas grand chose à l’affaire, le problème est différent selon que la personne dont on parle est ou non présente dans la discussion. Cohn-Bendit tutoie tout le monde, d’autres utilisent le Monsieur / Madame, mais l’irrespect suinte dans chacune de leurs paroles. Ma prof de math m’appelait par mon nom sec, mais je n’ai jamais senti qu’elle me manquait de respect. Là, on pointe le projecteur sur Mélenchon car il lui est justement reproché de manquer de respect aux journalistes, et cette absence de prénom en serait la preuve matérielle. C’est assez vain je trouve.

    Alors écrire, M. Mélenchon (ou M. Guéant) à la place des noms secs, ça ne coûte pas grand chose, mais ça ne coûte pas rien non plus : c’est un peu plus long, mais ça donne un côté moins familier. De la part d’un journaliste, cela me paraît effectivement nécessaire, mais tout me paraît acceptable dans l’autre sens. Le journaliste ne doit donner aucune prise à celui dont il parle, le politique qui s’affranchit d’utiliser Monsieur / Madame modifie son image dans un sens que lui seul choisit et sur lequel notre jugement moral n’a pas grand intérêt.

    Commentaire par kuk — 10/05/2013 @ 14:22

  13. @ Vil Coyote
    Je crois qu’on caricature Mélenchon sur la question des médias. En tant qu’homme politique, Mélenchon n’est pas vraiment ma tasse de thé mais sur la question des médias, je dois reconnaître qu’il en connait un rayon et qu’il est plus nuancé que ce que l’on veut bien en dire. Il ne globalise pas en parlant des médias (au passage, c’est Daniel Schneidermann qui parle de « lémédias ») et ceux qu’il appelle « chiens de garde », ce sont les chiens de garde (tels ceux qui sont décrits dans le film des acrimédiens Balbastre et Kerkoat), et non pas les journalistes dans leur globalité. Je soupçonne d’ailleurs Mélenchon, au contraire de ce qu’on lui reproche, de bien aimer les journalistes et le journalisme, un métier qu’il a d’ailleurs pratiqué. Il suffit de voir comment il s’adresse aux étudiants de l’ESJ (j’étais présent lors de cette rencontre et je peux vous dire que la plupart des étudiants ont apprécié) :

    Ça vaut vraiment le coup d’aller jusqu’au bout de la vidéo pour entendre la façon dont il parle des conditions sociales des précaires du journalisme (je suis sûr que ça n’apprendra rien à Aliocha, mais ça mérite d’être connu).
    Quand au fait d’appeler les gens par leur nom, il est généralisé dans le monde politique et médiatique. Cherchez dans votre moteur de recherche les articles des journaux avec Sarkozy ou Hollande. La plupart du temps on dit peut être une fois « Nicolas Sarkozy » ou « François Hollande » puis ensuite on se contente du patronyme ( https://www.google.fr/search?hl=fr&gl=fr&tbm=nws&q=Sarkozy&oq=Sarkozy&gs_l=news-cc.3..43j0l10j43i53.1829.3668.0.4277.7.4.0.3.3.0.218.772.0j3j1.4.0…0.0…1ac.1.8ihGAPIdCrY ). Pour avoir un peut travaillé auprès de parlementaires, je peux vous dire qu’il est courant qu’ils s’appellent entre eux simplement par leur nom. Il n’y a pas de mépris pour autant. Je crois qu’il n’y en avait pas non plus de la part de Mélenchon vis à vis de Lenglet (zut, voilà que je m’y mets,moi aussi). Il s’est tout bonnement montré trop familier en voulant peut-être montrer qu’il ne se laissait pas enfermer par les codes habituels de la télévision (les mêmes codes hypocrites qui font que des intimes se vouvoient lorsqu’ils sont à l’antenne, en faisant semblant de ne pas se connaître).

    Commentaire par Gilbert Duroux — 10/05/2013 @ 14:49

  14. @Kuk : pffff, les commentateurs ont l’esprit chagrin aujourd’hui, je trouve. Je ne suis pas friande des empoignades entre politiques et journalistes, en revanche, j’apprécie que lorsqu’une situation dérape, il y ait quelqu’un pour remettre les pendules à l’heure. Ce n’est un scoop pour personne ici je pense que la violence croissante du débat public me heurte régulièrement. Donc, j’ai aimé que François Lenglet remette les choses à leur place. Et comme il est vrai que je suis assez friande de jeux d’esprits et de joutes oratoires, pour peu qu’ils aient une utilité et ne relèvent pas de la polémique, je trouve cet échange savoureux. Maintenant, sur le prénom ou M. /Mme, à l’écrit, journalistiquement c’est nom+prénom, à l’oral, c’est la même chose ou bien M./Mme.

    @Gilbert Duroux : encore une fois, je me cantonne ici aux usages journalistiques, les parlementaires font ce qu’ils veulent. Sur ce, je m’en vais lire vos liens.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 15:35

  15. @ Araok
    Oui les choses changent et les modes aussi, mais ne généralisez pas et à moins d’être hêlas comme vous dites une habituée des lieux ou malade de longue durée, se souvenir des noms de passage dans les hôpitaux des grandes villes n’est pas règle commune.

    Pour en revenir à la joute entre journalistes et politiques. tous les moyens de déstabilisation de l’autre sont bons à prendre et quand ça amuse la galerie pourquoi s’en priver ?
    Nous ne nous souvenons plus que de ça en finale car ce sont des béotiens comme moi qui regardent ce genre d’émission , les autres sont du métier et ils ont leurs sources , donc au mieux nous buvons les paroles de notre héros journaliste si tel est le cas ou au pire nous ne comprenons rien à ce que les deux racontent …de toutes façons nous n’irons jamais vérifier les chiffres .

    Pour un historique de cette actualité voir le dernier livre de F. Lenglet :  » Qui va payer la crise ? » Il n’est pas économiste c’est donc plus compréhensible et c’est un bon journaliste .

    Commentaire par Scaramouche — 10/05/2013 @ 15:56

  16. @Aliocha : désolé pour le côté rabat-joie, dans un sens vous avez raison : en disant « Lenglet », Mélenchon fait sentir que Lenglet n’est qu’un pion parmi toute la clique des journalistes économiques orthodoxes, même si, comme Gilbert Duroux, on sent en fait qu’il y a un respect réciproque entre les deux, et qu’il s’agit simplement de posture et de petit jeu médiatique. C’est peut-être désagréable pour Lenglet, à qui on ne peut reprocher de faire valoir son unicité en réclamant un Monsieur. Mais Mélenchon m’aurait plus fait rire avec une réponse à la Mittérand du type :  » mais vous avez tout à fait raison de me reprendre, Lenglet  » et puis on passe à autre chose, plutôt que la fastidieuse scénette qu’ils nous ont imposée.

    Commentaire par kuk — 10/05/2013 @ 16:18

  17. Je suis très vieux jeu. Je n’aime cette façon de s’adresser aux gens par prénom+nom. Je préfère Monsieur (Madame) +nom. Le nom tout seul ne me choque pas plus que ça. Mais Monsieur (Madame) tout seul est mieux bien sûr, mais c’est selon les circonstances. Dans le temps, dans mon jeune temps, c’était la façon courant de faire, soit nom tout seul, soit Monsieur ou Madame tout seul, hors du cercle familial bien sûr (où il y avait aussi le Madame + prénom ou Monsieur + prénom, mais c’est une autre histoire…)
    Mais je dérive.
    Dans le cadre médiatique, l’usage s’étant installé du prénom+nom, toute dérogation signifie quelque chose – familiarité, connivence, provocation, mépris ou autre… -mais faut-il vraiment s’en formaliser ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 10/05/2013 @ 18:22

  18. @Kuk : oh, je ne suis jamais certaine d’avoir raison, simplement je pense qu’il ne faut pas prendre certaines choses trop au sérieux. Et puis ma formation d’avocat, ajoutée à ma passion inconditionnelle pour Audiard me donnent un goût prononcé pour ce genre de joute oratoire…Ce qui me choque beaucoup plus dans cette émission c’est la simili expertise de personnalité au début et le jury de la fin. Sur la première partie, elle illustre à mon avis l’appauvrissement de débat public qui oblige à donner dans la fioriture de personnalité et l’anecdote. Quant à l’examen final, on se croirait dans The Voice. Je trouve déplacé de noter ainsi une prestation, enfin plutôt de l’évaluer, mais vous verrez qu’un jour on aura des notes comme à l’école des fans. Cela étant, je ne jette pas à la pierre à France 2, il faut bien inventer des formats dans l’air du temps, et reconnaissons qu’en l’espèce ils réussissent à placer de la politique en prime time. Mais à quel prix….

    @Denis : oui, je crois qu’il faut s’en formaliser, le respect de l’autre est la base de la vie en société. C’est aussi, vous le lirez dans une interview à paraître ici prochainement, un des trois axes de la déontologie journalistique…

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 18:48

  19. @Kuk : esprit d’escalier : je vous signale quand même que l’échange ne dure que…22 secondes, c’est très raisonnable comme temps accordé à la question pas si anodine du ton que doit revêtir un échange entre deux personnes civilisées 😉 Là encore, c’est sans doute mon goût pour la chose judiciaire qui me rend sensible à une certaine dignité dans l’affrontement du discours. Ce que j’aime dans les procès, c’est qu’il y règne une liberté d’expression totale, sans doute supérieure d’ailleurs à celle qu’on connait sur Internet ou au moins égale, la seule limite posée est la politesse. Eh bien croyez-moi, ça donne un très beau résultat. On pourrait même dire que la politesse est la condition d’un exercice vraiment libre de l’expression. Ce que Proust résumait par une phrase inhabituellement courte chez lui : « quand on sait dire, on peut tout dire ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 19:03

  20. @Aliocha : Complétement d’accord. Mais je trouve beaucoup plus impoli de la part de Méluche d’interrompre à tout bout de champ, de mémoire, seul Besancenot n’est jamais tombé dans ce travers, que d’appeler Lenglet Lenglet :). Sans doute que dans les procès, les protagonistes ne s’interrompent pas à tout bout de champ, et c’est sûrement ceci qui donne ce résultat si saisissant.

    Commentaire par kuk — 10/05/2013 @ 20:21

  21. @Kuk : en fait, j’ai du mal à exprimer les choses. Ce n’est pas vraiment de la politesse dans les procès, c’est une certaine dignité et une exigence de respect du contradicteur dont le gardien est le juge, juge qui dispose d’un pouvoir qu’on appelle « de police d’audience ». En clair, le juge tient les débats dans des limites acceptables, même dans des situations très lourdes émotionnellement. Le tout repose sur le contradictoire, c’est-à-dire la possibilité offerte à chacun de s’exprimer et de contester les arguments qui lui sont opposés. Vous imaginez sans peine que dans des cas de crimes de sang ou de viol, il y a des moments lourds et d’autres de franche violence, mais tout cela est contenu, organisé, maîtrisé pour que chacun exprime en toute liberté sa vérité. Les gens peuvent s’interrompre, certains pleurer ou hurler, mais il y a toujours un(e) président(e) d’audience pour ramener le calme, mettre fin aux chamailleries d’avocats (il n’y a pas plus ingérable qu’un avocat), calmer les esprits, voire suspendre les débats s’il n’y a pas d’autre solution. Bref, tout est fait pour organiser au mieux et garantir la liberté d’expression. Quant à JL Mélenchon, j’avoue aimer la part de sincérité que je crois voir chez lui. Son « Lenglet » était une attaque, François l’a senti et l’a recadré. Je ne déteste pas les attaque frontales à l’endroit des journalistes, elles sont préférables à mon avis au léchage de pompe. En tout cas personnellement, je préfère quelqu’un qui me rentre dedans, plutôt qu’un flatteur qui va me lécher les semelles juste parce que je suis journaliste. C’est plus clair et plus franc. Au fond, c’est David Pujadas qui aurait du recadrer JLM si on file la comparaison avec la justice, puisque c’est lui qui orchestre les débats.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/05/2013 @ 20:40

  22. Dans un échange y a le fond et la forme , quand la forme prend la place et devient plus importante c’est que le fond manque d’intérêt. Il est permis de penser à une volonté de diversion lorsqu’une réponse embarrasse .
    Il y a tout un tas de ficelles dans une joute de ce style qui en disent long sur la façon dont fonctionne les protagonistes . Je doute que F. Lenglet ait vraiment été vexé par l’impolitesse légendaire de son adversaire j’ai pris sa réflexion comme une diversion d’avantage qu’une pudeur de vierge effarouchée, d’autant qu’en matière de savoir vivre il n’est pas d’usage de prétendre refaire l’éducation des autres à moins de le faire avec esprit et ce n’était pas le cas.
    Sans doute question de génération qui traite par le mépris ce qui doit l’être et comme le dit Denis Monod Broca je pense que se formaliser de l’habituelle vulgarité de certains est une perte de temps quand des choses plus importantes méritent notre attention.

    Commentaire par Scaramouche — 11/05/2013 @ 09:01

  23. @ Aliocha :

    Il me semble que la marge de manœuvre se soit rétrécie avec le temps, peut-être est-ce dû à l’abus de la langue de bois des politiciens, lesquels n’ont pu le faire qu’avec un certain degré de complicité de la part des journalistes… non ?

    Je veux dire par là qu’aujourd’hui, si un journaliste veut se donner des accents de sincérité, il faut qu’il adopte le style « rentre-dedans », il faut qu’il rudoie son invité, lui coupe la parole. Est-ce le résultat d’une complaisance qui se serait installée au fil du temps ?

    Du coup, ceux qui cherchent seulement à rester courtois passent pour obséquieux. On peut être courtois et percutant (par exemple, la réponse de Philippe Bilger à la Garde des Sceaux est un modèle du genre !), je dirais même que le côté percutant peut sortir renforcé s’il est enveloppé de courtoisie.

    Commentaire par Zarga — 11/05/2013 @ 10:04

  24. @zarga : « je dirais même que le côté percutant peut sortir renforcé s’il est enveloppé de courtoisie ». Entièrement d’accord. Vous me faites penser à un avocat particulièrement brillant que j’aime beaucoup, en audience, on ne le voit pas venir, il ne fanfaronne jamais, mais lorsqu’il pose une question à un témoin de l’adversaire, il tue. Avec une voix douce, une calme et souriante bienveillance. Il n’y a pas de colère ou de hargne chez lui, sa force, c’est son intelligence tranquille, sa logique implacable. Tout ça pour dire que l’agressivité est souvent preuve de faiblesse. Mais l’interview, c’est avant tout de l’humain, donc il faut s’accorder à la personne en face. Il m’est arrivé de brutaliser des interviewés, avec douceur et courtoisie, mais en posant des questions insolentes, directes, simplement parce que vous avez des personnalités qui ont besoin de se mettre en colère pour sortir ce qu’elles ont dans le ventre. C’est le type grande gueule à la Audiard. Je me souviens d’un financier en particulier qui m’a carrément pris dans ses bras à la fin d’une conférence de presse en me disant : « qu’est-ce qu’on s’amuse avec vous, j’en ai tellement marre de vos confrères qui ne posent que des questions ennuyeuses ». C’était d’autant plus amusant, qu’il m’avait hurlé dessus durant toute la conf’ sur le mode : » comment osez-vous, mais je vous interdis Madame de m’accuser de repasser les actionnaires ! ». Comme quoi…
    Pour en revenir à notre épisode, ce que j’aime chez François Lenglet, c’est précisément cette force tranquille servie par une voix splendide. Il aurait fait un bien bel avocat !

    Commentaire par laplumedaliocha — 11/05/2013 @ 10:51

  25. C’est sûr qu’il vaut mieux être poli et courtois qu’impoli et discourtois. Mais j’ai souvent remarqué que la politesse et les bonnes manières des « beautiful people » et des « biens propres sur eux » servent parfois à masquer des comportements dignes de voyous. Ainsi, cette tribune d’Alain Duhamel, dans Libération ( http://www.liberation.fr/politiques/2013/05/09/la-resistible-ascension-de-jean-luc-melenchon_901828 ). Duhamel, toujours bien poli, bien propre sur lui, n’oublie pas d’appeler Jean-Luc Mélenchon par son prénom et son nom. Mais le titre de son papier est une véritable ordure. « La résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon » est un décalque de la pièce de Brecht « la résistible ascension d’Arturo Ui ». Arturo Ui, dans la pièce de Brecht, représente un mélange d’Adolf Hitler et d’Al Capone. On peut penser ce qu’on veut de Mélenchon (personnellement, je l’ai déjà dit, c’est pas vraiment ma tasse de thé), mais l’assimiler à Hitler, ce qui n’a jamais été fait, même pour Jean-Marie Le Pen (ç’aurait été stupide, parce ce même si Le Pen fréquentait les nazis, ç’aurait été lui faire trop d’honneur), c’est la dernière des ignominies.

    La politesse et l’onctuosité apparente de Duhamel me fait irrésistiblement penser à l’expression employée par Napoléon à l’encontre de Talleyrand : de la merde dans un bas de soie.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 12/05/2013 @ 18:17

  26. Hello Aliocha,

    Nous avons fait le choix, au début d’@si, dans nos contenus écrits comme dans nos émissions, de désigner les personnes par leur seul nom de famille, à l’exception d’un « prénom-nom », dans la première citation. Aucun mépris là-dedans. Simplement le désir de se rapprocher du registre habituel de la conversation, dans laquelle il est très rare que l’on parle de « Claude Guéant », ou de « Monsieur Guéant », mais où l’on s’autorise le plus souvent de simples « Guéant ». De la même manière, nous nous autorisons sur le plateau à manger occasionnellement nos négations, et personne dans l’équipe ne s’est encore suicidé pour avoir savonné dans un lancement (à commencer par ma pomme).

    Pourquoi donc, demanderez-vous chère Aliocha (car vous ne lâchez pas facilement le morceau), faire comme si l’on n’était pas sur un plateau, alors que l’on sait très bien que l’on est sur un plateau ? Bonne question. Parce que j’ai remarqué que le ton des animateurs d’une émission influence souvent celui des invités eux-mêmes. Autrement dit, en imprimant à la discussion un ton direct et familier, il arrive souvent (même si pas toujours) que les invités répondent sur le même ton. Mais tout ceci, bien entendu, n’est pas une science exacte.

    Quant au « Lenglet » de Mélenchon, bien entendu c’est une petite agression. Quand on se trouve, pour le coup, en situation de dialogue en face à face, l’interpellation par le seul patronyme est le plus souvent dépréciative.

    Là-fessus, bonne soirée, chère Aliocha Karamazov.

    Commentaire par (Daniel) Schneidermann — 12/05/2013 @ 19:41

  27. @Daniel Schneidermann : merci pour cette visite et ce commentaire qui alimente le débat. Mais pourquoi ce « vous » cérémonieux, alors qu’habituellement on se dit « tu » ? 😉 Je tente une réponse : parce que c’est l’usage en ces lieux….Ou alors parce que mon billet t’a contrarié 😉 Moi j’aime bien que des gens qui se connaissent se disent vous dans l’exercice journalistique, car je trouve que le « tu » a tendance à créer une familiarité dont l’auditoire se trouve exclu alors que c’est précisément pour lui qu’on travaille. Que certains en abusent pour dissimuler leurs petits arrangements entre amis est regrettable, mais je ne vois pas pourquoi on devrait abandonner les formes au seul motif que certains en font un usage discutable.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/05/2013 @ 14:23

  28. Aliocha : « Moi j’aime bien que des gens qui se connaissent se disent vous dans l’exercice journalistique, car je trouve que le « tu » a tendance à créer une familiarité dont l’auditoire se trouve exclu alors que c’est précisément pour lui qu’on travaille ».
    Ça se défend. Le problème, c’est que le téléspectateur amateur de débats est aujourd’hui un peu plus éduqué qu’hier. Quand on voit des gonzes se dire « vous » et affecter une certaine distance alors qu’on sait qu’habituellement ils bouffent ensemble et se tapent sur le ventre, c’est là qu’on se sent exclu. On se dit : « ils nous prennent pour des cons avec leurs faux débats ».

    Commentaire par Gilbert Duroux — 14/05/2013 @ 14:27

  29. C’est un classique chez J. L. Mélenchon, il use et abuse dans ses confrontations avec les journalistes de l’« ultima ratio » : l’apostrophe familière patronymique en fait partie. C’est, on le sait, une pure provocation visant à déstabiliser.

    Pour ce « révolutionnaire citoyen » comme il se définit (peopolisé ? Gala – GQ) qui puise son « humus » dans le troskisme, le lambertisme et la franc-maconnerie c’est un combat contre cette « nouvelle cléricature », selon lui, que sont les médias.

    Or, comme le cuistre qui exhibe ses connaissances avec une belle assurance laquelle révèle, en général, des connaissances mal assurées, curieusement, si J. L. Mélenchon a besoin de recourir à cet artifice (l’astuce de l’ultime stratagème de Schopenhauer) c’est que, manifestement, F. Lenglet non seulement agace intelligemment avec ses graphiques et ses tableaux incrustés mais encore avec cette voix caverneuse qui le caractérise, il a cette componction douce dans l’assaut qui désarme les répliques à la manière du « frappe mais écoute » de Thémistocle à Eurybiade.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 15/05/2013 @ 12:05

  30. @Le Chevalier Bayard : les délices de la rhétorique. Tenez, j’ai un livre pour vous puisque vous montrez de l’appétit pour la chose : Petit Traité d’argumentation judiciaire, par François Martineau, chez Dalloz. Je pense que vous en savez déjà beaucoup, mais l’auteur illustre avec des exemples tirés d’avocats célèbres, c’est technique sans être ennuyeux, souvent savoureux et au final passionnant.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/05/2013 @ 12:14

  31. Un autre exemple de crapulerie sans nom, relevée par Michel Soudais, de Politis :

    Le petit marquis Barbier, toujours propre sur lui avec sa belle écharpe rouge, toujours bien poli, vient de commettre une crapulerie sans nom avec son Express nouvelle formule. Ainsi donc, tous pourris (avec Mélenchon cotoyant Guéant et Cahuzac) sauf le Pen.
    Alors la vulgarité, la politesse, l’urbanité, tout ça… c’est un peu la surface des choses, non ? Qui osera dénoncer la crapulerie de l’Express ?

    Commentaire par Gilbert Duroux — 15/05/2013 @ 12:29


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