La Plume d'Aliocha

10/05/2013

La politesse du prénom

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:17
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Parmi les multiples plaies qui s’abattent sur la tête des personnalités mises en cause dans une procédure judiciaire, il en est une que l’on pourrait sans doute leur épargner : la perte de leur prénom. J’y songeais en écoutant religieusement comme tous les vendredis soir l’émission hebdomadaire d’Arrêt sur Images. Il y était question en introduction de l’affaire Guéant, pardon, de l’affaire Claude Guéant. Le confrère évoquait les derniers rebondissements du dossier en vogue en désignant l’intéressé d’un simple « Guéant », ce qui donnait : Guéant a fait ceci, Guéant a dit cela. Que mes camarades d’@si me pardonnent, ça tombe sur eux par pur hasard,  ils sont loin d’être les seuls. Il ne faudrait d’ailleurs pas fouiller très longtemps dans les derniers billets de ce blog pour me saisir en flagrant délit de désinvolture sur ce sujet. On repère plus facilement les travers chez l’autre que chez soi, c’est bien connu…. Toujours est-il que cette décontraction de l’expression journalistique mérite sans doute qu’on y réfléchisse. Cela vaut pour les mis en cause devant la justice, mais pas seulement. D’une manière générale, l’usage du patronyme sec, quand il n’est pas affaire de simple négligence, signale souvent une forme de mépris à l’égard de celui que l’on désigne. On peut craindre d’ailleurs que le phénomène ne prenne de l’ampleur, sous l’influence du style Twitter/SMS qui nous incite à débarrasser nos phrases de tous les mots qui ne s’avèrent pas indispensables à la compréhension du sens de ce qu’on souhaite exprimer. Prenons garde. Désigner une personne par ses nom et prénom, ça ne coute rien et c’est plus civilisé. Dans le même registre, François Lenglet a eu raison, lors de son interview de Jean-Luc Mélenchon d’exiger que celui-ci l’appelle « Monsieur Lenglet » et non pas « Lenglet » tout court. « Monseigneur, si vous voulez ? » lui rétorque avec insolence l’intéressé. « Non, non, Monsieur, je vous appelle Monsieur Mélenchon, vous m’appelez Monsieur Lenglet ». Je vous invite à regarder l’extrait de cette passe d’armes, c’est une pure gourmandise…

 

Mise à jour 12/05 à 20h00 : Daniel Schneidermann  explique les raisons de cet usage du patronyme en commentaire de ce billet. Je reproduis donc son intervention pour qu’elle soit accessible à tous les lecteurs :

« Hello Aliocha,

Nous avons fait le choix, au début d’@si, dans nos contenus écrits comme dans nos émissions, de désigner les personnes par leur seul nom de famille, à l’exception d’un « prénom-nom », dans la première citation. Aucun mépris là-dedans. Simplement le désir de se rapprocher du registre habituel de la conversation, dans laquelle il est très rare que l’on parle de « Claude Guéant », ou de « Monsieur Guéant », mais où l’on s’autorise le plus souvent de simples « Guéant ». De la même manière, nous nous autorisons sur le plateau à manger occasionnellement nos négations, et personne dans l’équipe ne s’est encore suicidé pour avoir savonné dans un lancement (à commencer par ma pomme).

Pourquoi donc, demanderez-vous chère Aliocha (car vous ne lâchez pas facilement le morceau), faire comme si l’on n’était pas sur un plateau, alors que l’on sait très bien que l’on est sur un plateau ? Bonne question. Parce que j’ai remarqué que le ton des animateurs d’une émission influence souvent celui des invités eux-mêmes. Autrement dit, en imprimant à la discussion un ton direct et familier, il arrive souvent (même si pas toujours) que les invités répondent sur le même ton. Mais tout ceci, bien entendu, n’est pas une science exacte.

Quant au « Lenglet » de Mélenchon, bien entendu c’est une petite agression. Quand on se trouve, pour le coup, en situation de dialogue en face à face, l’interpellation par le seul patronyme est le plus souvent dépréciative ».

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