La Plume d'Aliocha

08/05/2013

Délicieuses nouilles froides !

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 19:30
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imagesDepuis quelques temps, vous fouillez les rayonnages des libraires, glissez sur les couvertures, retournez certains livres pour lire le résumé, seulement voilà, rien à faire, l’envie ne vient pas.  Je vous comprends, il arrive parfois que l’on se trouve saisi de lassitude face aux ficelles de maquignon des éditeurs, aux couv’ racoleuses et à leur cortège de recommandations médiatiques qui sentent un peu trop fort le copinage.  J’ai ce qu’il vous faut : un récit en prise directe avec l’actualité, mené d’une plume alerte par un journaliste voyageur, sur une région du monde aussi inaccessible que la planète mars. « Nouilles froides à Pyongyang » de Jean-Luc Coatalem (Grasset 2013), rédacteur en chef adjoint du magazine Géo, raconte le fascinant périple de l’auteur en Corée du Nord.

Pour pénétrer dans ce bastion imprenable, le journaliste  s’est  fait passer pour un voyagiste en quête de destination exotique et le stratagème a fonctionné. Le voilà autorisé à poser le pied dans le pays le plus fermé au monde. Il emmène dans ses bagages un ami au nom improbable de Clorinde, passionné de Valéry Larbaud, mais aussi   » amateur de tweed et de lin, collectionneur de souliers à façon, qui ne quitte plus guère les deux arrondissements de Paris où il vit et travaille ». Flanqués de leurs gardiens qui ne les lâchent jamais d’une semelle, les deux hommes sillonnent la Corée du Nord et découvrent effarés ses hôtels vides, ses restaurants sans nourriture, ses hommages imposés et millimétrés à la statue de Kim-Yong-Il, ses musées absurdes dont l’entrée est facturée 80 euros aux touristes et ses décors de carton-pâte destinés à dissimuler la pauvreté du pays. C’est fin, enlevé, remarquablement écrit, dans un style qui se situe quelque part entre Albert Londres et Oscar Wilde.

Extrait, pris au hasard car tout n’est que gourmandise dans ce livre : « Toi qui entres ici oublie le diamètre de l’assiette normale ! Mais aussi celui de l’assiette intermédiaire comme celle dite à dessert pour ne te souvenir que des plus petites, sous-tasses à café et soucoupes. Car c’est ainsi que tout, désormais, te sera servi : dans de la dînette. Avec peu à manger dessus. Et encore, tu es privilégié : le reste de la RDPC crève de faim. En règle générale, ni fruits frais, ni laitages, ni pain, ni vin, ni huile, ni condiments, et encore moins de sel ou de poivre sur la table. Deux bières et une bouteille d’eau de 500 ml à se partager. Quant au thé, pas plus d’une demi-tasse chacun, en redemander ne serait pas « camarade » ». Qu’on ne s’y trompe pas, au delà de la distance teintée d’humour avec laquelle l’auteur raconte ce qu’il voit, le livre apporte un éclairage précieux sur le fonctionnement de ce pays mystérieux qui s’offre depuis quelques temps le luxe de provoquer les Etats-Unis. Pourquoi des « nouilles froides », me direz-vous ? Parce que c’est la spécialité gastronomique nationale que l’on fait miroiter à nos deux aventuriers tout au long de leur voyage et dont ils ne découvriront les fort modestes charmes qu’à l’issue du séjour.  Un livre à déguster sur-le-champ !

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